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    De Mai 68 au blocus des lycées : quand la jeunesse fait trembler le pouvoir

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 6, 2026Aucun commentaire8 Mins Read
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    Ce mardi 6 octobre, après des blocus devant leurs établissements, les lycéens se font entendre dans la rue, partout en France. Leurs revendications : des locaux en meilleur état, un personnel au complet et moins d’inégalités entre établissements pour une réalité plus méritocratique. Aucune demande qui ne s’était pas déjà fait entendre lors des plus grandes mobilisations de la jeunesse. Retour sur quatre d’entre d’elles qui ont marqué l’histoire.

    Mai 68

    En 1968, Charles de Gaulle est au pouvoir depuis dix ans et sa cote de popularité faiblit. Même si les Trente Glorieuses battent leur plein, le chômage pointe le bout de son nez. L’année précédente, en 1967, le gouvernement a créé l’ANPE (Agence nationale pour l’Emploi) pour faire face aux 2 % de chômeurs (lors du deuxième trimestre de 2026, il est à 8,3 %). Autre problème : de plus en plus d’élèves se retrouvent assis sur les bancs de facultés parisiennes pour un même nombre de professeurs et des locaux similaires.

    C’est à Nanterre, au sein d’une annexe de la Sorbonne que naît l’embryon de Mai 68. Le mouvement, d’extrême gauche, est très politisé : il appelle à la démission du général ou encore à la fin de la guerre du Vietnam. Le 3 mai, les étudiants se rassemblent dans les locaux de la Sorbonne mère, les leurs leur étant interdits. Avertie, la police intervient et expulse les jeunes adultes. En réaction, l’UNEF appelle à la grève générale. Le mouvement jusqu’alors composé exclusivement des étudiants parisiens est rejoint par les jeunes travailleurs des banlieues qui aspirent eux aussi à davantage de libertés.

    La période de troubles civils qui a secoué la France en mai 1968 a été marquée par des manifestations, des grèves générales massives et l’occupation d’universités et d’usines à travers le pays. A son apogée, le mouvement a quasiment paralysé l’économie française. Les protestations ont atteint un tel niveau que les dirigeants politiques ont craint la guerre civile ou la révolution.

    Le 13 mai, une manifestation nationale est organisée. Près d’un million de manifestants défilent à Paris. C’est le début d’une crise sociale. Pris en étau, le Premier ministre, Georges Pompidou, consent, le 25 mai, à entamer un dialogue tripartite entre les syndicats, le patronat et le gouvernement. Deux jours plus tard, le 27, le gouvernement propose une augmentation du SMIG, des salaires ou encore l’assouplissement de l’âge de départ à la retraire. L’accord n’est pas signé mais les mesures sont bien annoncées.

    Comme la tension ne faiblit pas dans le pays, le 30 mai, le président dissout l’Assemblée et convoque de nouvelles élections législatives desquelles il ressort renforcé avec 90 sièges supplémentaires.

    1986 et la mobilisation contre la loi Devaquet

    En mars 1986, la gauche et le président de la République perdent les élections législatives. Jacques Chirac est donc nommé Premier ministre et chef du gouvernement. Il est l’heure pour la droite d’en finir avec les heures de gloire du socialisme et d’un Etat interventionniste. Animé par cette démarche, le ministre délégué en charge de la Recherche et de l’Enseignement supérieur, Alain Devaquet, soumet à l’Assemblée une réforme de l’enseignement supérieur le 11 juillet. Le projet politique du gouvernement et de ses membres issus de la droite est d’abroger la loi Savary de 1984. Elles devraient ainsi être plus autonomes, pouvoir décerner des diplômes locaux ou encore définir les frais d’inscription elles-mêmes. Surtout, il est prévu de mettre en place une sélection entre les étudiants pour accéder au second degré.

    A la rentrée, les branches locales du syndicat proche des socialistes, l’UNEF-ID, lancent des campagnes d’information pour alerter sur la sélection qui ne passe pas. C’est dans l’enceinte de l’université de Dijon (21) que prennent forme les premières mobilisations. S’en suit l’université de Villetaneuse (93) qui se met en grève. Le 22 novembre, les représentants des branches locales se rassemblent enfin et proclament une grève générale. Le 27 novembre, un appel national à la mobilisation est lancé.

    Le 22 novembre, les représentants des branches locales se rassemblent enfin et proclament une grève générale. Le 27 novembre, un appel national à la mobilisation est lancé.Le 22 novembre, les représentants des branches locales se rassemblent enfin et proclament une grève générale. Le 27 novembre, un appel national à la mobilisation est lancé.

    Selon l’UNEF-ID, rien qu’à Paris, 400 000 personnes manifestent leur refus de voir la sélection dans les universités mise en place. Le 4 décembre, un nouveau défilé s’organise entre Bastille et la place des Invalides. Encore plus peuplé, il donne lieu à des débordements. Les CRS utilisent gaz lacrymogène et tirs tendus.

