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  • Vacances scolaires : les élèves français sont-ils vraiment bien lotis, comme le prétend Emmanuel Macron ?

    Les élèves français verront-ils prochainement leurs vacances scolaires diminuer ? C’est en tout cas ce qu’a laissé (une nouvelle fois) sous-entendre le président de la République, Emmanuel Macron ce dimanche 2 février. Questionné sur le sujet par un enfant lors d’un déplacement pour la commémoration des 80 ans de la libération de Colmar dans le Haut-Rhin, le chef de l’Etat a annoncé vouloir « rouvrir la question du temps scolaire » pour permettre aux élèves de « mieux apprendre ». « Pourquoi les emplois du temps sont-ils très chargés ? [Parce] que la France a des vacances plus longues que dans beaucoup de pays. La question que l’on peut se poser pour nos enfants est : est-ce qu’il ne faut pas revoir les vacances pour pouvoir décontraindre les semaines ? », a demandé Emmanuel Macron.

    Le 15 janvier dernier, c’est Elisabeth Borne, ministre de l’Education nationale, qui s’emparait du sujet dans un entretien accordé au Parisien, jugeant que les « coupures longues [lors des vacances d’été] se traduisent par des pertes de niveau pour les élèves les plus fragiles ». Mais les élèves français ont-ils réellement plus de congés que leurs voisins ? L’Express fait le point.

    Vacances d’été vs les autres congés

    Avec près de 17 semaines par an, la France fait effectivement partie des pays où les jeunes ont le plus de vacances. Sur l’année 2023-2024, les élèves français des cycles primaires et secondaires ont bénéficié de 121 jours de congé selon Eurydice. Si certains Etats frontaliers sont loin derrière ce total avec 91 jours pour l’Allemagne et 61 pour la Suisse, d’autres s’en rapprochent comme l’Espagne avec 104 jours, l’Italie avec 107, la Belgique avec 109 et Le Luxembourg avec un total de 115 jours.

    À noter que l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, l’Italie et la Suisse étant divisées en zones géographiques aux systèmes scolaires distincts, ces données varient à la hausse dans certaines régions. La France ne monte tout de même pas sur le podium des pays aux plus nombreuses vacances scolaires et demeure derrière Malte et les pays Baltes.

    Mais un élément aurait également dû attirer l’attention du président de la République : contrairement aux sous-entendus, la France fait partie des pays ayant le moins de vacances d’été. À l’instar des Suisses, près de la moitié des congés des élèves français sont concentrés durant la période estivale. Or, dans de nombreux Etats comme l’Italie, l’Espagne ou Malte, ces vacances constituent plus de la moitié du total des congés scolaires. Preuve en est avec la Lettonie où 93 jours de vacances sur 128 ont lieu durant l’été. Avec 56 jours de congé pendant la période estivale, la France offre ainsi moins de vacances d’été que la plupart des autres pays européens. Seuls la Norvège, l’Allemagne, le Danemark, le Liechtenstein, les Pays-Bas et la Suisse en comptent moins. La longueur des vacances d’été est-elle donc réellement le problème ?

    Les vacances, une destruction de l’apprentissage ?

    Ce n’est en tout cas pas la première fois que le sujet du rythme scolaire est mis sur la table sous la présidence d’Emmanuel Macron. En août 2023, le chef de l’Etat avait déjà pointé du doigt la durée des vacances d’été, invoquant les inégalités d’apprentissage que celles-ci peuvent engendrer. « L’inégalité [des élèves] revient quand on a des vacances de trois mois. Les enfants reviennent au 1er septembre avec les compétences qu’ils avaient un mois et demi avant l’arrêt des cours. On détruit en quelque sorte de l’apprentissage collectif. […] Quelle est la conséquence de ça ? C’est qu’on bourre les semaines de nos enfants », avait-il affirmé lors d’une visite à Marseille.

    Pour Claire Leconte, psychologue, spécialiste des rythmes de l’enfant et de l’adolescent, interrogée par L’Express en juin 2023, raccourcir les vacances d’été ne permettrait pas de « réduire les inégalités ». « Certaines familles prennent le temps de se retrouver durant l’été, de faire des jeux de société ensemble ou des activités autres que scolaires. Ces différentes formes d’apprentissages leur serviront également toute leur vie », avait-elle expliqué. Toutefois, pour ne pas perdre le fil durant l’été, la psychologue est catégorique : l’enfant doit « se remettre dans le rythme de l’école dès le 15 août » en se couchant « à la même heure que durant le reste de l’année pour être resynchronisé dès la rentrée ». Mais cela suffira-t-il à convaincre le président de la République ? Rien n’est moins sûr.



    Source link : https://www.lexpress.fr/societe/education/vacances-scolaires-les-eleves-francais-sont-ils-vraiment-bien-lotis-comme-le-pretend-emmanuel-macron-LTZNDMFW2FE2JEXL3EC3XH2KQY/

    Author : Aurore Maubian

    Publish date : 2025-02-03 17:17:00

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  • Droits de douane : Donald Trump pénalise les Américains, mais l’Europe peut rafler la mise

    Comme promis, Donald Trump a signé samedi une série de décrets visant à taxer les importations des principaux partenaires commerciaux des Etats-Unis – Canada, Chine et Mexique [NDLR : les Etats-Unis ont suspendu les droits de douane de 25% contre le Mexique pour un mois, a annoncé le président américain ce lundi]. Au motif, largement fallacieux, de lutter contre le narcotrafic, il entend limiter les importations pour contraindre le reste du monde à davantage acheter les exportations américaines. Voilà la vieille idée mercantiliste qui fait son retour : la richesse d’un pays tient tout entier dans sa capacité à vendre aux autres sans rien leur acheter. Produire tout, tout seul.

    Et l’idée s’exporte avec une étonnante viralité. Déjà Justin Trudeau a annoncé une augmentation des taxes douanières sur les importations américaines. La Chine s’y prépare. Tandis que l’Europe s’interroge. Partout, on réfléchit aux mesures de représailles. « C’est de bonne guerre » serait-on tenté de se dire. Après tout, on ne va pas se laisser punir sans rien dire. La course aux barrières douanières, c’est « l’œil pour œil dent pour dent » du commerce international. Face au protectionnisme des autres, il faut bien se protéger.

    Relation entre libre-échange et prospérité

    Sauf qu’il y a un hic. Le libre-échange est un élément clé de la prospérité. C’est ce qu’a démontré Arvind Panagariya dans Free Trade and Prosperity : How Openness Helps the Developing Countries Grow Richer and Combat Poverty (2019). A partir d’une synthèse de l’immense littérature sur le sujet, l’économiste observe que partout où la croissance et le revenu par individu ont augmenté, les barrières douanières ont d’abord diminué. A cet égard, il rappelle qu’à la fin des années 1950, la richesse du Ghana était identique à celle de la Corée du Sud, mais que le protectionnisme du premier l’a empêché de décoller là où l’ouverture économique du second en a fait un champion de la globalisation. Idem pour l’Inde qui, sous l’influence de l’économiste Jadhish Bhagwati, a opéré un renversement complet de sa politique commerciale pour s’ouvrir au libre-échange, amorçant le début de ce que les économistes nomment « le miracle indien ».

    La relation entre libre-échange et prospérité n’a rien de mystérieuse. Dès le XVIIIe siècle, Adam Smith, Jean-Baptiste Say puis David Ricardo, avaient fourni l’explication qui, depuis, n’a cessé de se vérifier : le libre-échange constitue l’unique moyen de profiter de ce que les autres ont à offrir tout en découvrant ce qu’on peut soi-même leur procurer. Sans s’ouvrir, impossible de savoir ce qu’on doit produire, où investir, ni quoi créer et inventer. Le libre-échange, c’est un marché qui déborde les frontières nationales ; l’échelle change, mais le principe reste le même : un processus de découverte sans lequel, on ne saurait ni ce que désirent les peuples, ni comment leur fournir. D’où une conclusion évidente : le protectionnisme est aux échanges internationaux ce que le plan est à l’économie nationale, le plus sûr moyen de s’appauvrir.

    Client dans un supermarché

    A cet égard, dans un article publié dans le célèbre Journal of Economic Perspectives (The Impact of the 2018 Tariffs on Prices and Welfare, 2019) Mary Amiti, Stephen Redding et David Weinstein ont démontré que les barrières douanières imposées par l’administration Trump en 2018 s’étaient avérées catastrophiques pour les Américains. L’augmentation des taxes sur les importations ayant été entièrement répercutée sur les prix des produits, réduisant le pouvoir d’achat des consommateurs et entrainant une baisse du revenu national de 1,4 milliard de dollars par mois. Mieux encore, les auteurs observent que tous les pays ayant appliqué des mesures de représailles ont subi des dommages similaires.

    C’est que, comme l’expliquait Milton Friedman dans l’une de ses émissions du programme Free to Choose, pour comprendre le véritable impact du protectionnisme, le plus simple est encore de se placer dans la situation d’un client dans un supermarché. Promenant son chariot dans un magasin protectionniste, il a tout l’argent du monde – puisqu’il a exporté ses produits – mais les rayons sont vides – tout a été vendu ailleurs. Alors que les étals débordent de tous les produits du monde dans un magasin ouvert aux importations. La véritable richesse, c’est avoir accès à tout au meilleur prix, qu’importe le lieu de fabrication. Raison pour laquelle, comme le montre Branko Milanovic, ce n’est qu’une fois la globalisation devenue mature que la croissance mondiale a véritablement décollé et les écarts de richesse diminué.

    Le libéralisme face au trumpisme

    La morale de l’histoire économique, ancienne comme récente, est donc assez simple : que Donald Trump décide de réduire le bien-être de ses concitoyens ne devrait pas inciter les dirigeants des autres pays à faire de même. Au contraire. Les Européens ont tout à gagner à profiter du handicap que les Américains s’imposent, pour multiplier les partenariats, s’ouvrir davantage, et rafler la mise. Puisque les Américains ont oublié les vertus du libre-échange et croient sincèrement que seules les exportations ont de la valeur, il faut continuer à acheter à bas prix ce qu’ils ont décidé de brader et saisir cette opportunité pour produire ce qu’ils ne pourront s’empêcher d’importer.

    Concrètement, à l’augmentation des taxes douanières américaines, l’Union européenne doit répondre par davantage de libre-échange. Renforcer encore les liens noués par le Ceta avec le Canada, accroître l’ouverture au Mercosur, multiplier les accords avec tous les pays désireux d’acheter ses produits et son savoir-faire, pour offrir autant de débouchés aux entreprises européennes qui pourront s’enrichir et embaucher. Bref, prendre la place laissée vacante par des Etats-Unis rabougris. Puisque le protectionnisme généralisé fait de l’économie mondiale un jeu à somme nulle, l’Union n’a rien à gagner à s’isoler.

    Après tout, « œil pour œil » ne signifie pas se tirer une balle dans le pied quand un autre le fait. Ça, c’est au mieux du suivisme, au pire du masochisme. Que les citoyens américains aient décidé de fermer la porte à la prospérité devrait encourager l’Europe à s’ouvrir. Pour résister au trumpisme, la voie la plus sûre est donc encore le libéralisme.

    *Pierre Bentata est maître de conférences à la faculté de droit d’Aix-Marseille Université. Il vient de publier La Malédiction du vainqueur (L’Observatoire).



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/droits-de-douane-donald-trump-penalise-les-americains-mais-leurope-peut-rafler-la-mise-WQNNDTX7GJCE5LUUG3QZ4G7OGA/

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    Publish date : 2025-02-03 18:00:00

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  • Gabriel Attal et François Bayrou contre Edouard Philippe : un avant-goût de 2027

    Haro sur Edouard Philippe. François Bayrou et Gabriel Attal ont tous deux ciblé dimanche 2 février l’ancien Premier ministre, coupable de crime de lèse-Parlement. Sa faute ? Lors d’un meeting à Bordeaux le 26 janvier, il épinglait l’impossibilité d’engager des réformes structurelles d’ici à 2027 dans cette Assemblée morcelée. « Nous ne ferons rien de décisif dans les deux ans qui viennent », lançait le candidat déclaré à la prochaine présidentielle.

    Ses deux « amis » du bloc central lui ont répondu avec vigueur. « Je ne partage pas ce point de vue, assure Gabriel Attal au JDD. Je vois évidemment les obstacles, notamment parlementaires, mais je ne veux pas m’y résoudre. La clé, c’est le peuple. Le président a ouvert la voie à des référendums, alors allons-y. » François Bayrou s’est laissé aller à une réplique plus virulente. « L’idée que nous sommes condamnés à l’impuissance est pour moi antinationale », glisse le Premier ministre à La Tribune Dimanche, convoquant la mémoire du Général de Gaulle et de Pierre Mendès France.

    « Il faut que Bayrou dégonfle »

    Deux rhétoriques aussi jumelles qu’habiles. Le chef du gouvernement et son prédécesseur s’érigent avec emphase en adversaires de la résignation. Qu’on se le dise : Gabriel Attal et François Bayrou ne sont pas du genre à baisser les bras. « Se payer le luxe de deux ans d’immobilisme serait criminel pour les Français », s’alarme le premier. Le second oppose ceux qui se « lamentent » à ceux qui « saisissent à bras-le-corps la réalité avec la volonté et l’espoir de la changer ». Edouard Philippe sait dans quel camp il est rangé. « Il faut que Bayrou dégonfle, raille un proche du Havrais. Il est loin du courage de Mendès France et veut durer à tout prix ».

    Trois présidentiables dans le même bocal, cocktail explosif. Chacun joue ici une partition inhérente à sa position. Gabriel Attal et François Bayrou cherchent à donner du sens à leur présence dans le chaudron parlementaire. La stabilité comme seul horizon est un peu court. Tous deux poursuivent une quête de sens, quitte à caricaturer les propos d’Edouard Philippe. Le patron d´Horizons ! ne dépeint pas un immobilisme généralisé, mais l’incapacité du Parlement à adopter des réformes de grande ampleur.

    « Négociateur de bouts de ficelle »

    Lui aussi joue une carte personnelle. Edouard Philippe a refusé en juin de se lancer dans la bataille des législatives, préférant se tenir à distance de l’Assemblée. Autour de lui, on juge la stratégie bienvenue. « Edouard doit se situer à un autre niveau que négociateur de bouts de ficelle avec les groupes EPR et LR », juge un proche. L’édile a intérêt à alimenter la musique d’un Parlement impuissant pour apparaître comme son miroir inversé. « Ce que je proposerai sera massif », promettait-il en septembre dans Le Point, à l’occasion de son annonce de candidature à l’élection présidentielle. Cette Assemblée archipelisée vous épuise ? Vous savez quoi faire en 2027 ! « C’est une posture personnelle de Philippe, il veut se positionner comme le réformateur crédible », raille une ministre.

    Laurent Wauquiez, partenaire contrarié du socle commun, use d’une rhétorique identique. Le député de Haute-Loire notait le 15 janvier sur CNews qu’on ne pourrait pas lancer une « véritable reconstruction » du pays dans cet hémicycle, prônant l’émergence d’une « offre radicale ». Philippe, la rupture avec Macron. Wauquiez, avec le macronisme. Tous deux misent sur un effet de contraste entre la situation actuelle et leur programme en gestation.

    Ce jeu de positionnement cache mal une observation générale dans le bloc central. La division de l’hémicycle en trois blocs se prête mal à l’audace réformatrice. Les divergences idéologiques entre la gauche, le centre-droit et le Rassemblement national l’empêchent. « On ne fera pas de grandes choses, mais on peut faire des choses utiles », résume un fin connaisseur de l’Assemblée. La recherche d’un pacte de non-agression avec le Parti socialiste implique enfin la plus grande prudence. Ainsi, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau n’est pas pressé de transcrire dans la loi le Pacte européen sur l’asile et l’immigration. Un ancien ministre EPR résume : « On est nombreux à se complaire dans cette forme d’immobilisme pour préparer la suite sans que cela ne tangue fort. » De cette situation inédite, chaque présidentiable fait juste une description conforme à ses intérêts.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/gabriel-attal-et-francois-bayrou-contre-edouard-philippe-un-avant-gout-de-2027-YU62UVAYQVD6FAX66J3DOFZEYI/

    Author : Paul Chaulet

    Publish date : 2025-02-03 18:30:00

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  • Raphaël Enthoven : « Le désaveu de Louis Boyard est celui d’une stratégie sotte et sans avenir »

    Cela devait être « le laboratoire » de la stratégie de la France insoumise pour conquérir des communes populaires en 2026. Mais au second tour des élections municipales anticipées à Villeneuve-Saint-Georges, dans le Val-de-Marne, le très médiatique Louis Boyard a échoué de manière spectaculaire – 39 % des voix – contre la candidate LR Kristell Niasme.

    Pour le philosophe Raphaël Enthoven, cette défaite sanctionne « la courte échelle à l’islam politique » faite selon lui par LFI dans une commune pourtant très favorable à la gauche. Il critique aussi la réaction de Louis Boyard qui a imputé la responsabilité de sa défaite au « système » et à une « fascisation de la France ». Mais pour Raphaël Enthoven, les actuelles dissensions entre Insoumis et socialistes ne signifient pas la fin de leur alliance électorale. « On n’arrête pas d’enterrer le Nouveau Front populaire, mais, tant que les élections législatives auront lieu au scrutin majoritaire, l’alliance contre-nature du hérisson insoumis et de la carpe socialiste ressuscitera chaque fois que la survie de leur groupe parlementaire sera en jeu. C’est la tragédie des socialistes ». Entretien.

    L’Express : Comment analysez-vous la large défaite de Louis Boyard à Villeneuve-Saint-Georges ? A-t-il notamment payé la présence sur sa liste d’un homme, Mohammed Ben Yakhlef, qui avait pris des positions pro-Hamas sur les réseaux sociaux ?

    Raphaël Enthoven : Pas seulement. Vous avez raison de citer le sympathique Mohammed Ben Yakhlef, soutien de l’imam salafiste et antisémite de Pessac, qui partage des visuels glorifiant le Hezbollah, l’Iran des mollahs ou la Syrie d’Assad, qui soutient les Houthis du Yémen, qui célèbre les massacres du 7 octobre, qui justifie la chasse aux juifs dans les rues d’Amsterdam, qui relaie des communiqués du Hamas, qui dit combattre « l’israélisation » de la France etc. Mais il n’est pas le seul ! Sur cette liste démente, on trouvait aussi Fadwa Sadak et ses keffiehs ornés de symboles antisionistes, ou encore l’assistant parlementaire de Louis Boyard, Ismaël El-Hajri, qui défendait le CCIF et Baraka City, tous deux dissous pour propagande islamiste… Ce n’était pas une liste, c’était une réunion de cellule. Il faut croire que les électeurs villeneuvois n’ont pas voulu de ça à la tête de leur ville. On peut les comprendre. Pour autant, il n’y a aucune surprise dans la liste de Louis Boyard. Voilà des années que LFI courtise les quartiers populaires en faisant la courte échelle à l’islam politique. Qu’on s’indigne d’une telle liste, c’est l’évidence. Qu’on soit surpris par sa composition, c’est de l’innocence.

    Plus intéressante, plus étonnante, est, comme souvent, la position (ou l’absence de position) du Parti socialiste après le retrait de la liste emmenée par Daniel Henry. Ainsi, le député de l’Eure Philippe Brun, tout en reconnaissant que la défense du Hamas ou la glorification du 7 octobre était « tout à fait regrettable », a néanmoins appelé à voter pour Louis Boyard et ses fanatiques, car « il y a des gens bien sur sa liste aussi ».

    Au-delà du calcul grossier, c’est le mode de raisonnement qui doit nous faire réfléchir : certes, il y a des islamistes, mais il y a aussi des gens bien… Comme si l’autre pouvait compenser l’un, comme si la présence d’islamistes n’était pas une raison suffisante de tourner le dos à cette liste et de la faire battre, comme si on pouvait faire un peu de mal, mais pas trop, comme si, dans la tambouille électorale, les électeurs de gauche devaient apprendre à digérer l’islamisme pour plus de justice sociale dans leur ville. Imaginons qu’au lieu d’islamistes, Louis Boyard ait fait alliance avec des néo-nazis, les socialistes auraient-ils appelé à voter pour lui en faisant valoir qu’il y a aussi des gens bien sur sa liste ? On ne compense pas l’horreur de certains candidats par la qualité de certains autres. On ne compense pas l’islamisme de certains par l’attachement à la République de leurs colistiers. Un seul islamiste sur la liste de Louis Boyard eût été une raison suffisante de faire campagne pour son adversaire. Comme dit Jankélévitch, on ne fait jamais assez de bien, mais toujours le mal une fois de trop.

    La France insoumise, ce mouvement politique simultanément stalinien et islamisé, est un gouffre pour la gauche

    Plus largement, est-ce l’échec de la stratégie de LFI qui consiste à séduire les quartiers populaires ? Villeneuve-Saint-Georges est la commune la plus défavorisée du Val-de-Marne…

    Jean-Luc Mélenchon faisait de cette élection un « test national », et il avait raison. Ce qui est arrivé à Louis Boyard (mobiliser les abstentionnistes contre lui tout en détournant la gauche de gouvernement) menace toute candidature insoumise, désormais. Dans leurs stupéfiants éléments de langage, les Insoumis s’acharnent à expliquer, premièrement, que la défaite de Louis Boyard est, en fait, une victoire : « Louis Boyard a fait 11 points de plus que la liste de’gauche’au second tour de 2020 » expliquent-ils en chœur, alors que « la droite recule de 18 % ». Comme le résume Jean-Luc Mélenchon : « Battu certes, mais ramené au niveau d’une conquête possible du pouvoir. » Et deuxièmement que s’ils ont perdu, c’est parce qu’ils avaient tout le monde contre eux (« Le Ministre de l’Intérieur et ses ingérences dans les élections, le Front National, Zemmour, la presse Bolloré… Et bien sûr, les macronistes, qui face à la révolution citoyenne ont choisi l’extrême droite » comme dit Antoine Léaument). En somme, non seulement ils n’ont pas vraiment perdu, mais en plus ils ont perdu à cause des autres. CQFD.

    Comme souvent, la vérité est un peu différente de leurs analyses. La commune de Villeneuve-Saint-Georges est hyperfavorable à la gauche. Louis Boyard y avait recueilli plus de 60 % des voix au second tour des législatives de 2024, alors qu’il avait deux adversaires face à lui. Sept mois plus tard, dans une nouvelle triangulaire, alors qu’il est le candidat unique de la gauche, face à une droite divisée, Boyard n’obtient plus que 38,75 % des voix. La mobilisation a donc joué contre lui. Et Boyard, qui disait qu’il n’aurait pas besoin d’un second tour pour gagner, est distancé dans la grande majorité des bureaux de vote. Appelons de nos vœux un monde où les Insoumis sont laminés dans des communes acquises à la gauche, et s’auto-persuadent qu’en réalité ils ont gagné !

    La liste de Louis Boyard était le fidèle reflet de la stratégie électorale insoumise, communautaire et islamisée. Et son échec, au-delà de ce qu’on peut en penser sur le fond, renseigne sur l’inanité d’une telle stratégie. D’abord, c’est une faute et une erreur de croire qu’on peut séduire les musulmans de France et qu’ils voteront comme un seul homme pour celui qui les flatte. Mais au-delà des mécaniques électorales, c’est la démagogie elle-même qui est battue en brèche. C’est le goût de séduire les gens en les flattant qui est vaincu. C’est la démarche qui consiste à héroïser sa propre candidature en présentant toute adversité comme « fasciste » ou « d’extrême droite » qui trouve enfin ses limites. Le désaveu de Louis Boyard est celui de toute la gauche de rupture et d’une stratégie sotte et sans avenir. La France insoumise, ce mouvement politique simultanément stalinien et islamisé, dirigé par un tribun à la retraite, est un abîme pour ses alliés, un gouffre pour la gauche, et l’assurance, pour elle, de ne jamais revenir aux affaires.

