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    « Ils troquent des données de particuliers » : enquête sur le canal DGSI, repaire de jeunes hackers sur Discord

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 20, 2026Aucun commentaire5 Mins Read
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    Silence radio. Depuis le 25 avril, le compte de « breach3d », un jeune prodige du hacking à la notoriété désormais installée, se fait plus discret en ligne. Le mineur corse de 15 ans, interpellé à Bastia à la même date, puis placé en garde à vue, est soupçonné d’être à l’origine du piratage massif de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), chargée en France d’émettre les cartes d’identité, passeports ou permis de conduire. Son compte jusqu’alors volubile et très actif a été désactivé de plusieurs espaces de discussion sur Internet – dont un vaste serveur Discord, une plateforme prisée des moins de 25 ans et amateurs de jeux vidéo. Son nom : « DGSI Sécurité », clin d’œil assumé au renseignement intérieur français.

    Plusieurs signalements

    CCITIC (pour cyber counter-intelligence threat investigation consortium), un collectif de spécialistes issus de la cybersécurité, du renseignement et des forces de l’ordre, implanté à Bruxelles, est parvenu à infiltrer ce canal de 1 393 membres, accessible uniquement sur invitation. Les messages échangés sur le groupe, dont le volume s’est tari dernièrement, font de temps à autre référence aux plus importantes cyberattaques dont l’Etat français a été victime ces derniers mois et aux innombrables données personnelles désormais en liberté. Coup sur coup, l’administration fiscale mais aussi Tchap, une application sécurisée conçue pour les besoins de conseillers ministériels, diplomates et fonctionnaires français, ont fait les frais de fuites de données. Noms, prénoms, e-mails, dates de naissance… Le piratage de l’ANTS, d’une rare ampleur, est quant à lui venu dévoiler les données personnelles de 12 à 18 millions de Français, proposées à la vente sur des forums cybercriminels.

    Le serveur « DGSI Sécurité », dont l’existence a été signalée à la section J3 du Parquet de Paris, l’unité spécialisée dédiée à la lutte contre la cybercriminalité, à la gendarmerie et à l’Office anti-cybercriminalité (Ofac), un service d’enquête de la police nationale, serait rattaché à un réseau bien plus large, qui implique d’autres forums, serveurs Discord et des canaux de l’application chiffrée Telegram.

    Les piratages des principales bases de données et sites de l’Etat sont bel et bien à la portée de très jeunes profils, parfois amateurs, qui s’organisent en ligne et se rassemblent sur de tels espaces de discussion. « Ils troquent des données de particuliers, évoquent des infos sur les fuites liées à l’administration fiscale, NRJ Mobile ou France Travail, soit à l’écrit, soit en faisant des lives Discord et partages d’écran en direct », explique un membre de CCITIC au sujet de « DGSI ». L’un des comptes a également fait circuler l’un des numéros d’Emmanuel Macron, d’après l’une des nombreuses captures écran consultées par L’Express. Cet amateurisme bravache peut avoir des conséquences bien concrètes. « Le serveur, fréquenté aussi bien par des lycéens que par de jeunes étudiants, sert de plaque tournante à des opérations offensives coordonnées en temps réel, avec une hiérarchie interne parodiant des fonctions étatiques », relève le collectif, qui intègre un militaire français.

    Un alternant identifié à Beauvau

    Les membres du CCITIC ont également collecté des informations sur plusieurs membres du serveur et sur le réseau auxquels ils sont rattachés. Par recoupement de messages et d’adresses IP, leur enquête fait le lien entre plusieurs pseudos utilisés en ligne et de jeunes étudiants en cybersécurité, en région parisienne ou en Auvergne-Rhône-Alpes. Un ancien alternant au sein du ministère de l’Intérieur, tout récemment poussé vers la sortie, et qui a fait l’objet il y a trois mois d’une garde à vue et d’une saisie de son matériel informatique, a lui aussi été identifié comme gravitant autour de ce réseau.

    Au delà de « DGSI Sécurité », des groupes cybercriminels assument aujourd’hui délibérément de chercher à recruter des complicités internes au sein du secteur régalien. « Le groupe Scattered Lapsus$ Hunters, lié à la mouvance Lapsus$, connue pour ses méthodes très offensives, s’y essaie actuellement sur Telegram, en ciblant des employés de la Direction générale de la sécurité extérieure, de la Direction générale de la sécurité intérieure, de la gendarmerie nationale ou de l’Elysée », a récemment rappelé, dans un entretien accordé au Monde, Marie-Gabrielle Bertran, chercheuse associée au projet Géopolitique de la datasphère (Geode) de l’université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis. A la clé, des propositions de rémunérations en échange d’accès directs aux réseaux intranet de ces services.

    Fin juin, trois jeunes Français, dont deux mineurs, ont été mis en examen pour piratage de plusieurs établissements de santé, dont un hôpital privé de la Loire et la Caisse nationale d’assurance maladie. Deux suspects très jeunes – l’un de 18 ans et l’autre de moins de 16 ans – ont été interpellés début septembre à Paris. Ce duo de hackers, qui fait partie des membres présumés du groupe cybercriminel « ZeroBytes », a revendiqué cet été l’attaque à l’encontre du site des impôts. La faille a en tout touché plus de 678 000 usagers. Leurs données, au premier rang desquelles leur état civil, leur identifiant fiscal ou leur taux de prélèvement à la source, circulent depuis sur de multiples forums. A la suite de ce piratage, le même groupe a également affirmé être en possession de plus d’un million de données d’élèves, de parents et d’enseignants, à la suite d’une attaque informatique à l’encontre du site de l’Education nationale. Parmi leurs victimes de cet été, on retrouve aussi SFR, France Travail ou encore Intermarché. L’un des deux comptes associés à « Zerobytes » fait partie de la galaxie de serveurs suivie par le collectif franco-belge.

    Les éléments de cette enquête du CCITIC sont aux mains du parquet de Paris, qui sont tout à fait en mesure de procéder à la fermeture d’un serveur Discord, sur réquisition judiciaire. Avec un dilemme : celui de perdre, au passage, des informations sur ces réseaux scrutés de près.



    Source link : https://www.lexpress.fr/secret-defense/ils-troquent-des-donnees-de-particuliers-enquete-sur-le-canal-dgsi-repaire-de-jeunes-hackers-sur-BN56N6WE6VFXPKYTKZRMDOBD4Y/

    Author : Elsa Trujillo

    Publish date : 2026-09-20 05:45:00

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