J-1 avant l' »Acte II ». Pierre Oliver, maire du IIe arrondissement de Lyon, déambule dans les rues de la Presqu’île, épicentre des violences du 17 octobre dans la cité des Gones. Six jours plus tard, l’atmosphère est crépusculaire. Habituellement bondés les vendredis après-midi, les commerces de la place de la République sont tous fermés, barricadés avec ces planches de bois que les Français ont vu fleurir dans de nombreux centres-villes cette semaine. Certains ont mis les moyens : une bijouterie a fait poser sur sa devanture des plaques en fer soudées. Des installations coûteuses, que beaucoup ne peuvent pas s’offrir. « Des commerçants indépendants m’ont dit qu’ils resteraient jour et nuit dans leur boutique pour la défendre », confie l’édile.
Le 17 octobre déjà, certains, rue de la Charité, étaient restés postés devant leur magasin, batte de baseball à la main, pour tenter de faire fuir ceux qui profitaient de la pagaille. Et à la veille de l' »acte II » de la mobilisation, un commerçant de bouche assume sans ambages qu’en cas d’attaque, il se défendra « avec ce qui (lui) tombe sous la main, même s’il s’agit d’une arme blanche ». Dans les villes particulièrement touchées par les violences du week-end dernier, le climat est « très anxiogène »: « Certains m’ont dit qu’ils voulaient se regrouper en milices et faire des rondes », raconte, inquiète, Johanna Benedetti, présidente de l’association My Presqu’île, furieuse que l’Etat laisse les commerçants risquer leur vie, faute d’être en capacité de les protéger.
Des « copains » pour assurer la sécurité
Certes, le gouvernement a promis pour ce samedi 24 octobre de renforcer de 20 % les effectifs de police et de déployer les sentinelles. Reste qu’après le week-end noir du 17 octobre, « les commerçants ont compris qu’ils ne pouvaient plus compter sur l’Etat pour les protéger ; alors ils pratiquent l’autodéfense, et il n’est pas exclu que des milices finissent par se former si les pillages ne cessent pas », témoigne le propriétaire d’une armurerie limougeaude, située à quelques encablures de l’hôtel de ville incendié, livrant le même récit que ses confrères installés dans d’autres villes, de commerçants venus pour la première fois cette semaine se procurer des armes de défense (bombes lacrymogènes, matraques ou encore shockers).
Il faut dire que nombre d’entre eux, faute de trésorerie, ne pourront pas suivre les recommandations de la préfecture de police qui préconise de recourir à des sociétés de sécurité privée : « On se retrouve avec des commerçants obligés d’appeler des copains en renfort pour les aider à protéger leur magasin », atteste à Marseille Bernard Marty, président de l’UMIH 13 (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie des Bouches-du-Rhône). A Lille aussi, un restaurateur a demandé « à deux amis rugbymen », en échange d’un repas offert, de rester avec lui toute la journée pour garder son établissement. Et bien que sa boutique ne soit pas une « cible privilégiée », un commerçant bordelais s’engage venir en aide à ses « collègues » dont les commerces pourraient être touchés.
A certains endroits, la solidarité s’étend jusqu’aux riverains, comme dans ce quartier de Lyon qui compte dans ses rues de nombreux magasins indépendants : « Ici, des habitants se sont engagés à verser de l’essence ou de la Javel sur ceux qui tenteraient d’enfoncer les vitrines des magasins », raconte le propriétaire d’un salon de coiffure. « C’est important pour nous de montrer qu’on ne se laissera pas faire comme des moutons, c’est aussi une question d’honneur », affirme un membre d’une association de commerçants marseillais.
Des réflexes d’autodéfense que l’on retrouve partout où les manifestations ont été particulièrement violentes. Plutôt que de risquer « une confrontation dont l’issue pourrait être dramatique », le président de l’UMIH Paris-IDF, Frank Delvau encourage les hôteliers et restaurateurs parisiens à se mettre à l’abri. D’autant que, comme le rappelle Romuald Catoire, président de la Fédération lilloise du commerce, « les commerçants ne sont pas là pour assurer la sécurité ou rendre justice : ça, c’est le rôle de l’Etat ».
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Author : Ambre Xerri
Publish date : 2026-10-23 15:57:00
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