Benyamin Netanyahou et Donald Trump ont-ils vraiment fait la guerre ensemble ? A entendre les récentes déclarations fracassantes du président américain au sujet du Premier ministre israélien – cet homme « fou », « très difficile » et qui « n’a aucun jugement » – on a du mal à croire que l’Etat hébreu vient de mener deux conflits conjointement avec les Etats-Unis en l’espace d’un an !
Mais après quarante jours de frappes coordonnées entre les deux alliés historiques, Benyamin Netanyahou s’est finalement retrouvé sur la touche, tenu à l’écart de la signature, prévue le 19 juin en Suisse, de l’accord-cadre de cessez-le-feu, et marginalisé dans les discussions techniques, pourtant cruciales pour Tel-Aviv, qui vont démarrer dans les 60 prochains jours. Avec, en toile de fond, un découplage stratégique manifeste entre les Etats-Unis et Israël. Quand Washington cherchait la sortie de crise avant les midterms, la stabilité du détroit d’Ormuz et des prix du pétrole sous contrôle ; Israël, lui, voulait durcir la ligne pour pousser Téhéran jusqu’à l’effondrement.
Désormais, Tel-Aviv, privé d’une capitulation des mollahs, se retrouve dans la position très inconfortable du sous-traitant de la puissance américaine. Et c’est pourtant ce même Netanyahou, accompagné du directeur du Mossad, qui avait convaincu le président américain, à la Maison-Blanche le 11 février, qu’une fenêtre d’opportunité venait de s’ouvrir pour renverser la République islamique. Depuis, une question revient avec insistance aux États-Unis, dans le camp démocrate mais aussi chez les républicains : Israël aurait-il entraîné les États-Unis dans ce conflit sur la base d’hypothèses erronées ? « Cette perception pourrait, à terme, fragiliser la capacité d’Israël à obtenir une coopération active de Washington, notamment en cas de nouvelle confrontation avec l’Iran sur les questions nucléaires ou balistiques », estime Raz Zimmt, directeur du programme de recherche sur l’Iran à l’Institut israélien d’études de sécurité nationale.
Un accord qui inclut le Liban
Face à un Donald Trump qui vante une victoire totale, l’humiliation est grande pour le chef du gouvernement israélien qui, au-delà de la question iranienne, nourrissait l’espoir que cet accord n’inclut pas le Liban. Washington est resté sourd à ses desiderata. Et l’annonce de ce pacte américano-iranien risque fort de cristalliser encore davantage les tensions au sein du gouvernement israélien. « L’accord de Trump ne nous engage pas […] nous ne sommes pas partie à cet accord. Il ne garantit pas notre sécurité », déplore le ministre israélien d’extrême droite, chargé de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Reste à savoir si Netanyahou prendra le risque de désobéir de nouveau au président américain – comme ce fut le cas à plusieurs reprises depuis le cessez-le-feu du 8 avril – et d’endosser ainsi la responsabilité d’un nouvel embrasement.
S’agissant des objectifs de guerre des deux belligérants, force est de constater que les fameuses « menaces existentielles » brandies par Israël avant le conflit sont loin d’être écartées pour de bon : le programme nucléaire iranien n’a été que partiellement neutralisé, les capacités balistiques demeurent en partie intactes, et les réseaux de proxys dans la région conservent encore une certaine capacité de nuisance… Quant aux stocks d’uranium enrichi et les restrictions imposées à l’enrichissement, le grand flou persiste toujours et risque aussi de laisser Tel-Aviv sur sa faim.
Si, comme prévu, Téhéran obtient la levée d’une partie des sanctions et qu’il parvient à réexporter son pétrole, ce régime dont l’objectif reste la destruction de l’Etat hébreu, serait à nouveau en mesure de renflouer ses caisses. « Une catastrophe du point de vue d’Israël », s’emporte Avigdor Liberman, ancien ministre israélien de la Défense, devenu l’un des plus fervents opposants à Netanyahou. Yaïr Lapid, chef centriste de l’opposition, va encore plus loin : « il s’agit là d’un des échecs les plus retentissants de la politique étrangère et de sécurité d’Israël. » Allusion implicite au fiasco du 7-Octobre, dont il accuse le Premier ministre d’être le premier responsable.
Avec cette guerre, l’opinion israélienne – pourtant largement favorable à une confrontation avec l’Iran – a pu une nouvelle fois constater que lorsque son pays mène une opération en coordination avec une grande puissance occidentale, les intérêts finissent souvent par diverger. En 1956, Israël, gouverné par Ben Gourion, s’était allié avec la France et la Grande-Bretagne contre l’Egypte pour reprendre le canal de Suez à Gamal Abdel Nasser. Avant d’être abandonné par ses deux partenaires européens faute de résultats escomptés. L’histoire se répète. Et « Bibi » risque de le payer dans les urnes aux élections législatives du mois d’octobre.
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Author : Charles Carrasco
Publish date : 2026-06-15 16:37:00
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