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    Inflation : pourquoi le boom exponentiel de l’IA risque d’être le futur casse-tête du budget 2027

    IntelliNewsBy IntelliNewsjuillet 27, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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    Difficile de naviguer en plein brouillard économique. Le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a décidé, jeudi 23 juillet, de ne pas augmenter ses taux directeurs malgré le regain de tensions au Moyen-Orient. D’un côté, l’inflation dans la zone euro a reflué à 2,8 % en juin, après un pic à 3,2 % le mois précédent. De l’autre, le baril de pétrole a de nouveau franchi la barre des 100 dollars après les attaques des Houthis en mer Rouge et alors que des menaces pèsent désormais sur le détroit de Bab al-Mandab, au Yémen, où l’Arabie saoudite avait redirigé une partie de sa production d’or noir.

    Si la décision s’est avérée unanime à l’issue des discussions, elle n’a pas empêché le débat. Certains membres ont exprimé l’idée que la BCE pourrait poursuivre sa politique haussière entamée en juin, sans attendre la prochaine réunion de septembre. « Leur argument était simple : si une hausse est prévue en septembre, pourquoi ne pas l’appliquer dès juillet ? Mais justement, rien ne garantit qu’elle interviendra en septembre. La situation peut évoluer d’ici là, et c’est tout l’enjeu », raconte un participant.

    Avec des indicateurs économiques instables et des effets de second tour sur l’inflation qui se font encore attendre, le statu quo monétaire apparaît comme la meilleure des options. A la rentrée, le principal organe de décision de l’institution européenne regardera forcément le niveau des prix des carburants, le moteur principal du retour de l’inflation depuis le début du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran. « Il y a un risque qu’il se diffuse aux autres composantes comme l’alimentaire et les services », poursuit ce témoin.

    Un autre facteur pourrait néanmoins peser : les tensions sur le marché des semi-conducteurs. Le blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transite habituellement près d’un tiers de l’approvisionnement mondial en hélium, produit au Qatar, a évidemment bousculé les habitudes du secteur. Ce gaz est nécessaire au refroidissement des équipements de pointe, notamment les lasers utilisés dans la fabrication des différentes technologies produites principalement en Asie. La hausse des coûts de transport et de l’énergie a également joué. Un impact à relativiser, selon Jean-Christophe Eloy. « Très peu de matériaux critiques passent par le détroit d’Ormuz. Il s’agit essentiellement d’hélium et de quelques produits chimiques, mais rien de vraiment stratégique pour les semi-conducteurs. Le conflit en Iran n’aide pas car il perturbe les marchés, mais ce n’est pas le moteur de la hausse des prix », assure le fondateur et président du cabinet d’analyse Yole Group.

    Les besoins en puces mémoire, en processeurs et en technologies d’assemblage sont bien plus élevés que prévu.

    Jean-Christophe Eloy, fondateur et président du cabinet d’analyse Yole Group

    Le boom de l’IA, principal responsable

    En réalité, c’est l’explosion de la demande liée aux data centers et à l’intelligence artificielle qui pertube les chaînes approvisionnement . « Les besoins en puces mémoire, en processeurs et en technologies d’assemblage sont bien plus élevés que prévu. Résultat : les prix flambent », poursuit l’expert. Le secteur, qui tente de monter en cadence, n’arrive pas à répondre à la demande exponentielle. Du côté du ministère de l’Economie, on suit le sujet de très près. « Nous observons aujourd’hui un déséquilibre entre une offre qui ne peut augmenter que progressivement et une demande en forte accélération, explique-t-on à Bercy. À ce stade, il n’existe pas de consensus parmi les analystes sur le calendrier de retour à l’équilibre du marché. Des investissements très importants ont été annoncés récemment par les principaux producteurs mondiaux de mémoire, notamment en Corée du Sud. »

    Sauf qu’il s’écoule habituellement environ cinq ans entre la décision d’investir et la mise en service effective des nouvelles usines. « La production restera en deçà de la demande au moins jusqu’à la fin de l’année prochaine. On aura sans doute une baisse des prix en 2028, mais pas avant. Il reste donc bien 18 mois de tension, avec une hausse des prix et une demande supérieure à l’offre », anticipe Jean-Christophe Eloy. En 2021, le secteur avait été fortement secoué après la pandémie. La dynamique est aujourd’hui d’une tout autre nature. « Nous assistons à une réallocation structurelle des capacités de production vers les applications d’IA, plus rentables, combinée à une fragmentation géopolitique et à des stocks plus faibles, détaille Ned May, directeur de la veille de marché chez TechInsights. La crise de 2021 était brutale mais temporaire. Ce que nous observons aujourd’hui est beaucoup plus durable. »

    Un rebond de l’inflation à venir ?

