C’est une innovation que certains experts comparent à l’arrivée d’Internet dans les années 1990 ou des smartphones au début du XXIᵉ siècle, qui, chacune, ont transformé notre manière d’acheter, de nous divertir ou nous informer. Depuis trois ans et l’avènement du robot conversationnel ChatGPT, l’intelligence artificielle générative inonde les conversations, remodèle la façon dont nous travaillons et ouvre un champ des possibles qui paraît infini. Jusqu’ici, son utilisation était réservée aux ordinateurs et aux téléphones. Petit à petit, cette technologie, capable de générer sur demande du texte, des images ou encore du son, intègre d’autres objets du quotidien, de l’électroménager à la voiture, en passant par le vélo. Les fabricants y voient une découverte de rupture capable de relancer une consommation en berne depuis la période Covid et la crise inflationniste qui l’a suivie.
« L’innovation est indéniablement l’un des moteurs de la consommation. Mais certains clients se précipitent sur un nouveau produit dès sa sortie, tandis que d’autres résistent au changement », souligne Valérie Guillard, professeur de marketing à l’université Paris Dauphine-PSL. L’IA générative parviendra-t-elle à réunir les deux camps ? Par le passé, l’émergence des écrans plats au détriment des tubes cathodiques avait donné un coup de fouet significatif au marché de la télévision, qui était alors reparti en flèche pour des années. « Lorsqu’une révolution technologique survient, même sur un segment mature où le taux d’équipement est très élevé, elle peut provoquer un véritable bouleversement », assure l’économiste Flavien Neuvy, responsable de l’Observatoire Cetelem.
Le succès inattendu du air fryer – une friteuse sans huile commercialisée pour la première fois en France en 2023 – en est l’exemple parfait. « Ce ne sont finalement que des fours compacts, mais leur facilité d’emploi explique leur réussite. L’IA suit la même logique : les fabricants ont tout intérêt à l’intégrer dans leurs produits », assure Thierry Martin, ingénieur à l’Institut national de la consommation (INC). A l’inverse, les téléviseurs 3D, dont la production a été abandonnée par les principaux industriels en 2017, ne sont jamais parvenus à se faire une place au sein des foyers. « Ils devaient pourtant révolutionner le visionnage, mais ils ont pâti du manque de contenus et de la qualité insuffisante de l’expérience », rappelle Alain Goudey, directeur général adjoint chargé du numérique de Neoma Business School.
L’interconnexion des objets sera la clé
Pour convaincre les consommateurs de passer à l’IA, les fabricants d’équipements électroniques misent beaucoup sur l’interconnexion des objets. Concrètement, la télévision, les appareils ménagers – four, réfrigérateur, plaques de cuisson… – et les smartphones communiqueront entre eux, tout en récoltant de nombreuses données sur l’utilisateur pour répondre précisément à ses besoins. « L’environnement technologique va devenir de plus en plus personnalisé, avec une interaction plus naturelle et intuitive, simplifiant une multitude de tâches et faisant gagner un temps précieux. Auparavant, il fallait chercher une information dans un mode d’emploi ou allumer un ordinateur. Désormais, tout devient instantané », décrit Thierry Martin de l’INC. Laisser la télévision choisir un film en fonction de ses préférences, commander un taxi depuis son frigo, lequel proposera des recettes en fonction de son contenu…
Ces promesses, plus ou moins dans l’air depuis des années, vont connaître avec l’IA un tournant décisif. « L’idée d’associer technologie et alimentation remonte aux années 1990, avec des systèmes d’apprentissage permettant déjà de proposer des recettes adaptées aux ingrédients disponibles », rappelle Jean-Gabriel Ganascia, professeur d’informatique à la faculté des sciences de Sorbonne Université. Le smartphone, lui aussi, n’y échappera pas. « Réserver un billet d’avion n’impliquera plus de lancer une application et de faire une vingtaine de clics. Demain, il suffira d’activer une commande vocale et le téléphone se chargera de tout. Nous sommes en train de supprimer toutes les frictions. Ce changement va entraîner un véritable cycle de rééquipement », veut croire François Hernandez, vice-président de Samsung Electronics France. A quel horizon ? « Il faut être prudent, la technologie évolue souvent plus vite que les habitudes de consommation », prévient Alain Goudey.
Des freins à lever
Plusieurs freins devront en tout cas être levés. Seuls les produits premium comporteront ces innovations dans un premier temps, avant leur diffusion dans les gammes inférieures. Rien ne garantit, en outre, que les géants comme LG ou Samsung, pionniers en la matière, remporteront le match. En 1993, Apple avait lancé Newton, l’un des premiers blocs-notes électroniques sans clavier, l’ancêtre de la tablette. L’échec fut cuisant. « On parle souvent de la « loi du deuxième arrivant » : ce n’est pas forcément le précurseur qui réussit, mais celui qui affine le concept », note Jean-Gabriel Ganascia.
Par ailleurs, les apports de l’IA ne sont pas encore pleinement compris par les consommateurs. « Il est essentiel d’expliquer clairement ses avantages réels, pour susciter l’envie », anticipe Fabien Seingier, directeur de l’électronique grand public de LG. Enfin, la question de la vie privée se pose avec acuité. « Nous devrons être ultratransparents, car, avec une technologie de cet ordre, il faut des appareils capables d’écouter ce que l’on fait, de recueillir des données sur nos habitudes et de les analyser », précise François Hernandez. Un univers orwellien dans lequel le consommateur devra accepter, ou non, de s’immerger.
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Author : Thibault Marotte
Publish date : 2025-03-03 04:50:00
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