Le géant américain des technologies Meta, propriétaire de Facebook, Instagram ou WhatsApp et fondé par Mark Zuckerberg, est accusé d’avoir utilisé le réseau BitTorrent pour télécharger massivement près de 3 000 vidéos pornographiques protégées par des droits d’auteur, dans le cadre présumé de ses travaux sur l’intelligence artificielle.
Ces accusations datent d’une plainte déposée à l’origine en juillet 2025 devant un tribunal fédéral californien par Strike 3 Holdings, la société mère du groupe de production de contenus pour adultes Vixen Media Group. Selon les informations du journal américain The Atlantic, qui a consulté les documents judiciaires et recueilli des éléments auprès des parties et d’experts en cybersécurité, Strike 3 affirme avoir identifié 2 973 vidéos protégées par copyright. Ces fichiers auraient été, selon Strike 3, téléchargés depuis 2018 via le protocole BitTorrent, depuis des adresses IP qu’elle attribue à Meta.
Dans sa plainte initiale il y a un an, l’entreprise de production pornographique accusait Meta d’avoir utilisé ces milliers de contenus pour alimenter ses modèles d’intelligence artificielle, notamment son générateur vidéo Movie Gen et ses modèles de langage Llama. Meta conteste depuis l’ensemble de ces accusations, les qualifiant d’ »infondées ». Au-delà du caractère spectaculaire des accusations, ce dossier soulève la question des pratiques de collecte de données utilisées par les entreprises d’IA pour entraîner leurs modèles et des limites juridiques de cette course aux contenus.
Les fichiers dépasseraient les contenus pornographiques
Selon les informations de The Atlantic, les éléments réunis par Strike 3 et mis à disposition du tribunal dépassent le téléchargement de films pornographiques. Les journaux de transferts de fichiers que l’entreprise a produits dans le cadre de la procédure feraient aussi apparaître le téléchargement d’images issues du piratage « Celebgate » de 2014, qui avait conduit à la diffusion de photos intimes de célébrités comme Jennifer Lawrence et Kirsten Dunst, ainsi qu’à la production de deepfakes pornographiques mettant notamment en scène Natalie Portman, Scarlett Johansson, Elizabeth Olsen ou Gal Gadot. Strike 3 affirme également avoir identifié des vidéos provenant du site GirlsDoPorn, fermé après la condamnation de plusieurs personnes liées à la plateforme pour trafic sexuel.
D’après le journal américain, ces journaux de transfert recensent aussi 19 fichiers contenant des modèles d’armes de poing imprimables en 3D, un fichier intitulé « 5.7 million passwords list » qui contiendrait le même nombre de mots de passe issus de comptes compromis entre 2015 et 2019, ou encore des logiciels piratés ou outils de piratage.
Les données BitTorrent au cœur des accusations
Pour étayer ses accusations, Strike 3 s’appuie sur des données collectées sur le réseau d’échange de fichiers BitTorrent, qu’elle affirme surveiller régulièrement afin d’identifier la diffusion illégale de ses œuvres. Selon les informations de The Atlantic, l’entreprise enregistre les adresses IP participant aux échanges ainsi que les identifiants des fichiers téléchargés, ce qui lui permettrait de reconstituer les contenus échangés par une même adresse IP. C’est sur cette base qu’elle affirme avoir identifié, outre ses propres vidéos, de nombreux autres fichiers téléchargés depuis des adresses IP qu’elle attribue à Meta. The Atlantic souligne toutefois que ces données ne permettent pas, à elles seules, d’identifier les personnes à l’origine des téléchargements ni de démontrer que ces fichiers ont effectivement servi à entraîner des modèles d’intelligence artificielle.
Pour vérifier la méthodologie de Strike 3, le magazine a sollicité Tom Chothia, professeur de cybersécurité à l’université de Birmingham et spécialiste de BitTorrent. Selon lui, si les données n’ont pas été falsifiées, elles permettraient bien d’établir que « des personnes chez Meta » ont mis en partage les vidéos de Strike 3.
Meta a toujours rejeté l’idée que ces téléchargements aient été réalisés dans le cadre d’un projet d’entraînement de ses modèles d’IA. Dès le dépôt de la plainte par Strike 3, le géant américain a demandé au tribunal de rejeter l’affaire, estimant que les éléments fournis reposaient sur des suppositions et ne permettaient pas d’établir une implication directe de Meta. Dans sa défense, déposée à l’automne 2025, Meta soutient que ces téléchargements relèveraient d’une « consommation personnelle » d’employés, de prestataires ou de visiteurs utilisant ses réseaux, rapportait alors le pureplayer américain Wired.
Relance du débat sur les méthodes d’entraînement de l’IA
Le géant de la tech souligne également que la quantité de fichiers identifiés ne correspondrait pas aux volumes habituellement nécessaires pour constituer un jeu de données destiné à entraîner un modèle d’IA, et rappelle que ses conditions d’utilisation interdisent d’utiliser ses outils d’intelligence artificielle pour générer des images pornographiques. Sans oublier de souligner que Strike 3, qui multiplie les procédures contre des internautes accusés de piratage, a parfois été qualifiée de « copyright troll ».
La juge fédérale Eumi Lee a néanmoins refusé de rejeter la plainte, estimant que la théorie d’une simple coïncidence avancée par Meta « met à rude épreuve sa crédibilité » et que les éléments produits par Strike 3 sont susceptibles de révéler un « comportement coordonné par algorithme ». La procédure doit désormais se poursuivre avec l’examen du fond de l’affaire, notamment à travers la phase d’échanges de preuves entre les parties, avant un éventuel procès ou un accord à l’amiable.
L’affaire dépasse largement la nature des contenus concernés : elle illustre la controverse croissante autour des méthodes de collecte de données des géants de l’intelligence artificielle. Les modèles d’IA nécessitent des volumes toujours plus importants de contenus, et plusieurs acteurs du secteur — dont Meta, OpenAI ou encore Anthropic — sont désormais accusés dans différentes procédures d’avoir utilisé sans autorisation des œuvres protégées par le droit d’auteur pour entraîner leurs systèmes. Si les accusations de Strike 3 étaient confirmées, elles poseraient la question des limites de cette course aux données, qui semble désormais concerner des contenus sensibles. Les décisions à venir dans ces dossiers pourraient contribuer à fortement définir le cadre juridique de l’entraînement des modèles d’IA.
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Author : Enola Richet
Publish date : 2026-07-26 14:30:00
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