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    Présidentielle 2027 : comment ne pas être les idiots utiles de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 7, 2026Aucun commentaire9 Mins Read
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    Marine Le Pen caracole dans les sondages, à un niveau qu’un candidat obtient rarement au premier tour : donné entre 33 et 38 %, elle ferait le meilleur score depuis François Mitterrand en 1988. Jean-Luc Mélenchon peut atteindre le second tour, avec un score entre 16 et 19 % qui serait le plus faible pour un qualifié depuis 2002. La perspective d’un duel entre les deux extrêmes gagne en crédibilité : « Les deux seules ancres, ce sont eux », note un conseiller de l’exécutif. Pendant ce temps, la primaire au sein du bloc central est conforme à ce qu’on en attendait, à la fois sauvage et fade, pendant ce temps la gauche sociale-démocrate voit les candidats fleurir plus vite que les électeurs. Voici une partie du paysage politique et du pays tenaillée, ce qui est douloureux, et désemparée, ce qui est troublant : comment ne pas être pendant la campagne électorale les idiots utiles de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon ? Comment éviter de les renforcer en pensant les combattre, l’un et l’autre ? Car ces deux-là n’ont pas besoin de se parler pour converger, ils ne cessent de montrer leur similitude.

    C’est une scène qui fait froid dans le dos, par les propos tenus aussi bien que par l’attitude du public. Pendant les universités d’été de LFI, le député Raphaël Arnault – que la mise en examen de deux anciens collaborateurs dans l’enquête sur la mort de Quentin Deranque à Lyon ne semble pas inciter à une certaine discrétion – se lance dans une de ces diatribes qui comblent autant son auteur que ses auditeurs : « À celles et ceux qui tergiversent à droite et à gauche, qu’est-ce que tu penses de l’ordre social, du racisme, de l’exploitation économique que nous impose le capitalisme, du patriarcat ? (…) Si tu n’es pas capable de me répondre, franchement, de façon radicale, alors non tu n’es pas de gauche et tu fais partie du système. » Les militants se mettent à applaudir à tout rompre en criant : « Siamo tutti antifascisti. » Pavlov pourrait savourer le moment : appartenir au « système » mérite donc d’être combattu avec le slogan inventé dans les années 1920 pour lutter contre Mussolini, appartenir au système, c’est être fasciste.

    C’est un argument qui laisse pantois. Confronté au caractère anticonstitutionnel de la mesure phare du RN, un référendum sur l’immigration selon des modalités contraires à la loi fondamentale, l’eurodéputé Philippe Olivier rétorque : « Vous jugez cela impossible parce que vous êtes le système. Mais on opposera nos juristes à ceux du système. »

    Le piège parfait

    Ah, le fameux système. Si Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, main dans la main, s’en donnent à cœur joie, c’est parce qu’il constitue le piège parfait. Les critiquer, c’est l’assurance d’être catalogué comme membre du système. Et défendre le système, c’est prouver qu’il existe et donc apporter de l’eau au moulin de ceux qui l’accablent. Jean-Luc Mélenchon veut croire à ce qu’il dit parfois en privé, parce qu’il sait que là est son atout : « On n’est pas dans le système, vous ne nous aimez pas. » Marine Le Pen joue et jongle avec le concept, se présente comme son principal adversaire (en 2017), calme ensuite le jeu avant de commenter les décisions judiciaires la concernant – sa condamnation à quatre ans de prison, dont deux avec sursis, et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire – avec cette phrase, prononcée le 31 mars 2025 : « Le système a sorti la bombe nucléaire. »

    Le RN et LFI surfent sur leur principal avantage, celui de n’avoir jamais exercé de responsabilités à l’échelon national. Alors que la menace d’une crise financière pèse comme jamais sur une campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon propose de « foutre au feu les titres de dette » ? Marine Le Pen tergiverse avec la réforme des retraites ? Les deux utilisent le même argument pour défendre leur positionnement économique : ils n’ont pas de leçon de crédibilité à recevoir d’un pouvoir qui a creusé les déficits publics. « Ceux qui crient sont les auteurs de la dette. Et ils donnent des leçons ? », tweete Jean-Luc Mélenchon. Et plus les experts montent au créneau pour démonter ces mesures, plus les deux sont ravis : il est si facile pour eux de renvoyer ces experts à leur statut de membres du système, avec les effets que l’on a vus. Aucune autorité n’est désormais en mesure d’imposer sa science. La France compte des prix Nobel en économie ? Philippe Aghion, dont l’interview dans La Tribune ne passe pas inaperçue, est méprisé par le RN et par LFI pour avoir soutenu Emmanuel Macron.

    Haro sur les riches et les immigrés

    Chacun a trouvé son bouc émissaire qui fleure bon la démagogie. Haro sur les riches. Haro sur les immigrés. Les insoumis se rappellent-ils seulement que Maximilien de Robespierre, célébré à leur université d’été, a longtemps été fier de sa noblesse, avant de gommer sa particule ? Au diable l’exactitude historique. Le patrimoine et les revenus déclarés par Jean-Luc Mélenchon en 2022 constituaient le double de ceux d’Emmanuel Macron, supérieurs aussi à ceux de Marine Le Pen ? La paille et la poutre… Au RN la tentation est fréquente de présenter les économies réalisées sur les dépenses liées à l’immigration et aux prestations versées aux étrangers comme la réponse à toutes les questions. Et les vents sur ce point sont porteurs. La nuance n’est pas la spécialité de ces maisons, on l’avait remarqué. Mais comme l’époque ne la pratique pas davantage, ce n’est guère un souci.