    Le 5 décembre, le ministre de l’Education nationale, René Monory, prend la parole et annonce retirer plusieurs articles contestés. Le soir-même, les manifestations et la répression se poursuivent. La police tue Malik Oussekine, un étudiant qui n’avait pas pris part aux manifestations. Dès le lendemain, le 6 décembre, Alain Devaquet annonce le retrait du projet de loi et démissionne.

    Les manifestations lycéennes de 1990

    Le 28 septembre 1990, un professeur manque toujours à l’appel dans le lycée de Bellevue, au Mans (Sarthe), laissant une classe entière sans enseignement de mathématique. Pour protester, 3 000 élèves envahissent les rues de la ville. Quelques jours plus tard, le 9 octobre, à Vaulx-en-Velin, en banlieue lyonnaise, Thomas Claudio, un adolescent, meurt dans une altercation controversée avec les forces de police. Si les deux événements peuvent sembler décorrélés, c’est tout l’inverse selon les lycéens de l’époque qui s’étaient alors exprimés dans les colonnes de L’Express : « Dans ou hors le système éducatif, nous nous sentons exclus, condamnés à galérer ».

    La colère s’exprime, trouve de l’écho partout en France, et devient de plus en plus forte à mesure qu’elle se propage. Notamment lorsqu’elle atteint la petite ceinture parisienne – historiquement communiste – où les lycéens réclament là aussi davantage de profs, de pions – aujourd’hui appelés assistants d’éducation – de sécurité et des locaux en bon état. Au-delà des demandes matérielles, ces jeunes d’un peu partout revendiquent le droit à un avenir social et professionnel de plus en plus empêché par le chômage. A l’époque, Ricardo, en terminale dans un lycée de Bondy, témoigne : « La violence, pour nous, c’est 40 par classe. Les lycées sont en train de devenir des cités-dortoirs, alors que, pour nous, en banlieue, le seul moyen de s’en sortir, c’est justement le bahut. On est dans la merde ! ».

    Deux des plusieurs centaines de vandales qui se sont déchaînés en marge d’une manifestation étudiante par ailleurs pacifique, le 12 novembre 1990. Les étudiants protestaient contre les conditions de vie dans les établissements scolaires français.Deux des plusieurs centaines de vandales qui se sont déchaînés en marge d’une manifestation étudiante par ailleurs pacifique, le 12 novembre 1990. Les étudiants protestaient contre les conditions de vie dans les établissements scolaires français.

    Le 12 novembre, ils sont entre 100 000 et 200 000 à manifester leur colère dans les artères et rues parisienne. Presque autant dans les grandes villes de province. Pour apaiser la colère populaire et éviter la surenchère, des policiers en civil assurent le service d’ordre.

    Autre point commun avec les manifestations de ce mois d’octobre 2026 : Jean-Luc Mélenchon. Déjà présent à l’époque, il était toutefois moins radicalisé – sénateur socialiste – mais pas moins loquace, commentant auprès des journalistes : « Vous avez déjà essayé de manipuler un tremblement de terre ? »

    Les protestations de la jeunesse contre le CPE

    Là encore, le problème naît du chômage croissant dans la société au début de l’année 2006 et qui touche plus particulièrement les jeunes (25 %). Le Premier ministre, Dominique de Villepin, aspirant candidat à l’élection présidentielle de 2007, entrevoit une solution : le contrat de première embauche, dit CPE. L’idée est d’inciter les patrons à embaucher ce public avec un contrat spécifique pour les jeunes de moins de 26 ans. A la place des huit mois de période d’essai classique prévus lors d’un CDI, ce sera deux ans, soit une durée presque trois fois plus longue.

    Avec l’utilisation du 49-3, le Premier ministre de droite passe en force et fait adopter le texte devant le Parlement le 9 mars. Immédiatement, les jeunes lycéens et étudiants manifestent leur désaccord. Ils sont aussi rejoints par les syndicats de salariés qui gonflent les troupes. Certains jours, un à trois millions de personnes manifestent en France pour demander le retrait de cette réforme.

    Certains jours, un à trois millions de personnes manifestent en France pour demander le retrait de cette réforme.Certains jours, un à trois millions de personnes manifestent en France pour demander le retrait de cette réforme.

    L’initiateur de la loi, Dominique de Villepin, refuse de plier. A côté de lui, le président Jacques Chirac suspend l’application du texte juste après l’avoir promulgué. S’il demande au départ seulement la modification des points contestés, il finit par répondre à la demande des manifestants : celle d’abandonner cette loi. Un mois après le 49-3, le 10 avril, le CPE est officiellement relégué au placard. A la place, le Parlement vote un dispositif d’aides aux entreprises qui feront le pari d’embaucher des jeunes.



    Source link : https://www.lexpress.fr/societe/de-mai-68-au-blocus-des-lycees-quand-la-jeunesse-fait-trembler-le-pouvoir-EKDU6ADIMZDPJEZ367WIIEYU7I/

    Author : Juliette Garnier

    Publish date : 2026-10-06 17:52:00

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