Voir le pape Léon XIV en tête des ventes d’essais peut faire bizarre aux observateurs qui s’étaient habitués à y trouver Gisèle Pelicot. Rappelons que les papes exercent encore une autorité morale sur bon nombre de nos contemporains. Au cours de son pontificat, le pape François avait publié quatre encycliques. La plus marquante, Laudato si (2015), avait flirté avec les 100 000 exemplaires. Un an avant sa mort, il avait également publié un manifeste remarqué, Louée soit la lecture, où il insistait à juste titre sur le rôle de la littérature dans la formation intellectuelle, spirituelle et humaine. Pour sa première encyclique, Magnifique humanité*, Léon XIV a choisi un sujet porteur : l’IA. « La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble », écrit-il en préambule. Qu’elle fascine ou qu’elle terrifie, l’IA est un sujet qui intéresse les lecteurs, si l’on en croit notre classement des essais : Laurent Alexandre y est 7e avec Vivre 1 000 ans. Quand l’IA règne et la mort recule : rêve ou cauchemar ? (Buchet-Chastel), Bruno Patino 15e avec Le Temps de l’obsolescence humaine (Grasset). A la matinale de France Inter, jeudi, on a pu entendre cette réflexion intéressante de Gilles Gressani, le fondateur du Grand Continent : « Ce qui est en train de se jouer aujourd’hui n’est pas une course technologique mais une course anthropologique. Ce que propose la tech, c’est une nouvelle vision du futur, du pouvoir et de l’homme. Quand vous faites ça, vous postulez une idée de Dieu. Or, qui travaille à l’idée de Dieu sur la Terre ? L’Eglise catholique. Paradoxalement, le concurrent d’OpenAI ou Anthropic, aujourd’hui, c’est l’Eglise catholique. » Pas étonnant, dès lors, que Léon XIV nous exhorte à « désarmer l’IA ». Le pape, combien de divisions ?
Le palmarès littéraire de L’Express
On peine à trouver une pensée structurée sur l’IA chez nos responsables politiques. Plus que la Silicon Valley, une autre destination les obsède : le palais de l’Elysée, horizon 2027. Après la séquence Gabriel Attal, toujours 11e des essais avec En homme libre (L’Observatoire), c’est au tour de Raphaël Glucksmann de faire le tour des médias. Avec un titre à la Johnny Hallyday, son livre Nous avons encore envie (Allary) entre en 9e position.
Du côté des romans, il n’y a pas grand-chose à se mettre sous la dent cette semaine. Le podium demeure inchangé avec Virginie Grimaldi pour D’autres printemps (Flammarion), Freida McFadden pour L’Intruse (City) et Fred Vargas pour Une unique lueur (Flammarion). Il faut attendre la 9e place pour voir apparaître Rachel Reid avec Game Changer (Chatterley), premier tome de sa saga de romance homosexuelle dans le monde du hockey sur glace. Derrière elle, on assiste au grand retour de Kathryn Stockett avec Le Calamity Club (Robert Laffont). Elle n’avait plus publié de roman depuis La Couleur des sentiments en 2009. Enfin un écrivain qui fuit l’accélération de notre temps et travaille à son rythme et à l’ancienne, sans IA ?
*L’encyclique est disponible en deux versions : l’une co-éditée par Bayard, Le Cerf et Mame ; l’autre publiée chez Salvator.
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Author : Louis-Henri de La Rochefoucauld
Publish date : 2026-06-05 15:26:00
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