    « Je ne crois pas que quand on meurt aux urgences, on veut l’apaisement »

    Jean-Luc Mélenchon

    « La raison veut décider ce qui est juste; la colère veut qu’on trouve juste ce qu’elle a décidé », disait Sénèque. Comment contrer un discours qui repose d’abord sur des émotions ? Il est un fait qui s’impose à tous : le RN comme LFI progressent, au moins dans les enquêtes d’opinion. Danger : qu’au mépris des électeurs RN succède le mépris des électeurs LFI. Les premiers ont longtemps été réprouvés pour leur angoisse identitaire, les seconds seront-ils délaissés malgré leur colère sociale ? Nier l’existence de ce sentiment condamne à ne pas le comprendre, or il est au cœur de la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, qui observe : « Est-ce que ce pays est dégagiste ou est-ce qu’il veut l’apaisement ? Je ne crois pas que quand on meurt aux urgences, on veut l’apaisement. »

    Plus inquiétant encore : à cause des fameuses bulles cognitives, émettre un diagnostic commun est devenu mission impossible. C’est vrai pour les faits divers – dans le choix de s’intéresser à celui-ci plutôt qu’à tel autre, jusque dans la lecture des faits, comme à Crépol où juges d’instruction et parquet continuent de se disputer. C’est même vrai pour des élections, dont le verdict ne s’impose plus à tous. Le résultat des législatives 2024 marque de ce point de vue un tournant, chacun ayant sa propre lecture partisane du scrutin.

    Quiconque tente de dégager une vérité est renvoyée dans ses cordes, ce qui annihile toute chance de débat. « On pouvait penser que la vérité se défendrait elle-même, que les produits les mieux argumentés finiraient par s’imposer, en fait ce sont les produits les meilleurs qui s’imposent, mais pas du point de vue de la rationalité ou de l’argumentation, ce sont ceux qui sont les plus satisfaisants du point de vue cognitif qui l’emportent, constatait il y a quelque temps Gérald Bronner. Les fake news sont des confiseries pour l’esprit surtout quand elles vont dans le sens de vos attentes idéologiques. »

    Bruno Le Maire raconte cette anecdote datant de son passage à Bercy : un député de l’opposition l’accuse d’une décision fiscale injuste, le ministre de l’Economie l’appelle pour lui dire que c’est un mensonge. « Je le sais bien, mais le problème, ce n’est pas que ce soit vrai ou faux, c’est que les gens le croient », lui aurait répondu le parlementaire.

    Un aveuglement

    A l’aube de cette campagne se dégage une certitude. Ce n’est pas ce qui dira Jean-Luc Mélenchon qui dissuadera un électeur de voter pour lui – il a tout dit, parfois même tout et son contraire, par exemple sur la Corse (exactement comme… Marine Le Pen), lui qui parlait autrefois des « ethno-régionalistes enragés d’identité locale », des « griots du culte des racines » des « rebouteux de l’identité par le terroir » et qui veut désormais accompagner « spécifiquement la Corse vers l’autonomie étendue que demande ce peuple ».

    Souligner ses dérapages antisémites – ce qui équivalait selon Mélenchon pendant la campagne législative de 2024 à « faire campagne pour le RN » – expose à un autre danger. Si une partie de ses soutiens font preuve d’aveuglement sur ce point parce qu’ils ne voient de fait pas le problème, les autres adoptent une posture simplificatrice : que valent un ou deux jeux de mots face à Gaza ? L’exploitation politique de la situation dans les territoires occupés – Rima Hassan assurait il y a peu que « la question palestinienne aura une place importante dans l’élection présidentielle de 2027 » – est poussée au maximum dans le seul objectif de mobiliser.

    .Ce n’est pas ce dont Marine Le Pen est accusée par la justice (détournement de fonds publics) qui dissuadera un électeur de voter pour elle ; ce ne sont pas davantage les dérapages de ses troupes, moins marginaux que ne le prétend le RN, qui détourneront ses électeurs. Il faut donc inventer autre chose. Convaincre différemment. Mais les candidats du RN et de LFI ont démontré leur savoir-faire et partent avec plusieurs longueurs d’avance. Jean-Luc Mélenchon a retenu la leçon de l’un de ses modèles, Louis XI : « En politique, il faut donner ce qu’on n’a pas, et promettre ce qu’on ne peut pas donner. »



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/presidentielle-2027-comment-ne-pas-etre-les-idiots-utiles-de-marine-le-pen-et-de-jean-luc-melenchon-4QAUAX7VTJBB5NQZTBLUEBPT2A/

    Author : Eric Mandonnet

    Publish date : 2026-09-07 16:30:00

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