« Le nombre de conflits armés est aujourd’hui à son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale. » C’est le constat alarmant dressé par le dernier rapport du Council on Foreign Relations (CFR), influent think tank américain, éditeur de la prestigieuse revue Foreign Affairs. Cette institution évalue depuis dix-huit ans les risques que font peser sur les intérêts nationaux des Etats-Unis — et, par ricochet, de leurs alliés — les foyers de tension à travers le monde, qu’ils soient actuels ou émergents. Objectif : alerter les responsables américains sur les sources potentielles d’instabilité à court terme, mais aussi les aider à identifier les urgences les plus pressantes.
Les 620 experts interrogés (des responsables gouvernementaux et universitaires américains) ont classé trente conflits mondiaux – certains déjà en cours, d’autres potentiels – susceptibles d’avoir un impact significatif sur les Etats-Unis en 2026. Pour L’Express, Paul B. Stares, expert en matière de prévention des conflits au sein du CFR, en livre les grands enseignements. Premier constat : même en cas d’accord entre Kiev et Moscou, la Russie de Vladimir Poutine restera une menace majeure, notamment pour l’Europe. Par ailleurs, les foyers de tensions déjà connus (Ukraine, Moyen-Orient, Venezuela…) risquent de s’intensifier. Et d’autres, plus inattendus, pourraient aussi émerger. Le rapport évoque, par exemple, un scénario de frappes américaines au Mexique.
Conflits au plus haut, institutions internationales affaiblies, un président américain capable d’aller dans n’importe quelle direction… Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour faire de 2026 l’année la plus dangereuse pour le monde depuis la fin de la guerre froide, voire depuis 1945. « Les perspectives sont très préoccupantes », alerte Paul B. Stares, pourtant connu pour son ton mesuré. Entretien.
L’Express : A la lecture de votre rapport, on comprend que les tensions géopolitiques, loin de s’apaiser, pourraient encore s’aggraver en 2026…
Paul B. Stares : Sans doute. Pour notre enquête, nous avons proposé trente sources d’instabilité et de conflit que nous jugeons plausibles. Certaines sont en cours, d’autres potentielles, et nous avons demandé aux experts interrogés de classer leur probabilité et leur impact (élevés, modérés, faibles). Nous avons constaté que le niveau d’anxiété et d’inquiétude concernant l’avenir et les perspectives de nouveaux conflits dans le monde n’a pas diminué depuis l’an dernier. Et il y a très peu d’attentes quant à une amélioration de la situation l’année prochaine. Vingt-huit des trente scénarios envisagés sont jugés comme ayant une probabilité modérée ou supérieure, ce qui correspond à une chance sur deux ou plus. C’est tout simplement énorme. Cinq d’entre eux (Gaza, Cisjordanie, Ukraine, Venezuela, violence politique aux Etats-Unis) sont considérés comme des conflits à la fois très probables et à fort impact, un niveau qui n’a été atteint qu’une seule autre fois, l’année dernière. Donc, malgré ce que le président Trump pourrait dire, à savoir que le monde aurait tourné la page et serait devenu plus pacifique grâce à ses efforts, ce n’est pas ce que la plupart des experts aux Etats-Unis estiment probable. Les perspectives sont très préoccupantes, et nous devrions tous nous inquiéter de la direction que prennent les choses. Le niveau de conflits observé cette année n’avait pas été aussi élevé depuis la fin de la guerre froide, voire depuis 1945.
Le rapport table sur une intensification de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Pourtant, ces dernières semaines, nous n’avons jamais été aussi proches d’un possible règlement du conflit. Est-ce à dire que vous ne croyez pas à une issue rapide des discussions en cours ?
Nous avons conçu l’enquête fin octobre. A ce moment-là , les perspectives de cessez-le-feu ou d’accord de paix semblaient très faibles. La formulation de ce scénario dans l’enquête reflétait donc les inquiétudes qui dominaient à ce moment précis. Peu de temps après, il y a eu un véritable effort pour relancer les négociations en vue d’un cessez-le-feu. En surface, les signes de progrès sont visibles et certaines personnes avec qui je me suis entretenu sont prudemment optimistes quant à la conclusion d’un accord. Mais, en profondeur, il faut se demander comment cela pourrait réellement se concrétiser.
Les objectifs de guerre pour l’Ukraine et pour la Russie sont fondamentalement incompatibles. Certaines déclarations émanant de Moscou ces derniers jours ne sont d’ailleurs pas encourageantes quant aux perspectives d’un accord. Il est donc possible qu’un cessez-le-feu soit conclu sans que les grandes questions de fond soient véritablement réglées. Cela pourrait ressembler, dans une certaine mesure, à l’accord qui a été conclu à Gaza où le conflit s’est plus ou moins arrêté, en quelque sorte, mais où beaucoup des grandes questions restent non résolues.
