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    Affaire Bardella : entre rhétorique antisystème et inquiétude, le RN tente de faire bloc

    IntelliNewsBy IntelliNewsseptembre 29, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    « Il va falloir sortir les casques lourds ». « Ce n’est que la première cartouche, d’autres sortiront. » « Sortez vos gilets en Kevlar. » Branle-bas de combat au Rassemblement national. Après la publication, ce lundi, d’un article de Mediapart faisant état de propos antisémites et complotistes qu’aurait tenus Jordan Bardella entre 2013 et 2015, les dirigeants du parti d’extrême droite nient en bloc et tentent une riposte. Le président du RN aurait notamment déclaré que « toutes les banques sont détenues par des Juifs », ou regretté que « le juif doit dominé (sic) les autres peuples, les écraser et les voler, un sioniste est forcément juif, et en profondeur. En France, deux bels exemples sont BHL [Bernard Henri-Lévy – NDLR] ou [Jacques] Attali. Et c’est ce qu’ils veulent, un Nouvel Ordre Mondial dominé par Israël, avec bien sûr Jérusalem comme capitale ».

    « Nous sentons les prémices d’une guerre totale, de tentatives de déstabilisation de la campagne présidentielle qui vont nous cibler un à un (…). Nous allons mener une bataille judiciaire », a déclaré Jordan Bardella, ce mardi 29 septembre, devant les députés RN regroupés à l’Assemblée pour leur réunion hebdomadaire. La veille, l’eurodéputé s’est invité, dans l’urgence, sur le plateau de CNews pour dérouler son argumentaire de riposte, épaulé par les questions bienveillantes de Pascal Praud. « Ces propos sont parfaitement délirants, ils ne sont pas les miens (…) Je pense qu’on est quelque chose d’organisé qui ressemble à une opération de barbouzerie. » La candidate à la présidentielle, qui découvrait vraisemblablement l’affaire – alors même que Mediapart avait informé Jordan Bardella de la préparation de l’article en question samedi 26 septembre – a quant à elle qualifié ces accusations de « totalement folles ». « Je n’y crois pas du tout, c’est une dinguerie », a-t-elle ajouté lors d’un micro tendu, lundi.

    Des arguments plus ou moins convaincants

    Les deux visages du RN se sont entretenus dans la foulée. Les éléments de langage, dénonçant une opération de manipulation d’envergure, circulent rapidement en interne, comme la ligne de défense à adopter. Les hypothèses envisagées sont rapidement distillées : une « opération barbouzerie venue d’adversaires politiques », « d’anciens amis purgés et déçus » ou « directement du pouvoir, avec possibilité d’utilisation des moyens de l’Etat », assure un député RN. Ce mardi, Marine Le Pen et son dauphin se sont affichés ensemble à la réunion du groupe RN pour communier dans un discours antisystème, dénonçant une opération politique cherchant à abattre le potentiel Premier ministre de Marine Le Pen. Jordan Bardella a assuré qu’il ne s’agissait là que d’une « première cartouche » et que « d’autres suivront », sous-entendant qu’il ne serait pas le seul visé. « C’est à Mediapart, je crois, qu’il va falloir dire d’enfiler son costard en kevlar parce qu’il y aura évidemment une réponse à la manière dont ils se comportent », a renchéri Marine Le Pen.

    Sur les plateaux, les élus RN se succèdent pour répéter qu’il est « absolument inenvisageable » que le président du parti ait pu tenir de tels propos, et déploient des arguments plus ou moins convaincants. Invité sur le plateau de BFMTV, l’eurodéputé Mathieu Valet assure que les extraits publiés par Mediapart étant criblés de fautes d’orthographe, ils ne pouvaient légitimement être attribués à Jordan Bardella qui « a tout de même écrit trois livres ».

    « Qui peut croire que Mediapart disposerait d’informations que le Mossad n’a pas, ou qu’il aurait ignorées avant d’accueillir Jordan Bardella en Israël ? », interroge quant à lui le député RN Guillaume Bigot au micro d’Europe 1. Même David Dassa, l’avocat du président du RN, bute sur ses mots au micro de BFMTV. « Nous verrons en temps utile, pour l’instant je reste focalisé et concentré sur la défense de Jordan Bardella », répond-il lorsqu’on l’interroge sur le plan de bataille du parti dans le cas où Mediapart publierait les preuves qui authentifieraient les écrits attribués à Jordan Bardella.

    Son entourage pointé du doigt

    Il y a quelques semaines, un député RN bien avisé assurait à propos du président du parti : « Il est toujours prudent, dans tout ce qu’il dit. Il sait que sa carrière est longue et ne veut pas prendre le risque qu’on lui ressorte une déclaration sulfureuse dans dix ans. » Ce n’est pourtant pas la première fois que Jordan Bardella est épinglé pour une potentielle proximité avec les sphères de l’extrême droite antisémite. Le président du RN, dans sa jeunesse, a été proche de Frédéric Chatillon, ami de Marine Le Pen et ancien président du GUD (un groupuscule antisémite et violent), dont il a fréquenté la fille, Keridwen Châtillon. François Paradol, son directeur de cabinet était membre d’Egalité et Réconciliation (le mouvement d’Alain Soral) et un autre de ses proches, Donatien Véret, qui écrit une partie de ses discours est aussi l’auteur d’une liste de lecture, selon Libération, recommandant de nombreux ouvrages antisémites dont « Comprendre l’Empire », le livre complotiste d’Alain Soral.

    Un compagnonnage dont s’étaient déjà inquiétés des cadres frontistes, en interne, qui redoutaient l’influence « extrémiste » de « certaines personnes dans l’entourage de Jordan ». En 2022, au moment du Congrès du parti, Steeve Briois, maire d’Hénin Beaumont et ami de Marine Le Pen s’était même inquiété publiquement d’un risque de « re-radicalisation du parti ». Un climat de division interne qui s’est accentué ces dernières semaines, alors que le lancement de campagne du parti s’est accompagné de nombreux cafouillages et règlements de comptes.

    Dans l’écosystème frontiste, le timing et le contenu de la publication nourrissent de nombreuses rumeurs, certaines alimentant même l’hypothèse d’une opération venue de l’intérieur, plus précisément du camp mariniste. D’autant que ce mardi, à 20 heures, le premier numéro de l’Infiltré, émanation du média d’extrême droite Frontières, propriété de Vincent Bolloré, devait divulguer le nom de « la taupe du RN ». Comprendre : celui qui alimenterait la presse à propos des affaires internes du parti. Plus que le reste, c’est le sort de Jordan Bardella qui agite les esprits frontistes, sous couvert d’anonymat. « Je crois qu’il y a un monde où il n’est plus Premier ministre », lâche un élu. La « guerre totale » n’épargne pas les rangs du parti.



    Source link : https://www.lexpress.fr/politique/affaire-bardella-entre-rhetorique-antisysteme-et-inquietude-le-rn-tente-de-faire-bloc-4AI3K3PMAFAHTNYT6GJEBOISXA/

    Author : Marylou Magal

    Publish date : 2026-09-29 18:30:00

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