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    Omar Youssef Souleimane sur les émeutes et les blocages lycéens : « On ne sauve pas sa maison en l’incendiant »

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 23, 2026Aucun commentaire8 Mins Read
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    Le titre de son ouvrage, Les héritiers de la haine (Plon) pourrait sembler excessif. Mais à lire l’enquête menée par Omar Youssef Souleimane, réfugié franco-syrien, écrivain et journaliste qui anime depuis des années des ateliers d’écriture dans des collèges et lycées de la banlieue parisienne, force est de constater que quelque chose se joue dans les salles de classe. Effacement de l’Histoire, crise identitaire, séparatisme, l’auteur analyse les maux qui gangrènent les mentalités de ses élèves, ainsi que le système scolaire, où la culture du « pas de vagues » et « l’omerta » dominent, selon lui. Au risque de mener à des émeutes durables et au chaos à grande échelle… Entretien.

    L’Express : pourquoi avoir intitulé votre livre Les héritiers de la haine ?

    Omar Youssef Souleimane : Voir des élèves légitimant les attentats contre Charlie Hebdo et ceux du 13 Novembre m’a rappelé mon passé en Syrie. Au fond, ce type de discours aux accents vengeurs et haineux vis-à-vis des valeurs occidentales se retrouve plus largement au Moyen-Orient. Mais je n’impute pas la faute aux jeunes. Leur ressentiment n’est que le reflet du discours séparatiste, radical, islamiste et entriste que nombre d’acteurs banalisent. Et je dis « banaliser » à dessein car, pour moi, la banalisation est pire que la justification. Forts de cela, les jeunes qui participent à mes ateliers finissent par trouver compréhensible voire légitime de tuer des gens pour des désaccords idéologiques. C’est précisément ce que j’ai pu observer en Syrie. Une forme de joie face à l’horreur.

    Si j’ai choisi ce titre, c’est aussi parce qu’il y a un passif, qui remonte aux années 1960 environ, quand la France a commencé à faire venir des travailleurs du Maghreb. Peu à peu, nous avons vu émerger une crise identitaire qui s’est construite tout à la fois parce que l’État a laissé les immigrés de côté dans les cités, et parce que la colonisation a laissé des traces. Depuis, il y a un terreau fertile pour le séparatisme et la haine, qui n’a cessé de s’alimenter, surtout depuis les années 2000, avec les attentats du 11 Septembre, la seconde intifada, et l’intensification des discours victimaires portés par les Frères musulmans. L’idée étant que quoi que vous fassiez, en tant qu’immigré, descendant d’immigré ou musulman, vous ne réussirez jamais dans une société raciste et colonialiste. En clair : ils ont diffusé du désespoir, qui s’est peu à peu mu en haine vis-à-vis de la France et de ses valeurs : d’où la persistance du séparatisme, de l’homophobie, de l’antisémitisme ou encore du sexisme…

    Vous qualifiez ce que vous avez observé de « signaux avant-coureurs ». Mais de quoi ?

    Le pire scénario serait une intensification et une pérennisation des émeutes, comme celles qui avaient suivi la mort du jeune Nahel. Si ce que je décris n’est pas sérieusement pris en main, on peut légitimement imaginer que n’importe quel événement extrémiste, un islamiste commettant un attentat ou quelqu’un s’en prenant à un musulman, déclenche le chaos à grande échelle. Il faut comprendre que les germes sont déjà là, contrairement à ce que soutiennent ceux qui minimisent le problème. En témoignent les sondages que j’ai menés auprès de plus de quatre cents jeunes ayant participé à mes ateliers. Par exemple, 30 % d’entre eux considéraient que la France est un pays qui n’a aucun avenir…

    Vous allez même jusqu’à parler d’ »un pays qui leur est étranger ». Pourquoi cela ?

    Effectivement. Quand je demande aux jeunes de me décrire la France en quelques mots, ils ne pensent pas à la laïcité ou à la liberté d’expression, mais au « racisme », à la « répression policière » et à « l’islamophobie ». La plupart sont nés en France, ils n’ont même parfois jamais visité le pays dont leurs parents ou leurs grands-parents sont originaires, mais ils rêvent déjà d’en partir. A l’inverse, la première des destinations qui fait rêver la majorité de ceux que j’ai interrogés, c’est Dubaï. Et ça n’est pas pour des raisons culturelles, mais parce qu’ils veulent « conduire une Ferrari » ou « skier ». Evidemment, les réseaux sociaux jouent un rôle majeur dans tout ceci. Quand vous voyez défiler à longueur de journée des influenceurs qui vous serinent qu’ils sont devenus millionnaires sans faire d’études ou sans avoir fourni le moindre effort, cela n’a rien d’étonnant. Ça ne l’est pas plus si l’on considère combien, aussi, certains parents diffusent eux-mêmes auprès de leurs enfants qu’ils ne s’épanouiront pas à travers l’école de la République… Et ça l’est encore moins quand on entend, comme c’est régulièrement mon cas, que ces jeunes ne savent pas ce qu’ils veulent faire après l’école parce qu’ils croient au « mektoub », soit le destin dans l’islam.

