Du pétrole en mer sur une zone couvrant la superficie de la moitié de Paris. Une nappe de pétrole s’étend dans le golfe Persique, au large de l’île iranienne de Kharg, la plaque tournante de 90 % des exportations de pétrole de Téhéran. Cette nappe, qui apparaît sur les images comme une traînée grise et blanche, recouvrait les eaux à l’ouest de l’île, longue de 8 kilomètres, selon des images prises par les satellites Sentinel-1, Sentinel-2 et Sentinel-3 du programme Copernicus entre le 6 et le 8 mai.
Elle s’étendait sur une superficie de plus de 52 kilomètres carrés jeudi 8 mai, selon les estimations d’Orbital EOS, un service mondial de surveillance des déversements d’hydrocarbures. Plus de 3 000 barils de pétrole auraient été déversés, a indiqué Orbital EOS. La taille de cette nappe s’est toutefois « fortement réduite », a constaté samedi 9 mai l’observatoire CEOBS (Conflict and Environment Observatory), se basant sur l’analyse d’images satellitaires.
Des fuites ?
La cause exacte de cette nappe faisant craindre une marée noire reste à ce stade indéterminée. Plusieurs options sont toutefois envisagées, comme la possibilité de fuites dans les infrastructures pétrolières iraniennes. La guerre, particulièrement le blocus américain du détroit d’Ormuz, a mis à mal les infrastructures pétrolières et gazières de Téhéran. Des navires et des installations ont subi des dommages lors d’attaques américaines et israéliennes, ce qui les rend vulnérables aux déversements.
Cette situation a immobilisé des pétroliers, freinant les exportations et provoquant une pénurie rapide de capacités de stockage pour le pétrole iranien. D’importants volumes de pétrole brut étaient stockés dans des pétroliers, augmentant ainsi le risque de déversements, a précisé au New York Times Dalga Khatinoglu, spécialiste du secteur énergétique iranien chez Iran Open Data, une initiative indépendante de données.
Un oléoduc hors d’âge
Une rupture dans un oléoduc sous-marin reliant le centre de traitement au champ pétrolier d’Abuzar, un important gisement offshore situé à l’ouest de l’île de Kharg, constitue une autre source possible de fuite, selon Dalga Khatinoglu. Cet oléoduc, vieux de plusieurs décennies et mal entretenu, a subi de nombreuses fuites ces dernières années, dont une brèche en octobre 2024. « Le blocus naval a probablement plongé le système pétrolier iranien dans une situation critique », résume auprès du New York Times Nima Shokri, professeur à l’école de génie civil et environnemental de l’Université technique de Hambourg.
Un délestage volontaire de pétrole dans la mer, pour faire face à un trop-plein ponctuel, n’est par ailleurs pas à exclure. Autre option : une fuite liée à l’utilisation par l’Iran de vieux navires pétroliers pour du stockage.
De son côté, Téhéran dément le scénario d’une marée noire. Les « taches observées » seraient dues aux rejets en mer d’un pétrolier européen, a indiqué Jafar Pourkabgani, député iranien représentant la ville côtière de Bouchehr. On ignore à ce stade les conséquences pour la faune et la flore. Le golfe Persique est en tout cas une zone à risques. Le pétrole peut se déposer dans les sédiments et sur les rivages et causer des dommages particulièrement importants aux mangroves, aux coraux, aux oiseaux marins, aux tortues, rappelle le quotidien américain. Une marée noire près de l’île de Kharg pourrait notamment affecter la pêche et les habitats marins.
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Author : Julien Chabrout
Publish date : 2026-05-10 09:57:00
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