Trump affirmera sans doute qu’il s’agit d’un grand triomphe, et le fait que des civils ne meurent plus et que les villes ne soient plus bombardées chaque nuit n’est pas négligeable, bien sûr, mais est-ce que cela signifiera la fin réelle de la guerre ? Probablement pas.
A propos de la Russie, le rapport évoque un scénario classé comme modérément probable mais à fort impact : celui d’affrontements entre Moscou et un ou plusieurs membres de l’Otan, déclenchés par une intensification des provocations russes envers certains pays européens. De quoi s’agit-il concrètement ?
Cette inquiétude reflète ce qui s’est passé en Europe au cours des douze à dix-huit derniers mois, période durant laquelle la Russie a mené de nombreuses opérations dites hybrides, ou ce qu’on appelle aussi des actions en zone grise. Cela inclut des cyberattaques, des campagnes de désinformation, et des manœuvres d’influence politique, mais pas seulement. On a aussi observé une activité suspecte autour d’intrusions de drones, ainsi que des incidents impliquant des avions russes dans la région baltique. La plupart des experts considèrent que c’est une façon pour Poutine de tester la détermination de l’Otan, de chercher des failles et de susciter des divisions en Europe. Comme vous le savez, l’Europe semble relativement unie dans son soutien à l’Ukraine et à l’Otan, mais en cas de crise, il pourrait devenir difficile pour les Européens de se mettre d’accord sur une réponse militaire face à des frappes russes. La plupart de ces incidents se sont produits dans les pays frontaliers de la Russie, mais on a également observé des cas en France, au Danemark, au Royaume-Uni. Le vrai risque, c’est que la Russie commette une erreur de calcul, ou que quelqu’un prenne une décision irréfléchie en pleine crise, ce qui pourrait mener à une escalade du conflit à la frontière russe. C’est un scénario tout à fait plausible. Et si la guerre en Ukraine se termine, mais que la Russie est mécontente du résultat, alors ces tactiques de pression pourraient s’intensifier, ou au minimum se poursuivre, contre l’Otan.
En Asie également, le rapport alerte sur plusieurs scénarios préoccupants. Parmi ceux jugés de « probabilité modérée » (50 %) et à « fort impact », on retrouve les essais nucléaires en Corée du Nord et le renforcement de la pression militaire, économique et politique exercée par la Chine sur Taïwan.
La Corée du Nord est également montée d’un cran dans notre rapport cette année. Il est à craindre que Pyongyang ne reprenne ses provocations, notamment des essais nucléaires, ce qui pourrait accroître les tensions dans la péninsule coréenne, déclenchant une confrontation armée impliquant d’autres puissances régionales et même les Etats-Unis. Mais ce qui m’inquiète le plus, c’est la possibilité d’un conflit autour de Taïwan. Ce scénario est classé comme ayant une probabilité modérée, mais c’est celui qui me semble le plus dangereux. Car il entraînerait très probablement une confrontation directe entre la Chine et les Etats-Unis, avec des conséquences majeures sur la sécurité régionale et la stabilité mondiale. Ce n’est pas qu’on soit au bord d’une crise immédiate — je partage l’avis de la majorité des répondants sur ce point — mais les surprises arrivent, et ce risque reste pour moi le plus préoccupant en 2026.
Malgré une apparente accalmie, le rapport considère le conflit à Gaza ainsi que la montée des tensions en Cisjordanie comme des préoccupations majeures pour 2026.
Concernant Gaza, il est évident que le niveau des combats, des morts et des destructions a diminué grâce au cessez-le-feu conclu en début d’année. Mais aucun observateur lucide ne dirait que ce conflit est réglé. Il semble plutôt être en pause. Le Hamas a été sévèrement affaibli, mais aucun expert ne vous dira que le groupe a cessé d’exister en tant que force combattante ou acteur politique à Gaza. A mon avis, il cherche à reconstruire son influence et ses capacités. Ce conflit, selon moi, est loin d’être terminé et de nombreuses questions restent en suspens : comment la bande de Gaza sera-t-elle administrée ? Qui financera la reconstruction ? Qui assurera la sécurité et l’ordre ? Sans attention soutenue et investissements significatifs de toutes les parties concernées, la reconstruction de Gaza sera extrêmement difficile.
Quant à la Cisjordanie, elle est à vrai dire la principale préoccupation identifiée dans le rapport pour 2026. Le gouvernement israélien vient tout juste d’approuver une nouvelle série de colonies et on a vu ces derniers jours les tensions s’intensifier. L’année à venir sera très difficile pour les habitants de la Cisjordanie. Je ne vois aucun signe d’amélioration à court terme, bien au contraire.
