Close Menu
    Facebook X (Twitter) Instagram
    IntelliNews
    Facebook X (Twitter) Instagram
    IntelliNews
    Home»FRANCE»L’Express»« Un Vladimir Poutine acculé n’appuiera pas sur le bouton nucléaire » : la théorie d’Andreas Umland qui bouscule le débat
    L’Express

    « Un Vladimir Poutine acculé n’appuiera pas sur le bouton nucléaire » : la théorie d’Andreas Umland qui bouscule le débat

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 21, 2026Aucun commentaire10 Mins Read
    Facebook Twitter Pinterest LinkedIn Tumblr Email
    Share
    Facebook Twitter LinkedIn Pinterest Email

    Vladimir Poutine, acculé et sur le point de perdre sa guerre expansionniste, appuyant sur le bouton rouge. C’est sans doute le scénario le plus redouté par les experts (à commencer par le chef de file des réalistes John Mearsheimer ou le professeur à Harvard Stephen Walt) depuis le début de l’invasion de l’Ukraine. Mais pas par Andreas Umland, chercheur associé à l’European Policy Institute de Kiev (EPIK) et analyste au Centre d’études sur l’Europe orientale de Stockholm de l’Institut suédois des affaires internationales (UI). Au contraire, le politologue allemand va même jusqu’à juger ces craintes contre-productives, tant celles-ci poussent l’Occident à faire preuve d’une « prudence irrationnelle ». De façon surprenante, Andreas Umland estime que le seul scénario où le président russe envisagerait d’emprunter la voie du nucléaire serait celui où il flairerait… la victoire. Entretien.

    L’Express : Depuis le début de la guerre en Ukraine, de nombreux observateurs s’inquiètent que Vladimir Poutine ne finisse par déclencher une escalade nucléaire. Vous jugez ces préoccupations contre-productives, comme vous l’avez exposé dans vos récents articles sur les sites du magazine Foreign Policy et de l’European Policy Institute de Kiev (EPIK).

    Andreas Umland : Absolument. L’aide à l’Ukraine a été fortement affectée par les craintes occidentales suscitées par les menaces régulières de Vladimir Poutine et de son entourage d’appuyer sur le bouton rouge. Un indicateur montrant que tel est précisément l’objectif du président russe est que cette rhétorique a souvent atteint son paroxysme lorsque les débats sur l’envoi d’armes à l’Ukraine étaient les plus intenses. En conséquence, l’aide promise par les pays occidentaux en soutien à Kiev a souvent été retardée et partielle – ou assortie de restrictions quant à son utilisation – en raison de la croyance dans le sérieux de ces menaces. L’Allemagne, par exemple, n’a toujours pas livré les missiles de croisière Taurus que l’Ukraine a réclamés à plusieurs reprises, avant tout parce que l’opinion publique allemande, qui craint que cela ne déclenche une guerre nucléaire avec la Russie, s’y oppose. L’Ukraine est donc directement affectée par sa prudence irrationnelle.

    Les pays européens membres de l’Otan, ainsi que le Canada, se sont néanmoins engagés à fournir 70 milliards d’euros d’aide militaire à l’Ukraine en 2026 et à maintenir un niveau au moins équivalent en 2027…

    C’est exact, mais ces montants sont relativement modestes si on les compare aux investissements collectifs occidentaux en réponse à d’autres crises, comme la pandémie de Covid, et au regard de la signification géopolitique mondiale de l’issue de la guerre russo-ukrainienne. Il fut un temps où l’Occident réagissait différemment à de telles guerres expansionnistes. Rappelez-vous, par exemple, la réaction à l’annexion du Koweït par l’Irak en 1990, qui a vu l’émergence d’une coalition dirigée par les Etats-Unis ayant collectivement libéré le Koweït en 1991.

    Des commentateurs politiques tels que John Mearsheimer ou Stephen Walt ont certes mis en garde à plusieurs reprises contre une escalade nucléaire. Mais jusqu’à présent, aucun essai nucléaire, ni aucun autre mouvement matériel dans l’échelle de l’escalade nucléaire, n’a été observé. Il s’agit plutôt d’une rhétorique toute en emphase du Kremlin pour intimider les partenaires étrangers de l’Ukraine – malheureusement avec succès. Et cette intimidation de la Russie a fonctionné notamment parce que d’éminents intellectuels publics occidentaux confirment la prétendue volonté de celle-ci de recourir au nucléaire afin d’étendre illégalement son territoire étatique par la force.

    Comment expliquez-vous la retenue nucléaire de Vladimir Poutine ?

