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    « Une répétition générale en cas de victoire de Le Pen » : comment l’ultragauche a mis la France à genoux

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 19, 2026Aucun commentaire12 Mins Read
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    La mairie du Xe d’arrondissement de Paris s’est transformée en donjon. Un bruit sourd, puis deux, puis ce fracas distinctif des vitres brisées. A l’intérieur, quelques cris et un brouhaha paniqué. « Quatrième étage, de suite ! », hurle la maire Alexandra Cordebard, d’ordinaire placide. Il est aux alentours de 20 heures ce samedi 17 octobre. Un peu plus de 200 invités en tenue de soirée gagnent dare-dare le dernier niveau du bâtiment, non sans avoir aperçu, au travers des volutes de la porte blindée, les silhouettes noires de leurs assaillants, devant un énorme brasier allumé sur une benne à ordures. Ils étaient venus pour un défilé de mode caritatif de l’association Inclusion solidaire, au nom de la campagne Octobre rose, ils finissent assiégés.

    L’étage est plongé dans le noir, seule la lumière des smartphones éclaire la pièce. La plupart des invités se ruent sur les balcons intérieurs, afin d’observer en direct la tentative d’intrusion au rez-de-chaussée. Quelques jeunes femmes en robe pleurent, Antoine Jumel, conseiller d’arrondissement MoDem, répond aux deux mêmes questions fébriles : « Est-ce qu’ils vont réussir à rentrer ? », et « est-ce qu’on va dormir ici ? ». Il y en a une troisième, plus dérangeante, que seuls quelques-uns osent poser : « S’ils rentrent, il se passe quoi ? »

    Pendant qu’un car de CRS s’est mis en route pour les délivrer, ils sont nombreux à s’être branché sur les chaînes d’info en continu, où circulent de premières images des flammes de la mairie de Limoges, magnifique bâtisse néorenaissance, comme la mairie du Xe arrondissement. « Et là, on se dit que c’est chaud », se souvient Antoine Jumel. Car tous découvrent que l’attaque qu’ils vivent se reproduit un peu partout sur le territoire, dans un pays où « force reste à la loi » n’est plus qu’une maxime.

    Le nombre de manifestants sous-estimé

    « J’ai plus de quarante ans de service, je ne suis pas un jeunot. Je n’ai jamais été confronté à ça », souffle un préfet. L’Express a pu s’entretenir avec six hauts responsables sécuritaires directement à la manœuvre ce samedi 17 octobre : tous décrivent un raz-de-marée imprévu, les forces de l’ordre dépassées, les consignes de délaisser certains objectifs, notamment les commerces, pour se concentrer sur les points les plus névralgiques, comme en zone de guerre. A Paris, le temps d’intervention des CRS dans certains arrondissements « s’est compté en heures », indique Alexandra Cordebard. A Lyon, rue de la Charité, des membres d’une association de commerçants livrés à eux-mêmes se sont regroupés, « battes de baseball et morceaux de bois à la main, pour défendre leurs boutiques », à la façon d’une milice improvisée, raconte un conseiller municipal. A Valence, le maire Nicolas Daragon raconte avoir dû envoyer un mail lui-même aux commerçants de sa ville pour leur demander de fermer leurs magasins pendant les heurts. « Nous n’avons eu aucune réunion avec la préfète dans les jours qui ont précédé ; tout laisse à penser que l’Etat central a considéré que les signaux faibles n’étaient pas suffisamment alarmants », glisse cet ancien ministre délégué à la sécurité publique.

    Je pense que tout ça a été préparé en sous-marin, et qu’on ne l’a pas vu venir

    Tout est parti d’une mauvaise appréciation du nombre de manifestants, autour d’un mot d’ordre dont plus personne ne parle dpuis les exactions, la lutte contre la vie chère. Ce lundi, dans un communiqué, Emmanuel Macron pointe des « défaillances d’anticipation et de renseignements », et en effet, comment qualifier autrement l’évaluation de la mobilisation, puisque 550 000 personnes ont défilé dans les rues de France… soit plus de trois fois plus qu’escompté dans les prévisions les plus hautes du ministère de l’Intérieur ? « Le nombre était extrêmement difficile à prévoir, parce que c’était totalement inédit. Il n’y avait aucune déclaration de manifestation et tout s’est fait sur des réseaux sociaux ou des boucles cryptées », décrit Etienne Guyot, le préfet d’Auvergne-Rhône-Alpes.

