Il ne cesse de leur filer entre les doigts. En début d’année 2026, la joute était prête. Gabriel Attal et Jean-Luc Mélenchon devaient débattre dans le Nouvel Observateur des questions internationales. Las, le leader insoumis s’est décommandé au dernier moment. Quelques mois plus tôt, le tribun avait décliné un débat télévisé avec le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau sur France 2. L’écologiste Marine Tondelier l’avait remplacé au pied levé.
Jean-Luc Mélenchon aime jouer avec les nerfs de ses deux rivaux. Après avoir débattu tout l’été sur les réseaux sociaux avec Gabriel Attal, le prétendant élyséen a sèchement écarté une nouvelle proposition de débat du secrétaire général de Renaissance. « Non, M. Attal, vous êtes trop outrancier et injurieux. Et puis, vous pourriez devoir vous désister bientôt pour M. Philippe. Je verrai avec lui », écrit-il sur X. Voilà l’ancien Premier ministre relégué au rang de candidat de seconde zone, guère digne d’échanger avec le tribun insoumis. Et cette suggestion de dissoudre LFI, œuvre de Bruno Retailleau ? « Il est ridicule. Ce n’est pas parce qu’il parle de moi qu’il va faire parler de lui », lâche Jean-Luc Mélenchon.
« On veut réveiller la campagne »
Qu’importe ce mépris : Gabriel Attal et Bruno Retailleau s’érigent en premiers adversaires de l’insoumis. Un besoin de lumière étreint les deux challengers d’Edouard Philippe, guère audibles en ce début de campagne. « On veut réveiller la campagne et montrer notre candidat. Notre enjeu est d’être écouté », admet un lieutenant de l’ancien Premier ministre.
Quoi de mieux que l’épouvantail insoumis pour gagner en visibilité ? Gabriel Attal a savouré ses escarmouches estivales avec l’ex-président des députés LFI. « Ils ont souhaité nous marquer à la culotte lors de nos déplacements ou à la rentrée avec les tweets parfois acerbes de Jean-Luc Mélenchon. Cela prouve que Gabriel est un candidat sérieux. Le pire dans une campagne, c’est l’indifférence », note un proche. L’affiche de son meeting à Lyon le 10 octobre a mis en scène cet affrontement. Le regard de Gabriel Attal est tendu vers l’horizon quand Jean-Luc Mélenchon apparaît à l’arrière-plan, tel un fantôme. Bruno Retailleau n’a pas cette audace visuelle. Lui se contente d’évoquer une éventuelle dissolution de la formation radicale, dépeinte en ennemie de la République. Le président de LR a aussi lancé son « observatoire des villes LFI » après les municipales.
« LFI est pour nous l’adversaire idéal »
A chacun sa quête. L’ancien ministre de l’Intérieur mène une guerre idéologique totale contre LFI, quitte à mettre au second plan la menace frontiste. « LFI est pour nous l’adversaire idéal, glissait-il l’hiver à L’Express. Tout ce qui rétablit le clivage droite-gauche me convient. » Bruno Retailleau cherche à s’extirper du bloc central, espace politique qui ne sied guère à sa « radicalité » autoproclamée. Laïcité, politique fiscale, sécurité… Le logiciel de Jean-Luc Mélenchon est du pain béni pour le Vendéen, miroir inversé de Jean-Luc Mélenchon. Ses électeurs ont en horreur la gauche radicale. Bruno Retailleau les cajole. Gabriel Attal traîne, lui, comme un boulet son appel insidieux à voter LFI pour faire échec à une victoire du RN lors des dernières législatives. Sa justification – la gauche radicale ne pouvait pas obtenir de majorité absolue à l’Assemblée – n’imprime pas. « On n’a pas réussi à expliquer le truc », concède un fidèle. Alors, il faut frapper pour faire oublier ce passé gênant.
« Pulvériser le bloc central »
Les insoumis observent avec le sourire ces offensives. Jean-Luc Mélenchon en joue avec habileté. A Bruno Retailleau, on réserve l’indifférence. Pourquoi donner de l’importance à un candidat englué à 8 % d’intentions de vote ? Avec Gabriel Attal, la manœuvre est plus subtile. L’ancien sénateur souffle le chaud et le froid. Ici, des débats enflammés sur les réseaux sociaux. Là, un refus – plein de morgue – de tout débat avec lui. « Attal n’est pas un danger, mais il nous permet de pulvériser le bloc central, il le déstabilise par sa candidature », sourit un proche de Jean-Luc Mélenchon. « Ça nous centralise. Les deux ne le font pas bien, de manière insultante et ça ne marche pas », ajoute Manuel Bompard.
L’offensive de Gabriel Attal et de Bruno Retailleau est à double tranchant. Un lieutenant du patron de LR remarquait récemment que la « peur de LFI peut accélérer la bascule de certains électeurs vers le RN ». Le Vendéen pose ses mots rugueux sur cette crainte par souci de conforter son noyau dur. Mais si le danger LFI est un moteur de vote RN, il est alors risqué de lui donner un tel carburant. Gabriel Attal est enfin sommé de justifier du maintien de sa candidature face à Edouard Philippe, en raison du risque d’un duel RN-LFI au second tour de la présidentielle. Agiter le danger LFI, c’est aussi rendre plus urgente l’union du bloc central. « L’idée d’un second tour RN/LFI est entrée chez les gens, note une ministre. Cette crainte est une chance pour Edouard Philippe. »
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Author : Paul Chaulet
Publish date : 2026-10-14 10:00:00
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