Si l’orgueil de Trump est mis à l’épreuve au Venezuela…
Et en ce qui concerne les autres conflits au Moyen-Orient ?
L’un des plus inquiétants est celui entre Israël et l’Iran. La majorité des experts que j’écoute ou avec qui je parle ont très peu confiance dans le fait que ce conflit soit vraiment terminé ou qu’on ne verra aucune reprise des frappes israéliennes contre l’Iran. Je ne serais pas surpris que Téhéran tente activement de reconstituer son programme nucléaire au niveau où il était avant les frappes, et aussi qu’il cherche à réactiver son réseau de groupes alliés dans la région. Pourquoi en serait-il autrement ? La reprise des frappes me semble donc tout à fait plausible. Il en va de même pour le Liban. Quant à la Syrie, la situation semble relativement plus prometteuse — ce qui peut paraître contre-intuitif, étant donné que l’EI continue d’y mener des attaques contre les intérêts américains. Mais on observe quelques lueurs d’espoir indiquant que la situation pourrait, avec le temps, s’améliorer et se stabiliser. Cela dit, les défis pour le gouvernement syrien restent immenses, et il ne faut pas nourrir d’illusions excessives. Enfin, le Yémen reste une autre source de préoccupation. Ce pays continue de souffrir de violences, internes et externes. Je ne pense pas que l’on puisse être particulièrement confiant quant à une stabilisation de la situation dans un avenir proche.
Le rapport anticipe aussi une « escalade des opérations militaires américaines contre des groupes criminels transnationaux, débouchant sur des frappes directes au Venezuela et déstabilisant le gouvernement de Maduro ». Cela peut-il déboucher sur la chute du dictateur vénézuélien ?
Pour commencer, les Etats-Unis utilisent déjà la force militaire contre ce qu’ils considèrent comme des narcoterroristes opérant depuis le Venezuela. Ces derniers jours, ils ont également intensifié la pression sur les navires transportant du pétrole à destination ou en provenance du Venezuela en saisissant deux pétroliers. Alors, où cela va-t-il mener ? Le « meilleur » scénario, selon moi, serait que la campagne de pression s’intensifie et conduise à la démission de Maduro, soit parce qu’il est contraint de partir, soit parce qu’il décide que c’est dans le meilleur intérêt du Venezuela. Mais la probabilité est faible à modérée, d’autant plus que ces derniers jours, la Chine et la Russie ont publié des déclarations exprimant leur soutien au Venezuela, en opposition à ce que font les Etats-Unis. Cela va probablement encourager Maduro. Donc, je ne crois pas qu’il partira facilement. Le pire scénario serait que les Etats-Unis commencent à frapper des cibles militaires, voire commerciales. Et on sait que ce genre de frappes n’a pas un bon historique en matière de changement de régime. Et il serait irresponsable que l’administration Trump envisage de mener des opérations militaires sur le sol vénézuélien pour tenter de renverser physiquement Maduro. Ce serait d’une folie extrême et la plupart des sondages aux Etats-Unis montrent une opposition à toute forme d’intervention militaire au Venezuela.
A mon avis, le scénario le plus probable est que la pression se poursuive encore quelque temps, puis que les Etats-Unis trouvent une façon de proclamer une victoire, et que la crise finisse ainsi par s’apaiser. Trump dira qu’il a accompli quelque chose — qu’il a, par exemple, empêché un afflux de drogue ou une migration illégale vers les Etats-Unis —, il se déclarera vainqueur et tout le monde rentrera chez soi. Mais cela reste une situation très dangereuse. Et Trump est très imprévisible et instable. Si son orgueil est mis à l’épreuve, alors personne ne peut dire où cela pourrait mener.
Le Groenland est une manière pour Trump de distraire les Européens
Quelles sont, selon vous, les réelles motivations de l’administration Trump au Venezuela ?
Ces actions s’inscrivent dans une dynamique plus large où les Etats-Unis cherchent à affirmer leur influence dans toute la région. N’oublions pas non plus que le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole brut au monde. Trump adopte une vision très mercantiliste de l’importance de ces ressources — non seulement le pétrole, mais aussi les minéraux critiques dans le monde entier — et cela joue un rôle majeur dans son calcul des intérêts des Etats-Unis. Le Groenland, par exemple, est vu comme contenant d’importants gisements de minéraux critiques, et comme faisant partie d’une future route commerciale nordique qui s’ouvrira dans les décennies à venir. Donc, Trump perçoit le monde à travers le prisme de considérations économiques très fondamentales. Et cela entre clairement en jeu dans le cas du Venezuela aussi.
Les tensions autour du Groenland ne figurent pas parmi les trente scénarios envisagés par le rapport. Pourtant, Donald Trump continue de maintenir la pression, comme en témoigne la récente nomination du gouverneur de Louisiane, Jeff Landry, en tant qu’envoyé spécial, avec le but « d’intégrer le Groenland aux Etats-Unis ».