    Vous jugez que « dire la vérité » sur ce qui se passe dans les écoles n’est pas accepté. Vraiment ?

    Le système scolaire pâtit d’une culture du secret. Le « pas de vagues » et l’omerta dominent l’Éducation nationale. Il est difficile d’en donner la cause, mais on peut au moins affirmer que la mort de Samuel Paty a été un tournant. D’après plusieurs des professeurs que j’ai interrogés pour ce livre – qui ont tous témoigné sous pseudonyme – ce silence tient au fait qu’ils ne veulent pas avoir le même destin que Samuel Paty. Ainsi, le moindre problème est passé sous silence de peur de déclencher une polémique, et donc une vengeance. Par ailleurs, le fait qu’ils n’osent pas parler renforce leur sentiment de solitude. Ils ne se sentent soutenus ni par l’Education nationale ni par les parents d’élèves. Ça ne fait que renforcer leur refus de dire tout haut ce qu’ils observent dans leurs classes.

    « L’histoire effacée, le séparatisme semé », écrivez-vous. Quel est le lien entre ces deux notions ?

    Tout est lié. J’en veux beaucoup à François Mitterrand car, en voulant faire barrage au Front national – une ambition parfaitement louable et légitime – il a dans le même temps associé ce parti à l’histoire française. Ce faisant, il a fait de l’attachement à la France une honte. Nous en récoltons maintenant les fruits. Aujourd’hui, l’essentiel de l’Education nationale est dominé par l’extrême gauche. Si bien que cette assimilation malhonnête de l’Histoire à un discours identitaire se poursuit, ce qui contribue précisément à doper le Rassemblement national. Je n’aime pas donner des conseils, mais la nature a horreur du vide. Si nous abandonnons l’histoire de France, avec ses bons et ses mauvais souvenirs, nous laissons le champ libre à ceux qui propagent un discours dangereux pour l’avenir de ce pays. Mais force est de constater que la gauche, censée être la gardienne de l’égalité entre les citoyens, a capitulé devant ceux qui essentialisent les Français… Dans mon livre, je parle évidemment de La France insoumise, pour laquelle, par exemple, un musulman n’est pas un Français comme les autres. C’est un musulman, un point c’est tout. Nous devons collectivement rejeter ce discours pour que les valeurs françaises demeurent. Retrouver le moyen de susciter un attachement à ce pays. Nous n’effacerons pas le colonialisme, et il faut continuer à entretenir son souvenir pour que de telles choses ne se répètent pas à l’avenir. Mais nous pouvons, et nous devons, enseigner l’histoire de France, sa langue, sa gastronomie, sa culture, dans sa diversité. La citoyenneté est un sujet qui concerne les jeunes. Il faut donc l’enseigner de façon moderne. De ce point de vue, je propose des solutions dans mon livre, comme le fait de mener une contre-offensive sur les réseaux sociaux pour remplacer les discours séparatistes et communautaristes par un discours républicain. Ça n’est qu’une idée parmi d’autres, mais je suis sûr d’une chose : la France laïque et républicaine a les armes pour rivaliser avec ces discours et les terrasser.

    Depuis fin septembre, un vaste mouvement de blocages lycéens se déploie partout en France pour réclamer plus de professeurs, des classes moins chargées, l’abrogation de Parcoursup et de meilleures conditions matérielles. Quel regard portez-vous sur ce mouvement ?

    Ce mouvement est d’abord le fruit de la violence qui imprègne une partie de cette jeunesse : violence du harcèlement, violence du séparatisme, violence d’une crise identitaire profonde qui, faute de trouver ses mots, s’exprime au sein même de l’établissement scolaire en brûlant, en hurlant et en cassant.

    Je ne nie pas les difficultés réelles de l’Education nationale. Les problèmes matériels existent, le manque de professeurs est criant, les classes sont souvent surchargées. Mais ces revendications servent trop souvent de prétexte. Elles offrent un habillage présentable à une colère qui vient d’ailleurs, à une haine diffuse envers l’institution et, au-delà, envers ce qu’elle représente : la République. Car si ces jeunes se battaient réellement pour leur école, on ne les verrait pas s’en prendre à leurs propres lycées. On ne sauve pas sa maison en l’incendiant.



    Source link : https://www.lexpress.fr/idees-et-debats/omar-youssef-souleimane-sur-les-emeutes-et-les-blocages-lyceens-on-ne-sauve-pas-sa-maison-en-AEDYJ3KVTND3DO2DDXDEWVCJ7Y/

    Author : Alix L’Hospital

    Publish date : 2026-10-23 15:38:00

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