C’est une période difficile pour la dirigeante italienne Giorgia Meloni. Alors que les tensions diplomatiques entre les Etats-Unis et l’Italie sont vives depuis que Donald Trump a insisté sur le fait qu’elle lui avait demandé « encore et encore » de prendre une photo avec lui lors du sommet du G7 en France – ce qu’elle conteste -, un autre homme est en train de bouleverser l’équilibre interne de la droite italienne à l’approche des prochaines élections. Le général Roberto Vannacci, ancien attaché militaire italien à Moscou et figure controversée de l’extrême droite, attire de plus en plus d’élus de la majorité de Giorgia Meloni et une partie de son électorat, avec son parti Futuro Nazionale.
Un récent sondage lui attribue 5,3 % des intentions de vote, un score équivalent à celui de la Ligue. Huit parlementaires issus de la coalition gouvernementale ont aussi déjà rejoint ses rangs, un phénomène que certains observateurs qualifient de véritable « séisme politique », rapporte le Financial Times.
Des références au fascisme
Cette percée fragilise grandement Giorgia Meloni. Bien qu’issue du courant postfasciste italien et longtemps connue pour son euroscepticisme virulent, la cheffe du gouvernement a progressivement adouci son discours et élargi sa base électorale depuis son arrivée au pouvoir, non sans décevoir ses supporters les plus idéologiquement marqués. Pour le politologue Lorenzo Castellani, la progression de Roberto Vannacci constitue en effet « une alerte rouge » pour la Première ministre. « Le message envoyé par les électeurs est : ‘Vous avez changé, Giorgia Meloni, et ce changement ne nous plaît pas' », précise-t-il au quotidien britannique. Une analyse que partage le spécialiste Daniele Albertazzi, auteur de plusieurs ouvrages sur la droite radicale européenne, pour qui les positions homophobes, misogynes et nationalistes de Roberto Vannacci lui permettent de concurrencer Giorgia Meloni sur son flanc droit, compliquant l’équilibre politique de la Première ministre qui tente de conserver à la fois les électeurs conservateurs modérés et ceux qui restent attachés à une vision plus radicale de la droite italienne.
Futuro Nazionale joue d’ailleurs cette carte pour convaincre de potentiels électeurs de les rallier, accusant par exemple la coalition gouvernementale d’avoir renoncé à « ses principes », lors d’un rassemblement politique organisé le week-end dernier. Cet événement a été marqué par de nombreuses références à l’héritage fasciste italien : les participants ont été appelés « camerati » (« camarades »), comme le faisait Benito Mussolini avec ses partisans, tandis que le slogan « Dio, Patria e Famiglia » (« Dieu, Patrie et Famille ») a été largement mis en avant. Les intervenants ont également rendu hommage aux figures qui, après la Seconde Guerre mondiale, avaient contribué à maintenir vivante la tradition néofasciste en Italie.
Une suspension de l’armée
Le programme de Futuro Nazionale, lui aussi, repose sur plusieurs propositions radicales : réduire drastiquement la présence étrangère en Italie, renforcer la répression sécuritaire dans les villes, mettre fin au soutien à l’Ukraine et reprendre les importations de pétrole russe. « Avec nous, l’Italie redeviendra la maison des Italiens », a déclaré Roberto Vannacci devant ses sympathisants, après que l’animateur de l’évènement l’a présenté comme un nouveau « Jules César ».
Sa notoriété n’est cependant pas nouvelle, et remonte à 2023, année de publication de son livre à succès Le Monde à l’envers. Dans cet ouvrage, Roberto Vannacci exprimait son admiration pour la Russie de Vladimir Poutine et dénonçait ce qu’il considère comme les dérives du libéralisme occidental. Il y soutenait notamment que les « gens normaux » avaient été marginalisés au profit de minorités influentes, qualifiant les féministes de « sorcières modernes » et les personnes LGBTQ+ d’ »anormaux ».
Si ces prises de position lui ont valu par la suite une suspension de l’armée italienne, cela n’a pas empêché Matteo Salvini de le choisir pour conduire la campagne de la Ligue lors des élections européennes de 2024. Aujourd’hui député européen au sein du même groupe politique que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), Roberto Vannacci estime que l’Italie s’est éloignée des promesses faites par la droite au pouvoir. « Beaucoup des choses promises n’ont pas été réalisées. La droite a perdu son chemin », affirme-t-il notamment.
Un choix délicat
De son côté, Giorgia Meloni se retrouve face à un choix délicat. Intégrer Futuro Nazionale dans sa coalition pourrait lui coûter le soutien des électeurs modérés et remettre en cause son image de dirigeante conservatrice crédible sur la scène européenne. « C’est une décision très risquée », prévient Daniele Albertazzi, selon qui Roberto Vannacci pourrait « détruire » la réputation de dirigeante « raisonnable » que Giorgia Meloni a patiemment construite. À l’inverse, l’exclure pourrait fragiliser la majorité parlementaire, car « les 4 ou 5 % d’électeurs que Roberto Vannacci pourrait contrôler sont extrêmement importants pour remporter cette bataille », développe le politologue Lorenzo Castellani.
Dans tous les cas, la tension est déjà visible au sein de la majorité. Lors d’un échange particulièrement vif au Parlement, Giorgia Meloni a accusé plusieurs élus proches de Roberto Vannacci de « servir la gauche » en affaiblissant la coalition gouvernementale et en contestant le soutien italien à l’Ukraine. « Ne me parlez pas de la vraie droite, parce que la vraie droite ne favorise jamais la gauche », a-t-elle lancé, exaspérée. La situation est encore plus préoccupante pour Matteo Salvini, dont plusieurs affiches, dans des bastions électoraux de la Ligue, réclament tout simplement son départ.
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Publish date : 2026-06-21 14:21:00
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