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    Le vrai geste écologique pour la France serait de construire des data centers, par Charles Gorintin

    IntelliNewsBy IntelliNewsjuillet 26, 2026Aucun commentaire8 Mins Read
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    Depuis quelques années, quand on parle d’intelligence artificielle, une inquiétude revient sans cesse : son impact environnemental. La préoccupation est légitime, et longtemps, le débat a souffert d’un vrai problème : l’absence de données. Ce n’est plus le cas.

    L’Agence internationale de l’énergie (AIE) y a consacré deux rapports, en 2025 puis en 2026, Google a ouvert ses compteurs de production, Mistral a publié la première analyse de cycle de vie complète d’un grand modèle. Les chiffres sont enfin là et ils ne corroborent pas les scénarios catastrophes.

    Selon l’AIE, l’ensemble des data centers du monde (intelligence artificielle, mais aussi streaming vidéo, stockage, web) a consommé environ 485 TWh en 2025, soit 1,5 % de l’électricité mondiale. L’IA seule ? Environ 0,5 %, calcule la chercheuse Hannah Ritchie (Université d’Oxford, Our World in Data). Rapportée à l’énergie finale, transports, chauffage et industrie compris, l’IA pèse moins de 0,2 % du total mondial.

    Cette consommation augmente, c’est vrai : +17 % en 2025. Mais d’ici 2030, l’AIE projette que les data centers doubleront pour atteindre environ 950 TWh, soit environ 3 % de l’électricité mondiale, et qu’ils ne représenteront qu’un dixième de la croissance de la demande : moins que les moteurs industriels, moins que les voitures électriques, moins que la climatisation.

    Un chiffre bien trop élevé

    À l’échelle individuelle, les ordres de grandeur sont encore plus parlants. Le chiffre alarmiste qui a longtemps circulé, 3 wattheures (Wh) par requête ChatGPT, s’est révélé dix fois trop élevé. Google a publié en 2025 ses mesures réelles : la requête médiane de Gemini consomme 0,24 Wh et émet 0,03 gramme d’équivalent CO₂ (0,09 gramme si l’on retient le mix électrique local plutôt que les contrats d’électricité verte). Poser dix questions à une IA équivaut à faire tourner son micro-ondes pendant dix secondes. Même en retenant l’estimation haute de 0,28 gramme par requête, coût complet incluant l’entraînement des modèles, une requête équivaut à un peu plus d’un mètre parcouru en berline, calcule l’analyste Andy Masley ; devenir végétalien « économise » l’équivalent d’un million de requêtes par an.

    L’AIE elle-même a fait le calcul : si chaque recherche Google du monde devenait une requête d’IA, cela ajouterait moins de 4 TWh par an, moins de 1 % de la consommation actuelle des data centers. Culpabiliser les utilisateurs relève du théâtre climatique, car ce n’est pas là que cela se joue. D’autant que l’efficacité progresse à une vitesse inédite : en douze mois, Google a divisé par 33 l’énergie de sa requête médiane, et par 44 ses émissions.

    Cinq gouttes d’eau, un confetti de foncier

    Vient ensuite la peur de l’eau : « un demi-litre par requête » ont affirmé pétitions et influenceurs. Les chiffres mesurés par Google sont bien plus faibles : 0,26 millilitre par requête, soit cinq gouttes. Même l’estimation la plus large qui existe, l’analyse de cycle de vie publiée par Mistral avec l’Ademe, entraînement des modèles et eau des centrales électriques compris, aboutit à 45 millilitres par réponse. Soit trois cuillères à soupe. Pour situer, fabriquer un seul jean consomme de l’ordre de 5000 litres d’eau.

    Si on regarde la France en particulier, les chiffres sont encore plus parlants. Selon l’enquête annuelle de l’Arcep, l’ensemble des data centers français (pas seulement d’IA !) a prélevé 681 000 m³ d’eau en 2023 (environ 6 millions de m³ en incluant l’eau liée à leur consommation électrique). Prélevé, et non consommé : l’essentiel retourne à la source après avoir refroidi les machines. Au débit moyen de la Seine à Paris, environ 330 m³ par seconde, le fleuve charrie ce volume en trente-cinq minutes. Sur un an, c’est une quarantaine de fois moins que l’arrosage des golfs français (30 millions de m³), plusieurs centaines de fois moins que ce que prélèvent, chacune, l’industrie du papier-carton et celle de l’agroalimentaire, et plus de mille fois moins que ce que nos réseaux d’eau potable perdent en fuites : près d’un litre sur cinq, soit environ 900 millions de m³ par an selon l’Office français de la biodiversité. Si l’eau est le sujet, de meilleurs outils permis par l’IA devraient pouvoir aider à réduire ces pertes.

    Quant aux terres agricoles que les data centers « dévoreraient » : en retenant une densité généreuse d’environ 100 hectares par gigawatt, même un plan de construction massif de 10 GW, soit quatorze fois le parc français actuel, occuperait un millier d’hectares. C’est moins de 0,005 % de la surface agricole du pays. En comparaison, les golfs français occupent 33 000 hectares ; les routes et parkings, 1,4 million. Le foncier est un non-sujet statistique.

