La Haute cour anticorruption ukrainienne a ordonné ce jeudi 14 mai le placement en détention provisoire d’Andriy Yermak, proche du président Volodymyr Zelensky et ancien chef de son cabinet, dans le cadre d’une enquête pour blanchiment d’argent. Le tribunal a également fixé une caution à 140 millions de hryvnias (2,72 millions d’euros), qui permettrait à Andriy Yermak, lequel nie les accusations portées contre lui, d’être remis en liberté dans l’attente d’une décision définitive.
« Je n’ai pas cet argent, et mon avocat va maintenant travailler avec des amis et des connaissances [pour réunir la caution] », a déclaré Andriy Yermak aux journalistes après la décision du tribunal. « Mon équipe juridique va interjeter appel. Nous utiliserons tous les moyens légaux pour obtenir justice et faire éclater la vérité », a-t-il ajouté.
Les autorités ukrainiennes ont annoncé lundi qu’Andriy Yermak était soupçonné dans une vaste enquête pour corruption, une procédure qui a rapproché les enquêteurs anticorruption au plus près du cercle intime du président. Dans un communiqué, les agences anticorruption ont précisé qu’Andriy Yermak était soupçonné d’avoir participé à un groupe criminel ayant blanchi environ 10,5 millions de dollars via un projet immobilier de luxe situé en périphérie de la capitale Kiev.
Andriy Yermak a longtemps été présenté comme la deuxième personnalité la plus puissante d’Ukraine après Volodymyr Zelensky, exerçant une influence considérable sur la vie politique ukrainienne alors même qu’il n’occupait pas de fonction élective. Ancien producteur de cinéma et avocat spécialisé dans le divertissement, il apparaissait fréquemment aux côtés du président lors d’événements publics et avait également été le principal négociateur de Kiev dans les pourparlers de paix soutenus par les États-Unis avec la Russie.
« Une mine à retardement pour le président Zelensky »
Sa démission l’an dernier est intervenue dans le cadre d’un remaniement gouvernemental plus large visant à rétablir la confiance dans la présidence, fragilisée par des accusations de concentration excessive du pouvoir. Si les poursuites engagées contre Andriy Yermak ne devraient pas représenter une menace immédiate pour Volodymyr Zelensky, qui n’a pas été nommément visé dans la vaste enquête qui secoue l’Ukraine depuis novembre dernier, elles pourraient entraîner des dommages durables à sa réputation s’il se présente à une réélection après la guerre, estiment certains analystes. « Toute cette affaire est une mine à retardement pour le président Zelensky, qui n’explosera peut-être pas tout de suite, mais plus tard », estime ainsi auprès de Reuters Volodymyr Fesenko, analyste politique au sein du think tank Penta.
A cette heure, le président ukrainien n’a pas commenté personnellement les accusations portées contre son vieil ami, et son conseiller en communication a déclaré lundi qu’il était trop tôt pour en parler.
La corruption, menace plus grande pour l’Ukraine que la guerre
Le scandale impliquant Andriy Yermak a refait surface ces dernières semaines lorsque des médias ukrainiens et des parlementaires de l’opposition ont divulgué ce qu’ils ont décrit comme des transcriptions d’une écoute téléphonique de Timour Mindich, un ancien partenaire commercial de Zelensky de l’époque où il travaillait dans les médias, soupçonné d’avoir orchestré tout un système de pots-de-vin dans le secteur de l’énergie. Ces transcriptions prétendaient révéler une conversation entre Mindich et le chef de la sécurité nationale, Roustem Oumerov, au sujet d’un important fabricant ukrainien de drones.
Ces nouveaux développements interviennent alors que l’Ukraine reste dépendante d’une aide financière occidentale cruciale, conditionnée en partie à des réformes anticorruption. Certains parlementaires, y compris des membres du parti au pouvoir de Volodymyr Zelensky, Serviteur du peuple, voient un aspect positif dans l’affaire Yermak, y voyant un signe encourageant de la volonté de l’Ukraine de lutter contre la corruption. « Nos partenaires constatent que l’Ukraine dispose d’un système anticorruption indépendant qui remplit sa fonction », a ainsi récemment déclaré Oleksandr Merezhko, président de la commission parlementaire des Affaires étrangères.
L’approbation publique de Volodymyr Zelensky est restée relativement stable ces derniers mois malgré l’attention accrue portée à la corruption, avec environ 58 % des Ukrainiens faisant confiance au président, a indiqué l’Institut international de sociologie de Kyiv le 4 mai. Un sondage réalisé le 6 mai a toutefois révélé que 54 % des personnes interrogées estiment que la corruption représente une menace plus importante pour le développement de l’Ukraine que la guerre menée par la Russie.
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Author : Richard Duclos
Publish date : 2026-05-14 10:53:00
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