    Comme vous le soulignez, après sa défaite, Louis Boyard s’en est pris à la « fascisation de la France », estimant que tout le « système » s’est ligué contre lui et a « choisi l’extrême droite »…

    Deux choses sont importantes ici : le lexique et le diagnostic. D’abord, l’emploi systématique d’un vocabulaire excessif a pour effet de banaliser les mots qu’on emploie. S’il suffit d’être battu par une liste de droite républicaine pour dénoncer une « fascisation » du pays, c’est que les mots « fascisme » ou « extrême droite » n’ont plus de sens. La France insoumise porte une responsabilité historique dans le dévoiement de mots sacrés qu’on ne devrait utiliser qu’en tremblant. La vérité historique est bradée sur l’autel de l’outrance. « 30 000 habitants plongés dans la pénombre du fascisme » a déclaré Gwenn Thomas-Alves (du syndicat étudiant USL) après la défaite de Boyard. Tant d’ignorance péremptoire est un crachat à la figure de tous ceux qui ont vraiment connu le fascisme ou vraiment souffert d’un Etat policier. Les plus grandes catastrophes de l’histoire sont systématiquement convoquées pour anoblir un groupuscule poujadiste. L’infini est mis à la portée des caniches, comme dirait Céline. L’immense est mis au service du néant.

    L’autre fait notable, c’est que, comme on pouvait s’y attendre, Louis Boyard n’est pas familier du concept de responsabilité. A en croire celui qui, avant le premier tour, refusait toute fusion de liste parce qu’il était convaincu de l’emporter sans effort, sa défaite est uniquement le fait des autres. « On avait tout le monde contre nous » déclare l’Insoumis, amalgamant sans vergogne ceux qui se présentent contre lui et ceux qui, comme les socialistes, ont appelé à voter pour lui du bout des lèvres. Autrement dit, en petit politicien, Louis Boyard n’assume aucune responsabilité dans sa défaite. Il n’a pas encore compris que, dans la vie comme en politique, un candidat n’est pas responsable de ce qui lui arrive, mais il est responsable de ce qu’il en fait.

    Personne ne ressemble moins à Sisyphe qu’Olivier Faure

    Cette élection confirme-t-elle une cassure durable à gauche ? Peut-on parler de la fin du Nouveau Front populaire ?

    On n’arrête pas d’enterrer le Nouveau Front populaire, mais, tant que les élections législatives auront lieu au scrutin majoritaire, l’alliance contre-nature du hérisson insoumis et de la carpe socialiste ressuscitera chaque fois que la survie de leur groupe parlementaire sera en jeu. C’est la tragédie des socialistes. C’est grâce aux Insoumis qu’ils sont restés députés, mais c’est à cause des Insoumis qu’ils ne sont pas ministres. C’est la raison pour laquelle ils s’éloignent des Insoumis entre les scrutins avant de revenir au bercail au moment des élections. Emmanuel Macron avait sous-estimé la souplesse dorsale des socialistes quand il a dissous l’Assemblée. Il n’avait pas cru possible que des gens qu’on traite de « traîtres », de « vendus » et de « sales sionistes » pendant six mois pussent redevenir de dociles alliés. Il a cru que la gauche de gouvernement ne pourrait pas s’allier une fois de plus avec la gauche totalitaire. C’était mal connaître Olivier Faure (et Raphaël Glucksmann). Mal lui en a pris.

    Vous aviez sévèrement critiqué Olivier Faure au printemps, allant jusqu’à le comparer au Bardamu de Céline. Etes-vous aujourd’hui un peu plus indulgent alors que le Premier secrétaire du PS prend ses distances avec Mélenchon au sujet de la censure du gouvernement ? « La politique, c’est Sisyphe » a commenté celui qui est candidat à sa succession…

    Olivier Faure est une science exacte. Les positions de Faure sur Mélenchon renseignent uniquement sur le sens du vent. S’il s’en éloigne, c’est que l’opinion le lui permet, mais n’ayons aucune illusion : il s’en rapprochera à la même vitesse. Chaque fois qu’Olivier Faure explique que l’antisémitisme des Insoumis n’est pas une raison de ne pas s’allier avec eux, il ressemble à un moustique qui tente de donner le baiser de la mort à un âne.

    A cet égard, personne ne ressemble moins à Sisyphe qu’Olivier Faure. Qui est Sisyphe ? Condamné par les dieux à rouler son rocher jusqu’au sommet d’une montagne avant qu’il ne retombe de l’autre côté, Sisyphe ne souffre de son sort que tant qu’il espère atteindre le sommet, mais à la seconde où il remplace le désir d’arriver en haut par le désir (bien plus consistant) de pousser son rocher tant qu’il peut, Sisyphe se rend hermétique à la sentence des dieux, et c’est en cela, dit Camus, qu’il « faut imaginer Sisyphe heureux ». Sisyphe est une figure de la constance, de la persévérance, de l’obstination qui tient lieu d’amour en période de crise. J’avoue avoir du mal à voir le rapport avec Olivier Faure, contorsionniste notoire, capable de changer de candidat entre deux tours d’une élection, incapable de défendre une élue socialiste (Pernelle Richardot) quand elle est diffamée par Rima Hassan, et qui a soudé son vieux parti au premier parti antisémite de France pour éviter d’avoir un concurrent insoumis dans la onzième circonscription de Seine-et-Marne.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/raphael-enthoven-le-desaveu-de-louis-boyard-est-celui-dune-strategie-sotte-et-sans-avenir-NIXGTXKMJZF5BOQKC4VPHJR2DY/

    Author : Thomas Mahler

    Publish date : 2025-02-03 19:45:00

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  • François Bayrou face à la censure : le Premier ministre bien parti pour sauver sa peau à Matignon

    Il sauve son poste à la tête du gouvernement. Le Premier ministre François Bayrou devrait échapper à une censure immédiate. Le locataire de Matignon a eu recours, ce lundi 3 février, à ses deux premiers articles 49.3 : l’un sur le texte issu de la commission mixte paritaire sur le budget de l’Etat (PLF), l’autre sur une partie du budget de la Sécurité sociale (PLFSS). Une opération politique qui ne devrait pas lui coûter sa place à Matignon. La raison ? Le Parti socialiste, réuni en bureau national plus tôt dans la journée, a finalement choisi de voter pour la non-censure du gouvernement.

    « Le projet de loi de finances pour 2025 demeure un budget de droite », a déclaré le groupe PS dans un communiqué. Dans ce texte, les socialistes invoquent l’ »esprit de responsabilité » et « l’intérêt du pays » pour « ne pas censurer le gouvernement au moment où la France attend de disposer d’un budget ». Les députés du groupe déposeront toutefois une motion de censure spontanée, via l’article 49.2, en réaction aux propos de François Bayrou sur le « sentiment de submersion » migratoire. Mais, selon les dires de plusieurs participants au bureau national, celle-ci n’a « aucune chance » de recueillir les voix du RN et de faire tomber le gouvernement.

    Voilà donc François Bayrou sauvé… pour le moment ? La France insoumise, qui a d’emblée critiqué le choix du PS, son partenaire au sein du Nouveau Front populaire, a déposé une motion de censure après l’usage du 49-3 sur le budget de l’Etat. Mais ses chances d’aboutir sont impossibles sans le vote des socialistes, d’autant que le Rassemblement national n’a toujours pas annoncé s’il comptait la voter ou non.

    Jean-Luc Mélenchon dénonce un « ralliement » du PS au gouvernement

    Le président (LFI) de la commission des Finances à l’Assemblée nationale, Eric Coquerel, voulait malgré tout ce lundi encore croire à une possible adoption de la censure. « Si le RN vote la motion de censure, il suffit qu’il y en ait 20-25 qui [la] votent », a-t-il insisté. D’après le communiqué du groupe PS, les 66 députés du groupe devraient toutefois suivre le choix de leur parti, et donc permettre à François Bayrou de poursuivre sa mission à Matignon. « Le vote de non-censure par le PS consomme son ralliement au gouvernement Bayrou […] Le NFP est réduit d’un parti », a pour sa part estimé le fondateur de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, dans une note de blog.

    Deux mois après la censure du gouvernement de Michel Barnier sur le budget de la Sécurité sociale, le Premier ministre a ce lundi justifié le recours au 49.3 sur ce même projet de loi comme « une obligation pour nous d’avoir un texte qui permette aux acteurs d’avoir une feuille de route claire ». Il s’agit d’une « première étape » dans le rétablissement des comptes, a de son côté estimé la ministre du Travail et de la Santé Catherine Vautrin, soulignant que le déficit de la Sécu sera « supérieur à 22 milliards d’euros » en 2025.

    Si son adoption semble désormais bien partie pour être entérinée, le PLFSS reste loin de faire l’unanimité parmi les différents groupes parlementaires. « Le texte que nous allons adopter ne règle aucun des problèmes structurels de nos comptes publics et de nos comptes sociaux », a alerté le rapporteur général Thibault Bazin, élu des Républicains (LR). Une position partagée par président de la commission des Affaires sociales, l’ex-ministre de la Santé Frédéric Valletoux (Horizons). « Jamais depuis 15 ans, les comptes de la Sécurité sociale n’ont connu un tel niveau de déficit, à l’exception de l’année 2020, année du pic de la pandémie », a-t-il regretté.

    François Bayrou pourrait encore recourir deux fois cette semaine au 49.3 sur d’autres pans de ce projet de budget de la Sécu, en espérant par la suite une adoption conforme au Sénat autour des 17-18 février. L’épisode budgétaire, débuté à l’automne, serait alors enfin achevé pour l’année 2025.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/francois-bayrou-face-a-la-censure-le-premier-ministre-bien-parti-pour-sauver-sa-place-a-matignon-ATWYRQEIVVFJDLRSG4UDCWLQNQ/

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    Publish date : 2025-02-03 18:47:00

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  • Derrière la « génération Musk », comment la Big Tech américaine s’est mise sur orbite

    La Big Tech était dans le viseur de l’administration Biden. Elle a paré tous les coups de Lina Khan, la présidente de l’Autorité de la concurrence, la FTC. Le terme techlash, le retour de bâton contre la tech, entré dans le dictionnaire en 2019 à propos des ravages des réseaux sociaux et des accusations de surveillance massive, a disparu des conversations. Qui se souvient de la tribune dans le New York Times intitulée « Il est temps de démanteler Facebook » et signée de la main même de Chris Hughes, l’un des cofondateurs de la plateforme ?

    Sous l’impulsion d’Elon Musk et de l’investisseur Peter Thiel, le secteur est devenu l’un des plus puissants groupes d’influence du second mandat Trump, faisant nommer J.D. Vance vice-président et David Sacks ministre de l’Intelligence artificielle et des cryptomonnaies. Les champions nationaux de la tech jouent désormais un rôle clé dans la stratégie America First. Même Meta, némésis de Trump pour son supposé soutien aux démocrates en 2020, a été réhabilité après que Mark Zuckerberg a annoncé la fin de ses politiques internes centrées sur la diversité et l’inclusion. S’opposer à ces géants, c’est désormais s’opposer à l’Amérique.

    Ces mentors ont éveillé une génération d’entrepreneurs

    Il est rassurant de diaboliser ces entreprises ou leurs dirigeants en ignorant qu’ils représentent une industrie dotée de millions de talents, américains comme étrangers, et une culture entrepreneuriale façonnée depuis des décennies. En 2005, l’ex-collègue d’Elon Musk chez PayPal, Peter Thiel, lance son fonds, Founders Fund, au moment même où l’Anglais Paul Graham crée l’incubateur Y combinator. Avec le blog Venture Hacks imaginé en 2007 par l’entrepreneur Naval Ravikant, ces mentors ont éveillé une génération d’entrepreneurs aux principes de la croissance ultrarapide et du rapport de force face aux investisseurs. A cette période, Marc Andreessen et Ben Horowitz, fondateurs de Netscape et d’Opsware, font leurs armes de business angels avant de monter, en 2009, leur propre fonds, a16z. Celui-ci deviendra en quinze ans le plus grand fonds de capital-investissement au monde. De ces années folles naîtront Airbnb (2007), le bitcoin (2008), Uber (2009), Stripe (2010), Doordash (2012), Coinbase (2012) ou Databricks (2013). Aujourd’hui, les Etats-Unis comptent 267 sociétés cotées de moins de 50 ans qui valent plus de 10 milliards de dollars, quand l’Union européenne n’en aligne que 14. Ensemble, elles pèsent 31 000 milliards de dollars, dont 23 000 pour le secteur technologique, contre 445 milliards pour le Vieux Continent.

    Ce retard est-il rattrapable ? Difficilement. La Chine a montré qu’une politique protectionniste soustrayant Internet aux vents de la concurrence permet de faire émerger des géants locaux, à l’image de Tencent, Alibaba, Pin Duo Duo, Meituan, JDD, Baidu voire Bytedance. Mais il sera plus difficile de reconstruire une industrie autochtone du logiciel en Europe, tant les infrastructures indispensables du cloud sont désormais centralisées aux Etats-Unis. Sans parler du fait que l’UE est composée d’une multitude de marchés, avec de fortes barrières culturelles et réglementaires à l’entrée.

    Le sursaut européen est-il indispensable ? Oui, c’est même une question de survie. Inspirée par les succès de Musk avec Tesla et SpaceX, une poignée d’entrepreneurs aguerris s’attaque aujourd’hui à l’industrie manufacturière, partant du principe que ces voitures, ces fusées ou ces réacteurs sont avant tout des logiciels dans un objet dont on peut radicalement repenser la conception. Ils s’appellent Anduril, Commonwealth fusion ou Figure et vous entendrez bientôt parler d’eux. Ils vont tailler des croupières aux industriels existants, qu’ils soient américains ou européens. Outre-Atlantique, ce sera une destruction créatrice, ici, une extinction de masse.

    Sur les ruines de la bulle Internet

    Réduire cette domination au génie de quelques individus est un raccourci douteux car il laisse supposer que le destin se joue à peu de choses, alors même que des forces structurelles sont à l’œuvre depuis longtemps. Il faut d’abord accepter l’idée, contre-intuitive, qu’une bulle spéculative est un bienfait. Aux Etats-Unis, l’investissement en capital-risque passe de 7 à 120 milliards de dollars entre 1995 et 2000. La même année, l’Europe plafonne à 25 milliards. Cet effort exceptionnel (1,2 % du PIB) engendre un gaspillage énorme. Qui se souvient des sites d’e-commerce Pets.com, Webvan ou eToys, du service de livraison à domicile Kozmo.com, du réseau social TheGlobe.com ? Moins de 1 entreprise sur 4 cotée sur le Nasdaq en 2000 existe encore aujourd’hui en tant qu’entité indépendante. Qu’importe : dans la technologie, le fait de disposer d’une base large est le meilleur moyen de compenser l’attrition. Le même schéma se répète aujourd’hui sur l’intelligence artificielle alors que les Etats-Unis s’apprêtent à engloutir 1 000 milliards de dollars dans les data centers pour soutenir la vague de l’IA.

    Sur les ruines, encore brûlantes, de la bulle des dotcom, les survivants ont poussé rapidement leur avantage. Google et Salesforce entrent en Bourse en 2004, au moment où Amazon Web Services généralise le cloud computing. Toujours en 2004, Facebook voit le jour dans un dortoir à Harvard et un jeune entrepreneur, Elon Musk, investit sa plus-value issue de PayPal dans le rachat d’un petit constructeur automobile créé un an auparavant, Tesla.

    En Europe, la riposte patine. Il y a pourtant du monde à Reims, ce 30 août 2005. Le président de la République fait sa rentrée politique avec l’installation de l’Agence de l’innovation industrielle dans la cité champenoise. L’occasion pour Jacques Chirac de rappeler son attachement à Quaero. Quaero, c’est ce moteur de recherche Internet européen, développé par Thomson et Deutsche Telekom pour rivaliser avec Google et Yahoo. « Nous sommes engagés dans une compétition mondiale pour la suprématie technologique », avertit alors, avec prescience, le chef de l’Etat.

    Quelques mois plus tôt, un rapport commandé à l’ancien Premier ministre néerlandais Wim Kok a pourtant enterré « la stratégie de Lisbonne » qui devait faire de l’Union européenne en 2010 « l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ». Nous sommes donc en 2005, Internet se résume aux opérateurs téléphoniques, qui déploient le haut débit, et aux sites d’e-commerce. En ce domaine, l’Europe semble rattraper son retard. Les ventes en ligne, qui étaient 3 à 4 fois plus basses qu’aux Etats-Unis en 1999, ne le sont plus que 2 fois, poussées par l’adoption de l’euro et la simplification des transactions transfrontalières. Arrive la grande crise financière de 2008, précipitée par la chute de Lehman Brothers : les Européens pensent que le temps de l’Amérique est révolu, alors même que c’est le Vieux Continent qui en paiera le prix fort, entre explosion des dettes souveraines et politiques d’austérité. A la sortie de la crise, la toute-puissance des acteurs américains est éclatante. Et pour cause : l’accès aux données est désormais verrouillé.

    La Big Tech chasse en meute

    En juin 2011, le président de Google, Eric Schmidt, affirme qu’un quartet d’entreprises dirige désormais la technologie. Google, Apple, Amazon et Facebook ont parfaitement exploité la stratégie de plateforme. En France, l’acronyme Gafa émerge. Moins d’un an plus tard, on le retrouve dans un rapport d’information du Sénat qui se plaint… de l’érosion des bases fiscales. Fleur Pellerin, alors ministre de l’Economie numérique, se lamente de l’absence d’un Gafa européen. Le terme deviendra Gafam avec l’ajout de Microsoft, mais il ne percera jamais réellement aux Etats-Unis qui lui préféreront celui de Big Tech, en écho aux Big Oil – les pétroliers – et Big Tobacco – les fabricants de cigarettes. Cette différence sémantique est intéressante. La Big Tech n’est pas une réduction à quelques entités mais la désignation d’un secteur tout entier, qui chasse en meute.

    Les plateformes qui servent d’accès à Internet se rendent alors vite compte qu’elles peuvent atteindre une taille inédite là où celles offrant des services ou des biens physiques sont limitées. Le moteur de recherche de Google était accessible en 100 langues six ans à peine après sa création. Dans la Silicon Valley, cet effet d’échelle devient un mantra. Plus de clients signifient plus de ressources financières, donc plus d’emplois et de dividendes. Mais l’histoire aurait pu s’arrêter là si la génération d’entrepreneurs des années 1990 n’avait pas forcé le sacro-saint consensus actionnarial. Jeff Bezos impose à ses actionnaires des années de vaches maigres car il réinvestit l’intégralité des profits d’Amazon, notamment dans les data centers. Sergey Brin and Larry Page suivent les conseils de Warren Buffet et créent deux catégories d’actions Google, ce qui leur laisse la majorité des droits de vote avec seulement 16 % des titres. Mark Zuckerberg copie cette structure duale lors de l’introduction de Facebook sur le Nasdaq en 2012. Steve Jobs, président d’Apple jusqu’en 2011, avait, lui, suspendu tout dividende depuis 1996. Si Jensen Huang, le fondateur de Nvidia, se résout à en verser en 2012, il avertit ses actionnaires que le pari de faire de ses cartes graphiques des processeurs pour les modèles d’intelligence artificielle prendra au moins une décennie.

    Des acquisitions ingénieuses

    Ce réinvestissement constant des profits soutient un effort de recherche et développement d’une ampleur jamais vue. En 2010, Google crée Google X, un fonds chargé de financer des projets révolutionnaires. Beaucoup ont échoué, mais parmi les réussites figurent Waymo, le leader des voitures autonomes aux Etats-Unis, DeepMind et Google Brain. Ce sont les équipes de ces deux entités qui ont forgé le concept de transformers, précurseurs des modèles de langage étendus et donc de l’intelligence artificielle générative. Les deux entreprises aujourd’hui en pointe dans la conquête spatiale, SpaceX et Blue Origin, ont été fondées respectivement en 2002 et 2000 par Musk et Bezos. Deux visionnaires de long terme.

    Les cash-flows importants que génèrent ces géants, conjugués à la forte appréciation des marchés boursiers sur la période 2005-2015, leur permettent enfin de multiplier les acquisitions. Celles-ci s’inscrivent surtout dans une logique conglomérale, autrement dit absorber une entreprise qui vend un autre service, plutôt qu’horizontale – acheter un concurrent – ou verticale – acheter un fournisseur. Ce choix signe le deuxième acte de résistance du secteur face aux marchés financiers qui avaient acté l’inefficacité du conglomérat. Pour autant, la Big Tech n’est pas une simple machine à avaler. Google est réputé avoir réalisé avec YouTube l’un des rachats les plus profitables de l’histoire. Son coût ? 1,7 milliard de dollars en échange de titres alors que cette division génère aujourd’hui 50 milliards de recettes par an. Mais le chemin depuis le zéro revenu de 2006 est à mettre au crédit de la maison mère : elle n’a jamais cessé d’investir dans sa pépite.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/derriere-la-generation-musk-comment-la-big-tech-americaine-sest-mise-sur-orbite-HXFL7M5NQRGE7OYNWRKRLLYV7M/

    Author : Robin Rivaton

    Publish date : 2025-02-03 17:28:00

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  • IA : l’Inesia, le nouvel instrument de surveillance de la France

    La France a annoncé, vendredi 31 janvier, se doter d’un institut public de surveillance de l’intelligence artificielle (IA) chargé de « l’anticipation des possibles risques inhérents à cette nouvelle technologie ».

    Baptisé « Institut national pour l’évaluation et la sécurité de l’intelligence artificielle (Inesia) », il est « piloté par le secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale au nom du Premier ministre et par la Direction générale des entreprises du ministère de l’Economie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique », a précisé le gouvernement dans un communiqué publié ce lundi. Il ajoute que cet institut permettra de « fédérer un écosystème d’acteurs nationaux ».

    Sans créer une nouvelle structure juridique, l’Inesia fédère l’agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique, le Laboratoire national de métrologie et d’essais et le Pôle d’expertise de la régulation numérique. Il ne sera pas doté des pouvoirs d’un régulateur mais doit « étudier scientifiquement l’ensemble des effets de cette technologie, y compris en termes de sécurité », a expliqué le gouvernement.

    Le gouvernement a affirmé créer cet institut « conformément aux priorités établies en mai 2024 par la Déclaration de Séoul pour une IA sûre, novatrice et inclusive ». Celle-ci a été adoptée par l’Union européenne, trois de ses membres dont la France, et sept autres pays en pointe dans les nouvelles technologies (Australie, Canada, Corée du Sud, Etats-Unis, Japon, Royaume-Uni et Singapour).



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/ia-linesia-le-nouvel-instrument-de-surveillance-de-la-france-SJQFXUODNBHXFLITO64RWNIOVQ/

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    Publish date : 2025-02-03 16:19:00

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  • Donald Trump et les droits de douane : les Etats-Unis non plus n’en sortiront pas indemnes

    Il l’avait dit, il l’a fait. En instaurant des droits de douane additionnels de 10 % sur les importations en provenance de Chine, et de 25 % sur celles venues du Mexique et du Canada, Donald Trump a mis sa menace à exécution. Le prétexte de cette guerre commerciale – punir trois pays qui ne lutteraient pas assez contre l’introduction de drogues aux Etats-Unis – ne trompe personne. L’Europe va connaître le même sort : elle n’a rien à voir avec les ravages que cause le fentanyl à New York ou Los Angeles.

    Sous couvert d’ »urgence nationale », le président américain revisite en fait sa propre conception du protectionnisme. Lors de son premier mandat, les taxes se voulaient défensives, pour protéger l’économie nationale de produits subventionnés dans d’autres pays, notamment en Chine. Sous Trump II, elles prennent un tour délibérément offensif : les centaines de milliards de dollars de recettes qu’en attend la Maison-Blanche sont censées tout à la fois compenser les baisses d’impôts promises par le républicain et obliger les gouvernements qui ont quoi que ce soit à négocier avec lui – autant dire, toute la planète… – à se plier à ses desiderata. Après le bouclier, le glaive. Sauf que l’arme des « tarifs » est à double tranchant.