    Nous ne pouvons que spéculer. Une raison est que, selon plusieurs sources, la Chine s’oppose à une escalade nucléaire. Cela tient probablement au fait que Pékin peut souhaiter préserver le régime actuel de non-prolifération nucléaire – pour des raisons égoïstes plutôt que morales. Si la Russie utilisait ses armes nucléaires contre un Etat non doté de l’arme nucléaire, de nombreux pays actuellement non nucléaires dans le monde, y compris dans le voisinage de la Chine, pourraient envisager d’acquérir des armes atomiques ou d’autres armes de destruction massive, afin d’éviter de subir à l’avenir le triste sort de l’Ukraine. Notez, à cet égard, que le Pakistan et la Corée du Nord, qui sont des pays plus pauvres que l’Ukraine et situés à proximité de la Chine, possèdent déjà des armes atomiques. En recourant à l’escalade nucléaire, la Russie compromettrait ses relations avec la Chine – quelque chose que le Kremlin ne peut se permettre.

    Au-delà du risque d’irriter Pékin, le Kremlin se trouverait par ailleurs dans des eaux stratégiquement troubles, et il le sait. Si Poutine décidait d’utiliser des armes nucléaires contre l’Ukraine, le contexte serait différent du seul précédent de l’histoire, à savoir l’utilisation par les Etats-Unis de bombes atomiques contre le Japon en 1945. Washington l’a fait après avoir été attaqué par Tokyo en 1941, non pas dans le but d’une expansion territoriale des Etats-Unis sur le territoire du Japon.

    En revanche, la Russie n’a jamais été attaquée par l’Ukraine. Si Moscou utilisait des armes nucléaires dans le cadre de sa guerre expansionniste actuelle visant à élargir illégalement la Fédération de Russie, cela ouvrirait un nouveau chapitre dans l’histoire mondiale et reconfigurerait fondamentalement les relations internationales. Personne ne pourrait prédire l’éventail complet des répercussions mondiales d’un tel écart russe – y compris Vladimir Poutine. Cette indétermination stratégique et le risque de ruiner les relations de la Russie avec le reste du monde constituent probablement l’une des principales explications de la retenue nucléaire continue du Kremlin – en dépit de sa rhétorique emphatique.

    N’existe-t-il aucun scénario dans lequel la Russie provoquerait une escalade ?

    Si, mais ce n’est pas le scénario auquel pensent la plupart des experts. Premièrement, il est peu probable que l’Ukraine inflige une défaite catastrophique à la Russie – par exemple en marchant sur Moscou – et déclenche ainsi une riposte russe en légitime défense. Pour Kiev, la priorité n’est pas de détruire la Russie, mais de libérer les territoires ukrainiens occupés et de restaurer les frontières légitimes de l’Etat ukrainien. Et même cela reste une perspective lointaine, étant donné que Volodymyr Zelensky a annoncé en 2025 qu’il accepterait un accord de cessez-le-feu transformant la ligne de front actuelle en future ligne de contact. Atteindre l’objectif de guerre ukrainien actuel revient en réalité à une victoire partielle de la Russie et non de l’Ukraine. Pourquoi tant de commentateurs éminents continuent-ils donc à mettre en garde contre une escalade nucléaire russe ? Cela reste un mystère.

    Deuxièmement, le scénario le plus plausible d’une véritable escalade nucléaire, tel qu’il a été exposé en 2024 par Mariana Budjeryn dans la réputée Bulletin of the Atomic Scientists, est en réalité l’inverse de ce que la plupart des gens en Occident redoutent. De la même manière que les Etats-Unis ont recouru à la bombe atomique pour hâter une victoire qui se profilait déjà contre le Japon en 1945, Vladimir Poutine pourrait franchir le pas nucléaire pour accélérer un succès déjà en train de se matérialiser sur le front et précipiter la défaite de l’Ukraine. Pour le dire simplement : ce n’est pas un Poutine acculé qui pourrait appuyer sur le bouton rouge, mais un Poutine qui – comme Truman en 1945 – pressent la victoire.

    Budjeryn admet, dans son article séminal, que « la Russie encourrait probablement encore des coûts politiques internationaux pour avoir brisé le tabou vieux de huit décennies sur l’usage nucléaire, mais ces coûts pourraient être mieux atténués par une Russie victorieuse que par une Russie perdante. Les Etats-Unis et les alliés de l’Otan pourraient ne pas donner suite à leur menace d’imposer de lourds coûts militaires en réponse à une frappe nucléaire russe si l’Ukraine apparaît comme une cause perdue. L’opprobre de la Chine importerait moins pour une Russie ayant gagné sa guerre en Europe. Enfin, l’usage nucléaire de la Russie est appelé à faire impression dans les capitales de l’Otan et permettrait à la Russie de façonner le règlement d’après-guerre plus large en Europe à son avantage. »

    Qu’en est-il du risque décrit par certains experts d’un usage limité d’armes nucléaires plutôt que d’une frappe majeure ?

