Ses cernes trahissent des derniers jours agités. Ce mardi 7 juillet, les secondes ont duré des heures pour Marine Le Pen, dont le destin politique reposait entre les mains de la cour d’appel. Invitée au 20 Heures de TF1, elle clarifie enfin la situation. « Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle, et je ne changerai pas d’avis. » « Je considère que deux juridictions peuvent commettre une erreur, et l’Etat de droit le considère aussi car il permet d’inscrire un pourvoi en cassation, ce que je ferai pour que la cour de cassation tranche ce sujet de droit », ajoute-t-elle, précisant que le pourvoi en cassation « suspend les peines prononcées par la cour d’appel », qui venait de la condamner au port du bracelet électronique pendant douze mois. C’est la fin d’un long suspense, qui durait depuis près d’un an, et s’est étiré sur toute cette journée du mardi. Retour sur le jour le plus long.
Il est 5 heures, Paris s’éveille. Une file interminable se forme devant les grilles du Palais de justice de Paris, où doit être dévoilée la décision de la cour d’appel dans l’affaire des assistants parlementaires du Front national. La journée, attendue depuis près d’un an, promet d’être longue. L’île de la Cité accueille tour à tour le flot de journalistes venus couvrir l’événement et les soutiens de la triple candidate à la présidentielle, qui ne sait toujours pas si elle pourra porter les couleurs de l’extrême droite une quatrième fois en 2027.
Fin de matinée, les couloirs du palais fourmillent. Pour l’occasion, tout le FN à l’ancienne est venu épauler la patronne. Jean-Claude Martinez et Marie-Christine Arnotu, vieux amis de la famille et représentants du Front, époque Jean-Marie, se pressent sur les bancs de la salle d’audience. Au premier rang, il y a les nordistes. Le député Bruno Bilde et le maire d’Hénin-Beaumont Steeve Briois, compagnons d’armes des premières heures de Marine Le Pen. Il y a aussi Renaud Labaye, son directeur de cabinet. Et ses fidèles à l’Assemblée, Caroline Parmentier, Jean-Philippe Tanguy et Laure Lavalette. L’eurodéputé Jean-Paul Garraud, avec qui Marine Le Pen part en escapades en mer, son conseiller et beau-frère Philippe Olivier, son vieil ami Philippe Bohn, le trésorier du parti Kevin Pfeffer sont également là .
Coup de théâtre
13h25, Marine Le Pen fait son entrée, flanquée de ses avocats, de son amie Catherine Griset, et de son ancien compagnon et maire de Perpignan Louis Aliot. Eux sont également sur le banc des prévenus. Veste de costume rose pâle, sourire de façade, la députée du Pas-de-Calais virevolte entre les magistrats, salue chaleureusement Patrick Maisonneuve, l’avocat du Parlement européen, tombe dans les bras de Jean-Claude Martinez. Puis se retourne vers son vieil ami et ex-trésorier du parti Wallerand de Saint-Just, s’esclaffe, lève les deux mains au niveau de ses épaules, paumes face au ciel, et murmure quelque chose à propos de « la grâce ».
13h29, la cour. L’assemblée se lève brièvement avant de se rasseoir pour écouter la lecture de l’arrêt de la cour d’appel, qui devrait durer plus de deux heures. Mais non. La décision est explicitée en quarante minutes, grand principe et peines compris. Marine Le Pen condamnée à quarante-cinq mois d’inéligibilité dont trente mois assortis de sursis, trois ans de prison dont deux avec sursis et 100 000 euros d’amende. Une décision moins sévère que celle rendue en première instance, en mars 2025, lorsque la députée avait été condamnée à 5 ans d’inéligibilité avec application immédiate. Depuis son premier passage devant les juges, Marine Le Pen a donc déjà « purgé » cette peine d’inéligibilité de 15 mois ferme, et, techniquement, rien ne l’empêche plus de se porter candidate à l’élection présidentielle.
Se dédire ou s’effacer
Coup de théâtre. Dans les rangs du public, les yeux sont hagards. Philippe Olivier, conseiller et plume de la patronne, préfère ne pas s’avancer sur les conséquences d’une telle décision. « On ne peut pas faire campagne sous bracelet électronique » se borne-t-il à commenter. Kevin Pfeffer renchérit : « Il y a tout de même une peine de prison. » Marine Le Pen, elle, file se claquemurer dans le nouveau siège du parti où l’attendent déjà Jordan Bardella, ses proches, et l’ »inter-équipe » de campagne réunis pour suivre la décision de la cour d’appel. Ses fidèles fuient le Palais derrière elle, en tentant d’esquiver les micros tendus des journalistes pour se murer au mieux dans le silence. La présidente des députés RN l’avait répété à plusieurs reprises : elle ne sera pas candidate en portant un bracelet électronique. « Je veux être totalement libre de faire campagne, donc ne pas avoir de bracelet. Je ne prendrai pas le risque du juge d’application des peines », assurait-elle encore le 1er mai.
Silence dans les rangs. On se recroqueville au siège du parti tout l’après-midi pour prendre une décision. L’arrêt de la cour d’appel est piégeux. S’il n’empêche pas Marine Le Pen d’être candidate, il la met face à un dilemme cornélien : choisir volontairement de ne pas se présenter, et acter ainsi seule la fin de sa carrière politique, ou se dédire de ses engagements des derniers mois, et se présenter à la présidentielle en portant un bracelet électronique.
Mise sous pression des juges
Le virage est rapidement pris. D’aucuns réfléchissaient à laisser les jeux ouverts. Marine Le Pen fait tapis. Et le pari est risqué. Elle sera candidate et se pourvoira en cassation. Avec la possibilité que la cour de cassation, lorsqu’elle rendra son arrêt (si c’est avant l’élection présidentielle), rende effective la peine prononcée en appel, et oblige Marine Le Pen à porter un bracelet électronique en pleine campagne présidentielle. L’hypothèse n’est pas envisagée pour l’heure. « Nous verrons, balaie Marine Le Pen. Les Français décideront car ils vont avoir la liberté de choisir, ce qui jusque-là n’était pas le cas. » Et d’ajouter : « Il n’y a plus de scénario où je ne pourrai pas me présenter en 2027, sinon je ne serai pas là . » Façon déguisée de pressuriser les juges, qui seront désignés d’office par la candidate et son parti comme ceux qui ont entravé le processus démocratique en cas de condamnation définitive. « Tout le monde peut se tromper, mais espérons que la cour de cassation ne se trompe pas », lâche déjà Marine Le Pen.
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Author : Marylou Magal
Publish date : 2026-07-07 19:28:00
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