    Au Mexique, cette chute atteindrait 16 %

    Dans une note instructive, Eric Dor, directeur des études économiques à l’Ieseg School of Management, fait l’inventaire des dommages potentiels. La Banque du Canada estime que les droits de douane américains, combinés aux mesures de rétorsion annoncées par Ottawa, pourraient déclencher une baisse du PIB de 3 % dès cette année. Au Mexique, cette chute atteindrait 16 %, d’après Bloomberg Economics.

    Les Etats-Unis n’en sortiront pas indemnes. L’aluminium québécois, plus compétitif, est essentiel à l’industrie américaine. Les raffineries du Midwest ne savent traiter que le pétrole lourd issu des sables bitumineux canadiens. Beaucoup d’entreprises agricoles américaines ont délocalisé leur production de viande, de fruits ou de sucre au Mexique. « Les chaînes d’approvisionnement d’un même produit se sont complexifiées et internationalisée, rappelle Eric Dor. Tout dérèglement de cette optimisation par des droits de douane entraîne une augmentation des coûts de production. »

    Donc des prix plus élevés pour le consommateur américain. Donald Trump lui-même l’a reconnu dans un post : « Va-t-on souffrir ? Oui, peut-être (et peut-être pas !) » Un jeu perdant-perdant, dont il espère sortir moins amoché que les autres.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/donald-trump-et-les-droits-de-douane-les-etats-unis-non-plus-nen-sortiront-pas-indemnes-LY3WI3QOQNAOJOTR7EYTS2Y3GI/

    Author : Arnaud Bouillin

    Publish date : 2025-02-03 15:00:00

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  • Guerre en Ukraine : la Russie a progressé de 430 km² sur le mois de janvier

    L’armée russe poursuit sa progression sur le territoire ukrainien. Les troupes de Moscou ont encore avancé de plusieurs centaines de kilomètres carrés sur la ligne de front, rien que sur le mois de janvier 2025. Bien que moins importante que lors des deux précédents mois, cette évolution montre que la tendance sur le terrain est à l’avantage de la Russie ces derniers mois. D’autre part, Kiev tente de réagir, espérant toujours pouvoir compter après l’élection de Donald Trump à Washington sur le soutien militaire américain, indispensable à ses forces armées.

    En plus de l’offensive dans la région russe de Koursk, les forces ukrainiennes mènent régulièrement d’autres opérations sur des sites sensibles russes. Ce lundi 3 février, Kiev a ainsi confirmé avoir touché des installations énergétiques dans l’ouest de la Russie. Dans le détail, ces tirs de drones « ont frappé la raffinerie de pétrole de Volgograd […] et l’usine de traitement de gaz d’Astrakhan ».

    Les infos à retenir

    ⇒ La Russie a progressé de 430 km² sur le champ de bataille ukrainien en janvier

    ⇒ Kiev a frappé plusieurs sites liés au gaz et au pétrole dans l’ouest de la Russie

    ⇒ Un séparatiste ukrainien tué dans une explosion à Moscou

    Des installations énergétiques frappées par Kiev en Russie

    Kiev a confirmé lundi avoir mené des frappes de drone contre plusieurs installations énergétiques du sud-ouest de la Russie. Les forces armées et les services de sécurité ukrainiens « ont frappé la raffinerie de pétrole de Volgograd […] et l’usine de traitement de gaz d’Astrakhan », a annoncé l’état-major ukrainien, dans un message publié sur Facebook. Le premier de ces deux sites traite « près de 6 % du pétrole russe », selon les estimations du SBU, les services secrets ukrainiens. Au total, 70 drones ukrainiens ont été détruits par les forces du Kremlin au-dessus de la Russie la nuit dernière, d’après le ministère russe de la Défense.

    Kiev a intensifié ses attaques aériennes contre les installations énergétiques et militaires russes ces derniers mois. Cette stratégie est décrite comme une réponse aux bombardements de la Russie contre ses villes et son réseau énergétique depuis bientôt trois ans. Des attaques qui ont conduit le gouvernement ukrainien à imposer des coupures de courant d’urgence dans de nombreuses régions du pays, afin d’économiser de l’énergie.

    Une progression de 430 km² de l’armée russe en janvier 2025

    Moscou continue d’avancer en Ukraine. Selon un calcul de l’AFP, basé sur les données fournies par l’Institut américain pour l’étude de la guerre (ISW), la Russie a progressé de 430 km² sur le champ de bataille ukrainien durant le mois de janvier 2025. Un nouveau chiffre qui confirme l’évolution des combats sur le terrain ces derniers mois, après une précédente avancée de 476 km² en décembre et une progression record de 725 km² en novembre. La marche en avant russe est essentiellement concentrée sur la région de Donetsk, où Moscou tente de s’emparer de la ville de Pokrovsk.

    L’armée russe a également avancé d’une cinquantaine de km² sur le front nord-est autour de la ville de Koupiansk, en établissant courant janvier sa tête de pont sur la rive occidentale de la rivière qui avait longtemps marqué la ligne de front entre les deux camps. Les progressions de la Russie en Ukraine avaient déjà ralenti lors des deux hivers précédents. Celles de janvier 2025 sont tout de même aussi vastes que les deux mois de janvier 2023 et 2024 réunis (285 et 146 km²), signe d’une phase du conflit plus favorable à Moscou.

    Un séparatiste ukrainien tué à Moscou dans une explosion

    Armen Sarkissian, un séparatiste ukrainien pro-russe de 46 ans, a été tué à Moscou dans une explosion ce lundi 3 février, ont annoncé les autorités russes. L’homme était considéré comme un baron du crime et le fondateur d’un bataillon combattant l’armée ukrainienne. L’explosion s’est produite au sein d’un complexe résidentiel de luxe du nord-ouest de Moscou. Le garde du corps de la victime est également décédé, alors que quatre autres blessés ont été envoyés à l’hôpital.

    Le ou les auteurs de cette explosion ne sont pour le moment pas connues. Une source proche des forces de l’ordre s’est contentée de mentionner que cette attaque avait été commanditée et « soigneusement planifiée », selon des propos rapportés par l’agence d’État russe TASS. Le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov a déclaré pour sa part que « les services spéciaux font leur travail » et que les informations étaient en train d’être clarifiées. Selon les services secrets ukrainiens, les autorités russes avaient chargé Armen Sarkissian de créer cette « nouvelle formation armée » après le début de leur offensive de 2022 en Ukraine.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/amerique/guerre-en-ukraine-la-russie-a-progresse-de-430-km-sur-le-mois-de-janvier-QTV7AKVG3NHNXDKDGAZ3KAJGDE/

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    Publish date : 2025-02-03 13:25:00

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  • Droits de douane : face à Donald Trump, l’UE prête à montrer les muscles

    Les dirigeants de l’Union européenne ont affiché lundi 3 février unité et fermeté face aux menaces de droits de douane de Donald Trump, tout en appelant le président américain à la raison pour éviter une guerre commerciale qui ne ferait que des perdants. « Si nous étions attaqués sur les sujets commerciaux, l’Europe, comme une puissance qui se tient, devra se faire respecter et donc réagir », a déclaré le président français Emmanuel Macron, en ouverture d’une réunion informelle des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE à Bruxelles.

    L’Allemagne, traditionnellement plus prudente sur la relation transatlantique et les questions commerciales, a assuré que l’Europe saurait répliquer si nécessaire à d’éventuels droits de douane américains visant ses produits. « Les États-Unis et l’Europe bénéficient des échanges de marchandises, des échanges de services. Si maintenant la politique tarifaire complique cela, ce serait mauvais pour les États-Unis, mauvais pour l’Europe », a affirmé le chancelier allemand Olaf Scholz. « Il est clair qu’en tant que grande zone économique, nous pouvons […] réagir aux politiques douanières avec des politiques douanières. Nous devons le faire et nous le ferons ». « Mais l’objectif doit être de privilégier la coopération », a-t-il nuancé.

    Ouverture au dialogue

    Cette ligne de fermeté et d’ouverture au dialogue était également incarnée par la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. « Nous avons besoin de l’Amérique et l’Amérique a besoin de nous aussi », a-t-elle déclaré. « Les droits de douane augmentent les coûts. Ils ne sont pas bons pour l’emploi, et ils ne sont pas bons non plus pour les consommateurs, c’est clair », a-t-elle ajouté.

    @lexpress

    🇺🇸 « Le Trump de 2025 n’est pas le Trump de 2017 », assure notre journaliste Axel Gyldén. Dans cette vidéo, il vous explique pourquoi. Son analyse complète est à lire sur L’Express. #donaldtrump #étatsunis #monde #international #news #apprendresurtiktok #tiktokacademie #Sinformersurtiktok #newsattiktok

    ♬ original sound – L’Express

    « Nous devons faire tout notre possible pour éviter ces droits de douane et ces guerres commerciales totalement inutiles et stupides », a estimé le Premier ministre polonais Donald Tusk. « Mais en même temps, et c’est mon conseil à tous mes collègues ici à Bruxelles, nous devons, lors de nos éventuelles discussions avec nos amis américains, ne pas perdre de vue nos intérêts, ne pas perdre notre respect de nous-mêmes et notre confiance en nous », a-t-il poursuivi, soulignant que ce n’était « pas facile ».

    L’Union européenne avait assuré dès dimanche qu’elle riposterait « fermement » si Donald Trump lui imposait des droits de douane, regrettant ceux déjà annoncés à l’encontre du Canada, du Mexique et de la Chine. « L’UE répondra fermement à tout partenaire commercial qui imposerait de manière injuste ou arbitraire des droits de douane sur les produits de l’UE », a affirmé un porte-parole de la Commission européenne. Ce qui n’a pas empêché le président américain de répéter quelques heures plus tard que les produits européens seraient « très bientôt » à leur tour visés par des droits de douane. « Ils ne prennent ni nos voitures ni nos produits agricoles, quasiment rien et nous prenons tous, des millions de voitures, des niveaux énormes de produits agricoles », a-t-il expliqué à la presse, ajoutant : « Je n’ai pas de calendrier mais c’est pour très bientôt ».



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/droits-de-douane-face-a-donald-trump-lue-prete-a-montrer-les-muscles-GJR76VZ25NGD7K6WT5LTSH4AQA/

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    Publish date : 2025-02-03 11:43:00

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  • Français détenus en Iran : la réponse de Téhéran à Emmanuel Macron

    L’Iran a fustigé lundi 3 février des propos « non constructifs » du président français sur la détention de deux Français depuis plus de 1 000 jours et d’un troisième depuis plus de deux ans en Iran. Vendredi, Emmanuel Macron a dénoncé la « détention indigne et arbitraire » des trois ressortissants français, les qualifiant d’ »otages », et exigé leur libération.

    Lundi, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Emsaïl Baghaï, a critiqué le chef d’Etat français pour cette déclaration, affirmant : « Les décisions prises dans notre système (judiciaire) étaient conformes à la loi ». « Nous ne pensons pas que de tels commentaires soient utiles ou constructifs […] et ils ne contribuent pas à apaiser les relations entre les deux pays », a-t-il indiqué lors d’une conférence de presse.

    Cécile Kohler, 40 ans, a été arrêtée le 7 mai 2022, au dernier jour d’un voyage touristique en Iran, où les autorités l’accusent d’espionnage. Jacques Paris, le compagnon de Cécile Kohler, a été arrêté en même temps qu’elle, tandis qu’Olivier Grondeau, détenu depuis plus de deux ans, est sorti de l’anonymat début janvier.

    Cécile Kohler « extrêmement affaiblie »

    Un autre Français, Louis Arnaud, consultant âgé aujourd’hui de 36 ans, avait été arrêté en septembre 2022 à Téhéran, au moment où débutaient les manifestations de l’automne 2022, déclenchées par la mort en détention de Mahsa Amini, une jeune kurde iranienne arrêtée pour avoir enfreint le code vestimentaire strict imposé aux femmes. Il a été libéré en juin 2024.

    La famille de Cécile Kohler a demandé vendredi au président Macron d’intervenir pour obtenir sa libération, lors d’un rassemblement dans sa petite ville d’Alsace, dans l’est de la France. « Voilà 1 000 jours que tu as été prise en otage. Pourquoi ? », a lancé la mère de Cécile Kohler, Mireille Kohler, en s’adressant à quelque 300 personnes rassemblées devant l’hôtel de ville de Soultz, commune de 7 000 habitants proche de Mulhouse.

    Selon l’Iranienne et prix Nobel de la Paix Narges Mohammadi, qui a été emprisonnée à la prison d’Evin, Cécile Kohler est « extrêmement affaiblie ». « Se retrouver trois ans comme elle, sans pouvoir bouger, sans pouvoir prendre l’air, cela peut lui être fatal », a déclaré Narges Mohammadi lors d’une permission de sortie début janvier.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/francais-detenus-en-iran-la-reponse-de-teheran-a-emmanuel-macron-WJ25MJUNDVFTZOPGTR5YLPT43A/

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    Publish date : 2025-02-03 10:42:00

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  • Belgique : le conservateur Bart De Wever devient Premier ministre

    Le chef des conservateurs flamands, Bart De Wever, est devenu lundi 3 février officiellement le nouveau Premier ministre belge, en prêtant serment devant le roi Philippe au palais royal avec les 14 membres de son gouvernement, a rapporté un journaliste de l’AFP. Le dirigeant de 54 ans, dont 12 ans comme maire d’Anvers (nord), est le premier indépendantiste flamand à prendre la tête du gouvernement fédéral en Belgique.

    Près de huit mois après les élections législatives, marquées par la victoire de son parti (N-VA) en Flandre, il va ancrer le pays davantage à droite avec les quatre partis partenaires de sa coalition. Bart De Wever a promis d’être plus strict sur la politique de l’asile, la sécurité et de « récompenser le travail » en limitant à deux ans le droit aux allocations chômage.

    Peu après 9h00, il a été le premier membre du gouvernement à s’avancer vers le roi Philippe pour prêter serment devant le souverain, l’étape institutionnelle qui marque l’entrée en fonction du nouveau gouvernement. Côté casting, cette équipe ignore le principe de la parité. Elle compte au total 11 hommes pour quatre femmes. « Je suis surpris, c’est dommage », a dit dimanche Bart De Wever, en rappelant que la désignation des ministres était la responsabilité des chefs des partis engagés dans la coalition.

    Un accord de coalition trouvé après sept mois

    Le nouvel attelage succède à celui du libéral Alexander De Croo en place depuis octobre 2020. Il signe le retour au pouvoir de l’Alliance néoflamande (N-VA), déjà associée à un gouvernement de centre droit entre 2014 et 2018. Après une longue attente de sept mois et demi depuis les élections de juin, un accord de coalition avait été scellé vendredi soir entre les cinq partis. L’accord a été rendu compliqué par l’effort budgétaire et les importantes réformes socio-économiques à mener pour assainir les finances publiques.

    Outre la N-VA -dont Bart De Wever abandonne la présidence-, la coalition réunit les chrétiens-démocrates (CD & V) et les socialistes flamands (Vooruit), ainsi que deux formations francophones, le Mouvement réformateur (MR, libéral) et les Engagés (centriste). Les cinq partis représentent 81 des 150 députés de la nouvelle Chambre élue le 9 juin.

    Alors que la Belgique compte parmi les pays de l’UE ciblés par une procédure de déficit excessif, il est question de dégager 20 milliards d’euros pour rentrer progressivement dans les clous européens, en limitant les dépenses publiques dans de nombreux secteurs. Une perspective redoutée par les syndicats, qui ont appelé à une nouvelle mobilisation à Bruxelles le 13 février afin de défendre les régimes spéciaux de retraite.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/belgique-le-conservateur-bart-de-wever-devient-premier-ministre-XZ77PHK7I5CGFPNVWLEJWQTGLA/

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    Publish date : 2025-02-03 08:57:00

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  • Petro Porochenko : « Face à Poutine, Donald Trump est capable d’obtenir la paix par la force »

    Après Bruxelles, Londres, Paris et Berlin, il rencontre, ce lundi 3 février à Washington, la nouvelle administration américaine. En marge de la diplomatie ukrainienne officielle, Petro Porochenko, président de l’Ukraine de 2014 à 2019, aujourd’hui député et chef du parti d’opposition Solidarité européenne, veut « renforcer la position de l’Ukraine dans les négociations », alors que Donald Trump a fixé « cent jours » à son émissaire, le général Keith Kellogg, pour mettre les belligérants autour d’une table.

    Mais à quel prix ? « Pas de compromis sur la sécurité et sur notre intégrité territoriale », clame l’ancien président. Et que pense-t-il de l’idée d’organiser des élections cette année, comme l’a suggéré, ce 1er février, le général Kellogg ? Mauvaise idée ! tonne Porochenko. « Il n’y aurait qu’un seul vainqueur et il s’appelle Poutine, car il aura réussi à casser notre unité. » Entretien.

    L’Express : Pourquoi avoir organisé cette tournée européenne ?

    Petro Porochenko : Aujourd’hui, l’essentiel de mon activité consiste, via mon organisation et mes donations, à porter assistance aux soldats. La semaine dernière, nous avons par exemple livré dix drones de nuit, à 4 000 dollars pièce, aux forces spéciales qui ont capturé des soldats nord-coréens, pour les récompenser de cet exploit. Mais en tant que parlementaire, je veux contribuer à renforcer la position ukrainienne dans les futures négociations. C’est pourquoi je suis allé à Varsovie pour rencontrer le ministre des affaires étrangères, puis à Bruxelles pour parler, notamment, à Kaja Kallas [NDLR : Haute représentante de l’Union pour les Affaires étrangères et la sécurité] et au commissaire européen à la défense Andrius Kubilius. À Paris, ensuite, j’ai rencontré des membres du gouvernement, du Parlement et de la commission de défense du Sénat. Ces rencontres ont été fructueuses. Nous avons notamment discuté de la livraison de Mirage 5, qui aura lieu ce mois-ci, mais aussi de l’initiative des Pays-Bas, qui consiste à financer la production d’armements directement sur le sol ukrainien. Ce modèle est très prometteur.

    Enfin, nous avons évoqué la nouvelle administration américaine au pouvoir. J’estime que le président Macron peut nous aider – tout comme la Présidente du conseil italien, Georgia Meloni – à renforcer notre canal de communication avec l’équipe Trump qui, selon moi, manque de substance.

    Ce lundi, vous êtes à Washington. Que peut-on attendre de Donald Trump sur le sujet ukrainien ?

    Je connais le président Trump depuis longtemps. J’ai travaillé avec lui et je le considère comme un dirigeant fort. Il ne fera preuve d’aucune faiblesse dans ses relations avec Poutine. C’est pourquoi je considère son arrivée au pouvoir comme une « fenêtre d’opportunités » pour les négociations. Certes, elle est étroite, mais elle existe. S’il est soutenu par les États membres de l’Otan et par l’Europe, il a une bonne chance de terminer la guerre par la force. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : avoir la paix par la force. Trump n’acceptera pas un scénario faible parce qu’un scénario faible serait une victoire de Poutine. N’oublions pas que c’est Trump qui a donné à l’Ukraine, pour la première fois, des armes létales. Et c’est également lui qui a introduit les premières sanctions contre le gazoduc Nordstream.

    Peut-il y avoir, selon vous, un nouveau Yalta, c’est-à-dire une négociation entre Trump et Poutine, sans l’Ukraine et les Européens ?

    Ce serait un très grand danger. Rien ne doit être décidé sur l’Ukraine sans l’Ukraine. Et rien, non plus, sur l’Europe sans l’Europe. Aucune négociation bilatérale ne doit avoir lieu. Notre force est l’unité. Lors des négociations avec la Russie, dans le cadre du format Normandie [NDLR : rencontres diplomatiques qui ont eu lieu pendant la première guerre du Donbass entre l’armée ukrainienne et les républiques séparatistes de Donetsk et Lougansk et qui rassemblait l’Ukraine, l’Allemagne, la France et la Russie], Kiev, Paris et Berlin se mettaient d’accord sur une position commune, et celle-ci était ensuite présentée à Vladimir Poutine. Nous faisions bloc.

    Poutine ne comprend qu’un langage, celui de la force. Nous ne pouvons pas aller voir Poutine avec une position faible. C’est pourquoi nous ne devons pas accepter une négociation bilatérale de type « tête à tête » entre Trump et Poutine. C’est pourquoi, aussi, il faut rendre l’Ukraine plus forte avant de négocier, ce qui passe par une reprise des livraisons d’armes.

    Concernant les sanctions, faut-il les renforcer ?

    Poutine ne doit plus pouvoir financer la guerre. Pour cela, il faut s’attaquer à l’économie russe, qui est en surchauffe et connaît une inflation élevée. Si l’économie flanche, Poutine sera en danger et il le sait. Trois types de sanctions ont démontré leur efficacité : le gel des avoirs bancaires, la déconnexion des banques russes du système financier mondial Swift et les sanctions contre la flotte fantôme, qui permettent de s’attaquer aux exportations de gaz et de pétrole. Cela fonctionne. Par peur des sanctions, certaines compagnies indiennes et chinoises se détournent désormais de la Russie et cherchent d’autres fournisseurs, comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et l’Irak. Enfin, cessons d’acheter du gaz naturel liquéfié russe ! Il faut choisir : acheter du GNL russe qui financera la fabrication de missiles ou acheter du gaz norvégien, plus cher, mais qui privera Poutine d’importantes ressources financières…

    Vous connaissez Poutine, comment négocier avec lui ?

    En refusant tout chantage de sa part. On ne doit ni le craindre, ni lui faire confiance, car il n’a tenu aucun de ses engagements. Je le redis, il faut créer les conditions d’un rapport de force en montrant notre unité. Ensuite, nous devons refuser tout compromis sur notre identité nationale. Nous ne serons plus jamais une colonie russe. Nous n’accepterons pas de Yalta, pas plus que nous n’accepterons que les Russes occupent indéfiniment nos territoires. Cela signifie qu’il faudra continuer à travailler, encore et encore, pour aboutir à leur libération. Enfin, pas de compromis sur notre armée, car sans armée, notre sécurité ne sera jamais garantie.

    Vous savez, j’ai présidé un pays qui était protégé par une soi-disant garantie de sécurité, le mémorandum de Budapest [NDLR : en 1994, les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie ont signé avec Kiev un accord garantissant l’intégrité territoriale de l’Ukraine à condition que l’ex-République soviétique accepte de céder à la Russie ses missiles intercontinentaux et ses ogives nucléaires, ce qu’elle a fait]. Après mon élection [NDLR : juin 2014, deux mois après le début de la première guerre du Donbass], j’ai suivi à la lettre le protocole prévu par ce mémorandum en cas de menace sur notre souveraineté. Que s’est-il passé ? Rien ! Nous n’avons pas reçu d’assistance militaire au prétexte que nous n’avions pas été frappés par des armes nucléaires ! Alors les garanties de sécurité, c’est du blabla. Personnellement, je n’en vois qu’une : l’Otan. À mon sens, l’Alliance doit lancer la première étape de sa procédure vis-à-vis de l’intégration de l’Ukraine, à savoir une invitation formelle à la rejoindre. Croyez-moi, si l’Ukraine intégrait l’Otan, la guerre s’arrêterait immédiatement. Autrement, elle continuera et ne s’arrêtera pas aux frontières européennes. Peut-elle s’étendre aux pays baltes et à la Pologne ? Ma réponse est oui. Si vous n’arrêtez pas Poutine en Ukraine, vous, Européens, vous pouvez préparer vos économies, vos populations et vos armées à la guerre.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/petro-porochenko-face-a-poutine-donald-trump-est-capable-dobtenir-la-paix-par-la-force-TXYUABO74VDFPF6FJZ5NTRGWBQ/

    Author : Charles Haquet

    Publish date : 2025-02-03 08:05:00

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  • François Gemenne : « La Chine rit quand elle voit Donald Trump miser sur les énergies fossiles »

    Donald Trump tient ses promesses, et ce n’est pas une bonne nouvelle pour la planète. Au cours de sa première semaine de retour à la Maison-Blanche, le président américain a acté, pour la seconde fois, la sortie de son pays de l’accord de Paris sur le climat. Bien que prévisible, cette décision du deuxième pollueur mondial derrière la Chine, et premier pollueur historique, va porter un coup dur aux efforts visant à infléchir la trajectoire de réchauffement climatique.