    Un usage limité d’armes nucléaires déclencherait également un changement majeur dans la sécurité mondiale. Le tabou nucléaire vieux de plus de 80 ans serait brisé. Tout le monde commencerait à se demander : qui sera le prochain ? De plus, si des armes atomiques étaient utilisées contre l’Ukraine et que des territoires ukrainiens devenaient des terres désolées radioactives, Kiev s’estimerait en droit de répondre par des moyens équivalents. Il pourrait le faire, par exemple, en chargeant des matières radioactives provenant de ses centrales nucléaires sur ses drones et missiles de croisière à longue portée, les transformant en « bombes sales » contre la Russie. Une telle riposte à faible technologie pourrait avoir pour la Russie des répercussions comparables à celles que subirait l’Ukraine lors d’une frappe nucléaire russe. Une telle réaction ukrainienne probable à un déploiement russe, même de quelques têtes nucléaires, est une raison de plus pour laquelle la Russie a hésité et continuera d’hésiter à utiliser des armes nucléaires contre l’Ukraine.

    Si l’Occident cessait de s’inquiéter d’une escalade nucléaire russe, l’effet dissuasif recherché par Vladimir Poutine tomberait à plat. N’y aurait-il pas alors un risque qu’il finisse par recourir aux armes nucléaires afin de ne pas perdre la face ? Le président russe a aussi la réputation d’être imprévisible…

    C’est vrai, mais il n’en reste pas moins calculateur. Le scénario que vous décrivez n’annulerait pas les coûts et incertitudes possibles mentionnés plus tôt. Et même si le passé a montré que Vladimir Poutine peut prendre de mauvaises décisions stratégiques ou mal juger une situation – par exemple en surestimant la durée de cette guerre – il ne prendra pas de graves risques dont il a conscience. Il sait qu’une frappe nucléaire déclencherait une vague de sympathie et un soutien effectif pour l’Ukraine dans le monde entier, ce qui pourrait la renforcer.

    Nous accordons trop de poids à ce scénario apocalyptique. Non seulement parce que ce n’est pas ce que Vladimir Poutine semble enclin à faire, mais aussi parce que, plus généralement, l’histoire montre qu’une grande puissance acculée recourt rarement aux armes nucléaires. Par exemple, les Etats-Unis ont perdu au Vietnam et l’Union soviétique en Afghanistan, sans recourir aux armes nucléaires. Depuis que les Etats-Unis ont bombardé Hiroshima et Nagasaki en 1945, l’administration américaine a parfois évoqué, mais jamais sérieusement envisagé, d’appuyer sur le bouton rouge, même lorsque son adversaire était un Etat non doté de l’arme nucléaire.

    Au-delà de son imprévisibilité, Vladimir Poutine semble lier sa survie politique personnelle à l’issue de la guerre. Ce facteur pourrait-il jouer dans les calculs de Vladimir Poutine ?

    C’est ce que beaucoup – moi y compris – redoutent. Pour effectivement initier le lancement d’une arme nucléaire, plusieurs décideurs et commandants militaires, ainsi que des personnels de rang inférieur, devraient coopérer avec Poutine. On peut espérer que, dans un tel scénario du pire, une partie de l’élite politique et militaire russe refuserait d’exécuter un ordre de Poutine de passer au nucléaire.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/un-vladimir-poutine-accule-nappuiera-pas-sur-le-bouton-nucleaire-la-theorie-dandreas-umland-qui-EFRECJNYPVEJJHM6OUBQNDU2UA/

    Author : Alix L’Hospital

    Publish date : 2026-09-20 15:00:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

    L’Express
    Share. Facebook Twitter Pinterest LinkedIn Tumblr Email
    IntelliNews

    Related Posts

    Un pacte avec l’Arabie Saoudite menace le Pakistan d’être entraîné dans le conflit au Moyen-Orient

    septembre 20, 2026

    En visite à Saint-Pierre-et-Miquelon, Emmanuel Macron renforce les liens de la France avec le Canada

    septembre 20, 2026

    Allemagne : l’AfD en passe de l’emporter, un nouveau revers pour Friedrich Merz

    septembre 20, 2026
    septembre 2026
    L M M J V S D
     123456
    78910111213
    14151617181920
    21222324252627
    282930  
    « Août    
    Catégories
    Archives
    Facebook X (Twitter) Instagram Pinterest
    © 2026

    Type above and press Enter to search. Press Esc to cancel.