Le bilan ne cesse de s’alourdir. Samedi 27 juin, les autorités vénézuéliennes ont annoncé qu’au moins 900 personnes ont été tuées et 3.300 blessées, après les puissants séismes de magnitude 7,2 et 7,5 qui ont frappé le pays mercredi. 50.000 personnes sont toujours portées disparues, la plupart sous les décombres, tandis que des centaines d’immeubles ont été endommagés dans les Etats de Caracas, La Guaira, Miranda, Aragua, Carabobo et Falcón.
Selon l’Institut d’études géologiques des Etats-Unis (USGS), le nombre de victimes pourrait dépasser les 10.000 morts, faisant de la catastrophe l’un des séismes les plus meurtriers de l’histoire récente de l’Amérique latine. Vendredi encore, l’électricité demeurait coupée près de l’épicentre, à Morón, et totalement absente dans la région de La Guaira.
Tandis que les opérations de secours s’annoncent particulièrement difficiles dans un pays aux infrastructures précaires et affaiblies par des années de sanctions, les yeux se tournent vers les Etats-Unis – qui ont de facto repris le contrôle économique et politique du pays, depuis la capture du président Nicolas Maduro en janvier 2026.
« Formidables amis »
« Les Etats-Unis sont prêts, disposés et capables d’apporter leur aide, a assuré Donald Trump, dès jeudi. Le président américain a annoncé une enveloppe de 150 millions de dollars et ordonné à l’ensemble des agences fédérales de « se tenir prêtes à intervenir ». « Nous serons là pour nos nouveaux et formidables amis », a-t-il assuré.
Le secrétaire d’Etat Marco Rubio a également précisé avoir échangé avec la présidente vénézuélienne Delcy Rodríguez et annoncé le déploiement d’équipes de secours venues de Virginie et de Californie. Le Pentagone doit aussi organiser des vols humanitaires et fournir des images aériennes destinées à faciliter les opérations de sauvetage.
Une mobilisation qui tranche avec la politique menée jusqu’ici sur le plan humanitaire par l’administration Trump, qui a restreint au maximum l’aide à la coopération et démantelé l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), l’année dernière.
« Eviter une crise politique »
Et pour cause, les Etats-Unis ne sont plus un simple acteur ou partenaire extérieur du Venezuela. Ils sont en quelque sorte « aux commandes » du pays, pour reprendre les mots prononcés par Donald Trump à la suite de l’enlèvement de Nicolas Maduro par les forces spéciales américaines. Si le pays est officiellement dirigé par le gouvernement de transition de Delcy Rodriguez, celle-ci est sous la pression de Washington qui a mis en place des réformes pour s’assurer un rôle central dans la gestion des recettes pétrolières et aurifères du Venezuela, tout en maintenant un régime de sanctions économiques sévères.
« Les Etats-Unis ne sont pas responsables du séisme lui-même, mais compte tenu de leur rôle central dans la transition post-Maduro, ils ont clairement intérêt à réagir rapidement pour empêcher qu’une urgence humanitaire ne se transforme en une crise politique et sécuritaire plus large », analyse Brian Fonseca, spécialiste du Venezuela, auprès du journal suisse Le Temps.
Quelques jours avant la catastrophe, Donald Trump se félicitait encore de l’opération ayant conduit les Etats-Unis à reprendre le contrôle politique sur Caracas. « Nous avons remporté une grande victoire », déclarait-il le 20 juin, mentionnant également la réorientation des flux de pétrole et d’or vers les Etats-Unis. « Le Venezuela n’avait jamais connu une telle prospérité », assurait-il, malgré une économie particulièrement en crise.
« Un test »
Le séisme pourrait désormais constituer un test pour Washington de la volonté d’assumer les conséquences de son implication dans le pays. « Le bilan humanitaire des séismes et la reconstruction à venir permettront de déterminer si le gouvernement américain est disposé à soutenir un allié présumé avec des fonds d’aide et des politiques de secours », estime ainsi le New York Times.
Au sein même de l’administration américaine, certains s’interrogent déjà sur l’ampleur de la réponse annoncée par Washington. Un responsable américain a ainsi confié à The Intercept que les 150 millions de dollars promis par Donald Trump paraissaient insuffisants au regard du rôle désormais joué par les Etats-Unis au Venezuela. « N’est-ce pas nous qui dirigeons ce pays ? C’est une obligation qui dépasse le cadre de l’amitié », a-t-il déclaré sous couvert d’anonymat.
Tutelle économique
D’autant que « tout cela survient après que Trump a semblé suggérer en début de semaine que les États-Unis ont engrangé des milliards de dollars de richesse pétrolière vénézuélienne au cours des six derniers mois », rappelle le magazine d’investigation. Après la chute de Nicolas Maduro, le Trésor américain a mis en place un système de paiement concentrant une partie de la gestion des recettes d’exportation du Venezuela entre les mains des Etats-Unis, leur conférant ainsi un rôle direct dans la capacité du pays à financer sa reconstruction.
Parallèlement, l’administration Trump a maintenu un vaste régime de sanctions, tout en accordant certaines exemptions aux entreprises étrangères souhaitant faire des affaires au Venezuela. « La persistance des sanctions continue par ailleurs de compliquer les transactions financières du gouvernement vénézuélien et des entreprises locales, alors même que les besoins humanitaires explosent », remarque le New York Times, qui précise néanmoins que les sanctions financières portant sur l’aide humanitaire ont été suspendues.
La catastrophe pourrait également remettre en question la politique migratoire américaine. Depuis plusieurs mois, l’administration Trump affirme que la situation au Venezuela est suffisamment stabilisée pour permettre le retour de migrants vénézuéliens dans leur pays d’origine, sans que l’on sache si la catastrophe actuelle pourrait ou non ralentir ces projets d’expulsion. Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a lui-même reconnu que les séismes représentaient « un revers » pour le plan mis en œuvre par Washington afin de relancer l’économie vénézuélienne et d’organiser de futures élections démocratiques.
Malgré les déclarations de Donald Trump, les résultats économiques du Venezuela sont au plus bas. La croissance économique du Venezuela a enregistré au premier trimestre de cette année son taux le plus faible depuis 2021. Selon l’économiste vénézuélien Francisco Rodriguez, cité par The Intercept, les sanctions américaines ont perturbé les revenus pétroliers qui financent les importations et une grande partie de l’activité économique du pays, contribuant à affaiblir durablement les infrastructures et les services publics. Une fragilité qui risque aujourd’hui de compliquer la réponse à la catastrophe.
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Publish date : 2026-06-27 15:58:00
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