C’est une lettre adressée à la Commission européenne. Elle intervient juste avant l’afflux massif de touristes en Europe durant l’été et constitue à ce jour l’avertissement le plus ferme lancé par le secteur touristique concernant l’ESS (Entry/Exit system). Ce système mis en place progressivement depuis octobre 2025 et pleinement opérationnel depuis avril vise à renforcer la sécurité et lutter contre l’immigration illégale. Il exige que les ressortissants de pays tiers s’enregistrent à leur aéroport de destination en fournissant leur identité, leurs empreintes digitales et une photo. Ces contrôles concernent les personnes qui ne sont pas citoyennes de l’un des 29 pays de l’espace Schengen, de l’Irlande ou de Chypre. Ils remplaceront à terme le tamponnage des passeports par les agents des frontières.
Dans leur lettre ouverte adressée à Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, les compagnies aériennes et les aéroports du Vieux Continent demandent la possibilité de suspendre les contrôles dans le cadre de ce système. Ils craignent en effet que la situation ne s’aggrave considérablement pendant la haute saison estivale, alors que les aéroports européens devraient selon eux accueillir environ 40 millions de passagers de plus en juillet et en août par rapport aux deux mois précédents. « Nous avons atteint un point critique », estiment les organisations professionnelles ACI Europe (représentant les aéroports), Airlines 4 Europe (la principale association des compagnies du continent) et l’Association du transport aérien international (IATA), représentant les compagnies aériennes.
Jusqu’Ã cinq heures d’attente
Depuis avril, ont-elles indiqué, « les temps d’attente aux contrôles frontaliers ont considérablement augmenté, atteignant désormais jusqu’à cinq heures aux heures de pointe ». Ces files d’attente dans certains aéroports ont été imputées à la nouvelle technologie et au niveau insuffisant du personnel aux frontières. « Les passagers sont déjà contraints de faire la queue pendant de longues périodes à l’extérieur des aérogares et sur les aires de stationnement exposées, car les services de contrôle aux frontières ne peuvent pas traiter les arrivées assez rapidement », indiquent les auteurs de ce document, comme le rapporte The Guardian.
« Certains voyageurs internationaux reconsidèrent leurs projets de voyage en Europe en raison des risques de retards excessifs aux frontières », indiquent les organisations professionnelles du secteur aérien. « Cela nuit à la réputation de l’Europe, et notamment au tourisme et à la connectivité européens. La réputation de l’Union européenne et la confiance dans le cadre réglementaire sont en jeu. » Selon ces professionnels, « les compagnies aériennes se retrouvent avec des avions à moitié vides au moment de la fermeture des portes d’embarquement ».
Un système qui « fonctionne bien » selon la Commission
Les problèmes rencontrés dans certains Etats ne sont pas isolés. La Grèce a ainsi suspendu les contrôles biométriques pour les voyageurs britanniques jusqu’en septembre prochain afin d’éviter toute perturbation estivale. En mai, la police française a temporairement suspendu les contrôles supplémentaires au port de Douvres.
Afin de remédier à ces difficultés, les auteurs de la lettre à la Commission européenne demandent à cette dernière d’autoriser les aéroports à « suspendre complètement » les contrôles « chaque fois que le nombre de passagers dépasse la capacité opérationnelle des installations de contrôle aux frontières » en juillet et en août.
Interrogé par The Guardian, le président de ACI Europe, Stefan Schulte, estime que des responsables politiques devraient « cesser de prétendre que le système EES fonctionne parfaitement » car « ce n’est pas le cas ». Un avis que ne partage pas la Commission européenne. « Le système d’entrée/sortie est pleinement opérationnel dans tous les pays Schengen et fonctionne bien », a affirmé la semaine dernière au Financial Times un porte-parole de la Commission, estimant que « les règles prévoient la flexibilité nécessaire pour assurer la fluidité des frontières ». Pour Bruxelles, « le plus souvent, les longs temps d’attente ne sont pas liés au fonctionnement de l’EES, mais à des facteurs préexistants, tels que la pénurie de personnel, les limitations d’infrastructure, ainsi que la concentration des vols dans des créneaux horaires spécifiques ».
La Commission européenne n’entend pas pour autant négliger ce sujet. Après la publication de la lettre, un porte-parole de l’institution européenne a indiqué au Financial Times qu’une réunion serait organisée avec les représentants de l’industrie « dans les prochains jours ».
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Author : Julien Chabrout
Publish date : 2026-07-02 11:57:00
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