Brique par brique, Donald Trump rebâtit inlassablement sa muraille douanière dès qu’elle se fissure. Une première fois fin février, lorsque la Cour Suprême a invalidé ses taxes du « Jour de la Libération ». Ni une ni deux, le président américain avait trouvé une autre pirouette juridique : la section 122 du Trade Act de 1974, qui lui a permis d’appliquer un taux universel à 10 %. Seulement voilà, cette mesure était limitée à 150 jours et le clap de fin est arrivé ce vendredi 24 juillet. Alors, la Maison Blanche s’est empressée de brandir un nouveau levier légal pour taxer 60 partenaires commerciaux : la section 301 du code commercial de 1974.
Après les déficits de la balance des paiements, c’est désormais l’absence d’interdiction des importations issues du travail forcé qui fait office de prétexte. Parmi les pays dans le viseur, on trouve notamment l’Inde, l’Union européenne ou encore la Norvège. « Le recours à l’article 122 n’était qu’un moyen de gagner du temps pendant que se déroulaient les enquêtes au titre de l’article 301, qui revêt un caractère permanent », relève Richard Baldwin, chercheur au CEPR et auteur de World War Trade. L’arme a d’ailleurs déjà été dégainée contre la Chine, en 2018. Cette fois, elle s’appliquera à 99% des importations américaines.
Eplucher le code commercial
L’enlisement du conflit au Moyen-Orient aurait pu reléguer la guerre commerciale au second plan. Il n’en est rien. Car maintenir les droits de douane dans la fourchette actuelle – autour de 10-15 % pour les biens à l’entrée des Etats-Unis – est devenu un impératif catégorique. « Ils représentent une recette non négligeable – couvrant environ 10% du déficit budgétaire, rappelle Samy Chaar, chef économiste de la banque Lombard Odier. Donald Trump cherche donc à maintenir ce niveau tarifaire à tout prix. Si on lui ferme la porte, il passera par la fenêtre ».
Ainsi, peu importe la clause invoquée, tant qu’elle permet de se passer du feu vert du Congrès. La section 232 de la loi sur l’expansion du commerce de 1962 – qui vise des secteurs particuliers – est en vigueur depuis février 2025, après avoir déjà été utilisée en 2018. Plus agressive, la section 338 issue d’un autre texte – daté de 1930 celui-là – permet de taxer les pays discriminant les produits américains. Le Canada en a récemment fait les frais, Donald Trump ayant annoncé une taxe de 50 % à partir du 19 août sur une série de produits. « Cette mesure est susceptible d’être utilisée comme instrument de chantage pour obtenir des concessions plutôt que comme une réelle taxe sur la durée, estime Raphaël Gallardo, chef économiste à Carmignac. Qu’importe si la mesure est finalement retoquée par les juges : il aura menacé avec un pistolet chargé à blanc, mais sera parvenu à ses fins ».
L’épluchage méthodique des vieux textes de loi a tout d’une course contre la montre. « L’administration américaine n’ignore pas que certaines sections pourront être attaquées juridiquement, analyse Samy Chaar. Elle compte simplement sur le fait que toutes les recettes tarifaires ne seront pas réclamées, comme pour l’IEEPA où seule une petite portion des remboursements a été approuvée ».
Finalement, ces annonces sont dans la continuité du logiciel politique du président. Face auquel le commerce mondial a montré sa résilience : les anticipations de livraisons, le réacheminement par des pays tiers et diverses exemptions ont permis de limiter la casse lors du premier choc tarifaire. Les pertes à l’exportation en 2025 se sont ainsi élevées à 74 milliards de dollars, bien en deçà des 134 milliards prévus, et devraient s’élever à 57 milliards de dollars en 2026, calculent les experts d’Allianz Trade.
Quant à l’inflation, les effets de cette nouvelle salve seraient limités puisque le taux tarifaire effectif resterait relativement stable, tempèrent les experts d’UBS dans une note. « Une grande partie de l’impulsion inflationniste liée aux droits de douane s’est déjà répercutée sur les prix des biens, et l’inflation sous-jacente des biens a considérablement ralenti ces trois derniers mois ». A l’approche des élections de mi-mandat, le pari n’en reste pas moins risqué.
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Author : Tatiana Serova
Publish date : 2026-07-24 15:32:00
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