    François Gemenne, professeur à HEC et président du Conseil scientifique de la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), identifie au moins trois risques découlant de ce retrait. Surtout, le membre du GIEC estime que « suivre la même voie que Donald Trump serait une très grave erreur ». L’Europe doit tracer son propre chemin et profiter de ce vide pour « négocier des partenariats avec les pays émergents ».

    L’Express : Les Etats-Unis ont confirmé auprès de l’ONU qu’ils se retireraient à nouveau de l’accord de Paris, une décision effective le 27 janvier 2026. Quelles peuvent être les conséquences pour la lutte mondiale contre le changement climatique ?

    François Gemenne : Si on regarde l’aspect de la coopération internationale, j’identifie trois risques immédiats, que je vais ranger par ordre d’importance. Le premier : celui de l’effet « domino ». On en avait déjà parlé lorsque les États-Unis étaient sortis une première fois de l’accord de Paris, en 2017. Le Brésil avait voulu leur emboîter le pas mais Jair Bolsonaro, alors président, avait été retenu par les milieux d’affaires, qui préféraient nettement la stabilité au sein de l’accord à l’incertitude entraînée par sa sortie.

    Cette fois-ci, on voit bien qu’il y a un risque plus grand que d’autres pays suivent, même si je suis un peu rassuré par le fait que personne d’autre ne l’ait annoncé jusqu’à présent.

    L’Argentine avait émis l’idée…

    On avait même craint qu’elle n’en sorte avant les États-Unis ! Javier Milei avait rappelé à Buenos Aires les délégués argentins qui étaient à la COP29. Je ne l’ai plus entendu sur ce sujet depuis. Mais cela reste évidemment un risque très important.

    Quels pays pourraient vouloir suivre cette démarche ?

    On pense à l’Argentine, au Venezuela, à la Russie, peut-être demain à la Hongrie. Et potentiellement certains pays africains. Plusieurs Etats pourraient être tentés, parce qu’ils ont un leader populiste, d’emboîter le pas d’un autre. Ce serait très grave si cela se produisait. Pas seulement parce que les pays sortiraient de l’accord de Paris, mais parce que sa pierre angulaire, c’est-à-dire la participation universelle, tomberait alors à terre. Au moment des négociations de la COP21, en 2015, on a choisi de ne pas fixer des limites impératives d’émissions de gaz à effet de serre pour avoir tous les pays à bord. Or si plusieurs d’entre eux en sortent, c’est la double peine : on n’aura pas eu de limites contraignantes et on n’aura pas eu, non plus, la participation universelle. Le retrait des Etats-Unis est déjà une forme de double peine, car on n’avait pas mis de limites contraignantes à l’accord de Paris en premier lieu à la demande… des États-Unis.

    Le deuxième risque concerne notre trajectoire d’émissions. L’accord de Paris prévoit que les pays, tous les cinq ans, revoient à la hausse leurs engagements. Or ils doivent le faire cette année, avant la COP30 qui aura lieu à Belém (Brésil) en novembre. On peut craindre que beaucoup de nations, voyant les États-Unis se retirer, se désengagent elles aussi, disant qu’elles ne vont pas augmenter leurs ambitions dans ces conditions. Au contraire, lors de la dernière révision, plusieurs pays – dont la Chine – les avaient augmentées parce qu’ils avaient vu le réengagement de l’administration américaine. C’était une dynamique positive. Ce qui ne sera peut-être pas le cas cette fois-ci, puisqu’on est dans un système de coopération où les engagements des uns sont alignés sur ceux des autres.

    Quel est le troisième risque ?

    C’est peut-être le plus important, et celui dont on parle le moins : le risque d’immobilisme associé à ces revirements permanents. C’est-à-dire que tous les opérateurs économiques de la transition, les investisseurs et les industriels, voyant qu’on change d’orientation aussi régulièrement, attendent et se disent : « On ne va rien faire car on ne voit pas dans quel sens va évoluer la législation. » La visibilité est un élément absolument crucial de la transition. Si des leaders populistes remettent en cause, d’un coup, tout ce qui a été fait au cours des dernières années, le climat d’instabilité va bloquer les investissements.

    Prenez un cas concret. En France, ArcelorMittal, qui est une industrie très lourde, peut moderniser son processus de fabrication d’acier pour réduire ses émissions. Cela coûte 200 millions d’euros. Mais ArcelorMittal dit clairement qu’il ne peut pas se le permettre s’il n’a pas une visibilité à 15 ou 20 ans sur l’évolution de la réglementation ou sur le prix du carbone.

    Pensez-vous que le constat est le même que le président des Etats-Unis soit démocrate ou républicain ?

    Je n’avais pas sauté de joie, contrairement à tous mes collègues, quand Joe Biden a fait revenir les Etats-Unis dans l’accord de Paris. Car cela créait l’idée d’un engagement américain à géométrie variable, en fonction de la couleur politique du président. Or il y aura toujours des alternances, c’est la démocratie. La difficulté, pour les investisseurs, est de ne pas savoir à quoi s’en tenir sur le long terme.

    Quelle stratégie l’Union Européenne doit-elle tenir face à un Donald Trump pro-business et anti-climat ?

    Je considère que celle adoptée en 2019 par le Green Deal était la bonne. L’idée était de tracer une voie européenne qui soit aussi un nouveau modèle économique, un nouveau modèle de création de valeur. A l’époque, je le rappelle, le Green Deal était porté par un très large consensus politique, aussi bien défendu par la conservatrice Ursula von der Leyen que par le socialiste Frans Timmermans. Et je ne sais par quel mystère de populisme, de désinformation, de bureaucratie et de maladresse dans la communication, ce qui était en 2019 un nouveau modèle économique est aujourd’hui devenu une sorte de contrainte dont on voudrait s’affranchir.

    Suivre la même voie que Donald Trump serait une très grave erreur. D’un point de vue strictement économique, je ne parle même pas du climat, il fait un calcul de très court terme en misant sur ce qu’il reste des énergies fossiles, plutôt qu’en modernisant l’industrie américaine. Il va même, d’une certaine manière, à l’encontre de ce que faisaient les investisseurs ces dernières années. On a vu un énorme boom des renouvelables aux Etats-Unis parce que ceux-ci, souvent mieux avisés que les politiques, comprennent bien que ce seront les énergies du XXIe siècle.

    En Europe, on voit qu’un enjeu essentiel pour la compétitivité des entreprises, outre la question fiscale, est celle du prix de l’énergie. Il y est deux fois plus cher qu’aux Etats-Unis, lui-même deux fois plus cher qu’en Chine. Si Donald Trump veut forer du pétrole et du gaz, c’est pour le faire baisser encore davantage. Mais chez nous, on ne peut pas aller chercher du pétrole, du gaz ou du charbon, tout simplement parce qu’on n’en a pas ! Ceux qui veulent se débarrasser du Green Deal et faire une pause sur la transition ne prennent pas en compte cette réalité physique.

    On a alors deux solutions. La première : acheter des énergies fossiles à l’étranger. On a acheté du gaz à la Russie, ce qui nous a coûté très cher, on achète du pétrole aux Etats-Unis – et je ne pense pas qu’on ait un prix d’ami. La seconde : produire notre propre énergie. C’est la meilleure chose à faire dans l’intérêt de nos industries – et je raisonne ici comme si le changement climatique n’existait pas. Pour ce faire, deux solutions encore : soit du nucléaire, soit des renouvelables. Ma conviction est qu’il faut faire les deux, autant que possible. La difficulté avec le nucléaire, c’est qu’il coûte cher et demande des investissements, surtout publics, et que les gouvernements n’ont plus d’argent. Il reste les énergies renouvelables. L’avantage, c’est qu’elles sont déployables plus rapidement et que le privé peut venir à la rescousse du public.

    Mais il faut avoir une vraie politique énergétique commune. On est dans un système où on a à la fois un marché européen de l’énergie et 27 politiques complètement différentes les unes des autres. On en arrive forcément à des aberrations au niveau des prix pour les industriels. On n’a pas encore véritablement de réseaux connectés intelligents qui permettent de pallier l’intermittence des énergies renouvelables. Il y a donc énormément à faire en la matière, il faut mettre le turbo dans l’intérêt de nos entreprises et de leur compétitivité. Et en plus, c’est bon pour le climat.

    Le moyen d’action de l’Europe, c’est donc de ne pas détricoter son Green Deal

    C’est surtout de l’accélérer ! Sincèrement, je pense que les Chinois rient sous cape quand ils voient Donald Trump réinvestir et miser sur les énergies fossiles. C’est comme si Orange, en France, relançait la téléphonie fixe. Je crains, hélas pour les Américains, qu’ils ne soient ridiculisés par la Chine sur le plan énergétique de la même manière qu’ils viennent d’être ridiculisés avec DeepSeek sur l’intelligence artificielle.

    L’Union européenne peut-elle monter d’autres alliances avec des États ambitieux sur les questions climatiques, comme le Brésil ou la Chine ?

    Précisément à l’époque où les États-Unis sont dans une logique très forte de protectionnisme économique, d’instauration de taxes douanières, et vont se mettre à dos pas mal de pays, en tout cas d’un point de vue commercial, la chance de l’Europe est de négocier des partenariats avec les pays émergents tels que le Brésil, l’Inde, la Chine.

    Si elle cherche à nouer avec eux des accords de commerce et de libre-échange qui vont favoriser les biens peu carbonés et les énergies renouvelables, je pense qu’il est possible de faire émerger un nouveau modèle économique. Je suis frappé de voir à quel point on a les yeux rivés sur les États-Unis. Comme si, d’une certaine manière, il fallait suivre leur voie, comme si nous en étions absolument dépendants, alors que nous sommes un plus grand marché commercial ! A mon avis, le futur de l’économie se trouve plutôt dans les pays émergents.

    L’économiste Christian Gollier, dans une récente tribune au Monde, émet l’idée – à contre-courant – que l’Europe pourrait à son tour menacer de quitter l’accord de Paris, afin de le sauver. Qu’en pensez-vous ?

    Il propose deux options. La première est de nouer des partenariats avec les pays émergents, la seconde de menacer de quitter l’accord de Paris. La première option est clairement la meilleure. Je sens un peu de désespoir chez Christian Gollier. Mais je pense qu’il ne faut pas se laisser entraîner dans une sorte de lamentation et d’auto-flagellation : il faut tracer notre propre voie.



    Source link : https://www.lexpress.fr/environnement/francois-gemenne-les-chinois-rient-quand-ils-voient-donald-trump-miser-sur-les-energies-fossiles-MOMEVFUG55BVVLJN76IDKHF3EY/

    Author : Baptiste Langlois

    Publish date : 2025-02-03 07:00:00

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  • EN DIRECT. Budget : le recours au 49.3 attendu, le PS n’exclut pas la censure

    L’Assemblée nationale examine à partir de 16h00 ce lundi 3 février le texte sur le budget 2025, dont a accouché vendredi une commission mixte paritaire. En l’absence de majorité, le Premier ministre François Bayrou a annoncé qu’il ferait usage pour la première fois de l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, s’exposant à une motion de censure de la gauche. La position du Rassemblement national et du PS, sans qui cette motion ne peut passer, n’est pas encore connue. Les regards sont plus particulièrement braqués sur les socialistes, avec qui le gouvernement négocie depuis plusieurs semaines.

    Les infos à retenir

    ⇒ L’examen du budget 2025 commencera à 16h00 à l’Assemblée nationale

    ⇒ Le gouvernement devrait engager sa responsabilité sur le texte

    ⇒ Le PS « n’exclut pas » une censure aux côtés du reste de la gauche

    07h55

    La ministre des Comptes publics met en garde contre une nouvelle censure

    Invitée sur RTL ce lundi matin, Amélie de Montchalin affirmé qu’une nouvelle censure serait « dramatique ». « La question que va poser François Bayrou avec ce 49.3, c’c’est ‘est-ce que vous êtes pour ou contre que la France avance ?’ », a déclaré la ministre des Comptes publics. « Ce budget de compromis doit exister sinon un million de Français entreront dans l’impôt sur le revenu, 18 millions verront leur facture augmenter, notamment les agriculteurs », a-t-elle également fait valoir.

    « Une nouvelle censure serait dramatique »@AdeMontchalin, ministre des Comptes publics et invitée de @ThomasSotto dans #RTLMatin pic.twitter.com/qS4oUix0jj

    — RTL France (@RTLFrance) February 3, 2025

    07h40

    Le Parti socialiste n’exclut pas la censure

    La France insoumise a annoncé une motion de censure, que devraient voter mercredi communistes et écologistes. La position du Rassemblement national et du PS, sans les voix desquels cette motion ne peut passer, n’est pas encore connue. Dans une interview à Ouest-France dimanche, le président du groupe PS Boris Vallaud a affirmé que la question n’était « pas encore tranchée ». Si le PS a « arraché des concessions », elles « restent largement insuffisantes pour faire de ce budget un bon budget », affirme-t-il. « Mais nous savons aussi que ce pays a besoin d’un budget et nous entendons les inquiétudes, les craintes des entreprises, des collectivités ou des associations », dit-il.

    L’ancien Premier ministre Lionel Jospin est intervenu dans ce débat samedi, en appelant les socialistes et la gauche de manière générale « à ne pas voter la censure », ce qui laisserait sinon le pays sans gouvernement et sans budget. Argumentaire vivement contesté par les leaders Insoumis dimanche : le coordinateur de LFI Manuel Bompard s’est dit « en désaccord radical » avec Lionel Jospin, au nom de la fidélité aux promesses faites aux électeurs.

    Du côté du RN, le député Jean-Philippe Tanguy a estimé dimanche sur France 3 que le budget proposé était « pire que l’absence de budget », et que lui-même souhaitait la censure. Mais il appartiendra à Marine Le Pen, présidente du groupe, et à Jordan Bardella, président du parti, de trancher, a-t-il souligné.

    07h30

    Le gouvernement va engager sa responsabilité sur le vote du budget 2025

    Les députés examineront, ce lundi 3 février, le texte sur le budget 2025, élaboré vendredi en commission mixte paritaire. Les députés d’opposition ayant voté contre le texte lors de cette commission, le Premier ministre François Bayrou a annoncé, dans une interview à La Tribune Dimanche, qu’il engagerait la responsabilité de son gouvernement en recourant à l’article 49.3 de la Constitution, en l’absence de majorité à l’Assemblée.

    Le Premier ministre devrait enchaîner rapidement, peut-être dès lundi soir, un deuxième 49.3, sur la première partie du budget de la Sécurité sociale, qui arrive en nouvelle lecture à l’Assemblée. Trois 49.3 au total devront être déclenchés sur ce texte avant sa transmission au Sénat, un pour chaque partie, ouvrant la porte à une motion de censure de gauche à l’issue incertaine. L’examen du texte à l’Assemblée débutera à 16h00.





    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/en-direct-budget-le-recours-au-493-attendu-le-ps-nexclut-pas-la-censure-OFWH3PYM3VE5JEUM6T4BCI6HPQ/

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    Publish date : 2025-02-03 07:02:00

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  • Tensions avec Paris : les conditions d’Abdelmadjid Tebboune pour une reprise du dialogue

    Le président algérien Abdelmadjid Tebboune dénonce le « climat délétère » entre l’Algérie et la France et juge que les deux pays doivent reprendre le dialogue, une fois qu’Emmanuel Macron en aura clairement exprimé le souhait, dans un entretien au journal L’Opinion. « Le climat est délétère. Nous perdons du temps avec le président Macron », affirme le chef d’Etat, disant vouloir éviter une « séparation qui deviendrait irréparable », dans cette interview publiée en ligne dimanche. « Plus rien n’avance si ce n’est les relations commerciales. Le dialogue politique est quasiment interrompu », ajoute-t-il, regrettant des « déclarations hostiles tous les jours » de responsables politiques.

    Les deux pays sont plongés dans une profonde crise diplomatique depuis l’annonce fin juillet par Paris d’un soutien au plan d’autonomie marocain au Sahara occidental, territoire au statut non défini à l’ONU et théâtre d’un conflit depuis un demi-siècle entre le Maroc et les indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par Alger. Les contentieux entre les deux pays ne cessent depuis de ressortir.

    « La République française, c’est d’abord son président »

    Face à la dégradation des relations, le président algérien se dit « totalement d’accord » avec le besoin de reprendre le dialogue, évoqué notamment par le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot. Avec des conditions : encore faudrait-il en effet selon lui des déclarations politiques fortes en ce sens, « que le président français, les intellectuels, les partisans de la relation puissent faire entendre leurs voix ». « Ce n’est pas à moi de les faire. Pour moi, la République française, c’est d’abord son président », ajoute-t-il sans plus de précisions.

    Interrogé sur le cas de l’écrivain Boualem Sansal, critique du pouvoir algérien incarcéré depuis mi-novembre, Abdelmadjid Tebboune juge que ce « n’est pas un problème algérien. C’est un problème pour ceux qui l’ont créé […] d’autres cas de binationaux n’ont pas soulevé autant de solidarité ». « C’est une affaire scabreuse visant à mobiliser contre l’Algérie », selon lui. Si l’écrivain, qui a obtenu la nationalité française, n’a pas pu bénéficier de visite consulaire, le président algérien juge qu’il est « d’abord Algérien ». « Il est pris en charge par des médecins et sera jugé dans le temps judiciaire imparti. Il peut téléphoner régulièrement à sa femme et à sa fille », a-t-il assuré.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/afrique/tensions-avec-paris-les-conditions-dabdelmadjid-tebboune-pour-une-reprise-du-dialogue-GXH6UQTMVRA27EIKAC3J55DCXI/

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    Publish date : 2025-02-03 06:26:00

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  • Serge Weinberg : « En matière de défense, l’Europe ne peut plus se permettre de dépendre des Etats-Unis »

    Le pari était pour le moins risqué. En 2023, Weinberg Capital Partners, la société de gestion fondée il y a 20 ans par l’ancien président du conseil d’administration de Sanofi, Serge Weinberg, lançait un fonds dédié aux PME et ETI de la défense. Un secteur en pleine mutation, mais qui peinait à convaincre les investisseurs, principalement en raison de son incompatibilité avec les objectifs ESG – environnementaux, sociaux et de gouvernance.

    Un an et demi plus tard, Weinberg Capital Partners est parvenu à lever 215 millions d’euros, a révélé Les Echos. Un montant supérieur aux attentes et qui pourrait convaincre d’autres acteurs jusqu’ici frileux. Pour L’Express, Serge Weinberg analyse la portée de cette opération compte tenu des besoins des entreprises françaises et européennes. Il appelle notamment à poursuivre la dynamique enclenchée, à l’heure où l’industrie sur le Vieux continent doit se structurer pour gagner en indépendance vis-à-vis des Etats-Unis.

    L’Express : Pensez-vous que votre récente levée de fonds pourrait permettre de débloquer les investissements dans le secteur de la défense ? Les banques ont été assez frileuses ces dernières années…

    Serge Weinberg : Il y a eu une évolution depuis le déclenchement de l’offensive russe en Ukraine en février 2022. Avant cette date, la défense et la sécurité étaient perçues comme des thématiques assez lointaines, parfois déconnectées des préoccupations immédiates. Mais ce conflit a matérialisé les enjeux et les risques.

    Nous avons ressenti ce changement lors de notre levée de fonds. Depuis cette période, il y a eu des réflexions un peu plus mûres du côté des investisseurs institutionnels, notamment sur l’ESG. L’Association française des investisseurs institutionnels a notamment publié un document de doctrine qui a cherché à réconcilier ces critères avec le secteur. Certains investisseurs ont commencé à considérer que la sécurité et la défense étaient des conditions préalables à une société durable, et non des obstacles.

    Toutefois, cette évolution n’est pas générale. Il reste des hésitations, notamment dues aux risques réputationnels qui lui sont associés. Il y a donc encore un travail de conviction à mener. De plus, la défense comporte des spécificités avec notamment des produits très technologiques, des enjeux de souveraineté et un écosystème où l’Etat et les grands industriels jouent un rôle central. Cela demande aux investisseurs d’accepter ces particularités et de se plonger pleinement dans des problématiques complexes, comme celles liées aux drones ou à la cybersécurité, qui évoluent très rapidement.

    La fragmentation du marché européen de la défense est souvent citée comme un obstacle à l’efficacité et à la compétitivité. Quelle stratégie préconisez-vous pour surmonter cela et encourager une meilleure coopération entre les acteurs européens ?

    Nous nous adressons principalement aux entreprises de taille modeste, et l’un des premiers objectifs est de les renforcer. Cela passe par le développement de leurs capacités industrielles et une diversification de leurs activités commerciales. L’un des grands défis pour l’industrie européenne de défense sera une forme de consolidation. Il ne s’agit pas seulement de créer des alliances entre les grands groupes européens, mais aussi de renforcer les PME, qui sont nombreuses – on parle souvent d’environ 4 000 entreprises en France dans ce secteur. Elles doivent devenir plus robustes, être capables de soutenir des volumes importants, de financer la recherche et développement, et d’innover. Souvent, elles disposent déjà de très bonnes compétences, mais il leur manque l’échelle nécessaire pour passer à un niveau supérieur.

    Que leur manque-t-il aujourd’hui pour changer de dimension ?

    Tout d’abord, il faut travailler sur leur croissance organique. Beaucoup d’entreprises rencontrent des problèmes liés à leur capacité de production ou à leur chaîne d’approvisionnement. Il est essentiel de renforcer ces aspects pour éviter qu’elles soient trop dépendantes d’un nombre restreint de fournisseurs. Ensuite, il faut élargir leurs débouchés, aussi bien dans le domaine de la défense que dans d’autres secteurs. Plus une entreprise développe une activité duale, c’est-à-dire à la fois civile et militaire, plus elle gagne en stabilité. Enfin, la consolidation externe est un levier important pour diversifier leurs activités et leur donner accès à de nouveaux marchés.

    Comment voyez-vous évoluer cet écosystème ?

    Les PME du secteur de la défense ont un potentiel considérable, mais elles font face à des défis importants, notamment en matière d’investissement, de succession et de consolidation. Notre rôle est de leur apporter des solutions de financement et de les aider à renforcer leur positionnement à l’échelle française et européenne.

    Collaborent-elles assez ensemble ?

    Les échanges sont nombreux. Mais il faut comprendre que nous parlons de PME, avec leur propre identité et celle de leur patron. La consolidation entre ces entreprises est limitée, car les dirigeants sont souvent, à juste titre, fiers d’avoir bâti leur société. Ils hésitent à se faire racheter, que ce soit par un client ou un concurrent.

    Les récentes tensions géopolitiques ont mis en lumière l’importance de la résilience des chaînes d’approvisionnement dans la défense. Comment évaluez-vous la capacité de l’industrie française à répondre rapidement aux besoins croissants d’équipements militaires ?

    La résilience des chaînes d’approvisionnement dépend de plusieurs aspects : l’amélioration des processus internes, la diversification des fournisseurs pour éviter toute dépendance excessive, et l’accélération des rythmes de production. Cela prend du temps. Avec les tensions actuelles, tout le monde est sous pression. Ce serait dommage de ne pas être à la hauteur des enjeux, notamment par manque de financement.

    Le secteur de la défense a historiquement été plus lent à innover que d’autres industries. Comment accélérer l’intégration des nouvelles technologies dans ce domaine ?

