Pourquoi l’armée américaine n’a-t-elle pas pu atteindre ses objectifs en Iran ? Les experts avancent un éventail de facteurs mais s’accordent tous sur l’un d’eux : l’efficacité redoutable – et probablement sous-estimée – des drones iraniens. Or un document confidentiel consulté par The Economist va un cran plus loin dans l’analyse. Il suggère que la Russie pourrait être plus impliquée qu’elle n’y paraît dans son aide à l’Iran. On savait déjà que Moscou avait fourni des renseignements à Téhéran pour l’aider à cibler les forces américaines dans le Golfe. On sait désormais que Vladimir Poutine aurait aussi proposé de lui fournir des drones imbrouillables et une formation pour apprendre à les utiliser. Comprendre : contre les troupes américaines et alliées.
5000 drones à fibre optique pour l’Iran
Le plan secret – qui figure dans une proposition de dix pages du service de renseignement militaire russe – prévoit que la Russie fournisse à l’Iran 5000 drones à fibre optique à courte portée, un nombre indéterminé de drones à guidage satellite à plus longue portée, ainsi qu’une formation à l’utilisation des deux types de drones -déjà utilisés en Ukraine.
Si The Economist ne dispose pas à ce stade de preuves suffisantes pour affirmer que le document a été transmis aux Iraniens, que des drones ont atteint l’Iran ou que le programme de formation promis a débuté, il n’en reste pas moins un indice de plus soulignant la coopération militaire renforcée entre la Russie et l’Iran. Des sources du renseignement régional l’ont d’ailleurs jugé plausible, sans toutefois pouvoir le vérifier. « Ce plan concorde avec d’autres éléments qui indiquent que la Russie cherche à accroître son soutien à l’Iran dans son conflit avec les Etats-Unis et Israël », analyse ainsi le spécialiste des services de renseignement russes Christo Grozev auprès du journal britannique.
Fin mars déjà , des responsables des services de renseignement occidentaux avaient déclaré que la Russie se préparait à envoyer à l’Iran ses propres versions « améliorées » des drones de longue portée de type Shahed qu’elle avait initialement achetés à l’Iran en 2022.
Technologies avancées particulièrement létales
Mais ce plan évoque la fourniture d’armes encore plus létales que les Shahed, à commencer par les drones de fibre optique, utilisés depuis 2024 par la Russie contre l’Ukraine. Or, coincidence ou non, ces drones, qui ont la particularité d’être indétectables puisqu’ils n’émettent aucun signal radio, ont récemment fait leur apparition au Liban. Selon les autorités israéliennes, ils auraient été fournis au Hezbollah par le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien. Ce qui laisse à penser qu’ils pourraient avoir été fournis par la Russie – information que Tsahal n’a pas souhaité confirmer à The Economist.
Et ce n’est pas tout : la seconde partie du plan secret russe propose, en outre, de fournir à l’Iran des drones à longue portée guidés par satellite et équipés de terminaux Starlink. Ceux-ci ont été utilisés par la Russie pour localiser ou attaquer les défenses aériennes ukrainiennes, jusqu’à ce qu’Elon Musk en interdise l’accès aux forces armées russes cette année. Le document confidentiel suggère ainsi que ces drones, inutilisables en Ukraine, puissent être détournés afin d’être utilisés au Moyen-Orient, où de telles restrictions ne s’appliquent pas.
Formation pour cibler les forces américaines
Enfin, le troisième volet du plan détaille un mode d’action pour former des opérateurs de drone en Iran. Le document propose entre autres de les recruter parmi les quelque 10 000 étudiants iraniens inscrits dans des universités russes. D’autres communautés pourraient également être sollicitées, comme les Tadjiks, qui parlent russe et une variante du persan, et la minorité alaouite de Syrie, fidèle au régime déchu de Bachar el-Assad.
Le rapport tel qu’il est rédigé, suggère qu’il a été réalisé au début du conflit, lorsque le déploiement de soldats américains était vu comme une menace sérieuse. Un schéma illustre ainsi comment des opérateurs de drones iraniens, formés par la Russie, pourraient attaquer une flottille de débarquement en lançant des essaims de cinq ou six drones depuis des positions dissimulées à une distance de 15 à 30 kilomètres. Si le document souligne que la Russie n’aurait que des moyens limités à allouer à l’Iran, ses ressources étant déjà largement mobilisées par la guerre en Ukraine, il note qu’un tel scénario compliquerait néanmoins la mise en oeuvre de toute opération terrestre américaine.
Source link : https://www.lexpress.fr/monde/proche-moyen-orient/drones-inbrouillables-formation-la-russie-a-t-elle-offert-son-aide-militaire-a-liran-VM5E7MYQ3FELVPD23NXACZLQ3I/
Author :
Publish date : 2026-05-08 15:46:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.