La plupart des gens pensaient que cette affaire s’était calmée, que Trump avait fait son show, lancé le débat, et que tout ça allait retomber. Et beaucoup se disaient : « Avec tout ce que Trump a à gérer en ce moment, le Groenland ne refera sans doute pas surface. » Mais nous y voilà . Et, une fois encore, c’est devenu une source d’irritation. Mais je ne pense pas que qui que ce soit envisage sérieusement un recours à la force de la part des Etats-Unis pour contraindre le Groenland ou s’en emparer. Cela dit, j’ai été stupéfait en lisant le tweet sur X du gouverneur de Louisiane. C’est une déclaration absolument incroyable, surtout à l’encontre d’un pays souverain, et en particulier d’un allié. C’est une illustration de plus du fait que, quelles que soient les bonnes choses que l’administration Trump peut accomplir, elles sont immédiatement sapées par ce genre d’actions inutiles, provocatrices et incendiaires, qui aliènent les alliés et partenaires dans le monde entier. Ceci étant, concernant le Groenland, je crois que c’est une manière pour Trump de maintenir les Européens dans l’incertitude, de les distraire.
Plus surprenant, le rapport n’exclut pas l’hypothèse de frappes américaines directes contre des groupes criminels au Mexique. Et cela, malgré les relations en apparence cordiales entre Donald Trump et la présidente Claudia Sheinbaum. Quelles pourraient être les conséquences d’un tel scénario sur les relations entre les deux pays ?
Cette inquiétude découle directement de l’effort plus large de l’administration Trump pour s’attaquer à ce qu’elle appelle les narcotrafiquants, les narcoterroristes et les cartels de drogue. De temps en temps, Trump fait des commentaires dans lesquels il laisse entendre que, si nécessaire, il n’hésiterait pas à frapper les cartels au Mexique. Et donc, si, par exemple, il parvenait à faire tomber Maduro par des actions coercitives, il pourrait très bien dire : « Eh bien, ça a marché contre le Venezuela, pourquoi pas contre le Mexique ? ». Il n’a pas d’hostilité particulière envers le gouvernement mexicain, autant qu’il en a envers les narcotrafiquants, et envers le problème persistant des drogues illicites entrant aux Etats-Unis. Il sait que ce sujet préoccupe fortement l’opinion publique américaine, voire qu’il bénéficie d’un certain soutien populaire. Même si les experts jugent ce scénario peu probable, il mérite d’être suivi de près, notamment au regard de ce que Trump entreprend actuellement au Venezuela.
Un an après son retour à la Maison-Blanche, quel regard portez-vous sur la politique étrangère de Donald Trump ?
D’un côté, il faut saluer le président Trump pour avoir tenté de parvenir à un accord de paix en Ukraine, et je crois que ses efforts ont peut-être eu un impact dans d’autres régions du monde également. Il mérite, à mon avis, d’être reconnu pour cette initiative. Cependant, les résultats de ces efforts n’ont pas été aussi significatifs qu’il le prétend. Il a affirmé avoir réglé huit conflits dans le monde depuis son retour à la Maison-Blanche. Mais lorsqu’on examine de près ces huit cas, le bilan est loin d’être à la hauteur de ses affirmations.
Un autre aspect positif qui découle de cette administration est le fait que l’Europe est désormais bien plus motivée à augmenter ses dépenses de défense et à assumer davantage la responsabilité de sa propre sécurité. C’est une critique récurrente des administrations américaines, et le président Trump a vraiment mis les Européens sous pression, et ils ont réagi. Mais cela a eu un coût considérable. De nombreux Européens doutent désormais du niveau de soutien qu’ils recevraient des Etats-Unis en cas de crise et les membres de l’administration Trump continuent de tenir des propos très critiques sur l’état de l’Europe. La stratégie de sécurité nationale était assez incendiaire et peu utile aux relations transatlantiques.
On peut aussi souligner que Trump a corrigé ce qui était perçu comme un manque d’attention évident porté à l’hémisphère occidental. Beaucoup de pays de notre voisinage estimaient ne pas recevoir l’attention qu’ils méritent. Or, cette région est une source importante de sécurité et de commerce pour les Etats-Unis, entre autres. Il a attiré davantage l’attention sur ce qui s’y passe, en particulier la menace que représente le trafic de drogue, etc. Mais là encore, cela a eu un coût. Il a aliéné le Canada, le Groenland. Le Mexique ressent aussi la pression. Donc, cela s’est fait à un prix élevé. Globalement, le bilan international de l’administration Trump me semble très mitigé.
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Author : Laurent Berbon
Publish date : 2025-12-31 16:30:00
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