    A Paris, certains CRS ont passé la journée avec une simple bouteille d’eau, raconte Linda Kebbab, secrétaire nationale du syndicat policier Un1té. Ils avaient prévu de s’acheter à manger durant un temps mort… avant d’être acculés jusqu’à deux heures du matin. Dans plusieurs grandes villes, comme à Brest ou à Marseille, des agents en congés ont dû être rappelés tout au long de la journée pour éviter la catastrophe absolue. « Ils sont revenus parce qu’ils avaient des appels au secours des collègues. Ils se faisaient laminer », croit savoir David Leveau, secrétaire régional Bretagne d’Un1té. Dans un communiqué, la préfecture des Bouches-du-Rhône explique qu’ont été dénombrés dans la ville… plus de 30 000 pilleurs, chiffre inédit et ahurissant. « Quand les collègues m’ont parlé de « 8 000 à 10 000 personnes », je me suis dit : « Des mythos ! Ils sont fous ». C’est déjà un chiffre énorme. Et là, la préfecture nous parle de l’équivalent de la moitié du stade Vélodrome », commente, éberlué, Rudy Manna, délégué national du syndicat Unsa police.

    « Mes collègues ont tous vu la même chose »

    Comment expliquer la présence massive et sous-estimée de militants d’ultragauche à Lille, Marseille, Lyon, Bordeaux, ou encore dans des villes moyennes comme Valence, Brest ou Limoges ? Les premières remontées évoquent, dans plusieurs de ces rassemblements, un pourcentage de 10 % de casseurs, une répartition que plusieurs responsables estiment coordonnée. « Je pense que tout ça a été préparé en sous-marin, et qu’on ne l’a pas vu venir, estime Eric Kerbrat, secrétaire départemental Un1té à Brest. Or officiellement, la mouvance d’ultragauche ne regrouperait qu’ »entre 2 000 et 3 000 personnes », indiquait un rapport de l’Assemblée nationale sur l’activisme violent, en 2023, entre groupuscules anarchistes, antifascistes ou autonomes. Les services de renseignement n’ont-ils pas un train de retard sur les agissements de ce microcosme très méfiant ? « On n’a pas suffisamment de temps pour prendre du renseignement et le faire remonter à l’Etat. On lâche nos policiers dans les manifestations, où ils sont pris en photo, et vous avez des fiches Wanted comme aux Etats-Unis où ils sont clairement identifiés. On a moins d’informations aussi en milieu fermé pour faire de la surveillance en amont, donc l’anticipation n’est pas bonne », lâche Cyril Jeannin, secrétaire national d’Un1té pour le Sud-Ouest. A Bordeaux, les policiers ont dû laisser la résidence de la préfète être saccagée pour protéger d’autres objectifs.

    Nos interlocuteurs décrivent un même schéma. « Mes collègues ont tous vu la même chose : un cortège de manifestants ‘classique’, avec des organisations syndicales à la manœuvre, mais fait nouveau, ce cortège a été rejoint dès le départ par des groupes de casseurs, puis par des jeunes, même des très jeunes, moins de 15 ans », résume Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse et président de France urbaine, l’association des grandes villes de France. Derrière ce tableau, une « répartition des rôles » entre différentes sociologies : à l’ultragauche, l’affrontement direct avec la police et l’attaque des lieux de pouvoir ; aux « pilleurs », souvent jeunes majeurs ou mineurs, le saccage des boutiques, façon mises à sac du Moyen-Âge. « La proportion était environ de 80 % de pilleurs et de 20 % d’ultragauche », jauge Grégory Joron, secrétaire général d’Un1té.

