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    « Elle ment comme elle respire » : Alice Weidel, la « princesse de glace » de l’AfD prise au piège de sa radicalisation

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 13, 2026Aucun commentaire7 Mins Read
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    La « princesse de glace ». Alice Weidel sait qu’on la surnomme ainsi à cause de son caractère. Froide, cassante, autoritaire voire dominatrice, la cheffe de l’extrême droite allemande a l’amabilité d’une gardienne de prison. « Sa rhétorique est de plus en plus agressive mais elle plaît aux électeurs », constate Wolfgang Muno, politologue à l’Université de Rostock.

    Ce n’est pas un hasard si cette « princesse de glace » est apparue, trois jours après le triomphe de son parti en Saxe-Anhalt, le 6 septembre, en veste et chemise blanches, dans l’enceinte du Bundestag (Assemblée fédérale). Enivrée par le succès, les yeux furibonds et le doigt levé comme une institutrice devant ses élèves, elle a savouré chacune de ses attaques contre sa proie principale : Friedrich Merz. Ses phrases étaient articulées avec une lenteur calculée pour mieux torturer un chancelier penaud sur le banc du gouvernement : « Monsieur Merz, les citoyens ne vous ont pas seulement sanctionné, ils ont pulvérisé votre parti ! La CDU ne gagnera plus jamais une élection ! », a-t-elle crié, avant d’ajouter : « Les électeurs nous donneront les clés du pouvoir. Et nous les prendrons ! » Puis elle s’est tournée vers les bancs du Parti social-démocrate (SPD), où quelques députés protestaient avec véhémence contre ses violentes attaques islamophobes. « Vous pouvez vous moquer. Mais vos électeurs, mesdames et messieurs du vieux Parti social-démocrate, sont désormais NOS électeurs ! »

    À 47 ans, la coprésidente de l’Alternative für Deutschland (AfD) ne s’est jamais sentie aussi forte, sûre des prochaines victoires de son parti à Berlin et dans le Mecklembourg, le 20 septembre. « Elle a clairement l’objectif de devenir chancelière », insiste Wolfgang Muno. Il y a cinq ans, les « experts » avaient fixé le potentiel électoral de l’AfD à moins de 20 %. Les derniers sondages donnent le parti à presque 30 %, soit près de 10 points devant la CDU. Alice Weidel est désormais en mesure de prendre la chancellerie. Si ce n’est pas en 2029, ce sera en 2033… un siècle après la prise de pouvoir des nazis.

    Divorce avec le RN

    La campagne d’Ulrich Siegmund, tête de liste en Saxe-Anhalt, l’a confortée dans la stratégie de radicalisation. L’extrême droite allemande a abandonné l’idée d’une « dédiabolisation », suivie par ses homologues français ou italiens. « La professionnalisation de l’AfD ne signifie en aucun cas une déradicalisation », confirme le vice-président du groupe parlementaire en Saxe-Anhalt, Oliver Kirchner.

    Ce virage radical avait poussé le RN à prendre ses distances après qu’un candidat AfD aux élections européennes a déclaré que les SS n’étaient « pas tous des criminels ». Interrogée par L’Express le 4 juillet, alors qu’elle assistait au grand congrès du parti à Erfurt, en Thuringe, et tandis que 30 000 manifestants scandaient « Alerta antifascista » dans les rues, Alice Weidel, ravie de donner sa version du divorce RN-AfD à un journaliste français, n’avait pas mâché ses mots : « Le RN a instrumentalisé cette rupture pour récupérer le ressentiment anti-allemand qui ressurgit dans la société française », avait-elle asséné, le regard dur, avant de s’éloigner au milieu de ses gardes du corps.

    Alice Weidel avait pourtant le profil pour s’entendre avec le RN. N’était-elle pas, au départ, favorable à la « dédiabolisation » de l’AfD pour pêcher des voix au centre de l’échiquier politique ? Lorsque l’AfD, fondée en 2013 par quelques professeurs d’université eurosceptiques, est vampirisée par les radicaux, elle engage même en 2017 une procédure d’exclusion de la figure fascisante du parti, Björn Höcke, pour en finir avec son « Flügel », l’aile radicale infiltrée par d’anciens néonazis. Mais la procédure avorte, comme toutes les autres tentatives de recentrage orchestrées par les prédécesseurs de Weidel. « Elle a alors compris qu’elle ne pourrait pas se maintenir sans eux. Elle a donc fini par sceller un pacte de non-agression avec Björn Höcke en tissant un puissant réseau parmi les plus radicaux du parti. Sans quoi, elle ne serait pas là aujourd’hui », explique Wolfgang Muno, le politologue de Rostock.

