Une possible voie de sortie par le haut ou une diversion pour masquer l’enlisement ? Le président américain Donald Trump a exhorté lundi 25 mai sur son réseau social Truth Social plusieurs pays du Golfe persique à rejoindre les accords d’Abraham. Il a écrit que l’Arabie saoudite et le Qatar devraient être les premiers à les signer et appelé le Pakistan, la Turquie, l’Égypte et la Jordanie à les imiter – un appel pour le moins curieux concernant la Turquie, qui reconnaît Israël depuis 1949, aussi bien que pour l’Égypte et la Jordanie, qui ont conclu des traités de paix avec l’Etat hébreu en 1979 et 1994, respectivement.
Signés en 2020, lors du premier mandat du milliardaire républicain, les accords d’Abraham entérinaient une normalisation complète des relations diplomatiques entre Israël et les Émirats arabes unis ; Bahreïn, le Kazakhstan, le Maroc et le Soudan les ont rejoints par la suite. « L’élargissement de ces accords apportera pour la première fois depuis 5 000 ans pouvoir, force et paix au Moyen-Orient. Ce sera un document qui sera respecté comme aucun autre jamais signé, nulle part ailleurs dans le monde », a écrit lundi le président américain avec son habituel sens de l’hyperbole.
Cette proposition intervient alors que les négociations pour mettre un terme à la guerre avec l’Iran peinent à produire des résultats concrets, en dépit des messages optimistes envoyés par l’administration américaine – « Nous avons, selon moi, une proposition assez solide sur la table concernant leur capacité à débloquer la situation, à rouvrir le dialogue et à entamer des négociations concrètes, sérieuses et limitées dans le temps sur la question nucléaire », a ainsi déclaré le secrétaire d’Etat Marco Rubio. Las, à ce jour, le détroit d’Ormuz reste verrouillé par Téhéran, tandis que la marine américaine poursuit son blocus des ports iraniens. La journée de lundi a même connu une recrudescence des tensions et une rupture du cessez-le-feu : les Américains ont coulé deux navires des gardiens de la Révolution qui tentaient de poser des mines dans le détroit ; les Iraniens ont répondu par des tirs de missiles sol-air en direction d’appareils américains, avant que les lanceurs iraniens ne soient à leur tour bombardés.
Surprise
Cette volonté d’élargir les accords d’Abraham est une surprise pour les pays du Golfe mentionnés, qui, pour plusieurs d’entre eux, le Pakistan et l’Arabie saoudite notamment, prennent une part active aux négociations entre Washington et Téhéran et ne s’attendaient guère à se voir remerciés de leurs efforts par cette injonction trumpienne. Elle se heurte surtout au mur de la réalité : les pays que Donald Trump évoque exigent une solution à la cause palestinienne avant toute procédure d’adhésion. Des responsables qataris ont ainsi déclaré que Doha n’avait pour l’instant pas l’intention d’adhérer aux accords d’Abraham. De même, l’Arabie saoudite demande la création d’un Etat palestinien pour ce faire, alors même que la pression sur la Cisjordanie des colons israéliens, encouragés par le ministre d’extrême droite de la sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, n’a jamais été aussi forte – les accords d’Abraham stipulaient qu’Israël suspende l’annexion d’une partie des territoires palestiniens occupés… Le président américain a même écrit que l’Iran pourrait à son tour rejoindre les accords une fois l’accord de paix signé avec Washington. Téhéran s’est pourtant fixé pour but l’anéantissement de l’Etat hébreu… et son remplacement par un Etat palestinien.
Ancien ambassadeur des Etats-Unis en Israël, Dan Shapiro a jugé sur X la proposition de Donald Trump « inutilement compliquée et irréaliste. Dans le climat actuel de ces guerres non résolues, (…) il n’existe aucune chance que les dirigeants mentionnés par Trump normalisent leurs relations avec Israël – d’autant plus qu’il ne reste que quatre mois avant les élections israéliennes, au cours desquelles Netanyahou pourrait être évincé. » « C’est un espoir ancré dans une galaxie lointaine, très lointaine, plutôt que dans les nouvelles réalités du Golfe », a de son côté déclaré au Wall Street Journal Aaron David Miller, ancien négociateur pour le Moyen-Orient sous des administrations tant républicaines que démocrates. Des analyses peu encourageantes pour la dernière initiative sortie du bureau Ovale.
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Publish date : 2026-05-26 06:58:00
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