Ce sont des discussions assez rares au sein de l’hémicycle de l’Assemblée nationale. Les députés étaient réunis ce lundi 3 mars dans l’enceinte du Palais Bourbon pour un débat sans vote sur l’Ukraine et sur la défense européenne, à l’heure où les très fortes tensions entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky font craindre à l’Europe un désengagement total des Etats-Unis en Ukraine. Retour sur les prises de position et déclarations des différents camps politiques.
« Nous sommes forts et nous ne le savons pas », affirme François Bayrou
« Nous sommes forts et nous ne le savons pas. Et nous nous comportons comme si nous étions faibles », a affirmé ce lundi François Bayrou. « Nous, les Européens, sommes plus forts que nous le croyons ». « Si l’on compare les arsenaux […], nos forces armées continentales additionnées à celles du Royaume-Uni, c’est plus de 2 millions et demi de soldats professionnels, 25 % de plus que les forces russes. Ce sont 3 000 avions de combat […], deux fois plus que les Etats-Unis et deux fois plus que l’aviation russe », a développé le Premier ministre en ouvrant le débat sur l’Ukraine et la sécurité européenne.
Et « si nous sommes forts, c’est à nous, Européens, de garantir la sécurité et la défense de l’Europe », a-t-il plaidé en vantant la place « centrale » de la France, seule puissance nucléaire du continent avec le Royaume-Uni. « La France avait raison » de « disposer d’une armée autonome » et « on le découvre aujourd’hui au moment même où notre principal allié [NDLR : américain] paraît se ranger aux éléments de langage du pays (la Russie) qui attaque l’Ukraine et menace le reste de l’Europe », a-t-il souligné.
Revenant sur l’altercation dans le bureau Ovale de la Maison-Blanche, le Premier ministre a enfin évoqué « une scène sidérante, marquée de brutalité, de volonté d’humiliation » du président ukrainien. Lequel « n’a pas plié » et dont « l’honneur » mérite « reconnaissance », a-t-il ajouté, applaudi par les députés.
Marine Le Pen ne soutiendra jamais « une chimérique défense européenne »
A la tribune de l’Assemblée nationale, Marine Le Pen a affirmé que son camp ne pourra « jamais soutenir une chimérique défense européenne ». En s’opposant de nouveau à « l’envoi de troupes françaises combattantes sur le sol ukrainien », qu’elle a comparé à « une folie », la cheffe des députés Rassemblement national a néanmoins estimé que « seule une éventuelle participation à une opération sous mandat Casques bleus pourrait être envisageable » – hypothèse fort improbable, puisqu’elle passe par un vote au Conseil de sécurité de l’ONU dont la Russie est membre, disposant d’un droit de veto.
A propos de la dissuasion nucléaire, la « partager, c’est l’abolir », a déclaré la leader d’extrême droite, en considérant que « le feu nucléaire, degré suprême de la souveraineté, est un absolu » qui « ne se relativise pas, sauf à ne plus exister ». « Déclencher le feu nucléaire est indissociable d’une légitimité nationale et populaire », a-t-elle ajouté.
La triple candidate malheureuse à la présidentielle a en outre souligné qu’il était selon elle « permis de s’inquiéter de l’abandon progressif par la France de son rôle singulier de puissance d’équilibre ». « Une politique étrangère et de sécurité efficace et conforme à nos intérêts se fonde sur les faits, sur les réalités, sur la compréhension des failles que les rapports de force peuvent nous permettre d’exploiter pour faire prévaloir nos objectifs, bien davantage que sur les emportements, les émotions, voire les manifestations d’hubris », a-t-elle estimé, en appelant à « soutenir l’Ukraine » avec « réalisme » et « en gardant à l’esprit nos propres intérêts nationaux ».
Gabriel Attal appelle l’Europe à prendre « son avenir en main »
Lors de son intervention en tant que président du groupe Ensemble pour la République, Gabriel Attal a appelé l’Europe à prendre son « avenir en main ». « A nous, la France et les nations européennes de prendre la relève, de montrer au monde que tout n’est pas permis, que tout n’est pas que transaction et deal à conclure, qu’on ne monnaie pas la défense de la liberté, qu’on ne monnaie pas le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qu’on ne monnaie pas le soutien de la démocratie ».
