Combien de temps un président doit-il rester au pouvoir ? « Sept ans, évidemment ! », répond le général de Gaulle à Alain Plantey, cheville ouvrière de la Constitution de la Ve République. La question se pose-t-elle réellement ? Après tout, chacun des chefs d’Etat élus depuis Mac-Mahon en 1873 l’ont été sous le régime du septennat, et puis il ne s’agit pas de tout changer non plus. La cinquième ne doit être qu’une quatrième corrigée de ses défauts, et la durée du mandat n’en constitue pas un. Du moins, à la fin des années cinquante ; car six décennies, l’élection au suffrage universel direct et un passage au quinquennat plus tard, elle en serait devenue un.
À l’approche de mai 2027, plusieurs candidats officiels et officieux estiment la durée actuelle du mandat présidentiel en décalage avec l’époque. Ce quinquennat autrefois « moderne », selon l’argument utilisé par Claude Chirac pour convaincre son père réticent, serait donc devenu ringard. De Marine Le Pen à Bernard Cazeneuve en passant par David Lisnard, Xavier Bertrand, ou encore Nicolas Dupont-Aignan, tous proposent de revenir à ce septennat qui bien avant la réforme de 2000, avait failli sauter une première fois en 1973.
L’Elysée était alors occupé par un président malade et probablement déjà conscient qu’il ne lui resterait pas de quoi finir son mandat. Usant de l’argument officiel selon lequel « le septennat n’est pas adapté à nos institutions nouvelles », George Pompidou avait fait voter en 1973 un texte instaurant le quinquennat, sans jamais lui donner de suite. Il a fallu attendre Jacques Chirac qui, pressé par son encombrant prédécesseur Valéry Giscard d’Estaing et François Bayrou, finit par convoquer à son corps défendant un référendum qui entérina son adoption.
Des bienfaits supposés incertains, mais…
Depuis le quinquennat a vécu, et ses détracteurs se sont multipliés. Tous avancent que la France a besoin, aujourd’hui plus que jamais, de temps long, afin de laisser au président le temps d’agir et au pays de renouer avec une certaine stabilité. Certains, à l’instar de la favorite de la course élyséenne ou de Bernard Cazeneuve qui « souhaite restaurer la fonction arbitrale du président » selon son entourage, le préfèrent unique, afin de limiter les risques que le chef de l’Etat ne prenne pas des mesures difficiles mais nécessaires par peur de ne pas être réélu. D’autres, comme le maire de Cannes, préfèrent laisser à l’électeur le choix de reconduire ou à défaut de sanctionner le président élu sept ans plus tôt.
Seulement voilà, la pratique montre que les septennats n’ont pas toujours produit les bénéfices qu’on leur prête aujourd’hui. L’Histoire de la Ve République et de ses aînées ont démontré que le temps long ne se confondait pas nécessairement avec l’action, conditionnée elle-même par bon nombre d’autres paramètres tels que la capacité d’un chef de l’Etat à disposer d’une majorité à l’Assemblée ou à conserver le courage qu’il arbore en campagne. Par ailleurs, un chef de l’Etat a-t-il vraiment besoin de sept ans pour agir ? Les stratèges du RN le reconnaissent eux-mêmes : « C’est pendant les trois premiers mois que le reste du mandat se joue. »
Quant à l’instabilité dans laquelle patauge la France, elle tient davantage, comme sous les IIIe et IVe Républiques, à la fragmentation du paysage politique, à l’affaiblissement du fait majoritaire et aux crises successives qu’à la durée supposément trop brève du mandat présidentiel. Ce qui est en revanche certain, c’est que le retour au septennat aurait l’avantage – trop peu mis en avant par ceux qui le préconisent – de découpler la présidentielle des législatives, mariées de force au printemps 2001 à la faveur de l’inversion du calendrier électoral qui avait été rendue quasiment obligatoire par le passage au quinquennat. À l’époque, il s’agissait, par ces deux réformes successives (quinquennat et inversion du calendrier électoral), de démonarchiser la fonction présidentielle en la remettant en jeu plus rapidement et de limiter le risque de cohabitations afin de clarifier les responsabilités entre l’Elysée et Matignon et de garantir au président nouvellement élu une majorité. Raté !
Depuis, le pouvoir du chef de l’Etat n’a cessé d’empiéter sur celui du Premier ministre – François Fillon fut le premier à l’éprouver – et après sa réélection, Emmanuel Macron a perdu sa majorité qui s’est trouvée, deux ans plus tard, réduite à moins d’une centaine de députés. D’ailleurs, dans la mesure où le président continuait de disposer d’un droit – ô combien nécessaire – de dissoudre la chambre basse, les arguments des partisans du quinquennat se révélaient dès le départ, caducs. Les mêmes partaient de surcroît du postulat erroné selon lequel les électeurs donneraient nécessairement une majorité au président nouvellement élu. Or, l’avenir a démontré combien les majorités dépendaient non pas du tempo, mais bien de la bipolarisation de la vie politique, qui s’est progressivement muée en tripolarisation, voire quadripolarisation.
Le symptôme d’une nostalgie d’une époque plus stable
En dépit de ses défauts, les Français ne semblent pourtant pas prêts à troquer le quinquennat contre un retour au septennat. Un quart de siècle après leur « oui », une nette majorité préfère encore remettre plus rapidement le président devant les électeurs. Dans un pays où la Ve République est régulièrement accusée de dérive monarchique, faut-il vraiment s’en étonner ? N’oublions pas que dès 1848, les constituants de la IIe République avaient tenu à limiter à quatre ans le mandat présidentiel et interdit toute réélection immédiate, de peur qu’un élu du suffrage universel ne s’installe dans un pouvoir personnel. Mais alors, comment expliquer que le septennat soit redevenu un argument de campagne ?
Est-ce parce qu’il s’inscrit dans une conception gaulliste d’un président au dessus de la mêlée ? « Le quinquennat et l’alignement des élections ont entraîné une confusion entre les deux fonctions qui a contribué à exposer davantage le président, et donc à le rendre vulnérable aux aléas du jeu politique », décrypte le professeur en droit public Bertrand Mathieu. Ou bien est-ce, plus simplement, parce que le septennat convoque l’imaginaire d’une époque qui paraît, rétrospectivement, plus stable, plus lisible, moins soumise à l’urgence et à l’enchaînement permanent des crises ? Quelles qu’en soient les motivations, le chemin est étroit. Rétablir le septennat suppose de réviser la Constitution, donc d’obtenir l’adoption d’un texte identique par les deux chambres, puis son approbation par référendum ou par une majorité des trois cinquièmes du Parlement réuni en Congrès. Un horizon qui, au vu de la fragmentation politique actuelle, paraît aujourd’hui hors de portée pour n’importe quel prétendant à l’Élysée.
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Author : Ambre Xerri
Publish date : 2026-07-26 06:30:00
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