Une « évolution préoccupante ». Brendan Kelley est inquiet. Dans un article publié sur sa plateforme en ligne Substack, l’analyste militaire décrit la façon dont la Russie serait en train de déployer sur le front ukrainien sa 50e brigade de drones, baptisée « Varyag », au sein des forces russes spécialisées dans les systèmes sans pilote. Celle-ci « témoigne de la volonté de Vladimir Poutine d’étendre les capacités létales de la Russie en matière de systèmes aériens sans pilote (UAS) sur l’axe de Kherson ainsi que sur l’ensemble du front », indique-t-il.
Cette nouvelle formation – à ne pas confondre avec le croiseur Varyag, déployé par la marine russe pour participer à des exercices conjoints avec la marine chinoise – utiliserait pratiquement toutes les catégories de systèmes aériens sans pilote de l’arsenal russe, y compris les drones de combat Shahed à longue portée. Cela semble créer une structure organisationnelle d’une ampleur inhabituelle, regroupant la quasi-totalité des capacités en matière de drones au sein d’une seule formation, explique Brendan Kelley. La 50e brigade aurait été constituée à partir de la « GROM Kaskad », une unité créée en 2023 au sein des Forces aérospatiales russes (VKS). Vers le mois d’août 2025, cette formation aurait commencé à utiliser des drones Shahed pour mener des attaques contre l’Ukraine.
Contrairement aux formations de l’armée conventionnelle, « Varyag » relèverait directement de l’état-major général russe, et non d’un commandement militaire régional. La structure de commandement est l’une des principales raisons pour lesquelles cette brigade est déjà comparée au Centre Rubikon, une organisation d’élite spécialisée dans les drones et rattachée au ministère russe de la Défense. La 50e brigade est « l’une des tentatives les plus ambitieuses de la Russie visant à regrouper les capacités en matière de drones au sein d’une formation unique », analyse Brendan Kelley. « Son efficacité relative par rapport à des groupes de drones plus restreints et spécialisés dépendra non seulement des capacités qu’elle déploie, mais aussi de son mode d’emploi », poursuit-il.
Une « somme considérable » pour les recrues
« Varyag » a publié son premier message sur Telegram le 13 février dernier, lançant alors une campagne de recrutement. « La 50e brigade indépendante de systèmes de drones (DSU) du Commandant en chef suprême est la toute dernière unité innovante dédiée aux systèmes de drones au sein des forces armées de la Fédération de Russie », peut-on lire dans ce message. Elle « apporte une réponse aux défis de la guerre moderne, où le ‘bras armé à longue portée’ prime sur la supériorité numérique », explique-t-il. « L’unité opère avec des plateformes d’envergure, capables de pénétrer à plusieurs centaines de kilomètres dans les lignes arrière de l’ennemi », vantent les autorités militaires russes.
Servir au sein de « Varyag » s’accompagne d’avantages concrets : 1,9 million de roubles par personne à la signature du contrat et des prêts allant jusqu’à 10 millions de roubles. De même, le soldat qui souhaite s’engager « bénéficiera d’un logement militaire » ainsi que « des places financées par l’Etat pour les enfants et une gamme complète d’avantages sociaux pour la famille ». Selon Brendan Kelley, le chef d’état-major russe Valeri Guerassimov, dont la brigade est placée sous son commandement direct, semble ainsi promettre de « débourser une somme considérable pour chacune de ces nouvelles recrues ».
Des vidéos de propagande
« Varyag » a publié sa première vidéo montrant de véritables images de combat le 30 mars, mettant en scène à la fois des drones intercepteurs « Yolka » et des drones de frappe à voilure fixe « Molniya-2 », détaille Brendan Kelley. Depuis cette diffusion, « Varyag » a publié trois autres vidéos montrant près de deux douzaines d’interceptions revendiquées de drones de frappe ukrainiens. La plupart des unités de drones de l’armée russe sont quant à elles pour le moment dépourvues de formations d’interception.
« ll faudra toutefois déterminer si la 50e brigade est capable d’adapter ce dispositif et de le déployer à plus grande échelle sur sa vaste zone d’opérations afin de contrer les campagnes de frappes ukrainiennes à moyenne et longue portée, qui se déroulent sans entrave majeure », relève l’analyste militaire.
Comme l’indique le média spécialisé Defense Express, les images en accès libre suggèrent que, contrairement aux sites de lancement fixes Shahed de la Russie, la brigade « Varyag » utilise des lanceurs mobiles montés sur des camions KamAZ, « ce qui offre une plus grande flexibilité et complique potentiellement les efforts de localisation et de destruction des positions de lancement ».
L’analyste militaire ukrainien Konstantin Mashovets, cité par Brendan Kelley dans son article, nuance toutefois les capacités de « Varyag ». « Sur le papier, cette brigade semble vraiment ‘impressionnante’, mais en réalité, il est peu probable qu’elle soit utilisée simultanément dans sa totalité en tant qu’unité unique. Dans la pratique, elle sera manifestement ‘fragmentée’ pour répondre à diverses missions, ‘escadron par escadron’, analyse-t-il. « Toutefois, en apparence, un tel monstre composé de drones peut réellement impressionner ceux qui ne cherchent pas à en saisir les subtilités. »
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Author : Julien Chabrout
Publish date : 2026-07-08 12:05:00
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