« L’Europe n’est le vassal de personne et ne doit dépendre de personne », a-t-il affirmé, déclarant que « l’Europe doit devenir la nouvelle place forte de la démocratie » sans pour autant « tourner le dos aux Etats-Unis ».
« Je crois que nous devons reconsidérer notre position sur les avoirs russes gelés », a par ailleurs proposé Gabriel Attal. « La situation a changé, la menace a franchi un nouveau palier. Avant d’envisager de faire payer les Français et les Européens, utilisons ces près de 300 milliards d’avoirs russes pour aider l’Ukraine. Et dans le même temps accélérons le processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne », a-t-il poursuivi.
Pour les socialistes, l’Amérique de Donald Trump n’est plus « l’alliée » de l’Europe
« Frères ukrainiens, sœurs ukrainiennes, vous n’êtes pas seuls, et la France se tiendra toujours aux côtés des peuples libres », a affirmé le président des députés socialistes Boris Vallaud, décrivant la rencontre entre Volodymyr Zelensky et Donald Trump dans le bureau Ovale d' »embuscade ».
« Jamais depuis la création des Nations unies, nous avons vu les Etats-Unis prendre parti contre ses alliés », a-t-il déclaré, assurant que « l’Amérique du président Trump n’est plus notre allié ». « Nous devons dire dans un même mouvement au président russe et au président américain que nous n’accepterons pas pour l’Ukraine une paix rapide qui ne soit une paix durable et juste, avec des garanties de sécurité sérieuses », a-t-il encore dit.
« L’Europe doit croire en sa force. Et la France doit être le fer de lance », a poursuivi Boris Vallaud. Ce dernier a prôné « un grand emprunt commun de 500 milliards » d’euros en Europe, avec des règles budgétaires « revues », et demandé, en France que la loi de programmation militaire soit « actualisée ». Tout en affirmant que « les socialistes sont prêts en cas d’accord de paix à ce que la France participe aux bataillons », qui pourraient être déployés en Ukraine afin de garantir la sécurité du pays.
LFI appelle à sortir de la « dépendance » aux Etats-Unis
« Nous voici dans une situation de dépendance à l’égard des Etats-Unis qui est critique, et nous n’en sortirons pas sans une volonté ferme et un plan clair », a déclaré le député La France insoumise Aurélien Saintoul, citant le fait que « les Etats-Unis fournissent la plus grande partie du pétrole de la France », « les catapultes qui font fonctionner son porte-avions » ou évoquant encore le stockage de ses données.
« Nous sommes entrés dans une ère où le principal bénéficiaire de l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale a choisi lui-même de le remettre en cause, avec pour objectif d’asseoir toujours plus son hégémonie sur le continent européen où la plupart des Etats lui achètent, comme un tribut contre sa protection, une part substantielle si ce n’est l’essentiel de leur équipement militaire », a-t-il encore développé, appelant le gouvernement à « faire sortir la France de son isolement diplomatique ».
Les Ecologistes mettent en garde contre une « Europe au pied du mur »
« L’Union européenne doit s’affirmer comme une force politique, ce qui implique aujourd’hui, dans ce contexte, de s’affirmer comme une puissance militaire », a déclaré la présidente du groupe écologiste Cyrielle Chatelain, affirmant que « pour la première fois depuis 1945, la peur de la guerre s’insinue en chacun de nous ».
« L’Europe est au pied du mur », a-t-elle poursuivi, affirmant que « depuis 2014, l’UE n’a rien fait pour renforcer sa défense commune, et s’en est paresseusement remise aux Etats-Unis » « Le groupe écologiste et social soutient un engagement militaire renforcé envers l’Ukraine », se déclarant favorable à l’accélération de la « mise en place d’une défense européenne ».
Cyrielle Chatelain a également appelé à la poursuite de l' »affaiblissement financier de la Russie », en « utilisant les 200 milliards d’avoirs russes qui dorment dans nos banques pour financer la résistance et la reconstruction de l’Ukraine », en stoppant « l’achat de gaz, de pétrole et d’uranium enrichi russe », et en « sortant de la dépendance aux engrais russes, dont la France est le plus gros importateur ».
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Publish date : 2025-03-03 19:35:00
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