« Keir Starmer a montré de l’émotion, mais c’est un peu trop tard », titre The Independent, avec une photo du futur ex-Premier ministre devant le 10 Downing Street, au bras de son épouse Victoria Starmer. Et de le comparer à Theresa May, qui occupa le poste trois années durant (2016-2019), « une autre Première ministre qui semblait elle aussi plutôt robotique ». La BBC relève également un « discours empreint d’émotion », par contraste avec l’approche de celui qu’elle surnomme « Monsieur Règles », qui « n’a pas su créer un lien avec l’opinion publique ».
Keir Starmer avait pourtant bien commencé. Le 5 juillet 2024, après quatorze années de gouvernements conservateurs successifs, il était nommé Premier ministre, dans la foulée du raz-de-marée électoral de son parti, le Labour (plus de 410 sièges remportés au Parlement avec une majorité à 326). Un score impressionnant si l’on jette un Å“il dans le rétroviseur : lors des élections générales de 2019, les travaillistes n’avaient remporté que 202 sièges, leur plus faible résultat depuis… 1935.
« Que diraient les pupitres de Downing Street s’ils pouvaient parler ? », s’interroge avec lyrisme le très sérieux The Herald. Le quotidien écossais joue sur le comique, et évoque avec ironie les rumeurs autour de la démission du Premier ministre, qui bruissaient depuis quelques jours. « Rendons hommage à cet homme : il a laissé le week-end aux commentateurs pour qu’ils puissent préparer leur analyse à chaud, pendant que lui et sa famille descendaient à Chequers [NDLR : résidence de villégiature du Premier ministre, ndr] pour une dernière partie de croquet. »
Du comique au tragique, la frontière est parfois fine. « Un triomphe devenu tragédie » titre ainsi The Guardian, qui offre une mise en perspective sévère, voire acide, du mandat de l’ancien avocat spécialisé dans les droits humains. Le quotidien cite notamment Anthony Seldon, qui a rédigé toutes les biographies des occupants du 10, Downing Street depuis John Major (1990-1997) : « Keir Starmer ne savait pas ce qu’il faisait, et ce pour trois raisons » commence l’historien, qui développe : « il n’a jamais compris en quoi consistait le poste, (…) n’a jamais su ce qu’il voulait faire, (…) et ne savait pas qui nommer ».
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Certains y verront une référence à la nomination de Peter Mandelson au poste d’ambassadeur du Royaume-Uni aux États-Unis en décembre 2024. Proche de Keir Starmer, il a été limogé en septembre 2025, lorsque ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein ont été rendus publics. Keir Starmer a été soupçonné d’être au courant des faits avant leur révélation et d’avoir tergiversé.
La presse anglaise se plaît à rappeler les nombreux revers de Keir Starmer sur le plan intérieur. Au niveau local, où le Labour a subi plusieurs défaites, la dernière datant du mois dernier : The Independent rappelle que son parti a perdu, depuis son élection, « 1 496 conseillers municipaux à travers l’Angleterre, battant un record établi par les conservateurs en 1981 ». Le Labour a perdu plusieurs bastions, y compris en Écosse ou au Pays de Galles. Au niveau national ensuite, il a opéré plusieurs revirements décriés par sa base, sur des mesures sociales comme « le plafond de deux allocations familiales » auquel il a renoncé sous la pression.
Le quotidien écossais The Scotsman est l’un des rares à faire entendre une note plus positive, soulignant « la politique de soutien indéfectible à l’Ukraine », poursuivie par Keir Starmer. Et se projette en imaginant un nouveau gouvernement avec Keir Starmer aux Affaires étrangères.
Car c’est bien, comme le note la BBC, « le retour d’Andy Burnham à Westminster [qui] a porté le coup de grâce au mandat de Keir Starmer. Ce dernier, son rival déclaré, est revenu comme député lors d’une élection partielle dans une terre pourtant favorable aux conservateurs. Pour de nombreux travaillistes, il est « l’homme idéal pour mener leur parti aux prochaines élections générales. » Et la BBC de conclure : « L’avenir nous dira si d’autres candidats se présenteront ».
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Publish date : 2026-06-22 16:56:00
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