Marine Le Pen ne s’est pas trompée : le 7 juillet, la décision de la cour d’appel de Paris dans l’affaire des assistants du Front national au Parlement européen a, contre toute attente, marqué la « renaissance » de sa candidature à l’Elysée. Elle a beau avoir été reconnue coupable de détournement de fonds publics et condamnée à de la prison ferme et quarante-cinq mois d’inéligibilité, ainsi qu’à une amende de 100 000 euros, elle a pris un double pari : que le temps de la justice – et de son pourvoi en cassation – n’entraverait pas sa course à la magistrature suprême, et surtout que les Français, dans leur colère face aux élites, continueraient à lui faire confiance.
Les premiers sondages semblent lui donner raison : passant outre sa condamnation, nos concitoyens sont prêts à la propulser à l’Elysée. Un avertissement pour Edouard Philippe et consorts, enfermés dans leur rivalité émolliente.
Festival annulé, locaux retirés aux syndicats…
Marine Le Pen dispose d’un argument clé pour gagner : les Français n’ont jamais essayé le Rassemblement national. Mais est-ce si vrai ? Depuis le printemps, son mouvement est désormais à la tête de très nombreuses villes. Or en dépit de la quête de la respectabilité voulue par Paris, des dérapages éclatent régulièrement, au nom de l’idéologie ou de la revanche. Carpentras constitue à cet égard un bon exemple.
Dans la deuxième ville du Vaucluse, le nouveau maire RN, Hervé de Lépinau, vient d’annuler un contrat pour reconstruire une grande salle polyvalente, l’ancienne ayant été incendiée en 2022. « Notre projet, respectueux de l’environnement, avait été sélectionné à l’unanimité du jury de concours et validé par l’architecte des Bâtiments de France ; nous avions déjà rendu la première phase d’étude », témoigne, médusée, Isabel Hérault, cofondatrice de l’agence Hérault Arnod Architectures. Officiellement, la ville, à court d’argent, serait incapable de régler le coût du projet (9 millions d’euros). L’état des finances municipales n’a en tout cas pas dissuadé le nouvel édile de s’octroyer une hausse de ses indemnités de 35 %. Ça se passe comme ça dans une mairie RN.
A Vauvert (Gard) le nouveau maire RN a, de son côté, annulé un festival de jazz. A Carcassonne, Christophe Barthès, lui aussi nouvellement élu sous étiquette RN, a annoncé retirer l’usage de leurs locaux, mis à disposition par la commune, à quatre organisations syndicales. Quelques jours plus tard, la CGT recevait un courrier du maire, lui demandant de quitter la Bourse du travail, qu’elle occupe depuis quatre-vingt-neuf ans. A Castres, Florian Azema, qui, avec ses 29 ans, appartient à la génération Bardella, a déprogrammé la pièce d’Alexis Michalik Passeport du théâtre municipal, au prétexte qu’elle ferait « la promotion des clandestins »…
Clivants, ces gestes ne forment ni un programme ni un bilan. Mais l’empressement des nouveaux maires à prendre de telles mesures donne une bonne indication de ce qui attend le pays en cas de victoire de Marine Le Pen le 2 mai prochain. Tout sauf une renaissance.
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Author : Eric Chol
Publish date : 2026-07-15 06:00:00
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