    Une dette carbone remboursée plusieurs fois

    Certaines analyses ne regardent que ce que va coûter l’IA sur le plan environnemental, et passent à côté de ses bénéfices. L’AIE a chiffré ce que l’IA peut faire éviter comme émissions : l’adoption large des applications qui existent déjà (optimisation des réseaux électriques, de l’industrie, des bâtiments, des transports) permettrait d’éviter 1,4 milliard de tonnes de CO₂ par an en 2035, soit trois à quatre fois les émissions totales des data centers à la même date. Une étude de la London School of Economics et de Systemiq va plus loin : 3,2 à 5,4 milliards de tonnes évitables par an, soit davantage que les émissions annuelles de l’Union européenne.

    Ces promesses sont déjà étayées. L’AIE recense des gisements déjà à portée de main : 175 GW de capacité déblocables sur les lignes électriques existantes, en combinant IA et renouvelables. Et dans les transports,l’équivalent de la consommation de 120 millions de voitures. Au total, son rapport de 2026 chiffre les cas d’usage déjà documentés à plus de 13 exajoules d’économies d’énergie possibles d’ici 2035, soit 3 % de la consommation finale mondiale. L’AIE ajoute une mise en garde honnête : cette adoption ne se fera pas toute seule. Raison de plus, non pas pour ralentir l’IA, mais pour accélérer son déploiement dans l’énergie, l’industrie et les transports.

    Où tournera l’IA ?

    En termes d’émissions carbone, il reste un enjeu qui sera clé, le lieu. En 2025, l’électricité française a émis 19,6 grammes d’équivalent CO₂ par kilowattheure, avec 95 % de production bas-carbone. En Virginie, capitale mondiale du data center, le réseau électrique émet environ 420 grammes par kilowattheure. La même requête émet donc plus de vingt fois moins de CO₂ lorsqu’elle est servie depuis la France. Et l’électricité, nous l’avons en abondance : 92 TWh exportés en 2025, un record pour la deuxième année consécutive. Les data centers français consomment aujourd’hui environ 10 TWh ; RTE en projette 15 à 20 en 2030. Toute la croissance prévue tient dans une fraction de nos exports.

    Finalement, la France a construit assez peu de data centers : 0,7 gigawatt opérationnel chez nous, contre plus de 50 aux États-Unis, où 241 gigawatts supplémentaires étaient déjà dans les tuyaux fin 2025. Il faut trois à quatre ans pour raccorder un data center de grande taille en France, contre 18 à 24 mois couramment cités outre-Atlantique.

    Depuis, les projets s’accumulent. Un an après le Sommet pour l’action sur l’IA et ses 109 milliards d’euros d’annonces, trois quarts des porteurs de projets ont sécurisé ou sont en train de sécuriser un site, et 5,8 gigawatts disposent déjà d’engagements de raccordement. Un campus de 1,4 gigawatt se prépare en Seine-et-Marne : chantier prévu au second semestre 2026, mise en service progressive à partir de 2028. Le 1er juin, Choose France a réuni 93 milliards d’euros d’engagements, dont jusqu’à 75 milliards de SoftBank pour 5 gigawatts de data centers IA.

    Assumer politiquement

    Le cadre évolue aussi dans le bon sens. La loi du 26 mai permet de classer les data centers « projets d’intérêt national majeur », et depuis le 29 juin, les capacités de raccordement vont en priorité aux projets les plus matures. Des annonces ne sont malheureusement pas des serveurs qui tournent car l’essentiel de ces gigawatts reste à construire. Si la France souhaite transformer l’essai, il faudra assumer politiquement les projets, tenir les délais et enfin cesser d’opposer écologie et numérique. Installer les serveurs en France plutôt qu’en Virginie est une victoire pour la réduction des émissions. Chaque requête que nous refusons d’héberger ici sera probablement servie ailleurs, alimentée par du gaz ou du charbon, avec de surcroît un manque à gagner économique.

    Donc non, l’IA n’est pas sur le point de détruire la planète. 0,5 % de l’électricité mondiale, cinq gouttes d’eau par requête, un confetti de foncier et un potentiel d’émissions évitées plusieurs fois supérieur à ce qu’elle génère. Il faut se demander : qui la fera tourner et avec quelle électricité ? La France a l’électricité la plus décarbonée des grandes économies avec un surplus d’électricité record. Le geste écologique, cette fois, n’est pas de s’abstenir, mais de construire.

    *Charles Gorintin est cofondateur et directeur technique d’Alan. Il est actionnaire de Mistral à titre personnel.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/le-vrai-geste-ecologique-pour-la-france-serait-de-construire-des-data-centers-par-charles-gorintin-2P767TOLDNAXVOJ4FLFWHWMKIY/

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    Publish date : 2026-07-25 10:00:00

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