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    L’Express

    Energie et climatisation, ce que pensent les Français : « Il y a un rejet massif de la classe politique »

    IntelliNewsBy IntelliNewsaoût 14, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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    L’Express s’associe à l’institut de sondage Viavoice, à HEC Paris et à BFM Business, pour questionner régulièrement un panel représentatif de Français et de cadres sur un sujet d’actualité. Jean-Michel Gauthier, professeur de finance à HEC Paris, décrypte les résultats de ce « Baromètre des décideurs » consacré aux enjeux énergétiques et à leur perception au sein de la population.

    L’Express : Lorsqu’on les interroge sur les énergies du futur, les Français plébiscitent les EnR. Le nucléaire souffrirait-il toujours d’une mauvaise image ?

    Jean-Michel Gauthier : A mon avis, cet avantage apparent donné aux EnR reflète surtout un « effet canicule ». Les mois de juin et juillet ont été les plus chauds jamais enregistrés. Sans le changement climatique, nous n’aurions sans doute pas eu cette succession dramatique de vagues de chaleur et d’incendies. Cela veut dire qu’il faut hâter la sortie des énergies fossiles, émettrices de gaz à effet de serre. Et dans l’esprit du grand public comme celui des dirigeants, celle-ci va de pair avec la montée en puissance des énergies renouvelables. Je me demande cependant si nos décideurs, qui sont aussi des investisseurs, des managers, des chefs d’entreprise, ont suffisamment conscience de l’impact sur le pays d’un scénario dans lequel les énergies renouvelables deviendraient majoritaires. Ou pire, d’un scénario à l’allemande qui ferait une croix sur le nucléaire.

    Plus les EnR se développent, plus le nucléaire doit moduler sa production et EDF a bien signalé qu’il y avait là un point tout à fait essentiel qui nuisait beaucoup à la compétitivité des nouveaux réacteurs. Par ailleurs, 1 mégawatt de nucléaire produit beaucoup plus d’électricité en une année qu’une installation équivalente en solaire en raison de son intermittence. La seule manière de compenser, pour les EnR, c’est d’augmenter les capacités de production ou bien d’investir dans du stockage d’électricité, ce qui n’est pas encore à l’ordre du jour en France lorsqu’on lit la feuille de route énergétique nationale (PPE-3). Sinon, il faut utiliser du gaz ou importer de l’électricité produite par nos voisins européens. Mais d’une manière ou d’une autre, des renouvelables majoritaires se traduiront par une explosion des prix de l’énergie assortie d’un bond spectaculaire des besoins d’investissement et donc de la dette française !

    Justement, les prix de l’énergie deviennent une source de préoccupation majeure pour les Français. Cette inquiétude vous paraît-elle justifiée ?

    En effet, depuis les gilets jaunes, le prix de l’électricité devient clairement un sujet d’angoisse pour les Français. Les résultats de ce baromètre le confirment : quand on additionne ceux pour lesquels il s’agit d’un paramètre important et ceux qui considèrent que nous avons là un sujet prioritaire, nous arrivons à près de 90 % de l’échantillon. Mais ces personnes interrogées ont-elles une vision claire de l’origine du renchérissement de l’énergie ? Ce n’est pas certain.

    Sur le marché français, le prix de l’électricité varie entre 40 euros et 100 euros par mégawattheure depuis 2023. Certes il y a bien eu quelques pointes mortelles pour un certain nombre d’entreprises. Mais dans les autres pays européens, les variations sont bien plus importantes. Par exemple, en Espagne, en Italie, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, les prix fluctuent entre 100 et 250 euros. En France, on ne peut donc pas dire que le coupable, c’est le marché. Ce qui rend l’électricité chère pour les consommateurs, ce sont les autres composantes de la facture : les taxes bien sûr mais aussi l’acheminement des électrons, les investissements colossaux que doivent faire RTE et Enedis pour maintenir le réseau en bon état, raccorder les énergies renouvelables et financer les interconnections… Or plus les finances publiques se dégradent, plus ces composantes voient leur coût s’alourdir, en raison notamment de taux d’intérêt plus élevés.

    Sur la climatisation, de la pédagogie semble également nécessaire. Les Français interrogés font preuve de pragmatisme. Pourtant la France reste sous-équipée. Comment l’expliquer ?