    Les circonstances actuelles jouent un rôle clé. En temps de paix, la rapidité de livraison ou l’urgence d’innover ne sont pas des priorités absolues. Mais en période de crise, comme aujourd’hui, les industriels sont mobilisés pour améliorer leur productivité. Un bon exemple est celui du canon Caesar, dont le rythme de production a triplé entre 2022 et 2024 en réponse aux besoins urgents. Cela montre qu’avec les bonnes incitations, on peut atteindre des gains de productivité significatifs en s’inspirant des techniques utilisées dans d’autres secteurs industriels.

    Avec les tensions budgétaires actuelles, notamment en France, craignez-vous une pression sur les financements publics alloués à la défense ?

    La stabilité budgétaire est essentielle. Dans le secteur de la défense, les investissements se planifient sur le long terme. Toute instabilité, comme des réductions budgétaires soudaines, aurait des conséquences désastreuses, non seulement pour l’industrie, mais aussi pour la relation de confiance entre l’État et les industriels. La Loi de programmation militaire est un outil crucial pour donner de la visibilité aux acteurs du secteur. Il est impératif qu’elle soit respectée, même en période de contraintes budgétaires. Il serait extrêmement dangereux de faire du stop-and-go ou en tout cas de ne pas être capable de soutenir l’effort dans la durée.

    Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche milite-t-il pour une plus grande indépendance vis-à-vis des Etats-Unis ?

    Il est clair que l’Europe ne peut plus se permettre de dépendre entièrement d’une protection extérieure. La priorité affichée par les États-Unis de se concentrer avant tout sur leurs propres intérêts montre bien que l’époque où ils assuraient une couverture totale à l’Europe est révolue. Cela appelle à une prise de conscience collective des pays européens pour s’organiser. Cela implique également de revoir nos structures industrielles, en favorisant des rapprochements et des économies d’échelle pour optimiser les coûts liés à cet effort.

    Quels sont alors les principaux blocages aujourd’hui ?

    Le problème réside dans la multiplicité des acteurs et des projets concurrents. De plus, de nombreux pays européens continuent de passer des commandes importantes aux États-Unis. Nous nous retrouvons dans une situation paradoxale où les Américains disent en quelque sorte : « Achetez nos armes et nous vous protégerons. » Quand je parle de défense, je ne fais pas référence à une politique de défense commune, qui est un sujet complexe à cause des différences historiques et nationales. Mais au moins, il serait nécessaire d’avoir une base industrielle européenne solide et souveraine, capable de proposer des équipements de défense à un coût compétitif pour les États membres. Il faut être capable de répondre rapidement aux besoins.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/serge-weinberg-en-matiere-de-defense-leurope-ne-peut-plus-se-permettre-de-dependre-des-etats-unis-P5AVPKP725FTNJWTIG5WM5GZPY/

    Author : Thibault Marotte

    Publish date : 2025-02-03 06:00:00

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  • Enrico Letta : « Face à Donald Trump, nous devons être prêts à nous rapprocher de Pékin »

    A l’heure où l’Union européenne cherche sa boussole, Enrico Letta est une figure très écoutée. Pendant plusieurs mois, l’ancien président du Conseil italien a sillonné l’Europe, de capitale en capitale, à la rencontre des responsables politiques et entrepreneurs du Vieux Continent. Avec un objectif : trouver les clés pour réinventer le modèle européen. En avril 2024, il a remis à la Commission européenne son rapport sur le marché intérieur.

    De ses pérégrinations, l’ex-eurodéputé a sorti un livre, Des idées nouvelles pour l’Europe, publié aux éditions Odile Jacob. Et reprend son tour d’Europe pour présenter ses solutions et défendre ses idées, d’Athènes à Berlin en passant par Dublin. L’élection de Donald Trump, la réponse attendue de Bruxelles, la stratégie à adopter vis-à-vis de la Chine, le bouleversement de l’intelligence artificielle… Pour L’Express, Enrico Letta analyse les grands sujets de préoccupation du moment et expose ses solutions. Offensives.

    Donald Trump vient d’annoncer qu’il imposerait des droits de douane de 25 % à ses voisins, le Mexique et le Canada. Il compte aussi relever de 10 % ceux appliqués à la Chine. L’Union européenne attend de connaître son sort… Comment doit-elle réagir pour défendre son marché et éviter un affaiblissement de ses entreprises face aux velléités protectionnistes du président américain ?

    Enrico Letta Il faut entrer tout de suite dans cette nouvelle réalité, celle d’une situation d’affrontement avec les Etats-Unis en matière commerciale et industrielle, ainsi que sur les questions de défense. Il faut donc que l’Union européenne identifie rapidement les instruments qui vont lui permettre de se défendre et de réagir. Trump peut être arrêté, ou du moins devenir un interlocuteur, seulement s’il fait face à un partenaire fort. S’il voit de la faiblesse, c’est la fin. C’est le grand problème pour l’Europe, toujours mesurée. Il faut une véritable réflexion sur la façon de réagir durant les quatre prochaines années, savoir quoi faire en termes de communication mais aussi disposer des bons instruments. Soyons créatifs. Face à la guerre commerciale imposée par Trump, on ne doit pas se limiter à une réaction s’appuyant sur des droits de douane, qui ne seraient qu’une réponse de défense. Il faut d’autres instruments de dissuasion, en matière de finance par exemple, le sujet qui ferait le plus de mal aux Etats-Unis.

    Quelle forme cela pourrait-il prendre ?

    Le levier fiscal est le plus évident, on peut imaginer par exemple une hypertaxation des entreprises financières américaines qui opèrent en Europe. Donald Trump veut appliquer des taxes à l’importation sur nos produits, que ce soit le camembert ou le parmesan. Il n’y a rien de tel aux Etats-Unis. Il faut donc s’attaquer aux activités où ils dominent. J’espère qu’on n’aura pas à l’employer, mais il faut montrer que l’Europe est ferme et refuse d’être traitée comme une colonie des Etats-Unis.

    L’Europe arrivera-t-elle à parler d’une même voix dans ce sens ?

    Si Trump met en place des droits de douane, tout le monde sera concerné. L’Europe doit s’organiser et sa réponse doit être rapide sans être timide. Il faut trouver le bon équilibre car les Etats-Unis restent notre principal allié.

    La stratégie de Trump est résolument pro business. On observe déjà des flux de capitaux importants de l’Europe vers les Etats-Unis. Faut-il craindre une accélération ?

    La fragmentation de l’Europe en 27, en particulier dans les services financiers, les télécoms et l’énergie, bénéficie aux Américains, comme aux Chinois d’ailleurs. La clé sera d’être intégré pour être attractif. Déjà, les mesures prises par Biden ces dernières années, notamment l’Inflation Reduction Act, ont encouragé un flux très important de capitaux et d’entreprises européennes vers les Etats-Unis. Le risque aujourd’hui est énorme, en particulier avec les projets de dérégulation de Trump. L’Europe peut simplifier sa réglementation, et les annonces d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, vont dans la bonne direction. Mais l’Europe ne peut pas suivre la voie de la dérégulation, qui mène à la loi du plus fort, ce qui est contraire à ses principes.

    En parallèle de ses démêlés avec les Etats-Unis, l’Europe doit aussi trouver la bonne stratégie face à la Chine. Comment éviter une trop forte dépendance sans entrer dans une logique de confrontation ?

    Face aux excès de Trump vis-à-vis de l’Europe, nous devons être prêts à nous rapprocher de Pékin. Le sujet n’est d’ailleurs plus seulement la Chine, mais les Brics. Or, ce qui relie ces pays, ce ne sont pas des valeurs ni des stratégies commerciales mais un sentiment anti-occidental. Je ne pense pas que l’Europe s’aligne avec les Etats-Unis contre les Brics.

    L’Union européenne a récemment pris des mesures contre la Chine en imposant de nouveaux droits de douane. Etait-ce la bonne réponse ?

    Evidemment, il y a un sujet de protection de notre structure industrielle, surtout dans les deux domaines clés que sont l’automobile et les énergies renouvelables. C’est une bonne chose que nous devenions moins naïfs. Il ne s’agit pas d’une guerre commerciale mais d’une stratégie défensive.

    Le défi majeur de l’Europe est de gagner en compétitivité. Après votre rapport, puis celui de Mario Draghi sur le sujet, avez-vous le sentiment d’un déclic qui permette enfin d’avancer dans ce sens ?

    Il y a deux ans encore, on ne parlait pas de ce sujet. J’observe une prise de conscience et la boussole de compétitivité présentée il y a quelques jours par la Commission va encore dans la bonne direction. Maintenant, il s’agit de passer à l’action, de cibler des objectifs et d’être en mesure de trouver les bons accords. Parce que, à 27, on se retrouve toujours dans un marchandage compliqué où chacun défend ses intérêts.

    Ce qui m’a beaucoup frappé ces dernières années, dans le cadre des présentations que je fais sur le thème du marché unique, d’Athènes à Dublin, c’est de voir les participants pointer la nécessité du vote à l’unanimité comme le plus gros frein de l’Europe. Ils appellent en conséquence à supprimer le droit de veto. En réalité, si le droit de veto existe en matière de politique étrangère et de défense, les décisions qui ont trait au marché unique se prennent à la majorité. Le problème, ce sont donc les comportements des responsables politiques, qui cherchent toujours le consensus. Et même si le 27e est un très petit pays, on ne lui force pas la main parce qu’on sait que dans un autre domaine, plus tard, on peut se retrouver à son tour en minorité. Avec ce principe du plus petit dénominateur commun, on n’avance sur rien.

    Dans quels domaines pourrait-on alors œuvrer en faveur d’une meilleure compétitivité ?

    Je vois deux domaines où des avancées rapides et efficaces sont possibles : les services financiers et les télécoms. Tout est déjà en place pour y parvenir. Dans nos rapports, nous avons proposé des feuilles de route détaillées, avec des mesures applicables immédiatement, sans changer de traités ni aucun débat politique ou institutionnel. En trois ou quatre ans, nous pourrions faire en sorte que le marché unique des services financiers et celui des télécoms soient pleinement intégrés.

    Aujourd’hui, nous avons 27 marchés nationaux des télécommunications, avec chacun son propre préfixe et ses propres contraintes. J’ai un téléphone italien depuis toujours, un autre français car je vis en France depuis dix ans, et depuis deux mois, j’ai dû prendre un appareil espagnol parce que, sans cela, il m’était impossible d’obtenir un contrat d’électricité en Espagne. Pourquoi avons-nous encore ces différences de préfixes téléphoniques ? Nous devrions avoir un véritable marché unique des télécoms. Aujourd’hui, nous avons environ 80 opérateurs en Europe, alors qu’une dizaine suffirait. Cette fragmentation est un non-sens total. Elle nuit à la compétitivité européenne et profite aux marchés étrangers, notamment américains.

    Dans les années 1980-1990, l’Europe était leader dans les télécommunications. Nous avons développé le GSM et la 3G. Nos marques dominaient le marché mondial. Aujourd’hui, nos opérateurs sont devenus trop petits face aux Chinois et aux Indiens qui sont montés en puissance. Tout ça parce que chaque pays a voulu garder le contrôle de son propre marché. Il s’est passé la même chose pour les services financiers.

    Nos banques européennes sont très saines aujourd’hui, compte tenu de toutes les régulations mises en place depuis la crise financière. Faut-il leur permettre de prendre davantage de risques pour financer les investissements européens ?

    Plutôt que d’augmenter leur prise de risque, je pense qu’il faut leur permettre de monter en puissance en favorisant les fusions. Le problème n’est pas réglementaire, il est avant tout politique. Les fusions sont possibles, mais les gouvernements s’y opposent, car ils veulent conserver le contrôle de leurs « champions nationaux ». Résultat : ces banques ne deviennent jamais des champions européens.

    Par le passé, les Européens ont été beaucoup plus clairvoyants et ambitieux, notamment lorsqu’ils ont créé Airbus. Quand ce projet a été lancé, personne ne s’est demandé si cette alliance était plus française ou plus allemande : c’était un projet européen. Et aujourd’hui, Airbus est plus fort que Boeing. Nous devons appliquer la même logique aux banques, aux assurances, à la gestion d’actifs et aux banques d’affaires. Le véritable enjeu, c’est la taille. Les géants chinois et indiens ont bouleversé les dimensions du monde. Un pays européen est désormais plus proche d’une région de la Chine que de la Chine elle-même. Il faut monter en puissance et cela passe par la fusion de nos entreprises.

    Donc ce n’est pas tant un problème de réglementation que de volonté politique ?

    Il faut que les dirigeants européens acceptent que certaines banques ou assurances ne soient plus strictement nationales, mais européennes. Oui, certaines règles doivent évoluer. Un pont est nécessaire entre l’épargne et l’investissement.

    De la même façon, peut-on imaginer des champions industriels européens et une politique industrielle plus intégrée ?

    Oui. C’est compliqué, mais nous observons déjà des mouvements dans cette direction. Et l’objectif n’est pas de rivaliser avec les Américains, mais bien de les surpasser, ainsi que les Chinois. Avoir des champions européens est aussi une chance pour les PME qui travaillent avec eux et bénéficient de leur succès.

    L’UE est en retard sur les nouvelles technologies et l’intelligence artificielle. Comment peut-elle revenir dans la course dans ces secteurs stratégiques ?

    D’après les données de la Banque centrale européenne, entre 2013 et 2023, les investissements dans l’intelligence artificielle ont atteint 330 milliards d’euros aux Etats-Unis, 100 milliards en Chine et seulement 20 milliards en Europe. Il est vrai que nous jouons dans des championnats différents.

    Jusqu’à présent, le marché européen s’est construit autour de quatre libertés : la circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes. Mais aujourd’hui, c’est l’intangible qui l’emporte. L’enjeu est donc d’instituer une cinquième liberté : celle de l’innovation, de la recherche et des compétences. C’est ce qui doit devenir le véritable moteur de la prochaine législature européenne. Ursula von der Leyen l’a d’ailleurs repris dans son programme en confiant cette mission à la commissaire aux Start-up, à la Recherche et à l’Innovation.

    La question clé est : comment la financer ? Mon rapport propose d’abandonner le projet, jusque-là infructueux, d’union des marchés de capitaux – qui est resté enfermé dans le cercle du monde financier – pour créer une « Union de l’épargne et de l’investissement ». Trois grands biens publics européens doivent être les priorités : la transition énergétique, l’innovation et la défense. Sans un engagement fort dans ces domaines, l’Europe restera coincée dans la décennie qui est derrière nous.

    Ces jours-ci, les discussions autour d’une simplification réglementaire en Europe concernent plus particulièrement les domaines environnementaux et sociaux. Est-ce nécessaire ?

    Evidemment, mais uniquement dans les domaines où elle sert à favoriser la croissance et à nous faire grandir. Elle ne doit pas intervenir dans les secteurs où elle pourrait nuire à l’environnement ou aux droits des individus. D’ailleurs, il est intéressant de noter que les pays scandinaves sont parmi les plus compétitifs d’Europe. Or ce sont des pays où les droits des travailleurs sont les mieux protégés et les mieux régulés. Il n’y a donc pas de contradiction entre des règles qui protègent les travailleurs et la compétitivité.

    Le principal obstacle à une simplification administrative au niveau européen réside dans ce que l’on appelle en France le « mille-feuille », un terme que j’adore. Cela signifie qu’on ajoute une couche supplémentaire au niveau européen, mais qu’on conserve toutes les autres. Il faut en éliminer pour uniformiser, ce qui est très difficile à faire.

    Quelle solution suggérez-vous ?

    Parmi toutes les suggestions que j’ai formulées dans mon rapport, je peux vous dire que la proposition qui suscite le plus d’intérêt et qui réunit un large consensus est celle de la création du 28e Etat virtuel. Il s’agit d’une idée fondamentale : le mille-feuille est le problème. Et pour le résoudre, il ne s’agit pas de nier les droits des affaires de chaque pays. Cela ne fonctionnerait pas, chacun souhaitant conserver son cadre juridique, car il fait partie de son histoire. La vraie solution serait d’introduire un système qui facilite la gestion des entreprises au niveau européen.

    Le fait d’avoir 27 droits des affaires, ainsi que des spécificités régionales dans certains pays, comme l’Espagne qui en compte 16 à elle seule, ou l’Allemagne et ses 18 règlements sur la protection des données personnelles, compliquent la situation. L’enjeu, donc, n’est pas de vouloir tout effacer, car cela n’est pas réalisable. La montée des forces souverainistes rend cette option encore plus improbable.

    Cette solution d’un 28e Etat virtuel, optionnel, offrirait un droit des affaires européen servant de passe-partout. Une petite ou moyenne entreprise pourrait choisir ce droit, qui serait valable dans toute l’Europe. Si ce mécanisme est mis en place, il pourrait facilement obtenir un consensus qui ferait tomber les résistances souverainistes. Ce n’est d’ailleurs pas une idée complètement nouvelle. Les Etats-Unis ont procédé de façon similaire avec le Delaware, qui a joué ce rôle d’Etat au statut particulier.

    Au regard de tout ce qui s’est passé ces derniers mois, faites-vous partie des optimistes qui estiment que l’Europe peut en sortir renforcée, plus unie ?

    A chaque fois que l’on posait cette question à Jacques Delors, après avoir traversé tant de crises, il répondait toujours : « Je ne suis ni optimiste ni pessimiste, je suis activiste. » Pour lui, l’essentiel était d’agir. Et c’est exactement ce que je pense. Si on est capable d’agir de manière intelligente, en se concentrant sur les véritables enjeux, en utilisant les bons outils, les choses finiront par avancer.

    Beaucoup de ces sujets demandent simplement d’appliquer les bons réglages. Il s’agit de trouver le bon point d’intervention, là où il faut mettre le tournevis pour que le système fonctionne mieux. Il faut juste le faire. Donc, oui, il faut être activiste.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/enrico-letta-face-a-donald-trump-nous-devons-etre-prets-a-nous-rapprocher-de-pekin-JUKEBSSEXNDQ5IY6GUHPWPSL34/

    Author : Muriel Breiman, Thibault Marotte

    Publish date : 2025-02-03 05:15:00

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  • Tensions France – Algérie : ce dossier radioactif qui refait surface

    La brouille diplomatique entre l’Algérie et la France se poursuit. Après une expulsion rejetée, l’incarcération de l’écrivain Boualem Sansal, des menaces sur les visas…, c’est la question des essais nucléaires français menés en Algérie dans les années 60 qui a refait surface la semaine dernière, à l’occasion de l’adoption par le Conseil de la nation (l’équivalent du Sénat) d’un texte de loi relatif à la gestion, au contrôle et à l’élimination des déchets, le jeudi 23 janvier.

    La ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, Nadjiba Djilali, a affirmé après son adoption que la France devait « assumer pleinement ses responsabilités historiques, morales et juridiques dans l’élimination de ces déchets radioactifs et reconnaître l’énorme préjudice qu’il a causé à notre pays et aux populations d’Adrar, de Reggane, d’In Ekker et d’autres régions ». Et qu’il faudra « inclure ces revendications de manière claire et explicite dans la législation environnementale nationale afin de garantir les droits des générations actuelles et futures à un environnement sain et durable ».

    « Il faut venir nettoyer »

    Dans ces régions, la France a procédé à dix-sept essais nucléaires entre 1960 et 1966, dont les radiations ont eu des impacts sur la santé des habitants de ces régions et l’environnement. L’Algérie réclame depuis longtemps que la France reconnaisse sa responsabilité dans ces déchets et qu’elle dévoile les cartes précises des emplacements des déchets nucléaires. L’association internationale antinucléaire ICAN notait l’an dernier que, « après plus de 64 ans depuis ces essais, la France continue de traiter ces questions avec une grande confidentialité, en invoquant des secrets de défense nationale et de sécurité. Elle refuse toujours de divulguer les cartes précises qui révéleraient les emplacements des déchets nucléaires et qui permettraient d’identifier précisément les sites d’enfouissement de ces déchets. » Lors d’un discours sur l’état de la nation prononcé le 29 décembre devant le Parlement algérien, le président, Abdelmadjid Tebboune, avait déclaré que « la France est devenue une puissance nucléaire, et a laissé des maladies en Algérie ». « Il faut venir nettoyer, je ne veux pas de votre argent, je n’ai rien à faire avec votre argent », avait-il ajouté.

    Le jeudi 23 janvier, après l’adoption par le Conseil de la nation du texte de loi relatif à la gestion, au contrôle et à l’élimination des déchets, la ministre de l’Environnement et de la Qualité de la vie, Nadjiba Djilali, a donc enfoncé le clou en précisant que cette nouvelle loi « porte des messages forts liés à la justice historique et environnementale », évoquant « les effets délétères des explosions nucléaires réalisées par le colonisateur dans le sud du pays ».

    Si la loi Morin permet, depuis 2010, l’indemnisation des victimes des essais nucléaires français, selon l’ICAN France, « la loi française impose au demandeur de l’indemnisation de satisfaire à des critères très difficiles à remplir, pour faire reconnaître son statut de victime ». Ainsi en 2022, un seul ressortissant algérien avait été indemnisé en dix ans.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/tensions-france-algerie-ce-dossier-radioactif-qui-refait-surface-JCTNOUIG2RE33IAKYQX42QLFFQ/

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    Publish date : 2025-01-28 17:31:00

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  • Dans la course à l’intelligence artificielle, le mystérieux retard de l’Inde

    « Est-ce que trois ingénieurs indiens avec 10 millions de dollars pourraient bâtir quelque chose de similaire à OpenAI ? » La séquence vidéo connaît, ce mois-ci, un regain de popularité sur les réseaux sociaux. On y voit Sam Altman questionné par un parterre de chefs d’entreprise et d’investisseurs à New Delhi en 2023. Sa réponse est cinglante : « Aucun espoir de rivaliser avec nous dans l’entraînement de modèles de fondation, vous ne devriez même pas essayer. »

    La scène avait suscité un certain émoi dans la communauté tech du pays. « Cher Sam, d’un chef d’entreprise à l’autre… Challenge accepté », avait aussitôt rétorqué CP Gurnani, le dirigeant de Tech Mahindra, l’un des plus grands groupes de services informatiques, dans un post diffusé sur X. Et pourtant, dix-huit mois plus tard, c’est la publication d’un modèle en open source par le chinois DeepSeek qui vient titiller la domination américaine dans le secteur, jusque-là jugée absolue. La société a été créée en mai 2023 à Hangzhou et elle affirme n’avoir consacré que 5 millions de dollars en puissance de calcul pour l’entraînement de son modèle, là où OpenAI a dépensé 100 millions pour GPT-4.

    Pourquoi l’Inde n’a-t-elle pas été capable de réaliser cette prouesse ? La question anime depuis quelques semaines le pays qui copréside le AI Action Summit organisé à Paris du 6 au 11 février. Exactement comme celui de DeepSeek, le modèle Sutra Dual2L de TwoAI, la start-up indienne la plus avancée du secteur, repose sur un modèle open source mis à la disposition de tous par le groupe Meta de Mark Zuckerberg. Il affiche néanmoins des performances bien inférieures à celui bâti par le chinois à partir de cette même base. Et DeepSeek n’est que la pointe de l’iceberg en ce qui concerne l’intelligence artificielle en Chine. Il faudrait également citer Qwen (Alibaba), SenseTime, MiniMax, Kimi et DuoBao (ByteDance).

    Le marché indien étouffé par les Américains

    De nombreuses voix indiennes appellent à suivre le schéma établi par l’Organisation de recherche spatiale du pays, l’Isro. Elle a réussi à faire entrer l’Inde dans la course à l’espace en envoyant en orbite de Mars le satellite Mangalyaan, en 2013, et dix ans plus tard, la sonde Chandrayaan-3 sur la Lune. Ayant respectivement coûté 74 et 75 millions de dollars, ces exploits ont été salués comme une ode à l’ingéniosité et à la frugalité.

