Mardi 30 juin, la France se réveille et retient son souffle… Il est 7h40 et Philippe Brun, le député de l’Eure, s’invite sur RMC pour déclarer sa candidature à la primaire présidentielle du Parti socialiste, avant même que le processus ne soit acté. Sur France Inter, à quelques mois d’écart, Karim Bouamrane, le maire PS de Saint-Ouen, et Jérôme Guedj, parlementaire de l’Essonne, se sont aussi déclarés candidats à l’élection suprême – en solitaire, pour leur part. Le cadre étroit d’une matinale radio fera l’affaire pour ces candidatures aux allures de ballon d’essai. Loin des audiences stratosphériques du JT de TF1, comme Jean-Luc Mélenchon. Ou d’une annonce au milieu des Français, façon Gabriel Attal, retransmise sur toutes les chaînes d’informations en continu.
Eux ont au moins été interrogés sur leurs ambitions. Lui n’a pas eu droit à ce privilège. Au député écologiste Benjamin Lucas, le journaliste de TF1 pose une question d’ordre général, à la fin d’une interview : « Les anciens insoumis François Ruffin ou Clémentine Autain, l’écologiste Marine Tondelier… Est-ce que l’un d’eux est votre candidat ? », « je souhaite être candidat pour porter le cri de colère de cette génération Nouveau Front populaire », dit le coordinateur de Génération.s. Et puis c’est tout. Depuis, nulle trace, sur ses réseaux sociaux et autres communications publiques, de sa quête élyséenne. Un peu moins du dixième du groupe écologiste et social à l’Assemblée est prétendant au trône suprême (4 sur 38). Il y a un an, Marine Tondelier, elle aussi candidate, l’avait confié à Dominique de Villepin, et ne croyait pas si bien dire : « Le nombre de candidats à gauche commence à ressembler au métro aux heures de pointe ». Ses ouailles la somment désormais de quitter la rame.
Et que dire de ces ambitieux, issus de la « société civile » ? Ou ces « Monsieur X » à bâbord, censés venir pacifier les partis, peu enclins à se coucher les uns devant les autres dans le cadre d’une candidature commune fantasmée ? Observé curieusement par tous les appareils, Matthieu Pigasse, puissant homme d’affaires, s’échine à étoffer sa carrure de présidentiable. L’année dernière, le prévoyant Olivier Faure, songeant à un futur éventuel gouvernement de la gauche élargie, lui avait parlé de Bercy. L’offre l’avait laissé songeur, tant il assure s’amuser davantage à la tête de sa banque d’affaires. Sens de l’État, quand tu nous tiens…
Le pays a changé, songe François Hollande. « Une candidature à la présidentielle doit révéler une détermination telle que rien ne pourra l’arrêter. Toute l’histoire politique française consistait à y penser sans le dire, et à la dire quand tout était pensé », analyse l’ancien président de la République. Ambitieux homme de son temps, le voilà contraint de prévenir par voie de presse qu’il se « prépare » aussi. Un peu comme Bernard Cazeneuve, ancien Premier ministre désormais connu comme l’homme qui ne se « dérobera pas ». Le monde politique est sens dessus dessous ? Les uns sont candidats sans faire campagne, les autres font campagne sans être candidats. Raphaël Glucksmann s’est donné trois mois pour décider de la nature de ses ambitions. Ce qui ne l’empêche pas de se faire acclamer par les siens, comme le 13 juin dernier – « Glucksmann président ! » – lors de son premier grand meeting aux Docks d’Aubervilliers.
On savait la gauche peu à l’aise avec la Ve République. Est-ce une raison pour désacraliser l’acte de candidature ? « Une fois que tu seras lancé, je serai le seul à gauche à ne pas être candidat », a glissé Guillaume Lacroix, président du confidentiel parti des radicaux de gauche, à Olivier Faure – encore heureux ! Mais le premier secrétaire reste prudent, et observe coi la multiplication des prétendants émanant de ses rangs. À chacun sa croix, à chacun sa culture : la droite connaît la guerre des chefs ; à gauche, les chefs sont débordés par leurs troupes. L’absence symptomatique d’un candidat naturel n’autorise pas une telle déconnexion. « Il existe un décalage cognitif entre la somme d’inquiétudes ressenties au sein de la société et la réponse de l’univers politique, cette multiplication de candidatures difficilement compréhensibles », observe Jean-Yves Dormagen, président de l’institut de sondage Cluster17. Le ridicule n’a jamais tué personne, hormis peut-être « la gauche non mélenchoniste ».
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Author : Mattias Corrasco
Publish date : 2026-06-30 16:55:00
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