Dimanche 3 mai, Jean-Luc Mélenchon a succédé à Jean-Luc Mélenchon. L’homme qui, depuis 2022, assure à cor et à cri vouloir « être remplacé » jure qu’il n’a « pas changé d’avis ». Sauf que voilà , force est de constater que personne n’a véritablement fait « mieux », selon son injonction du Cirque d’Hiver, au soir de sa dernière élimination présidentielle (la troisième de suite) aux portes du second tour. Les huiles de La France insoumise ont depuis eu le temps de mûrir l’assertion du patriarche – « ce n’était pas un ‘Faites mieux’ individuel, mais un ‘Faites mieux’ collectif », a ainsi compris Louis Boyard. Un réflexe de survie en mélenchonie.
« Tous ceux qui sont morts chez nous, ce sont ceux qui ont cru que tout irait mieux si l’on changeait de figure », assure un collaborateur insoumis. En privé, comme l’écrit Libé, le mitterandolâtre serait traumatisé de ces « déchirures terribles » au PS, après que « le Vieux » a adoubé, au cours de son second septennat, Laurent Fabius plutôt que Lionel Jospin… Les moins subtiles, les plus contrariants, les plus ambitieux dissidents de LFI ont payé pour voir, exfiltrés, traîtres qu’ils sont, par la petite porte et remplacés illico par une nouvelle génération d’affidés. Jean-Luc Mélenchon, ce mitterrando-lambertiste.
Pyromane
En quatre ans, Jean-Luc Mélenchon n’a pas « fait mieux », il a charrié bien pire récit que n’importe quelle personnalité de l’arc républicain. À coups de propos jugés antisémites, à force de souffler sur les braises des émeutes de 2023, de « l’affaire Quentin Deranque » plus récemment, l’homme est parvenu à construire un front contre lui et sa formation, pour le plus grand bonheur de l’extrême droite. Il n’y a pas meilleur pyromane que Jean-Luc Mélenchon. Il n’y a donc pas meilleur candidat, l’époque est ce qu’elle est, radicale, éruptive, révolutionnaire et dégagiste, songe-t-il, tel Lénine, qu’il cite parfois, déclamant l’avènement de la sainte révolution « lorsque en haut on ne peut plus et qu’en bas on ne veut plus ».
« Ton ‘La police tue’, on m’en parle tous les jours en porte-à -porte », l’avait mis en garde le socialiste Arthur Delaporte, lorsque l’insoumis s’était rendu à Caen, en 2022. Quatre ans plus tard sur TF1, l’intéressé retient la leçon : « Il faut que la police change de la cave au grenier. » Mais le pourfendeur de la Ve République, qui pense que cette présidentielle se gagnera à « l’expérience » – un point commun avec François Hollande – plagie le Général (tout en faisant… du Sarkozy 2012) en conclusion de sa déclaration de candidature : « Et surtout, aidez-moi ! » Jean-Luc Mélenchon, léninisme et surmoi gaullien.
Plus isolé que jamais
La date relève-t-elle du hasard ? Jean-Luc Mélenchon connaît son Maitron. 90 ans, jour pour jour après l’avènement du Front Populaire, qui jadis porta Léon Blum au pouvoir, le patriarche charrie peut-être un autre imaginaire, celui de l’union des gauches. Un pied de nez à la veille du meeting des unitaires partisans d’une primaire, prévu le mardi 5 mai. Plus isolé que jamais face aux autres appareils à bâbord, l’insoumis n’a de cesse de tendre la main aux écologistes et aux communistes, au gré d’une « offre fédérative », formulée maintes et maintes fois. La poutre travaille bien trop lentement, ces formations concurrentes ont passé tant d’années à se jeter des tonneaux de boue… « On ne fait pas de la politique avec de la rancÅ“ur », a-t-il glissé, grandiloquent à l’un de ses députés.
Certes, mais allez savoir pourquoi, Fabien Roussel n’a jamais vraiment apprécié d’être comparé au célèbre collaborationniste Jacques Doriot, ancien communiste parti combattre sous uniforme nazi, par la fidèle Sophia Chikirou. Pas plus que Marine Tondelier n’affectionne être régulièrement attaquée sur les réseaux sociaux par un autre porte-flingue insoumis, Paul Vannier, qu’elle a fini par bloquer sur X. Jean-Luc Mélenchon, l’homme du chaud et du froid, le politique le plus détesté de France, aura besoin de tous leurs électeurs pour être président, et faire face à ces « tigres de papier » (un slogan signé Mao Zedong), que sont Israël et les États-Unis. Même la plus insoumise des écolos, Sandrine Rousseau, est parfois effrayée par les propos de l’ancien sénateur ; elle lui a fait part de son indignation par SMS lorsqu’il a fait rire une salle en ironisant sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein. Mélenchon, un douteux syncrétisme, en route pour 2027.
Source link : https://www.lexpress.fr/france/presidentielle-2027-les-mille-recits-de-jean-luc-melenchon-lhomme-qui-voulait-mourir-sur-scene-6KQGUFJKLREW3KDIBEUJSJV37E/
Author : Mattias Corrasco
Publish date : 2026-05-04 06:55:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.