    Profil très autoritaire

    En 2018, elle se fait connaître du grand public avec un discours qui scandalise l’Assemblée fédérale, mais la rend populaire. « Ces hommes au couteau et ces filles au foulard ne pourront pas garantir notre prospérité », s’exclame-t-elle pour dénoncer la « politique de l’accueil » d’Angela Merkel, devant un Bundestag atterré. Au congrès de Halle, en janvier 2025, elle bascule définitivement dans le camp des ethno-nationalistes en utilisant un terme jusque-là tabou. « S’il faut appeler les expulsions ‘remigration’, et bien appelons cela remigration ! », lance-t-elle sous les « hourras ».

    La victoire de Saxe-Anhalt pourrait néanmoins être à double tranchant. Certes, elle conforte son autorité sur le parti, mais elle met également en lumière son profil très autoritaire. Tout l’inverse du vainqueur de Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, un jeune homme chaleureux qui a mené une campagne sur le terrain, proche des gens, avec le sourire comme programme électoral. « Weidel est froide, arrogante et manque d’authenticité », juge Hans Vorländer, politologue à l’université de Dresde. « Elle n’hésite pas à distribuer des coups, à tenir tête. On évite de se frotter à elle », explique Wolfgang Schröder, politologue à l’Université de Cassel et observateur de l’AfD depuis des années. Ses camarades d’études et ses anciens collègues de travail la décrivent comme une « tueuse » prête à marcher sur les autres pour arriver à ses fins. « Et elle ment comme elle respire », ajoute Wolfgang Schröder.

    Contrairement à Siegmund, qui a grandi dans une famille est-allemande, Weidel est un pur produit ouest-allemand. Née en 1979 à Gütersloh, elle a baigné dans la société de consommation et dans un milieu bourgeois, symbolisé par ce collier de perles qu’elle porte toujours autour du cou. La famille de son père, né en 1939, était originaire de Haute-Silésie (aujourd’hui en Pologne) dont elle fut expulsée après la défaite de 1945. Son grand-père paternel était membre du parti nazi et de la SS ; elle dit qu’elle ne l’a jamais connu.

    Une vie de contradictions

    Weidel s’est toujours présentée comme femme d’affaires libérale avec une fibre thatchérienne. Mais son expérience dans le monde de la finance internationale est courte et sa biographie reste obscure. On sait que son doctorat portait sur le système de retraite en Chine où elle a passé cinq ans après un an au Japon, qu’elle a travaillé comme analyste dans la banque d’investissement Goldman Sachs, dans la gestion de fortune chez Allianz et pour la start-up berlinoise Rocket Internet, dernière station de sa carrière professionnelle. « En tant que femme d’affaires, elle n’a laissé aucune trace. Elle n’a jamais occupé de positions importantes », résume Wolfgang Schröder.

    Sa vie personnelle entre en contradiction avec la vision du monde défendue par son parti. Femme (rare à l’AfD) cosmopolite et homosexuelle, elle vit en Suisse avec sa compagne d’origine sri-lankaise, mère porteuse de leurs deux fils. Malgré cela, elle défend le modèle familial traditionnel promu par l’AfD, laquelle est opposée au mariage pour tous. « Je ne suis pas queer », répond-elle pour justifier l’homophobie de son parti.

    « Elle a été prise au piège de sa radicalisation, remarque Hans Vorländer. Il y a tellement de contradictions dans sa personne que son discours n’en paraît pas authentique. Son profil ne correspond pas à l’image de présidente que se font les militants et les cadres du parti ». « Elle a un côté Dr Jekyll et Mr Hyde », ajoute Wolfgang Schröder qui rappelle qu’elle ne recule devant aucune aberration pour arriver à ses fins. « Je n’en démords pas : Hitler était de gauche », a-t-elle assuré dans un entretien en janvier 2025 avec l’américain Elon Musk, qui la soutient. Les électeurs la suivent dans son virage trumpiste : « Alice für Deutschland », crient-ils en faisant référence au vieux slogan nationaliste « Alles für Deutschland » qui fut aussi, il y a un siècle, la devise de la SA, l’organisation paramilitaire nazie.



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    Publish date : 2026-09-13 15:00:00

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