    Certains ajoutent une troisième catégorie, « hybride », comme la qualifie un responsable sécuritaire : des militants moins aguerris à la violence, mais soutiens de l’ultragauche, qu’ils peuvent accompagner sur certaines actions et dont ils partagent le mot d’ordre « ACAB », initiales de l’expression anglaise signifiant tous les policiers sont des bâtards. Ainsi, selon plusieurs responsables policiers, de certains mouvements propalestiniens ou d’organisations comme Poing Levé ou Révolution Permanente, citées à l’Assemblée nationale par le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, comme « incitant les lycéens à commettre des exactions », le 7 octobre. Charge à la police de protéger les « gentils », selon le mot drolatique d’un préfet pour qualifier les manifestants pacifiques. Ce qui fut, bien souvent, une gageure. « Nous avons été surpris par la volonté de l’ultragauche de nous attaquer dès le début, à pleine intensité », reconnaît une source sécuritaire.

    A Marseille, 48 heures après le chaos, Benoît Payan en veut toujours à l’Etat. « C’est du jamais vu. Comment laisse-t-on dégénérer une situation pareille dans ce pays ? », interroge-t-il après une longue nuit blanche. L’édile phocéen refait le film, heure par heure, déplore l’absence de communication, d’anticipation, du gouvernement. « J’apprends le jour-même que les autorités craignent la présence de ‘blacks blocks’. Je ne suis tenu au courant de rien, ce qui est contraire au code de la sécurité intérieure », pointe-t-il.

    A Saint-Etienne, on est passé à deux doigts de la catastrophe. Ça s’est joué à entre deux et cinq minutes

    Le maire est à la manifestation lorsqu’il est informé d’une tentative d’intrusion dans la mairie. Le cordon de CRS présent sur les lieux n’empêche pas les casseurs de pénétrer le bâtiment. A son arrivée, Payan constate les dégâts, les fenêtres brisées, le buste de Marianne au sol. L’image le « prend aux tripes ». Impuissance. Il avait demandé par écrit à la préfecture de protéger le commissariat central de la police municipale. En vain. L’édifice, situé sur la Canebière, est lui aussi mis à sac. Le maire prend peur, il comprend qu’une seule compagnie de CRS sera déployée à Marseille. Il s’entretient donc avec Emmanuel Macron pour demander du renfort policier. A 13 heures, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez et le Premier ministre Sébastien Lecornu lui promettent trois unités de forces mobiles au gré d’une réunion téléphonique. A quoi ont-ils servi ? L’édile doute de cette doctrine du maintien de l’ordre.

    « Ce que j’ai vu hier, c’est une police nationale essentiellement employée à tirer des lacrymos dans la manifestation. Et pendant ce temps-là, on cassait ma ville ». Le député du coin, le socialiste Laurent Lhardit l’a observé de sa fenêtre, sur la très commerçante rue Grignan. « Cinq heures sans aucune intervention policière », dit-il. En début de soirée, il doit éteindre lui-même un départ de feu, déclenché dans la rue par des individus visiblement « très équipés ».

    Dans la cité phocéenne, les forces de l’ordre ont passé leur samedi à colmater d’immenses brèches, depuis une tentative de bloquer les tunnels routiers, dès potron-minet. Là où le renseignement territorial annonçait entre 50 et 100 militants, les CRS voient débarquer… 500 activistes hostiles. A Saint-Etienne, les manifestants violents sont 500 au lieu de 300 et débordent le dispositif de sécurité au point d’être tout près d’envahir la mairie. « On est passé à deux doigts de la catastrophe. Ça s’est joué à entre deux et cinq minutes », révèle une source sécuritaire. Sur place, les policiers municipaux essuient des jets d’essence, d’acide. « On va tous vous cramer, tous vous choper », entendent-ils.

    « A Lyon, nous avons dû gérer une foule au comportement erratique, organisée pour désorganiser le service d’ordre avec un pilotage de l’ultragauche, déterminée à détruire, à créer le chaos et à s’en prendre aux institutions », témoigne Etienne Guyot. L’office du tourisme y a été incendié. A Limoges, le préfet de Haute-Vienne décrit des groupes « extrêmement violents » bien organisés. « Certains distribuaient des missions, d’autres haranguaient la foule en se servant de cônes de circulation comme mégaphone, ou de poubelles comme de tambours », relate Maurice Barate. Quand une partie de la toiture de la mairie s’effondre, des applaudissements retentissent.