    La construction de modèles de langage étendus est en réalité assez facile. La science fondamentale derrière ces LLM existe depuis 2017. Les améliorations, depuis, sont disponibles via des articles de recherche. DeepSeek, qui a raffiné une approche appelée « mélange d’experts » – plusieurs sous-modèles spécialisés travaillent ensemble afin de répondre à une question, au lieu d’un seul grand modèle se chargeant de tout -, a d’ailleurs publiquement détaillé ses travaux.

    Au-delà du modèle, l’accès aux données est clé. OpenAI a accusé Deepseek d’avoir utilisé sans permission des données générées par son IA. Ce qui ne manque pas de sel, OpenAI étant poursuivie en justice par divers médias, notamment indiens, qui l’accusent d’avoir utilisé leurs contenus sans autorisation pour entraîner ses modèles.

    Les Indiens pointent aussi la difficulté de trouver les spécialistes adéquats. Il est vrai que les meilleurs ingénieurs et chercheurs du pays émigrent aux Etats-Unis. Mais DeepSeek a prouvé qu’il n’était pas indispensable de recruter des superstars de l’intelligence artificielle, en embauchant de jeunes diplômés des universités locales, parfois avec des spécialités autres que l’informatique ou les mathématiques. Le vivier de talents indiens est suffisamment profond pour rivaliser.

    Enfin, l’argent est là. En mars 2024, le gouvernement a lancé la mission IndiaAI, allouant 1,5 milliard de dollars pour les cinq prochaines années et créant un cluster de 19 000 puces qui sera mis à disposition des start-up locales.

    L’explication la plus plausible de ce retard dans l’IA, c’est l’absence de marché protégé, la même raison pour laquelle l’Inde n’a pas son propre Google ou Facebook. Comme en Europe, les entreprises locales sont étouffées par les fournisseurs de services américains car ils sont moins chers et meilleurs. A l’inverse, les acteurs chinois bénéficient d’un marché immense duquel OpenAI et Anthropic sont bannis. L’Inde est réputée pour être le second marché d’OpenAI en nombre d’abonnés après les Etats-Unis. Sam Altman prévoit de s’y rendre début février et de rencontrer le Premier ministre Modi, comme il l’avait déjà fait en 2023. L’occasion de réitérer sa déclaration d’alors ?



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/high-tech/course-a-lia-la-douloureuse-prise-de-conscience-de-linde-QK7XN467C5DSFD2KTJ3UL635EY/

    Author : Robin Rivaton

    Publish date : 2025-02-02 17:30:00

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  • Robert Kaplan, célèbre journaliste américain : « Après Poutine, la Russie sombrera sans doute dans l’anarchie »

    « Grâce aux communications numériques, aux missiles intercontinentaux, aux voyages en avion, aux satellites spatiaux, et bien d’autres technologies, les différentes parties du globe s’influencent désormais aussi intimement que les différentes régions de l’Allemagne dans les années 1920 et 1930. […] Ce nouveau Weimar mondial connaîtra-t-il le même destin cataclysmique que l’ancien Weimar allemand ? ». Le dernier ouvrage du reporter américain Robert Kaplan, Wasteland : A World in Permanent Crisis (non traduit), paru outre-Atlantique en janvier dernier, se lit comme un thriller. Il ne s’agit pourtant en rien d’une fiction. Géopolitologue et auteur de nombreux ouvrages à succès, Kaplan juge « troublantes » les similitudes entre notre époque et celle qui précipita l’Allemagne, puis le monde entier, dans le chaos des années 1930. Selon lui, le monde est devenu une immense République de Weimar. « Ainsi, au lieu d’une Allemagne fragmentée en Länder interconnectés où une crise dans l’un pouvait rapidement se propager aux autres, nous vivons aujourd’hui dans un monde où chaque pays est lié aux autres de manière si profonde qu’une crise en un seul endroit peut déclencher un effet domino aux conséquences presque universelles », écrit l’auteur, qui n’anticipe pas l’arrivée d’un Hitler 2.0 – « le monde reste encore trop diversifié » et « chaque tyran est unique ».

    Autres facteurs d’instabilité : « les démons technologiques qui pulluleront » ainsi que le déclin des grandes puissances comme la Russie, la Chine et les Etats-Unis, qui « marque la fin des vertus stabilisatrices de l’impérialisme ». Réputé autant pour la justesse de ses analyses géopolitiques que pour son image de « prophète du chaos », Robert Kaplan rappelle toutefois qu’ »aucun analyste ne peut prévoir avec certitude la situation d’un pays dans plusieurs décennies. Ce qu’un journaliste ou un analyste peut faire, c’est rendre le lecteur moins surpris par ce qui va arriver dans une région donnée sur un horizon de moyen terme ». Dans un entretien exclusif pour L’Express, celui qui a été désigné en 2011 comme l’un des « 100 plus grands penseurs mondiaux » par Foreign Policy passe en revue les zones les plus sensibles de la planète : la Russie post-Poutine, les tensions dans le Pacifique, l’Amérique de Trump, ainsi que les nombreux défis qui attendent l’Europe. Et en conclusion, l’auteur nous livre une lueur d’espoir…

    L’Express : « L’ordre doit précéder la liberté, car sans ordre, il n’y a de liberté pour personne. La République de Weimar, faute de l’ordre requis, est finalement devenue une menace pour la liberté, malgré l’explosion artistique qu’elle a favorisée », écrivez-vous, en dressant un parallèle avec l’état du monde aujourd’hui. Quelles similitudes voyez-vous entre les deux époques ? L’Allemagne et la planète, ce n’est pas la même échelle…

    Robert Kaplan : Justement ! Les similitudes entre la République de Weimar et notre monde actuel tiennent essentiellement à une question d’échelle géographique. Les dimensions limitées de la Terre constituent un facteur d’instabilité. A mesure que le monde devient plus interconnecté et que la technologie réduit les distances, nous nous retrouvons aussi proches les uns des autres qu’un habitant de la République de Weimar pouvait l’être d’un autre, à l’époque. La République de Weimar était un empire sans empereur. Dans sa volonté de ne pas reproduire les autocraties du Kaiser et de Bismarck, elle est allée à l’extrême opposé en adoptant une Constitution qui a rendu son système fondamentalement ingérable, avec des crises gouvernementales incessantes. L’Allemagne était fragmentée en Länder interconnectés. Une crise dans l’un pouvait rapidement se propager aux autres. Notre monde aujourd’hui est dans la même situation : nous sommes plus connectés que jamais à bien des égards, et pourtant les crises se succèdent. Un conflit au Moyen-Orient peut désormais provoquer une crise intérieure aux Etats-Unis, à un degré autrefois inimaginable. Une escalade à Taïwan ou en mer de Chine méridionale aurait des répercussions immédiates sur les marchés boursiers mondiaux. La guerre en Ukraine affecte l’ensemble de l’Europe ainsi que les Etats-Unis et l’Occident. Nous naviguons ainsi d’une crise à l’autre, dans ce que je qualifie de « chaos global ». Et comme je l’explique dans mon livre, un monde interconnecté, mais sans véritable gouvernance, est un monde vulnérable.

    Comment remettre de l’ordre à l’échelle mondiale ?

    Je ne vois pas de solution immédiate. Mais je ne prédis pas non plus l’émergence d’un nouveau Hitler. Le monde est encore trop diversifié pour qu’un tel scénario se reproduise. Je souligne également que la République de Weimar aurait pu connaître une issue différente. Il n’y avait aucune fatalité à ce que cela se termine avec Hitler. L’Histoire n’est pas une simple question de destin ou de déterminisme : elle est aussi façonnée par d’innombrables contingences humaines. J’utilise donc l’exemple de Weimar comme un avertissement pour notre monde actuel, qui deviendra encore plus proche, plus claustrophobe, de plus en plus anxieux et plus connecté, même s’il n’y aura rien qui s’apparente à un gouvernement mondial.

    Les dirigeants des démocraties actuelles vous semblent-ils aussi ignorants des dangers pesant sur la stabilité mondiale que l’était l’élite allemande face à la montée du nazisme ?

    A vrai dire, la République de Weimar comptait de grands leaders intellectuels. Gustav Stresemann et Heinrich Brüning par exemple [NDLR : respectivement chanceliers en 1923 et en 1930], étaient des technocrates compétents. Le problème ne résidait pas tant dans la qualité des dirigeants que dans l’ingouvernabilité d’un système. Surtout si l’on tient compte des cataclysmes économiques de l’époque, qui ont mis beaucoup d’Allemands au chômage ou détruit leur vie à cause de l’inflation et qui, dans un sens, ont ouvert la voie aux extrêmes.

    Je ne qualifierais pas les dirigeants démocratiques actuels d’incompétents, mais plutôt de médiocres. Aux Etats-Unis, nous avons tendance à attribuer une importance quasi affective à des figures comme Bill Clinton, Barack Obama et Joe Biden, simplement parce qu’ils ont gouverné de notre vivant. Mais en réalité, je pense qu’ils resteront dans l’Histoire comme des présidents de second plan. Seul George W. Bush laissera une empreinte durable, mais négative, en raison de la guerre en Irak. Quant à Donald Trump, il est une figure historique mondiale, mais là encore, pour les mauvaises raisons.

    Soljenitsyne aurait sûrement considéré Poutine comme un leader raté

    En Europe, Olaf Scholz, Keir Starmer ou même Emmanuel Macron – qui, bien que compétents, travailleurs et innovants -, apparaissent eux aussi comme des dirigeants médiocres. Etonnamment, le meilleur Premier ministre en Europe actuellement vient d’un pays qui n’est pas central dans le jeu politique mondial : Kyriakos Mitsotakis, en Grèce. Il est sans doute le meilleur dirigeant grec depuis plusieurs décennies. Mais cela reste un pays d’environ 10 millions d’habitants, avec une influence marginale sur les grandes dynamiques mondiales que j’évoque dans mon livre.

    Vous semblez avoir perdu foi en les institutions internationales, notamment l’ONU…

    Eh bien si l’OTAN est une réalité, une organisation qui compte énormément, l’ONU, en revanche, a beaucoup moins de pouvoir et d’influence aujourd’hui qu’elle n’en avait durant la guerre froide. Aux États-Unis, lorsque j’étais enfant, tout le monde connaissait le nom du secrétaire général des Nations Unies. Il jouissait d’une véritable notoriété. Aujourd’hui, en dehors des cercles spécialisés en politique étrangère, peu de gens sauraient citer son nom. L’ONU est devenue une organisation internationale parmi d’autres. Certes, elle mène de nombreuses enquêtes et apporte son aide à de nombreux pays en développement, mais en ce qui concerne les grandes questions de guerre et de paix, son influence est bien moindre qu’autrefois. D’ailleurs, vous noterez que les gens parlent souvent de Davos et du groupe Bilderberg, et de moins en moins de l’ONU…

    « Bien que le communisme soit mort en Europe en 1989, la destruction spirituelle et politique qu’il a engendrée – sans même parler des dégâts architecturaux – perdure encore aujourd’hui et joue un rôle sous-jacent dans notre crise permanente », déplorez-vous. N’est-ce pas un peu exagéré ? Le communisme ne concerne plus qu’une poignée de pays dans le monde…

    Bien au contraire ! Je pense que le communisme joue encore un rôle majeur dans le monde d’aujourd’hui, ne serait-ce que parce que le système de Poutine en est largement issu. Rappelons que l’Union soviétique a duré sept décennies et qu’elle a causé bien plus de destructions sociales parmi les populations que l’occupation de l’Europe de l’Est pendant la guerre froide. Et cette déstructuration sociale et morale a, selon moi, façonné la Russie actuelle. J’en veux pour preuve que Poutine détient aujourd’hui plus de pouvoir que n’importe quel dirigeant russe depuis Staline. Donc, si l’on considère à la fois l’héritage du communisme en Russie et l’influence toujours prégnante du léninisme en Chine, il s’agit là de deux des plus grandes puissances mondiales. Donc vous voyez, l’héritage du communisme reste significatif.

    L’écrivain russe Alexandre Soljenitsyne, que vous décrivez comme « un conservateur attaché à l’ordre », aurait été « attristé par la catastrophe militaire russe lors des premières phases de la guerre en Ukraine », écrivez-vous. S’il était encore en vie, que penserait-il de Poutine ?

    Il l’aurait sans doute qualifié de leader raté, car il a entraîné la Russie dans une guerre si dévastatrice qu’elle a affaibli l’empire russe, que ce soit dans le Caucase, en Asie centrale, en Sibérie, etc. Un conflit qui dure depuis trois ans et qui absorbe littéralement toute l’énergie, les ressources financières et la main-d’œuvre de la Russie. Soljenitsyne, qui était un fervent nationaliste russe aurait été profondément contrarié par cette situation. Grand penseur, il avait notamment mis en lumière l’incompétence du tsar Nicolas II, tout en reconnaissant l’absence d’alternative viable à ce dernier. Bien qu’ayant toujours considéré que l’Ukraine faisait partie de la Russie, Soljenitsyne aurait probablement perçu les erreurs stratégiques de cette invasion.

    Selon vous, les effets de la guerre en Ukraine, dans les années à venir, « pourraient avoir des conséquences des plus sérieuses, pour le meilleur ou pour le pire ».

    Oui. A mon sens, la couverture médiatique a tendance à normaliser les événements. La guerre en Ukraine se poursuit, encore et encore. Des dizaines de milliers de personnes sont tuées, des chars sont détruits. Et pourtant, elle est aujourd’hui reléguée en deuxième ou troisième page des journaux, comme si elle était devenue « banale ». Cette normalisation nous fait progressivement perdre de vue l’intensité de cette guerre ainsi que son impact émotionnel. Pourtant, je suis convaincu que la guerre en Ukraine est un tournant majeur dont les conséquences marqueront durablement la Russie et l’Europe. Notamment la période post-Poutine…

    C’est-à-dire ?

    La Russie a toujours été relativement peu institutionnalisée. Son territoire immense s’étend sur 11 fuseaux horaires, couvrant près de la moitié des longitudes terrestres, et pourtant, il n’a jamais été pleinement gouverné. Prenons une comparaison : si Xi Jinping tombait malade ou venait à disparaître demain, le Comité permanent du Parti communiste chinois élirait un nouveau dirigeant. La Chine dispose d’une bureaucratie solide, d’un système en place. La transition ne serait pas aisée, mais un successeur serait vite désigné. Cela pourrait entraîner un changement profond… ou non. Mais il n’y aurait pas de chaos.

    En revanche, si Poutine devait mourir demain, aucun mécanisme clair ne garantirait une transition ordonnée. Tout est centré sur lui, ce qui rend la situation extrêmement incertaine. En termes de chaos potentiel, la Russie post-Poutine pourrait même devenir une variante de l’ex-Yougoslavie.

    A quoi ressemblera la vie de Poutine une fois la guerre terminée ?

    Si accord de paix il y a, l’avenir de Poutine dépendra avant tout de l’état de l’économie russe. C’est le principal facteur qui le maintient au pouvoir, et qui pourrait encore lui permettre de se maintenir une fois la guerre terminée. Les oligarques et les hauts responsables militaires en Russie redoutent son départ par crainte du chaos. Une forme d’anarchie pourrait facilement émerger après Poutine. Beaucoup parmi ces élites pensent peut-être en privé qu’il a commis une erreur en envahissant l’Ukraine, mais ils ne voient ni figure ni force politique capable de le remplacer sans provoquer une crise interne majeure.

    Comment le dirigeant russe sera-t-il jugé par l’Histoire ?

    Il sera jugé sévèrement, y compris par les Russes eux-mêmes, en raison de l’invasion de l’Ukraine. Regardez combien de pouvoir et d’influence Poutine avait en Europe avant cette guerre. Il avait, d’une certaine manière, transformé l’Allemagne en une puissance neutre, fortement dépendante du gaz russe. Pourtant, dès qu’il a attaqué l’Ukraine, et que l’opération ne s’est pas déroulée comme prévu, il a perdu une part significative de son influence. Et même si la Russie semble aujourd’hui avoir l’avantage sur le terrain, cela s’est fait au prix d’un coût immense.

    Vous qualifiez le déclin de la Russie de « fondamental et quantitatif ». A l’inverse, vous jugez « le déclin américain relatif, subtil et qualitatif ».

    En effet. La Russie sera la première des grandes puissances à entrer en déclin. Les Etats-Unis sont dans une position bien plus favorable. La raison en est simple : c’est une démocratie turbulente. Cela signifie qu’ils ont une capacité constante à se réinventer. Trump n’est pas le premier populiste inculte et peu sophistiqué à devenir président des Etats-Unis. Avant lui il y eut Andrew Jackson, septième président du pays et originaire du Tennessee. Il était peu raffiné, très rugueux. Son élection avait profondément choqué les élites de Virginie et du Massachusetts, qui dirigeaient le pays jusque-là. Elles craignaient que son accession au pouvoir ne détruise le pays. Or, ce ne fut pas le cas. Cela a simplement engendré une nouvelle dynamique américaine.

    Vous avez écrit : « Trump est encore plus vain et superficiel que von Papen » (l’avant-dernier chancelier sous Weimar accusé d’avoir été le marchepied de Hitler, NDLR). Ce n’est guère un compliment. Sa réélection contribuera-t-elle au désordre mondial ou peut-il ramener de l’ordre ?

    Il est difficile d’analyser Trump, parce que lui-même ne sait peut-être pas ce qu’il fera demain au Moyen-Orient ou ailleurs. Il change constamment d’avis, ce qui le rend plus difficile à cerner que d’autres dirigeants. Cependant, je pense qu’il est un instrument du déclin américain. Même s’il le nie et prétend le contraire, je crois qu’il incarne ce déclin, et ce, pour plusieurs raisons. A commencer par les images de son investiture le 20 janvier : à ses côtés, il y avait tous les grands magnats de la technologie – Mark Zuckerberg, Elon Musk, Tim Cook et d’autres. Jamais la concentration de l’argent et du pouvoir n’a été aussi forte qu’aujourd’hui aux Etats-Unis. Bien sûr, les grands hommes d’affaires ont toujours accordé de l’importance à qui était président et ont toujours tenté d’influencer le pouvoir. Mais auparavant, ils devaient passer par des systèmes bureaucratiques pour le faire. Dorénavant, tout dépend de la proximité avec le président. Si vous êtes proche de lui, votre entreprise peut gagner des dizaines de milliards de dollars de plus. C’est précisément ce genre de choses qui détruit les institutions et affaiblit la démocratie. Ainsi, l’image de l’investiture montrait un pays qui décline progressivement sur le plan institutionnel.

    Elon Musk multiplie les sorties polémiques sur l’Europe et ses dirigeants. Est-il source d’instabilité ?

    Sa relation avec Trump est très malsaine. Voir l’homme le plus riche du monde aussi étroitement lié à l’homme le plus puissant du monde, pratiquement dans une forme d’étreinte, doit sérieusement nous interroger. Le célèbre politologue de Harvard Samuel Huntington écrivait que la grandeur de l’Amérique ne repose pas sur son peuple mais sur ses institutions et sur la séparation des pouvoirs. Selon lui, c’est ce cadre institutionnel – les 50 Etats, le gouvernement fédéral, les niveaux de pouvoir locaux et étatiques – qui a façonné la puissance américaine… Sous Trump, nous voyons ces institutions mises à l’épreuve. Le pouvoir massif de la présidence atteint un paroxysme préoccupant.

    « Les trois grandes puissances semblent avoir produit des dirigeants animés d’une pulsion de mort, chacun poussé par ses tourments personnels », écrivez-vous.

    Donald Trump me semble trop superficiel pour être tourmenté. Poutine, en revanche, doit être en proie à des tourments intérieurs face à la guerre qu’il a lui-même déclenchée. Quant à Xi Jinping, l’objet de son tourment est le suivant : il aspire à faire de la Chine une société de classe moyenne plus développée qu’elle ne l’est aujourd’hui, mais il refuse toute forme de contestation. Or, l’histoire nous montre que les classes moyennes ne sont jamais satisfaites. Elles réclament toujours plus, exigent toujours un gouvernement plus performant. C’est une contradiction qui, selon moi, ronge Xi Jinping : il souhaite exercer un contrôle absolu sur son peuple, mais veut aussi qu’il s’enrichisse. Or, vous ne pouvez pas avoir les deux…

    Selon vous, « le danger ultime restera toujours la perte de sang-froid ». Quel dirigeant vous semble le plus susceptible de le perdre ?

    Comme je l’ai écrit, c’est une question d’ordre shakespearien. On a l’impression aujourd’hui que tout repose sur la géographie, sur des forces immenses et impersonnelles, jusqu’au moment où tout bascule et devient un drame shakespearien, entièrement centré sur les décisions d’un seul homme, sur ce qu’il fera demain. Un dirigeant tourmenté, accablé par les crises, submergé de conseils contradictoires et la nécessité de trancher des décisions majeures.

    Je pense que le meilleur exemple actuel d’un dirigeant shakespearien, qui subit des niveaux extrêmes d’anxiété et de pression, et qui pourtant réagit dans l’instant est Benyamin Netanyahou, en Israël. Pensez-y : il prend une décision, un chef palestinien est tué. Il réagit instantanément, un autre leader palestinien est éliminé. Il est aussi au coeur d’un procès pénal qui pourrait l’envoyer en prison. Son peuple veut qu’il admette sa responsabilité pour le 7 octobre et qu’il en assume les conséquences. Il y a des luttes internes dans son gouvernement, des affrontements terribles qui finissent par éclater au grand jour. Et pourtant, il est au pouvoir depuis plus longtemps que n’importe quel autre Premier ministre israélien. C’est pourquoi Netanyahou incarne à mes yeux l’archétype du dirigeant shakespearien.

    Vous évoquez longuement Xi Jinping, Poutine mais le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un lui n’est mentionné qu’à une seule reprise dans votre livre. Ne représente-t-il pas une menace pour la stabilité mondiale ?

    Il est impossible de tout aborder en 186 pages ! De plus, le livre était terminé avant que Kim Jong-un n’envoie des troupes en Ukraine. Toutefois je considère que Kim Jong-un, Poutine, les dirigeants iraniens et chinois font tous partie d’une alliance eurasienne, essentiellement opposée aux Etats-Unis, à l’Ukraine, à Israël, aux Etats arabes sunnites conservateurs et à l’Europe. D’ailleurs, j’avais déjà écrit sur ce sujet il y a plus de dix ans : nous assistons à l’émergence de l’Eurasie en tant que concept géopolitique à part entière, alors qu’auparavant, elle n’était qu’une notion géographique, trop vaste pour avoir une réelle signification sur le plan géopolitique.

    On ressort de votre livre avec l’impression que Xi Jinping – que vous jugez « plus méthodique » que Poutine –, représente une menace bien plus grande que la Russie pour la stabilité du monde…

    Oui. Les conflits au Moyen-Orient n’ont pas eu d’effet si majeur que cela sur les marchés financiers, pas plus que la guerre en Ukraine. Car, et c’est un point intéressant, nos marchés ont, comme on dit aux Etats-Unis, « intégré » ces guerres dans leurs prévisions. En revanche, un conflit autour de Taïwan ou dans le Pacifique occidental, impliquant la Chine et les Etats-Unis, voire le Japon au sud et la mer de Chine orientale, mettrait aux prises deux ou trois des plus grandes économies mondiales dans une guerre militaire. Cela aurait un impact dévastateur sur les places financières et, par ricochet, sur les revenus des populations à l’échelle mondiale. Je pense que Xi Jinping le sait. Et les Américains aussi. Et n’oublions pas que la Chine dépend massivement des consommateurs américains. Aussi ironique que cela puisse paraître, la peur d’une catastrophe économique est l’un des éléments qui maintient la paix entre les Etats-Unis et la Chine.

    « Une guerre pour Taïwan ne ressemblerait en rien à la guerre en Ukraine. Taïwan serait une guerre ‘Star Wars’ du milieu du XXIe siècle », d’après vous. C’est-à-dire ?

