N’en déplaise à Donald Trump, le « jour de libération » des actifs français ne tombe pas le 2 avril mais le 4 mai. Rien à voir avec le « Liberation Day » du président américain : c’est à cette date, en 2026, qu’un travailleur français au salaire médian (2 200 euros) a cessé de travailler uniquement pour financer les retraites et la santé de ses aînés, selon les économistes Erwann Tison et Maxime Sbaihi. Au cÅ“ur de leur calcul, la part de 37 % du salaire superbrut – le coût total pour l’employeur – convertie en jours ouvrés.
En 2024, les dépenses liées aux retraites pesaient pour près de 14 % du PIB tricolore, surpassant la moyenne européenne. « Ce poids s’explique surtout par le faible taux d’emploi des actifs et l’importance de la part des retraités dans la population âgée, qui découle d’un âge précoce de départ à la retraite par rapport à d’autres pays européens », détaille François Ecalle, fondateur de Fipeco. Non seulement la date française de « libération » des actifs est de plus en plus tardive, mais elle est, chez la plupart de nos voisins, bien plus précoce.
En France, les salariés doivent travailler plus de quatre mois en moyenne pour financer les pensions et la santé des retraités.
Danemark : l’espérance de vie comme boussole
Après l’Irlande, le Danemark est le deuxième de l’échantillon à « libérer » ses actifs le plus tôt. Depuis 2006, l’âge de la retraite est automatiquement indexé sur l’espérance de vie et il devrait donc atteindre 70 ans en 2040.
Doté d’un système mêlant fonds de pension, retraite universelle et épargne facultative, le pays « met l’accent sur la prévention des risques professionnels et de santé au travail, qui permet de maintenir les seniors en meilleure forme et de prolonger leur participation au marché du travail », explique Erwann Tison.
Allemagne : focus sur l’emploi des seniors
Si nos voisins d’outre-Rhin ont introduit une dose de capitalisation, la répartition reste le pilier central de leur système de retraites. Mais une transformation forte s’est opérée : le taux d’emploi des 60-64 ans est passé de 53 % en 2014 à 67 % en 2024. Bien loin des 39 % de la France. « Dans ce pays à forte culture d’apprentissage et de transmission, des salariés en fin de carrière restent souvent plus longtemps pour enseigner leurs compétences aux générations plus jeunes », ajoute Erwann Tison.
Pays-Bas : les fonds de pension comme clé de voûte
En voilà un paradoxe : le système néerlandais est un des plus généreux d’Europe puisque les retraités touchent 93 % de leur rémunération pré-retraite. Pourtant, le poids de son financement sur la fiche de paie est deux fois inférieur à celui de la France.
En cause, les fonds de pension professionnels, qui pèsent pour près de 200 % du PIB : environ 90 % des employés sont affiliés de façon obligatoire à ces régimes. Enfin, on y compte 35 seniors pour 100 personnes de 20-64 ans, contre 40 en France et 42 en Italie.
Portugal : la reprise en main forcée après la crise
Seul pays du sud de l’Europe à libérer ses actifs dès mars, le Portugal bénéficie des réformes d’austérité adoptées après la crise financière : recul de l’âge de départ à la retraite à 66 ans (2014) et indexation sur l’espérance de vie (2016).
Le pays avait précédemment décidé de calculer les pensions sur l’ensemble de la carrière plutôt que sur les meilleures dernières années. Par ailleurs, il affiche un âge moyen de sortie du marché du travail parmi les plus élevés de l’UE pour les hommes, à plus de 66 ans.
Le Danemark possède la plus faible part des cotisations retraites dans la rémunération brute d’Europe.
Italie : une démographie défavorable
Rome détient le record européen en termes de poids des dépenses publiques affectées aux retraites : près de 16 % de son PIB. L’âge légal de départ a été porté à 67 ans en 2019, mais les effets ne sont pas immédiats. Les tensions démographiques sont fortes : la part des seniors y est la plus élevée de l’UE et l’indice de fécondité parmi les plus faibles. Dans le même temps, l’Italie figure parmi la poignée de pays européens qui garantissent aux seniors un niveau de vie le plus élevé par rapport à la population.
Source link : https://www.lexpress.fr/economie/politique-economique/financement-des-retraites-ces-pays-ou-les-actifs-sont-liberes-bien-avant-les-francais-3PSKPO2Y2JGJ5GNX4TBG3HAIJA/
Author : Tatiana Serova
Publish date : 2026-05-29 05:30:00
Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.