    Une bien mauvaise nouvelle pour les consommateurs. Aujourd’hui, les téléviseurs, les réfrigérateurs, les téléphones, les ordinateurs et même les voitures sont remplis de puces électroniques. « Les entreprises du secteur nous le disent déjà. Au second semestre 2026, le prix de ces produits va augmenter. Le bâtiment n’y échappera pas non plus tant les systèmes d’éclairage, les potentiomètres, les équipements techniques sont eux aussi bourrés de semi-conducteurs », affirme un haut responsable d’une organisation patronale. « Il est encore trop tôt pour parler d’un phénomène inflationniste généralisé, tempère-t-on pour le moment dans l’entourage du ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin. Nous suivons la situation avec une grande attention, en lien étroit avec les industriels, afin d’anticiper d’éventuelles difficultés d’approvisionnement ou des effets sur leur compétitivité. »

    Des premières hausses ont déjà été constatées du côté des fabricants de smartphones et plus particulièrement chez Apple. Autrefois incontournable, le géant à la pomme paie désormais son retard dans l’intelligence artificielle. « Les acteurs liés aux data centers – NVIDIA, Google, Meta, mais aussi tous ceux qui développent les serveurs qui y sont installés – sont favorisés, car ils génèrent le plus de volume, explique Jean-Christophe Eloy. À l’inverse, ceux auparavant privilégiés ne le sont plus : c’est le cas d’Apple, qui n’est plus considéré comme un client prioritaire par une structure comme TSMC. Il en résulte un surcoût significatif pour ces clients-là. » L’automobile est dans une situation différente. « Les délais de production se comptent en mois et les semi-conducteurs ne représentent que 5 à 10 % du coût de fabrication d’un véhicule », pointe Boris Metodiev, directeur de l’analyse industrielle chez TechInsights.

    Un élément à prendre en compte dans l’élaboration du prochain budget. « Lorsqu’il s’agit de bâtir les prévisions macroéconomiques, la question de l’inflation est centrale. Si elle repart, elle entraîne mécaniquement la revalorisation des retraites et d’autres dépenses indexées. C’est un vrai casse-tête », souligne un ancien conseiller gouvernemental. Qui dit revalorisation des retraites dit retour de la question de leur désindexation éventuelle. « L’an dernier, cette mesure n’avait pas pu être adoptée alors que l’inflation était inférieure à 1 %. Si elle remonte à 2 %, 3 % ou 4 %, comment fera-t-on ? Et si l’on ne désindexe pas, personne ne sait vraiment comment financer cette hausse des dépenses », ajoute cette source. Une mesure hautement impopulaire, en particulier en période électorale.

    Sans compter les répercussions sur la consommation, l’un des principaux moteurs de la croissance française. Depuis le Covid, les Français ont développé certaines habitudes. « Face à la hausse des prix, les ménages arbitrent leurs dépenses, soutient l’économiste Flavien Neuvy, directeur et fondateur de l’Observatoire Cetelem. Pour réduire leur facture énergétique, ils consomment moins. S’ils anticipent une hausse du prix des équipements électroniques, ils peuvent avancer certains achats ou, au contraire, les repousser. » Avec des conséquences directes sur les rentrées fiscales. « Ce ralentissement pourrait peser sur les recettes de TVA ou d’impôt sur les sociétés, complète Eric Dor directeur des études économiques à l’IÉSEG School of Management. Surtout, la hausse de l’inflation s’accompagne généralement d’une remontée des taux d’intérêt sur la dette publique. » Un cas de figure à éviter à tout prix pour l’Etat français. Le 23 juillet, le taux d’emprunt à dix ans français a brièvement franchi les 4 %, un seuil qui n’avait plus été atteint depuis l’après-crise financière de 2008.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/inflation-pourquoi-le-boom-exponentiel-de-lia-risque-detre-le-futur-casse-tete-du-budget-2027-HQXPKAUWZJALFMTBGIUSORLSCI/

    Author : Thibault Marotte

    Publish date : 2026-07-27 06:45:00

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