Après le choc, les négociations. Quelques jours après la coupure des modèles Fable 5 et Mythos 5 d’Anthropic, les Européens cherchent à obtenir des Américains un statut de « partenaire de confiance », censé leur garantir l’accès aux technologies de pointe jugées sensibles, révèle le Financial Times. La démarche est sensée. Mais quelle qu’en soit l’issue, l’UE aurait tort d’y voir autre chose qu’un pansement. Depuis 20 ans, le Vieux Continent s’est trop reposé sur les séduisants services numériques américains, négligeant de faire émerger ses propres champions.
Cela a deux conséquences. La plus évidente est d’ordre économique. Aucun Européen ne figure aujourd’hui parmi les 15 premières capitalisations boursières mondiales. Les géants technologiques US y dominent de la tête et des épaules avec Nvidia, Alphabet, Apple, Microsoft, Amazon ou encore, depuis quelques jours, SpaceX. Pis, dans les filières où l’UE était bien placée, l’automobile ou la pharmacie, les industriels voient fondre leur avance face à des rivaux américains et chinois dont la R&D est propulsée par de puissants modèles IA.
Le second front, l’actualité l’a rappelé, est stratégique. Sans la constellation Starlink, l’armée ukrainienne serait aveugle. Sans les cloud US, une bonne part du CAC40 tournerait au ralenti. Et sans les capacités cyber d’Outre-Atlantique, nos fortifications numériques afficheraient des trous inquiétants.
Encore faut-il, pour soutenir la tech européenne, savoir ce qu’elle recouvre. C’est à ce travail de cartographie que s’attelle Olivier Rohou, ancien fondateur de eLamp, avec sa plateforme EU Score. Le principe est limpide. Une barre de recherche, en page d’accueil, donne accès à la fiche d’une entreprise ou d’une solution. Chacune affiche un EU Score, établi en fonction de plusieurs critères : la part de salariés basés en Europe, celle du capital détenu par des acteurs européens (fondateurs, fonds d’investissement, etc.), la localisation des fournisseurs ou encore le respect d’un socle de principes environnementaux et sociaux (ESG, DEI). « Les entreprises peuvent nous signaler toute inexactitude », précise le créateur de l’initiative qui travaille avec une équipe de bénévoles.
La base compte déjà quelque 2 000 fiches, un socle honorable qu’il faudra étoffer pour cartographier véritablement l’ensemble de l’écosystème. « Nous échangeons en continu avec des professionnels du secteur pour affiner nos critères », précise Olivier Rohou. La plateforme a, ainsi, récemment intégré la localisation des serveurs pour les acteurs du cloud et range désormais les fondations, associations et ONG dont le siège est dans l’UE à parité avec une société dont le capital serait européen à 100%. Dernier paramètre en date : l’open source. Une entreprise peut signaler qu’elle détient son code et, le cas échéant, qu’elle le met à disposition de tous – lien vers le dépôt à l’appui.
Ce 18 juin, EU Score franchit une étape supplémentaire en dévoilant une première sélection de 300 entreprises jugées à fort impact pour l’Europe. L’outil, bien sûr, n’est qu’une grille de lecture parmi d’autres. L’autonomie ne se résume pas à choisir, partout, l’entreprise la plus européenne : l’efficacité d’un produit et son coût pèsent tout autant dans la balance. Le néerlandais ASML est, par exemple, l’atout le plus puissant dont disposent les 27, même si une partie de ses salariés travaillent en dehors de l’UE. Car sans ses machines de lithographie avancée, les Américains ne pourraient tout simplement pas faire fabriquer à Taïwan leurs précieuses puces IA. La difficulté dans la sphère tech est que la dépendance se niche à d’innombrables niveaux : des terres rares à l’électronique, jusqu’aux logiciels et navires réparateurs de câbles sous-marins. Il faut connaître ses forces, ses dépendances et ses alternatives. L’EU Score apporte sa pierre à ce travail de recensement.
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Author : Anne Cagan
Publish date : 2026-06-18 04:30:00
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