    Nous pensons au Pacifique occidental en termes navals, parce qu’il s’agit essentiellement d’une immense étendue d’eau. Ce qui nous vient encore en tête, ce sont les flottes, les porte-avions les grandes batailles navales, comme celles de la Seconde Guerre mondiale. Mais ce ne serait pas ainsi que les choses se dérouleraient aujourd’hui. Désormais, chaque navire de guerre dispose d’une puissance de feu suffisante pour détruire une ville de taille moyenne, et ses systèmes d’armement sont presque entièrement automatisés. Cela signifie que l’intelligence artificielle jouerait un rôle déterminant dans toute guerre du Pacifique. C’est pourquoi, selon moi, le plus grand risque qui pèse actuellement sur notre monde est la possibilité d’un conflit majeur dans le Pacifique. Une menace évidente, immédiate, qui se trouve juste devant nous.

    « L’ONU semble vieillotte, peut-être parce qu’elle reflète une répartition des pouvoirs héritée de l’après-guerre, où la France occupe un siège permanent au Conseil de sécurité, alors que l’Inde, acteur central de l’équilibre mondial, n’y figure pas », pointez-vous. Votre constat n’est pas très flatteur pour la France. Quel regard portez-vous sur notre pays et l’Europe ?

    Concernant l’Ukraine, si l’Europe a apporté un soutien à Kiev, ce sont principalement les dollars et les armes américaines qui ont véritablement fait la différence et permis aux troupes de Zelensky de résister. Par ailleurs, dans les guerres à Gaza et au Moyen-Orient, l’Europe est restée largement en retrait. C’est un point intéressant : la Russie s’est imposée en raison de son alliance avec l’Iran, la Chine a pesé sur les négociations, mais l’Europe, elle, n’a pas joué un rôle déterminant dans ces conflits. L’Europe doit faire face à plusieurs défis stratégiques : à l’est, la guerre en Ukraine, et au sud, la pression migratoire issue des régions à forte croissance démographique, comme l’Afrique subsaharienne et le Grand Moyen-Orient. Or, contrairement aux États-Unis, protégés par deux océans, l’Europe est directement exposée à ces transformations, ce qui la rend particulièrement vulnérable et complexifie sa position.

    Steven Pinker se trompe lorsqu’il affirme que la nature humaine a changé

    Quant à la France, elle a toujours exercé une influence supérieure à son poids démographique et militaire. Mais le problème en France est similaire à celui des États-Unis : le pays est divisé entre une classe technocratique qui sait gouverner et gérer les affaires publiques, et une classe populiste qui ne sait peut-être pas gouverner, mais qui est plus en phase avec les attentes de la population. Ce dilemme complique la marge de manœuvre des dirigeants français, notamment en Ukraine. Il leur est difficile d’agir sans s’aligner sur les États-Unis.

    Vous réfutez la thèse défendue par le professeur à Harvard Steven Pinker d’un déclin inévitable de la violence. Selon vous, nous sommes tout aussi pervers qu’avant, seule la technologie a évolué.

    Steven Pinker est un grand penseur, et son ouvrage La Part d’ange en nous était très intéressant. Il y explique qu’en termes relatifs, la violence a diminué. Je reconnais que cela peut être vrai, mais uniquement parce que la population mondiale a tellement augmenté que, en proportion, la violence semble moindre. Là où je suis en désaccord avec lui, c’est lorsqu’il affirme que la nature humaine a changé pour le mieux. A mon sens, ce n’est pas la nature humaine qui a évolué, mais la technologie. Plutôt que de nous entretuer, nous volons désormais l’identité des autres sur Internet ou nous commettons toutes sortes de cybercrimes. Le monde numérique regorge de crimes et de chaos. Bien que non violents au sens physique, ces actes peuvent détruire des vies et des réputations. Donc, lorsque Pinker dit que la violence a diminué en termes relatifs, c’est exact. Mais lorsqu’il affirme que la nature humaine a changé, je pense qu’il se trompe.

    Certains vous décrivent comme le « prophète du chaos ». Donnez-nous une raison d’espérer… Voyez-vous un moyen d’éviter un cataclysme à l’avenir ?

    Tant que nous restons attachés aux principes du libéralisme et à l’importance de l’individu. Tant que nous ne cédons pas à la psychologie des foules, je pense qu’il y aura de l’espoir. Beaucoup d’espoir.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/robert-kaplan-celebre-journaliste-americain-apres-poutine-la-russie-sombrera-sans-doute-dans-X7K6G2JWGFCFVC42JQRKD2X3ZE/

    Author : Laurent Berbon

    Publish date : 2025-02-02 17:00:00

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  • La justice iranienne, cette machine à broyer : nos révélations sur l’affaire des Six d’Ekbatan


    Téhéran, 3 novembre 2022. « C’est parce que c’était un bassidji qu’il devait être tué ? Pourquoi l’avez-vous poursuivi ? » La question, lancée par le chef de la police de la capitale, Hossein Rahimi, s’adresse à un jeune homme en bleu de prisonnier, les yeux bandés par un masque chirurgical. « Je ne l’ai pas poursuivi », lâche-t-il en direction des micros de la presse du régime tendus au ras de son visage. « Quand vous voyez trente personnes frapper un individu seul […] ne devriez-vous pas prendre sa défense ? Vous deviez vous aussi vous joindre à eux… », s’impatiente l’autre. « Mais je ne me suis pas joint à eux. Je n’ai pas participé ! ». « Eh bien vous voyez ici l’un des principaux protagonistes [du meurtre d’Arman Aliverdi] », l’interrompt le policier en s’adressant aux caméras. La version du suspect ? Pour les autorités, là n’est pas la question.

    Car en cet automne 2022, depuis que la jeune Iranienne Mahsa Jina Amini a été tuée par des forces de police deux mois plus tôt, Téhéran est une poudrière. Ici, mais aussi à Machhad ou au Kurdistan iranien, des femmes retirent leur hijab publiquement. Des manifestations au cri de « mort au dictateur » essaiment à une vitesse éclair. C’est le début du mouvement Femme, Vie, Liberté, dont le quartier d’Ekbatan, situé dans l’ouest de la capitale, est l’un des principaux poumons. Chaque soir, les balcons de cette mégastructure des années 70 crachent de la musique interdite, tandis que bouillonne au pied des barres d’immeubles l’une des plus grandes failles du régime : des jeunes de la classe moyenne et intellectuelle, dopés à l’adrénaline, pour lesquels « liberté » veut dire quelque chose. Le meurtre d’un bassidji, roué de coups et poignardé alors qu’il avait été envoyé seul pour éteindre une manifestation dans la cité rebelle : le symbole est trop fort, trop dangereux.

    « Ce quartier, sur lequel les miliciens se cassaient les dents jour après jour, était la bête noire du régime. Il lui fallait impérativement donner des gages à ses troupes, échaudées par la mort d’un des leurs, pour éviter une hémorragie de forces vives », analyse l’avocate iranienne exilée en France Marzieh Mohebi. « Mais surtout, insiste-t-elle, c’était l’occasion ou jamais de détruire symboliquement ce foyer de résistance en accusant arbitrairement des profils incarnant tout ce que les mollahs combattent : des jeunes modernes, charismatiques, l’archétype des meneurs ».

    🎥 اعترافات جنایتکاری که به #آرمان_علی‌_وردی چاقو زد

    رئیس پلیس پایتخت:

    تیم‌های ویژه پلیس ۱۵ نفر از عناصر اصلی جنایت را شناسایی کردند

    ۵ نفر از عوامل اصلی توسط پلیس دستگیر شدند

    دستگاه قضایی در حال بازجویی از این افراد هستند تا در کمترین زمان به سزای اعمال خود برسند pic.twitter.com/ELOpEmPgrd

    — خبرگزاری تسنیم 🇮🇷 (@Tasnimnews_Fa) November 3, 2022

    Six hommes du nom de Milad Armoun, Alireza Kafaei, Amir Mohammad Khosh-Eghbal, Navid Najaran, Hossein Nemati, et Alireza Barmerz Pournak ont finalement été inculpés par un tribunal pénal dans ce dossier en novembre dernier pour « participation à un meurtre » et « agression intentionnelle ». Dans ce pays où l’ONU a dénombré plus de 900 exécutions en 2024 (un record depuis 2015) ils se trouvent en ce moment même dans le couloir de la mort. Une affaire parmi tant d’autres, pourtant révélatrice des rouages de la machine répressive du régime islamique d’Iran. Au cœur duquel se trouve un système judiciaire opaque et à ses ordres. Plongée dans l’affaire des Six d’Ekbatan.

    Un message

    Dans l’Iran du guide suprême Ali Khamenei, le 11 février est une date importante. C’est l’anniversaire de la victoire de la Révolution islamique de 1979, et l’arrivée au pouvoir de l’ayatollah Khomeini. Mais cette année 2023, le guide ne se rendra pas seulement sur la tombe des « martyrs » de la guerre Iran-Irak, comme le veut la tradition. Il ira sur celle d’Arman Aliverdi, le bassidji tué fin octobre. Depuis l’annonce de sa mort, les relais médiatiques et politiques du régime n’en finissent plus de commenter le « martyr » de ce milicien. Ce sont des documentaires dédiés, diffusés à la télévision d’Etat, des témoignages d’anciens camarades de classe, des projets de livres… La place centrale du quartier d’Ekbatan, ainsi qu’une station de métro, vont même prendre le nom du milicien tandis qu’en parallèle, la presse du régime n’en finit plus de chroniquer les avancées judiciaires de l’affaire. Descentes de police dans le quartier d’Ekbatan, arrestations spectacle d’une cinquantaine de personnes… Une reconstitution de la scène du meurtre en présence d’une dizaine d’individus – dont certains ont été condamnés par la suite – va même être immortalisée par la presse du régime.

    Ali Khamenei sur la tombe d’Arman Aliverdi. Crédits : Mashregh News (site d’information basé à Téhéran proche du régime.

    Symptomatique de l’importance que recouvre l’affaire : Ebrahim Raïssi, alors président du pays et proche du guide suprême, ainsi que l’ayatollah Khamenei, se rendent même au chevet des proches du défunt. « La visite du plus haut dirigeant, comme [Ali] Khamenei, à la famille de ce bassidji tué est un acte inhabituel porteur d’un message clair au système judiciaire », relève l’avocat iranien aujourd’hui en exil Ghasem Boedi. « Il s’agit d’ordonner des peines sévères, telles que la peine de mort, contre des individus sélectionnés par le régime comme victimes expiatoires ».

    Les Iraniens ont appris à lire entre les lignes : quand le régime nous dit que les jeunes d’Ekbatan auraient fait des ‘aveux’, on entend ‘torture’

    Fallait-il envoyer un message ? « Le système judiciaire n’a pas besoin de tels signaux pour connaître la sentence que le régime attend », grince Iris Farkhondeh, enseignante-chercheuse à la Sorbonne Nouvelle. « En Iran, le système judiciaire dépend directement de Gholam Hossein Mohseni-Ejei, nommé par le guide suprême. Il s’agit avant tout d’un outil répressif régi par l’arbitraire. En clair, les tribunaux sont surtout des chambres d’enregistrement de peines prédéfinies, mobilisées pour mettre un tampon ’justice’ sur les directives du guide et les méthodes du régime ». Parmi lesquelles l’extorsion d’aveux.

    Abus en tous genres

    « Les Iraniens ont appris à lire entre les lignes : quand le régime nous dit que les jeunes d’Ekbatan auraient fait des ’aveux’, on entend ‘torture’ », nous a un jour soufflé Babak*, un activiste et ancien prisonnier iranien aujourd’hui exilé en France. Dans son dernier rapport concernant l’Iran, l’ONG Human Rights Watch relevait en effet l’utilisation par les tribunaux « d’aveux probablement obtenus sous la torture comme éléments de preuves ». Ajoutant que « les autorités n’ont pas mené d’enquêtes sérieuses sur les nombreuses allégations de torture contre des détenus et restreignent régulièrement l’accès des détenus à un avocat, en particulier pendant la période d’enquête initiale ».

    Babak sait à quoi peut ressembler un « interrogatoire » en Iran, et sans avocat. Après les protestations de 2018 contre les difficultés économiques du pays auxquelles il a pris part, cet ingénieur en BTP a été arrêté sur son lieu de travail et placé en détention pendant un mois dans la prison de la ville de Kermanshah, où il est né. « Une fois qu’ils vous tiennent, ils font tout pour vous déstabiliser afin que vous disiez ce qu’ils veulent entendre », résume-t-il. Nombre de ses souvenirs en détention ne comportent pas d’image. Ses yeux étaient bandés la plupart du temps. Mais on n’oublie pas la sensation du sang qui remonte jusqu’à la tête, pendu par les pieds plusieurs heures d’affilée. La cellule, tout juste assez grande pour s’y asseoir. Ces pilules qu’un infirmier lui prescrivait soi-disant pour ses migraines : vraisemblablement des diurétiques pour le rendre incontinent. Et puis les sessions d’interrogatoires de peut-être trois heures – il perdait la notion du temps – parfois plusieurs fois par jour. « Si les réponses ne leur convenaient pas, ils me rouaient de coups à la tête ».

    L’affaire des Six d’Ekbatan ne semble pas échapper à ce schéma. Depuis son commencement, Dadban, un groupe d’assistance juridique iranien, n’a cessé de rapporter des abus en tous genres sur son compte X et son site. Selon les informations du collectif, Amir Mohammad Khoshegbal, l’un des mis en cause, aurait par exemple été sévèrement torturé au centre de détention des services de renseignements de l’armée de l’air, jusqu’à avouer « avoir tué Aliverdi et lui avoir donné des coups de pied au point que du sang coulait de ses chaussures ». Il aurait tenté de se suicider en garde à vue par la suite. Alireza Kafaei aurait quant à lui été soumis à de graves tortures physiques et mentales et à du harcèlement pendant sa détention par la police des renseignements de Téhéran pour le forcer à avouer une implication dans les coups ayant conduit à la mort du bassidji.

    Pour chacun des accusés, il existe des rapports de ce genre. C’est pourtant précisément là que se situe l’une des nombreuses failles du dossier. Selon Dadban, les aveux obtenus en détention, sur lesquels s’est fondée la cour pour prononcer la condamnation à mort, « n’ont été donnés qu’aux fonctionnaires judiciaires et les accusés ont nié tous leurs aveux antérieurs devant les autorités judiciaires et ont ouvertement déclaré qu’ils étaient le résultat de la torture et de la coercition ». D’après un compte rendu d’audience que L’Express a pu consulter, Alireza Kefaei aurait en effet déclaré devant la cour avoir avoué le meurtre du bassidji en raison des tortures infligées : « A cause des coups violents que j’ai reçus [au centre de détention de] Shapur, j’ai été obligé de dire que je l’avais frappé avec une pierre. »

    Juges affiliés à l’appareil sécuritaire

    Au sein d’un tribunal respectant la loi (même la loi pénale islamique), les six accusés n’auraient pas dû être condamnés. « Les trois juges qui suivaient l’affaire depuis le début ne voulaient pas les condamner à mort », explique Moein Khazaeli, consultant juridique et expert des droits de l’homme au sein de Dadban.

    Comment expliquer, alors, que les six jeunes hommes se trouvent en ce moment dans le couloir de la mort ? « Peu de temps avant la dernière session, les agences de sécurité affiliées aux Gardiens de la révolution sont intervenues dans l’affaire et ont démis de leurs fonctions les deux juges minoritaires dont l’avis permettait à Asghar Khalili, le juge principal d’obtenir la majorité des voix en faveur de l’acquittement [NDLR : en Iran, il s’agit de « conseillers »]. Ils les ont remplacés par deux nouveaux conseillers affiliés à la sécurité qui ne connaissaient rien à l’affaire pour qu’ils mettent Asghar Khalili en minorité et donc pour contrer un verdict favorable aux garçons ».

    Le régime place intentionnellement certaines personnes dans des situations à risque ou les fait tuer par ses propres agents infiltrés parmi les manifestants

    Oubliées, les nombreuses failles et zones d’ombre du dossier, pourtant soulevées par plusieurs avocats des mis en cause ainsi que certains groupes de défense des droits de l’homme iraniens. A commencer par le fait que les vidéos sur lesquelles se serait fondée l’enquête des autorités n’ont jamais été transmises au tribunal malgré la demande du juge – ont-elles jamais existé ? Asghar Khalili allant jusqu’à écrire dans ses conclusions que « du point de vue de l’enquête policière, il n’est pas possible de déterminer quand et par qui les coups ont causé le décès »…

    En réalité, plusieurs sources sollicitées par L’Express vont jusqu’à interroger le récit officiel de la mort du bassidji Arman Aliverdi. « Envoyer un jeune milicien sans préparation ni entraînement seul au milieu d’une foule qu’ils n’arrivaient pas à contrôler, c’était totalement inconsidéré, juge le consultant juridique Moein Khazaeli. Certaines sources pensent même qu’entre le moment où il a été retrouvé et le moment où il est mort, les autorités auraient pu le sauver, mais elles ne l’ont pas fait parce qu’elles voulaient que quelque chose se passe pour attaquer la zone et se venger ». Pour Ghasem Boedi, la « fabrication de morts » ferait en réalité partie des méthodes utilisées par le régime pour étouffer les contestations. « Le régime place intentionnellement certaines personnes dans des situations à risque ou les fait tuer par ses propres agents infiltrés parmi les manifestants. Il détruit ou incendie des biens privés et publics ainsi que des lieux sacrés puis attribue ces actes aux manifestants pour justifier sa violence et intensifier la répression ».

    « Le régime était prêt à tout pour les faire condamner à mort, même à contredire ses propres lois, aussi iniques soient-elles », insiste Marzieh Mohebi. En Iran, il existe par exemple une loi permettant à la famille d’un défunt de demander une compensation financière ou la condamnation à mort du meurtrier. C’est le « prix du sang » (« qisas e nafs »). Mais, selon la BBC Farsi, si la famille d’Arman Aliverdi souhaite obtenir vengeance par l’exécution du meurtrier de leur fils, « ils ne sont pas d’accord pour que l’on exécute des personnes qui n’ont pas joué de rôle dans [s]a mise à mort ». D’après l’une des sources du média, « le père d’Arman Aliverdi a dit qu’il savait que le meurtrier avait déjà quitté l’Iran ».

    Avocats sous pression

    Dernière zone d’ombre : le rôle des avocats. En Iran, la profession est une cible récurrente du régime. Quoique pas tous, rappelle Marzieh Mohebi : « sur les dossiers les plus sensibles, le régime n’hésite pas à imposer un avocat commis d’office qui, par peur ou parce qu’il est grassement payé pour ce faire, ne défendra pas son client comme il le devrait afin de faciliter le travail des juges affiliés au pouvoir ». Mais pour ceux qui tentent de faire appliquer le droit, la démarche n’est pas sans danger. L’avocat Payam Derafshan, qui a représenté plusieurs activistes des droits de l’homme et représente l’un des accusés dans ce dossier, a plusieurs fois été poursuivi en justice à son tour pour avoir fait son travail. En décembre 2024, il a notamment été accusé d’avoir « publié des mensonges » et « insulté les fonctionnaires ».

    En réalité, la plupart des avocats iraniens sollicités par L’Express ont subi un sort similaire, avant de choisir l’exil pour sauver leur vie. Quand Ghasem Boedi a commencé à apporter une assistance juridique aux personnes emprisonnées dans le cadre du mouvement Femmes, Vie, Liberté ainsi qu’à leurs familles, il a suffi de quelques jours seulement pour qu’il soit convoqué par les forces de sécurité. A son tour, cet avocat a alors subi de longs interrogatoires, avant d’être emprisonné et transféré dans une cellule spéciale de la prison de Tabriz. « Après une quarantaine de jours d’isolement, j’ai été libéré sous caution en attendant les décisions judiciaires. Cependant, le jour même de ma libération, un nouveau mandat d’arrestation a été émis contre moi. Face à des accusations infondées et vagues, et sur les conseils de collègues avocats, j’ai été contraint de quitter le pays pour protéger ma vie et celle de ma famille », raconte-t-il.

    Maquiller la répression

    « Le régime fait tout pour donner l’apparence de la légalité à sa répression, analyse l’avocat Hirbod Dehghani-Azar. Sur le papier, il ne condamne pas des individus parce qu’ils ont manifesté contre lui, mais parce qu’ils seraient des ‘criminels’ ou parce qu’ils auraient dealé de la drogue… Cette mascarade n’a d’autre but que d’instiguer la peur au sein de sa population – qui sait très bien ce qui se joue – tout en trompant les observateurs extérieurs tant que possible sous couvert de respect du droit ». De fait, les exécutions pour trafic de drogue ont explosé au début du mouvement Femmes, Vie, Liberté… En 2023, celles-ci représentaient plus de la moitié des motifs invoqués lors d’exécutions. Une augmentation de 84 % par rapport à 2022, selon l’ONG Iran Human Rights.

    Et c’est sans compter le concours de lois permettant de donner une base en apparence légale à sa répression. « Aujourd’hui, en République islamique, les lois pénales sont principalement adoptées, sans respect du cadre juridique, par des extrémistes affiliés aux Gardiens de la Révolution désignés comme députés par le biais du Conseil des gardiens, contrôlé par Khamenei », explique Gasem Boedi. « Le régime adopte habilement des lois codifiées qui, en apparence, semblent conformes aux principes internationaux et aux droits de l’homme, mais ces lois sont détournées par des juges totalement à la botte du régime, souvent désignés par les forces de sécurité. Ce procédé est très répandu et mis en place pour tromper la communauté internationale et les organisations de défense des droits humains ».

    Manifestation en défense du rappeur iranien Toomaj Salehi, à Washington (Photo by Ali Khaligh / Middle East Images / Middle East Images via AFP)Manifestation en défense du rappeur iranien Toomaj Salehi, à Washington (Photo by Ali Khaligh / Middle East Images / Middle East Images via AFP)

    En réalité, la répression du régime est loin de se limiter à la seule machine judiciaire. D’après les données de l’Abdorrahman Boroumand Center pour la promotion des droits de l’homme et de la démocratie en Iran, depuis février 1979, au moins 864 personnes auraient disparu ou été exécutées extrajudiciairement. Dans le pays, mais aussi en dehors de ses frontières. « Il ne faut pas se méprendre sur ce président soi-disant’réformiste’ [Massoud Pezeshkian], alerte Iris Farkhondeh. Affaibli de l’intérieur et de l’extérieur, le régime souffle le chaud et le froid. Le rappeur Toomaj Salehi n’est plus en prison mais les opposantes kurdes Varisheh Moradi et Pakhshan Azizi sont condamnées à mort. Le régime tâche de se maintenir par la répression ». Pour ceux issus de minorités, les plus pauvres et isolés, il arrive que personne ne sache précisément pourquoi ils ont été emprisonnés ou exécutés ». Seul espoir : « le fait que la presse parvienne de plus en plus à obtenir des documents relatifs à certaines affaires, que des informations sur les mauvais traitements infligés aux justiciables fuitent, tout ceci indique que l’influence du régime se fissure de l’intérieur. Même parmi les couches de la population traditionnellement proches du régime, certains commencent à se désolidariser ».

    Les garçons d’Ekbatan, déjà condamnés à mort par un tribunal pénal, peuvent encore faire appel. Quatre d’entre eux – accusés d’ »inimitié envers Dieu », un crime passible de la peine de mort – attendent encore le verdict du tribunal révolutionnaire chargé du volet sécuritaire de l’affaire. Le juge mandaté sur ce dossier n’est autre qu’Abolqasem Salavati, surnommé en Iran… « le juge de la mort ».