    C’est vrai, en France, les capacités de climatisation restent bien inférieures à celles de nos voisins. Même les Scandinaves sont mieux équipés que nous dans leurs appartements et leurs hôpitaux ! Je ne vois qu’une explication à cela : la France demeure idéologiquement et culturellement hostile à la notion de climatisation. Celle technologie reste perçue comme un luxe ou comme une solution accroissant les besoins énergétiques et donc la consommation d’énergies fossiles. Un comble au pays du nucléaire. S’il y a bien un pays qui peut développer la climatisation de manière douce, sans la pousser à fond partout, et sans créer de problème climatique, c’est bien la France ! De fait, je trouve étrange que parmi les différents programmes des partis politiques, il n’y ait pas cette suggestion de créer une véritable filière industrielle autour de la climatisation, avec des panneaux solaires (certes chinois) mais aussi de la production d’électricité décentralisée, des pompes à chaleur et de la ventilation, offrant un refroidissement à bon prix sans aggraver le péril climatique.

    Mais qui pourrait porter une telle mesure ? Le sondage est clair : aucun candidat à l’élection présidentielle ne semble à la hauteur sur les questions d’énergie !

    Vous avez raison. Nous sommes face à un rejet massif de notre classe politique y compris par la tranche la plus éduquée de la population. 49 % des sondés se disent que les personnalités politiques ne comprennent rien, qu’elles sont largement à côté du sujet, voire incompétentes en matière énergétique comme dans d’autres domaines d’ailleurs. A la décharge des Français (et des décideurs!) il n’y a aucune vision, aucun projet, aucune idée sur les véritables enjeux futurs de l’énergie dans les programmes politiques.

    Nous sommes pourtant à quelques mois d’une élection majeure. Le solaire décentralisé, la biomasse, le stockage, les SMR, la fusion… Ces notions sont absentes des débats publics. Dans le sondage, les partisans du nucléaire (Jordan Bardella, Bruno Retailleau, Edouard Philippe) récoltent à peu près autant de voix que les partisans des EnR (Marine Tondelier, Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann). On reste donc sur cette opposition classique entre pros nucléaire et pros EnR. Un débat profondément archaïque, complètement dépassé.

    Jordan Bardella semble quand même tirer son épingle du jeu…

    Il surnage, grâce à une meilleure appréciation du grand public. Mais comme tous les souverainistes, il souffre d’une mauvaise perception de la part des élites. Pourquoi n’a-t-il pas leur soutien alors qu’il a fait une offensive de charme auprès des entrepreneurs jusqu’au 7 juillet, date de la décision de justice concernant Marine Le Pen ? J’ose espérer que les décideurs sanctionnent dans son programme le chèque énergie universel, ou la baisse de la TVA sur les carburants, le gaz, l’électricité et le fioul. Ces mesures vont dans la pire direction. Elles consistent à ouvrir en grand le chéquier de la puissance publique pour des gens qui n’ont pas tous les mêmes besoins. Par exemple, quelqu’un avec des revenus modestes qui travaille de chez lui et qui ne se déplace pas consomme beaucoup moins d’énergie qu’une infirmière de province qui fait 150 kilomètres par jour dans sa voiture pour aller voir ses patients.

    En assimilant les finances publiques à un « open bar », Jordan Bardella se coupe forcément du soutien des élites. Le mystère pour moi vient plutôt du très mauvais score de Bruno Retailleau. Dans le sondage, il n’obtient que 3 % de soutien, alors qu’il est lui aussi très favorable au nucléaire, et qu’il ne commet pas l’erreur de vouloir recourir au chèque énergie universel. Peut-être est-il est perçu comme un homme du passé, un homme peu charismatique, qui vient avec des problématiques de l’ancien temps. Par rapport à Jordan Bardella ou même Edouard Philippe, sa décote est flagrante.



    Source link : https://www.lexpress.fr/economie/energie-et-climatisation-ce-que-pensent-les-francais-il-y-a-un-rejet-massif-de-la-classe-politique-HVK3PZ7TURCVLEBAPZDKMVGD5M/

    Author : Sébastien Julian

    Publish date : 2026-08-14 06:43:00

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