Le moment aurait été « autrefois impensable » pour son pays, la Syrie, et représente « une nouvelle étape improbable dans le parcours personnel de l’ancien militant » Ahmed al-Charaa, écrit le Washington Post, à propos de la rencontre entre le président syrien et Donald Trump, à la Maison-Blanche, lundi 10 novembre. Une entrevue historique (jamais depuis l’indépendance de la Syrie en 1946, un président n’avait été reçu dans le bureau Ovale), qui marque un tournant dans les relations syro-américaines.
La réunion « n’a pas bénéficié du traitement de faveur habituellement réservé aux dirigeants étrangers », note le New York Times : pas de poignée de main sur le perron de la Maison-Blanche, ni de conférence de presse devant les journalistes. Et ce, probablement en raison du passé polémique d’Ahmed al-Charaa, autrefois connu sous le nom « d’al-Joulani », ancien commandant d’Al-Qaïda en Irak et en Syrie, passé par les geôles américaines, avant de fonder plus tard Hayat Tahrir al-Cham (HTC), le mouvement qui a défait Bachar al-Assad, fin 2024.
Mais le soutien de Donald Trump à Ahmed al-Charaa n’en est pas moins important, les Etats-Unis ayant tout intérêt à rétablir la stabilité en Syrie, pays considéré comme stratégique dans la région. La rencontre a été l’occasion de confirmer plusieurs annonces : l’intégration de Damas à la coalition internationale contre l’Etat islamique (dans lequel a combattu al-Joulani jusqu’en 2013), la suspension des sanctions américaines contre la Syrie et un possible accord de normalisation avec Israël. S’adressant aux journalistes dans le bureau Ovale, Donald Trump a déclaré qu’il souhaitait voir la Syrie devenir « un pays très prospère », ajoutant : « Je pense que ce dirigeant en est capable », rapporte le journal saoudien Al Arabiya.
Tournant dans les relations syro-américaines
La présidence syrienne a affirmé dans un communiqué que les discussions avaient porté sur les relations bilatérales entre Washington et Damas et les façons de les développer. Donald Trump a en effet prolongé la suspension du Caesar Act, une série de sanctions qu’il a lui-même imposé à l’ex-gouvernement syrien en 2020, avant de le geler après sa rencontre avec al-Charaa, en Arabie saoudite, en mai dernier. Une mesure cruciale pour la Syrie, qui tente de se reconstruire après près de quinze ans de guerre civile – un effort estimé à 216 milliards de dollars par la Banque mondiale. Le réchauffement de ses relations avec les Etats-Unis lui permettrait également de se rapprocher des financements des pétromonarchies du Golfe.
Le gouvernement d’Ahmed al-Charaa, de son côté, a officiellement intégré la coalition internationale contre l’Etat islamique, ce à quoi les Etats-Unis « ont tout intérêt, afin de permettre le retrait des troupes américaines encore stationnées en Syrie », analyse le Washington Post. Les efforts du gouvernement américain pour stabiliser la situation politique en interne ne s’arrêtent pas là : en mars, un accord a été signé pour intégrer les Forces Démocratiques Syriennes – groupe de résistance kurde qui a combattu l’Etat islamique avec le soutien des Etats-Unis – aux forces du gouvernement de Damas.
Mais surtout, le principal chantier de l’administration Trump pourrait se trouver dans l’élaboration d’un accord entre la Syrie et Israël. Ce dernier a envahi le sud du pays et y a établi des bases militaires au moment de la chute de Bachar al-Assad, prétextant des motifs sécuritaires. Reste à savoir quels en seraient les contours : « al-Charaa a déclaré qu’il privilégiait un accord qui restitue les territoires syriens saisis depuis décembre, mais pas le type d’accord de normalisation plus large avec Israël que l’administration Trump a incité d’autres gouvernements régionaux à signer », explique le Washington Post.
De djihadiste à invité de la Maison-Blanche
L’enjeu géopolitique est de taille dans la région. Suffisamment pour effacer le parcours de l’ancien dirigeant djihadiste, dont le mandat de capture par les Etats-Unis s’élevait autrefois à 10 millions de dollars. « Les gens disent qu’il a un passé rude […] Nous avons tous eu un passé difficile et, franchement, si vous n’aviez pas eu un passé difficile, vous n’auriez aucune chance », a défendu Donald Trump.
Vendredi, le département d’Etat a également déclaré le retrait du nom d’al-Charaa et de son ministre de l’Intérieur, Anas Khattab, de la liste internationale des personnes considérées comme terroristes, « en reconnaissance des progrès accomplis par les dirigeants syriens après le départ de Bachar al-Assad ». Mais le règne d’Ahmed al-Charaa à la tête de la Syrie est loin d’être tout rose, marqué par des massacres de membres de la minorité alaouite par des factions armées soutenant son gouvernement ; ainsi que par des violences entre de combattants bédouins sur des Druzes. Le dirigeant syrien par intérim est également critiqué pour avoir concentré le pouvoir entre ses mains et celles d’un cercle restreint de fidèles.
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Publish date : 2025-11-11 12:50:00
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