    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/la-justice-iranienne-cette-machine-a-broyer-nos-revelations-sur-laffaire-des-six-dekbatan-ODRV77QB5FAONFAUR5OVR2CBPI/

    Author : Alix L’Hospital

    Publish date : 2025-02-02 16:00:00

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  • Ukraine : pourquoi l’administration Trump pousse pour de nouvelles élections

    Un message clair envoyé par les Etats-Unis. L’envoyé spécial du président américain Donald Trump en Ukraine, Keith Kellogg, a indiqué souhaiter l’organisation d’une nouvelle élection présidentielle et de législatives d’ici à la fin de l’année dans le pays, surtout si Kiev parvient à trouver un accord de trêve avec la Russie. Cette proposition, rapportée en exclusivité par l’agence Reuters samedi 1er février, pourrait même participer à trouver un accord de cessez-le-feu avec Moscou, estime Washington. « La plupart des pays démocratiques ont des élections en temps de guerre. Je pense que c’est important qu’elles aient lieu. Je pense que cela est bon pour la démocratie », a justifié Keith Kellogg dans ce même entretien.

    Pourquoi une telle annonce ? Le président américain Donald Trump, hyperactif sur le plan international depuis le début de son nouveau mandat, espère trouver une solution rapide au conflit ukrainien. Lors de sa campagne présidentielle, il avait maintes fois répété qu’il réglerait la guerre « en 24 heures » une fois au pouvoir, fort de sa « très bonne relation » avec le président russe, Vladimir Poutine.

    S’il n’est manifestement pas parvenu à mettre en œuvre cette promesse audacieuse, le milliardaire se dit préparé à faciliter vers des négociations de paix. « Je pense, d’après ce que j’entends, que Poutine veut me rencontrer, on se rencontrera dès que possible. Je le rencontrerai immédiatement », a ainsi lancé Donald Trump le 23 janvier dernier, face à des journalistes.

    Une condition pour faire accepter une trêve à Moscou ?

    Selon les informations de Reuters, qui cite trois sources proches du dossier, la garantie de l’organisation de nouvelles élections en Ukraine pourrait faire partie des gages à mettre en avant face à la Russie pour obtenir un accord de cessez-le-feu. L’agence de presse indique qu’un des scénarios imaginés par les diplomates américains consisterait en une trêve discutée en deux temps. Il s’agirait d’abord de négocier un simple cessez-le-feu sur le champ de bataille. Puis, dans un second temps, après une présidentielle et des législatives en Ukraine, de donner au vainqueur du scrutin la responsabilité de trouver un compromis de paix sur le long terme avec Moscou.

    Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait lui-même avancé que de nouvelles élections pourraient être mises en place durant l’année 2024, à condition d’un arrêt des combats et de l’obtention de nombreuses garanties de sécurité de la part de la Russie. Or le président russe ne semble pas prêt à discuter directement avec son homologue ukrainien. Vladimir Poutine considère Zelensky comme « illégitime » à cause du report des élections ukrainiennes ces dernières années sous le coup de la loi martiale, imposée depuis 2022. Le dirigeant russe a sous-entendu qu’il refuserait de participer lui-même à une rencontre avec le chef d’État ukrainien. Si ce dernier « veut participer à des négociations, je choisirai des personnes qui mèneront ces négociations », a-t-il ainsi souligné le 28 janvier dernier à la télévision d’État russe.

    Craintes d’une campagne sous influence russe

    Volodymyr Zelensky est loin d’être contesté par la population ukrainienne au sein de ses frontières. Mais la confiance en son action – et surtout en sa capacité à choisir la bonne stratégie pour mettre fin à la guerre – s’est érodée, comme le montrent différents sondages d’opinion ces derniers mois. En cas d’élection présidentielle, le dirigeant n’aurait aucune certitude d’être réélu. D’autant que certains prétendants au pouvoir ne cachent plus leurs ambitions. L’ex-président Petro Porochenko multiplie les déplacements sur le terrain, tout comme le maire de Kiev, l’ancien boxeur Vitali Klitschko.

    Surtout, même sans être candidat, l’ex-général et commandant des forces armées ukrainiennes Valeri Zaloujny fait office de favori dans les enquêtes d’opinion pour la présidence du pays. Cette figure de l’armée ukrainienne s’était fait remarquer l’hiver dernier pour ses critiques à l’égard de la stratégie militaire du pouvoir central, avant d’être remplacé en février 2024 par le général Syrsky. Il a depuis été nommé ambassadeur à Londres. En octobre dernier, il avait soutenu la présentation du « plan de victoire » présenté au Parlement ukrainien par Volodymyr Zelensky. Pour lui, il serait « difficile » pour l’Ukraine de sortir gagnante du conflit avec la Russie sans le soutien accru de ses partenaires internationaux.

    Reuters précise par ailleurs que l’accueil réservé en Ukraine de cette proposition américaine, soumise à Kiev ces derniers jours, n’est pas très clair. Le pouvoir ukrainien aurait opposé certaines réticences face à la volonté de Washington d’accélérer le processus électoral dans le pays. Ses craintes ? Une division des Ukrainiens durant la campagne et de possibles ingérences russes sur le scrutin, à l’instar de ce qu’il s’est produit en Moldavie, en Géorgie ou en Roumanie ces derniers mois.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/ukraine-pourquoi-ladministration-trump-pousse-pour-de-nouvelles-elections-TE35MKZSNVF77IPYQWM2XO56CM/

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    Publish date : 2025-02-02 15:45:00

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  • « Sentiment de submersion » migratoire : François Bayrou persiste et signe

    François Bayrou maintient ses propos. Le Premier ministre a repris devant les députés, ce mardi 28 janvier, l’idée d’une « submersion » migratoire à Mayotte et dans plusieurs autres départements français, réfutant toute « connivence avec personne » en réponse au chef de file des députés PS Boris Vallaud qui l’accusait d’avoir « emprunté (ce vocabulaire) à l’extrême droite ».

    « Quiconque est confronté à la situation à Mayotte, et ce n’est pas le seul endroit de France, mesure que le mot de submersion est celui qui est le plus adapté. Parce que tout un pays, […] toute une communauté de départements français est confrontée à des vagues d’immigration illégale telles qu’elles atteignent 25 % de la population », a affirmé le Premier ministre lors de la séance des questions au gouvernement. « Ce ne sont pas les mots qui sont choquants, c’est les réalités », a-t-il ajouté.

    « Submersion » migratoire : « Quiconque est allé à Mayotte (…) mesure que le mot de submersion est celui qui est le plus adapté (…) qui peut dire que ce n’est pas vrai ? Ce ne sont pas les mots qui sont choquants, ce sont les réalités », affirme François @Bayrou.#DirectAN #QAG pic.twitter.com/CB4f1vZtPR

    — LCP (@LCP) January 28, 2025

    « Les apports étrangers sont positifs pour un peuple, à condition qu’ils ne dépassent pas une proportion […] Dès l’instant que vous avez le sentiment d’une submersion, de ne plus reconnaître votre pays, les modes de vie ou la culture, vous avez rejet », a affirmé lundi soir sur LCI François Bayrou. Pour le chef du gouvernement, ce seuil n’est pas encore dépassé mais « on approche » et « en tout cas, c’est dans cette zone qu’on se trouve », sachant qu’un « certain nombre de villes ou de régions sont (déjà) dans ce sentiment-là ».

    En disant « que tout est une affaire de proportion », le Premier ministre « a justifié la politique que je souhaite mener », s’est réjoui mardi Bruno Retailleau (LR). « Qu’un homme centriste, modéré, équilibré, puisse dire, au bout d’un mois et demi à Matignon, qu’il y a une proportion d’étrangers qui ne doit pas être dépassée sur le sol national, c’est une avancée », a renchéri son homologue à la Justice, Gérald Darmanin (Renaissance).

    Côté RN, si le vice-président Sébastien Chenu s’est félicité d’avoir « gagné la bataille idéologique », Marine Le Pen attend de François Bayrou « des actes qui suivent les constats ». « Il faut que le Premier ministre soit conscient qu’il n’est ni psychiatre ni prêtre et que donc sa parole ne guérit pas », a lancé la cheffe des députés d’extrême droite.

    Yaël Braun-Pivet n’aurait « jamais tenu ces propos »

    Mais les déclarations du Premier ministre ont choqué l’aile gauche du camp présidentiel, en premier lieu la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet. « Je n’aurais jamais tenu ces propos et ils me gênent. On parle d’hommes et de femmes, de notre pays, la France qui, par son Histoire, par sa géographie, par sa culture, a toujours accueilli et s’est construite avec cette tradition », a-t-elle réagi.

    Le tollé est général à gauche. « C’est honteux, ça m’a extrêmement choquée qu’un Premier ministre utilise le terme de ‘submersion’ migratoire et vienne accréditer cette fausse idée alimentée par l’extrême droite », a réagi la cheffe des députés écologistes Cyrielle Chatelain. « On n’emprunte ni les mots ni les fantasmes de l’extrême droite », a réagi le patron des députés socialistes Boris Vallaud, jugeant cela « indigne ».

    Selon l’Insee, en 2023, la population étrangère vivant en France s’élevait à 5,6 millions de personnes, soit 8,2 % de la population totale, contre 6,5 % en 1975, soit une « augmentation qui est faible ».

    Cela pourra-t-il influencer la décision du groupe socialiste de voter la censure du gouvernement sur le budget qui pourrait être soumis la semaine prochaine à l’Assemblée via l’article 49.3 de la Constitution ? Le PS, qui cherche des concessions de François Bayrou en échange d’une non-censure, a annoncé l’annulation d’une réunion prévue mardi avec le gouvernement. « Ce qui s’est passé cet après-midi ne va pas dans le sens d’un accord de non-censure », a estimé le député PS Laurent Baumel.





    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/sentiment-de-submersion-migratoire-francois-bayrou-persiste-et-signe-P5R4YYK6MRB53DZFE4AEJAA4UE/

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    Publish date : 2025-01-28 18:25:00

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  • Dallas au Mont-Saint-Michel : gros sous et lutte de pouvoirs en Normandie


    Du Mont-Saint-Michel, les visiteurs ne retiennent que l’image, superbe, d’une abbaye dressée au sommet de son rocher et baignée par les flots. Aucun ne soupçonne que, sur ces quatre kilomètres carrés aux confins de la Bretagne et de la Normandie, se joue une sourde lutte de pouvoir et d’argent. Une bataille où l’on croise un conseiller de l’Elysée, des barons locaux et des hauts fonctionnaires. Mais aussi deux institutions rivales gérées par un même ministère, des commerçants installés depuis des décennies et peu désireux de changer leurs habitudes, des habitants, rares mais soucieux de se faire entendre. Le tout sous le regard de la Cour des comptes qui, comme l’avait dévoilé La Lettre, mène depuis plusieurs mois une mission sur place. Son prérapport finalisé au début du mois de février ne manquera pas de pointer les doublons et les absurdités qui président à la gestion du site touristique le plus visité de France hors de Paris. Ajoutant encore à la tension alors que d’importantes échéances se profilent.

    Pour prendre la mesure de l’imbroglio, il faut plonger dans l’histoire récente du Mont-Saint-Michel. Jusqu’en 2020, la répartition des rôles était relativement simple : le Centre des monuments nationaux (CMN), qui dépend du ministère de la Culture, gérait l’abbaye ; la commune s’occupait des rues, de l’église, du cimetière tandis qu’un syndicat mixte, imaginé par les collectivités locales, supervisait les transports et le barrage construit il y a quinze ans pour redonner au Mont son caractère maritime. Simple, mais source de rancœurs, le CMN récupérant l’essentiel des recettes générées par le Mont via la billetterie de l’abbaye sans contribuer aux infrastructures et à l’entretien du « rocher » hors de son périmètre. Simple, mais pas à la hauteur d’un site classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979. Des visiteurs venus en basse saison se sont heurtés aux portes closes des restaurants. D’autres se sont perdus dans les méandres des informations parcellaires distillées sur les différents sites officiels. « Les touristes s’en fichent de savoir à qui appartient la Grande Rue, ils veulent voir quelque chose de joli et savoir s’ils peuvent venir avec leur chien dans la navette. Et ça… », résume Jacques Bono, le maire de la commune depuis 2020.

    A plusieurs reprises déjà, l’Etat s’est cassé les dents en tentant de simplifier la gouvernance. Au fil des années 2010, plusieurs missions de réflexion se succèdent. La première réunit la préfète de région Nicole Klein et Philippe Bélaval, alors président du CMN. La conclusion ? Que le CMN reprenne l’intégralité du site. Philippe Bélaval n’est pas emballé, les parkings, ce n’est pas son métier. Nouveau Premier ministre, Bernard Cazeneuve, nouvelle mission confiée à un haut fonctionnaire, Adolphe Colrat, qui se heurte lui aussi à la résistance passive du CMN. 2017, Emmanuel Macron est élu, le Normand Edouard Philippe – pour qui en doute : le Mont-Saint-Michel est bien en Normandie ! – devient Premier ministre. Cette fois, plus d’atermoiement, une structure unique va être créée. Christophe Beaux, conseiller à la Cour des comptes, est chargé d’en définir les contours. Le CMN fait la grimace mais Philippe Bélaval doit s’incliner. En apparence, au moins.

    Il incarne l’archétype du « Parisien »

    En 2020, « l’établissement public du Mont-Saint-Michel » voit le jour. Sa mission ? Gérer l’ensemble des sujets d’intérêts communs. Tous les acteurs – collectivités locales, représentants de l’Etat, CMN, commerçants et quelques autres – sont représentés au conseil d’administration. A la tête de l’Epic : Thomas Velter, un trentenaire qui a fait ses armes auprès de Franck Riester et au cabinet de Bruno Le Maire à Bercy. Il n’est pas haut fonctionnaire, mais en a l’allure. Lorsqu’il arrive sur le Mont, les « locaux » le regardent de haut, il incarne l’archétype du « Parisien » venu gérer un lieu qu’il connaît peu. Mais Thomas Velter profite de ces premiers mois, ceux du confinement, pour se familiariser avec les dossiers et avec les acteurs. Il met en avant ses attaches normandes et son amour du Mont.

    Sa mission est double : monter en gamme et devenir autonome financièrement. La délégation accordée à Transdev pour les navettes et les parkings, peu rémunératrice (80 000 euros) et peu satisfaisante, est rompue. Keolis prend sa place, toutes les recettes – soit 10 millions d’euros – reviennent désormais à l’Epic. Un logo est imaginé, du mécénat développé, une marque déposée, un Monopoly sortira en 2025. Les élus locaux applaudissent, pas fâchés de damer le pion au CMN, jugé distant, et à ses dirigeants ne voyant dans le Mont qu’une étape dans leur carrière. Hervé Morin, le président de la région Normandie, est l’un des plus enthousiastes. Voilà des années qu’il clame urbi et orbi que ce n’est pas au contribuable normand de payer la facture d’un site aussi rentable que le Mont-Saint-Michel, il ne peut que se féliciter de la création de l’Epic. C’est aussi pour lui un moyen de rappeler à un autre Normand aux grandes ambitions, le maire du Havre Edouard Philippe, qu’il faut compter avec lui.

    Avec la mairie, les relations se normalisent. Avec ses 30 administrés, ses faibles recettes et ses grosses dépenses, comme ces 10 policiers mobilisés l’été (« soit plus qu’à Marseille rapporté au nombre d’habitants », s’amuse Jacques Bono) ou ces deux tonnes de déchets à évacuer en pleine saison, elle peine à faire face. Le soutien de l’Epic est bienvenu. Avec les commerçants, l’évolution est plus lente. « Ils se prennent pour des génies du marketing parce qu’ils ont des marges considérables alors qu’ils ne sont que des héritiers. Ils se comportent comme des prédateurs économiques », juge sévèrement un acteur local. Les visiteurs venant spontanément, pourquoi les fidéliser ? Peu à peu, pourtant, avec le changement de génération, les pratiques évoluent. « Au moins, il se passe des choses, alors qu’avant il n’y avait rien », constate un acteur local.

    Les frictions les plus vives sont ailleurs. Dans les relations entre l’Epic du Mont-Saint-Michel et le CMN. Le premier a autorité sur tout… sauf sur l’abbaye, restée dans le giron du CMN. Peu importe que Thomas Velter soit à la fois directeur de l’Epic et administrateur de l’abbaye, que le CMN n’ait pas eu son mot à dire sur sa nomination, le pouvoir sur la principale attraction du Mont lui échappe. Déjà quelques lignes lourdes de sens, dans sa lettre de mission, l’annonçaient : « Vous vous appliquerez également à entretenir des relations fluides avec le CMN », « en liaison avec le CMN », « Toujours en lien avec le CMN… ». C’est un piège, le CMN n’aime guère partager le pouvoir. Tous ceux qui sont passés par le Mont racontent ces rendez-vous qu’on ne leur accorde pas faute d’autorisation reçue du siège à Paris pour leur répondre, ces déplacements que l’on complique en refusant le prêt d’une voiture, ces discrets messages passés pour rassurer les troupes sur le caractère indétrônable du CMN. Le fait que son ancien président, Philippe Bélaval, soit le conseiller culture d’Emmanuel Macron depuis 2023, accroît encore le pouvoir qu’on prête à l’institution.

    En 2019, le CMN n’est pas parvenu à empêcher la création de l’Epic, mais il a tout fait pour en limiter les moyens. Avant même que Christophe Beaux démarre sa mission de préfiguration de l’établissement public, il a la surprise de découvrir qu’un arbitrage a déjà été rendu par Matignon : l’abbaye et ses recettes devront rester dans le périmètre du CMN. Difficile, à l’époque, de mener la bataille contre cette décision : en avril 2019, Notre-Dame de Paris a brûlé, les esprits et les cabinets sont concentrés sur sa reconstruction, le Mont-Saint-Michel n’est plus considéré comme prioritaire. Dans son rapport de préfiguration, Christophe Beaux passe pourtant outre le « bleu », ce document qui rend compte de l’arbitrage ministériel, et propose de répartir les excédents entre l’Epic et le CMN à hauteur de 4 millions d’euros chacun. « On me dit non, c’est un million seulement. C’était insuffisant pour lancer le projet, notamment améliorer l’expérience des visiteurs. Je finalise le décret créant l’établissement et je m’en vais », se souvient-il.

    L'un des enjeux est de mieux étaler la fréquentation. (ici, la rue principale du Mont Saint-Michel en juillet 2023)L’un des enjeux est de mieux étaler la fréquentation. (ici, la rue principale du Mont Saint-Michel en juillet 2023)

    Au quotidien, les tiraillements entre les deux établissements, qui dépendent pourtant de la même tutelle, le ministère de la Culture, sont feutrés, mais bien réels. Les 60 salariés du CMN qui travaillent à l’abbaye rendent compte au siège de leur institution qui se trouve à Paris, bien plus qu’à Thomas Velter, même s’il est administrateur du lieu. Chaque décision est validée par les services centraux du CMN qu’il s’agisse de questions juridiques, culturelles ou de communication, parfois sans même en avertir les équipes de terrain. L’Epic, qui tente de mieux étaler la fréquentation du Mont-Saint-Michel en modulant les tarifs des parkings, n’a aucune prise sur les horaires d’ouverture de l’abbaye, la portée de ses décisions s’en trouve réduite. Lorsque en ce début d’année 2025, un restaurant haut de gamme ouvre ses portes sous la houlette de Jean Imbert dans le logis Sainte-Catherine, autrefois réservé aux pompiers, le CMN se félicite largement de cette initiative auprès des journalistes. Mais dans l’e-mail qui accompagne le communiqué, pas un mot de l’Epic qui a pourtant lancé le projet. Au CMN, à Paris, on se défend de toute prévention à l’égard de l’établissement public, on vante « le partage d’une vision globale » et « les missions clairement réparties ».

    15,5 millions de recettes en 2023 pour l’abbaye

    Derrière ces escarmouches, qui peuvent paraître puériles, se cache la véritable raison de l’attitude du CMN : le trésor de guerre que représente le Mont-Saint-Michel. Pour lui, le lieu est financièrement stratégique. Avec l’Arc de Triomphe, la Cité de Carcassonne, ou la Sainte-Chapelle, il fait partie de ces quelques monuments, parmi la grosse centaine que l’institution gère, à être rentables. Le bénéfice généré par l’abbaye chaque année permet d’entretenir et de maintenir ouverts d’autres sites, plus petits ou moins fréquentés, grâce à un subtil système de péréquation. Perdre le Mont-Saint-Michel signifierait, pour le CMN, renoncer à un surplus qu’il évalue à 600 000 euros après investissements sur un chiffre d’affaires de 15,5 millions en 2023 (mais que d’autres estiment bien supérieur). Impensable. Pas question de revivre un scénario identique à celui du château de Chambord devenu un Epic autonome en 2005 sans que le CMN ait son mot à dire. Vingt ans après, l’épisode est encore vécu par l’institution comme un traumatisme majeur.

    Aujourd’hui, l’essentiel des 16 millions d’euros de budget de l’Epic provient de ses ressources propres : près de 10,5 millions d’euros issus des parkings et des navettes. Il reçoit aussi des subventions des ministères de la Culture et de la Transition écologique (2,5 millions d’euros) et des collectivités territoriales (1,3 million d’euros). Le CMN, lui, ne verse que 675 000 euros. Pas suffisant. Pour donner un élan supplémentaire à son action, l’Epic a besoin de davantage. Avec sa trentaine de salariés, il peine à concrétiser tous ses projets. Et d’ici à 2030, il prévoit 30 millions d’euros d’investissement pour, par exemple, électrifier les navettes, améliorer l’éclairage du Mont ou réaménager son centre d’information touristique.

    Ce début de 2025 est à la fois le meilleur moment et le plus mauvais pour demander plus à l’Etat. Idéal parce que les conclusions du rapport de la Cour des comptes pourront justifier un rééquilibrage des contributions financières des différents acteurs. Idéal aussi parce que la convention qui lie l’Epic et le CMN se termine en fin d’année et doit être renégociée. Idéal, enfin, parce que plusieurs échéances obligent à repenser la gouvernance et le plan de financement de l’Epic. Ainsi, la région Bretagne qui, comme la Normandie, le soutient depuis ses débuts, a décidé de quitter le conseil d’administration. « Nous l’avions annoncé quand l’établissement a été créé : au bout de trois ans, nous sortirions. Nous sommes restés plus longtemps que prévu et au total, nous y avons consacré 18 millions d’euros, mais désormais nous nous retirons », insiste Anne Gallo-Kerleau, la vice-présidente chargée du tourisme.

    Mais d’autres éléments poussent au statu quo. D’abord, parce que l’ancien président du CMN, Philippe Bélaval, est conseiller culture à l’Elysée et qu’il a son mot à dire sur les nominations décidées par Emmanuel Macron. Or, le mandat de Thomas Velter arrive à son terme en mars. Demander à récupérer de l’argent du CMN n’est peut-être pas la meilleure manière d’obtenir un renouvellement pour trois ans. Ensuite, parce que Philippe Bélaval, qui fut aussi directeur du patrimoine au ministère de la Culture, garde une forte aura Rue de Valois. Il y a des relais : Gaëtan Bruel, le directeur de cabinet de Rachida Dati, et Delphine Christophe, son adjointe, ont tous les deux travaillé au CMN sous sa présidence. Enfin, retirer des ressources au CMN au profit de l’Epic du Mont-Saint-Michel obligerait le ministère de la Culture à compenser cette perte. Pas sûr que la Rue de Valois en ait très envie dans un contexte de budget plus que contraint. Le Louvre vient de faire (re) connaître ses très gros et urgents besoins. Le ministère de la Transition écologique, lui aussi contributeur de l’Epic, a déjà annoncé, lors des discussions budgétaires pour 2025, qu’il réduisait de moitié son financement, de 1,5 million à 750 000 euros. Reste à savoir ce que décidera Matignon. Le gouvernement, à la pérennité plus qu’incertaine, pourrait juger qu’il est urgent d’attendre. Après tout, la « Merveille », qui a fêté son millénaire en 2023, n’est pas à quelques mois près…



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    Author : Agnès Laurent

    Publish date : 2025-01-28 18:27:00

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