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    Foires aux vins : pourquoi la grande distribution joue gros

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 2, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    Plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires et quelque 170 millions de bouteilles : la foire aux vins reste un poids lourd du commerce du vin. Mais son territoire s’est considérablement élargi. Aux côtés des hypermarchés et des supermarchés, les cavistes traditionnels et les spécialistes de l’e-commerce multiplient eux aussi les opérations de rentrée. En 2025, Nicolas, Intercaves, V and B et Lavinia avaient ainsi leur propre calendrier, tandis que iDealwine, Le Petit Ballon, Wineandco ou Chateaunet occupaient le terrain numérique.

    Pour la grande distribution (voir ci-dessous), l’enjeu reste d’abord celui du volume. L’édition 2024 avait généré environ 1,08 milliard d’euros et 168,5 millions de bouteilles. Chez E.Leclerc, le pionnier du concept, dans les années 1970, la foire représente à elle seule environ 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et 5,5 millions de bouteilles. Mais le marché global du vin recule : la consommation française se révèle désormais inférieure à 40 litres par habitant et par an, soit une baisse de 40 % en trente ans (Organisation internationale de la vigne).

    Les cavistes interprètent, eux, une autre partition. Leur avantage ne s’appuie pas sur le nombre de références ou la puissance promotionnelle, mais réside dans le conseil, la sélection et la capacité à raconter une bouteille. Lavinia revendique ainsi une sélection de quelque 200 cuvées pour sa foire, mêlant domaines incontournables, pépites confidentielles et vins bio ou nature. Intercaves, de son côté, a rejoint plus récemment le mouvement des foires aux vins, signe que le concept a débordé du seul univers des grandes surfaces.

    Sur Internet, la bataille se joue encore différemment. Les e-cavistes ont adopté les codes de la foire aux vins tout en cultivant leur différence : profondeur de gamme, sélection éditorialisée et accès à des bouteilles parfois difficiles à trouver chez les distributeurs traditionnels. iDealwine en constitue une illustration emblématique. Le site, à la fois e-caviste et spécialiste des enchères, organise chaque année sa propre foire aux vins. En 2025, sa sélection réunissait plus de 200 références, avec des prix à partir de 9 euros. Mais contrairement aux catalogues de la grande distribution, l’offre faisait une large place aux vieux millésimes, aux grands crus, aux vins bio, biodynamiques ou nature, ainsi qu’à des références étrangères.

    Cette concurrence redessine aussi l’offre. Partout, les bouteilles à moins de 10 euros, les Vin de France au cahier des charges plus souple, les quilles fraîches et les cuvées de jeunes vignerons gagnent en visibilité. Le rouge reste majoritaire, mais les blancs et les bulles progressent. Le bio résiste, tandis que les vins sans alcool demeurent très minoritaires.

    Pour les distributeurs comme pour les cavistes, septembre devient donc moins une opération de déstockage qu’un moment de conquête. Il faut attirer un consommateur qui boit moins, mais qui cherche davantage de sens, de conseil et de valeur dans chaque bouteille. La grande distribution possède la force de frappe ; les cavistes, l’expertise ; les sites spécialisés, le choix et la comparaison. Trois modèles, un même défi : transformer la baisse structurelle de la consommation en occasion de découverte. La foire aux vins n’est plus seulement une affaire de rayons. C’est désormais un combat pour capter l’amateur de vin là où il se trouve : en magasin, chez son caviste ou derrière son écran

    C’est un rituel qui résiste. Chaque mois de septembre, les hypermarchés empilent les caisses, alignent les quilles et transforment leurs parkings en annexes de caves. Près d’un tiers des Français déclare suivre les foires aux vins. Pour la grande distribution, l’enjeu est loin d’être symbolique : l’édition 2024 a représenté environ 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 168,5 millions de bouteilles, soit près de 17 % des ventes annuelles de vin du circuit.

    Pourtant, derrière ce poids économique, le marché donne des signes de fatigue. En 2024, les ventes de vin en grande distribution ont reculé, et la tendance s’est poursuivie en 2025 : 4,2 % de bouteilles en moins vendues sur un an, soit environ 35 millions d’unités. Le consommateur ne déserte pas les rayons, mais il arbitre davantage : moins de volume, davantage d’attention au prix et une consommation plus occasionnelle.

    La foire aux vins devient dès lors un exercice d’équilibriste. Les enseignes doivent générer du trafic et écouler des volumes sans donner l’impression de brader un produit dont la valeur repose précisément sur la promesse de découverte. Chez E.Leclerc, pionnier des grands-messes bachiques et toujours leader du rendez-vous, la manifestation représente encore environ 100 millions d’euros de chiffre d’affaires et 5,5 millions de bouteilles.

    La lecture des catalogues raconte elle aussi la mutation du marché. Les rouges, notamment de Bordeaux, longtemps rois de la foire, perdent du terrain au profit de vins plus frais et faciles à boire : des blancs, des bulles — crémants et prosecco. Les sélections récentes privilégient aussi les références sous les 10 euros, les jeunes vignerons et les cuvées capables de raconter une histoire.

    Autre bataille : celle des stocks. La baisse de la consommation mondiale et française a contribué à créer des excédents dans certains bassins viticoles. La foire aux vins peut alors jouer un rôle de soupape, en permettant aux distributeurs d’acheter et d’écouler des volumes au moment où producteurs et négociants cherchent eux aussi à sécuriser leurs débouchés. Mais la grande rupture se révèle sans doute générationnelle. Pour les consommateurs plus jeunes, le vin n’est plus nécessairement le marqueur culturel qu’il représentait pour leurs parents. Les enseignes expérimentent donc de nouveaux formats : vins plus légers, bio, Vin de France au cahier des charges plus souples que les AOC, offres digitales et, à la marge, vins désalcoolisés. L’objectif apparaît moins de faire remplir une cave que de donner une raison de revenir au rayon.

    En 2026, la foire aux vins ne sera donc pas seulement une opération commerciale de rentrée. Elle constituera un test grandeur nature pour un secteur confronté à une question bien plus fondamental : comment continuer à vendre du vin dans un pays qui en boit moins ? Pour la grande distribution, la réponse passera probablement moins par le volume que par la capacité à recréer du désir.

    Grande distribution : la sélection de L’Express



    Source link : https://www.lexpress.fr/styles/plaisirs/vin-alcool/foires-aux-vins-pourquoi-la-grande-distribution-joue-gros-3JBQR3F5AZA6HHNF6ZNJQLLIX4/

    Author : Philippe Bidalon

    Publish date : 2026-09-02 09:00:00

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