    Le renfort d’étrangers aurait-il pu jouer un rôle dans cette déferlante ? « On a des gens très organisés, très déterminés, et quelques étrangers aussi, quelques Italiens, des Suisses », a déclaré un commissaire de la préfecture de police au Premier ministre Sébastien Lecornu, ce samedi soir, un échange capté par BFMTV. « C’est habituel, mais ils n’ont pas joué un rôle décisif », relativise un responsable de Beauvau.

    Les pilleurs venus de TikTok

    Les « pilleurs » ont eux fait figure d’allié idéal. Selon plusieurs préfets, leur participation a été largement improvisée, favorisée par le beau temps sur toute la France. « Dans mon département, on croit savoir que beaucoup se sont décidés vers 11 heures, en constatant sur TikTok que de premiers magasins étaient pillés avec succès. D’où la grande difficulté pour le renseignement de prévoir cet afflux », relève l’un d’entre eux. « Ils envoient des éclaireurs à deux roues pour jeter un œil, regarder la configuration, et arriver ensuite avec une bande de vingt à trente qui vont piller les magasins », décrit Gregory Joron.

    Profitant des affrontements entre l’ultragauche et la police, ils se sont rués sur les centres-villes, visant en priorité des commerces comme Lacoste, Sephora, Apple, Versace, Vuitton ou l’enseigne de jeux vidéo Micromania, visée presque partout. « Chez moi, les pilleurs ont clairement visé les produits avec une valeur de revente », raconte Ariel Weil, maire de Paris Centre. Des razzias parfois coordonnées avec d’autres bandes depuis des boucles Snapchat, relate un préfet. « J’ai retrouvé des cartes Pokemon dans toute la ville », signale également, un peu médusé, David Moreira, secrétaire général-adjoint et délégué du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) à Lille, une seule carte par paquet pouvant disposer d’une véritable valeur marchande. Dans la ville du Nord comme d’autres endroits, ces brigandages ont parfois donné lieu à des scènes quasi-burlesques, la police tentant de rattraper les voleurs entre les terrasses de cafés bondées. Selon la fédération du commerce et de la distribution, environ 1 500 commerces ont été pillés ou endommagés. Environ 2 400 interpellations ont eu lieu. 997 policiers et gendarmes ont été blessés, dont sept grièvement, indique encore le ministère de l’Intérieur.

    La France se remet à peine de cette pagaille que des groupuscules tentaient de profiter de l’épuisement policier pour jouer l’acte 2 ce dimanche, à Paris ou à Nantes, où de nouveaux pillages ont été déplorés. En attendant de nouvelles journées de mobilisation, le 24 octobre, puis le 5 novembre, sous la bannière de cinq syndicats, dont la CGT et la CFDT. « On a demandé une prime de risque parce que le métier n’a jamais été aussi dangereux. Cette demande est pour l’instant restée lettre morte », regrette Eddy Sid, porte-parole d’Un1té Marseille. Si les prochains jours donneront la part belle aux recherches de responsables politiques, personne, au ministère de l’Intérieur, n’imagine que les émeutiers s’arrêteront là. « C’était une répétition générale, théorisée comme telle par l’ultragauche », confie un haut responsable de Beauvau : « L’idée c’est de se préparer à passer à l’action en mai prochain, notamment en cas d’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen ». Un préfet résume : « Nous sommes rentrés dans une phase pré-insurrectionnelle. Ce samedi, c’était le début des emmerdes jusqu’à la présidentielle ». Au moins.



    Source link : https://www.lexpress.fr/societe/une-repetition-generale-en-cas-de-victoire-de-le-pen-comment-lultragauche-a-mis-la-france-a-genoux-4UPVAZTRYBCJZHMNINZZXXE2M4/

    Author : Mattias Corrasco, Céline Delbecque, Etienne Girard, Alexandra Saviana, Ambre Xerri

    Publish date : 2026-10-19 11:12:00

    Copyright for syndicated content belongs to the linked Source.

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