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    Violences en France : en Algérie, le sommet de l’Etat craint une contagion

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 24, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    « Notre pays est ciblé. Ils veulent importer chez nous les problèmes que vit la France. Il faut être vigilant ». Cinq jours après les émeutes qui ont émaillé la France et ému le monde, Alger réagit. Timidement. Non pas pour condamner, influencer ou dénoncer « la répression » comme elle le faisait à d’autres circonstances, mais pour exprimer une crainte de voir ces manifestations violentes gagner sa propre population, soumise à une inflation galopante.

    A Béjaïa (Kabylie) où il était en visite jeudi 22 octobre, le ministre de l’intérieur, Brahim Merad, un des fidèles du président Abdelmadjid Tebboune, a laissé transparaître par une petite phrase, le sentiment des autorités de son pays face à la grogne sociale qui s’exprime en France depuis plusieurs semaines.

    La vérité est que le pouvoir algérien vit avec la hantise de voir les manifestations de rue revenir, a fortiori lorsque la colère s’exprime dans un pays comme la France dont les Algériens suivent l’actualité au quotidien, donc susceptible de faire des émules.

    Pour anticiper une telle contagion, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, s’est mêlé lui-même à la gestion de la crise née à la fin de l’été de la hausse généralisée de tous les produits de consommation. Malgré une stabilisation des prix des hydrocarbures et des aliments essentiels comme le pain et le lait, subventionnés, ceux des produits frais ont atteint des cimes inégalées.

    Pour éviter la protestation qui commençait à s’exprimer sur les réseaux sociaux, les autorités ont pris le taureau par les cornes : elles ont mené une campagne de répression contre les commerçants, jugés trop cupides pour calmer la population.

    Silence des médias d’Etat

    Afin d’éviter que les émeutes ne servent d’exemple, les médias d’Etat, d’habitude très éloquents lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur les problèmes de la France, sont étrangement silencieux, se contentant de donner des informations factuelles. Ils se sont éloignés des insultes habituelles proférées contre tout ce qui est français. Seule exception, Alg24 la chaîne de télévision internationale, qui consacre quasi quotidiennement un show à la situation en France.

    Avec Mahdi Ghezzar, un ancien chroniqueur chassé des Grandes Gueules (RMC) pour des insultes contre le peuple marocain, et un autre commentateur, Badis Khenissa, qui a effectué une partie de son cursus universitaire en France, la chaîne présente la France comme « une dictature », « loin de donner des leçons » à l’Algérie en termes de respect des droits de l’Homme. Selon Rachid Allouche, spécialiste en géopolitique, la France a perdu « sa trinité basée sur la liberté, l’égalité et la fraternité » puisque « cela fait des années qu’elle ne garantit pas cela à ses concitoyens ». Comme beaucoup d’Algériens, il met en avant les dégradations des biens publics et privés, et surtout la réaction des forces de l’ordre jugée disproportionnée.

    Dans les médias privés, tous désormais sous la férule du pouvoir, le ton est différent. Le Soir d’Algérie, sous le titre « la France se noie », en référence à la noyade dans la Seine de milliers d’Algériens sortis manifester, le 17 octobre 1961, pour l’indépendance de leur pays, décrit le film des événements de cette journée de destructions et de sang et énumère les difficultés auxquelles est confronté le président Emanuel Macron.

    Echourouk, quotidien arabophone proche de la mouvance islamiste, va plus loin. Il impute ces manifestations de violence au traitement réservé aux immigrés. Un éditorialiste de ce quotidien estime que la situation en France est liée « en grande partie au résultat de la politique française stricte envers les immigrants et des conflits qu’elle a causés avec certains pays africains, avec lesquels la France a traité d’une manière autoritaire plutôt que sur un pied d’égalité, comme l’exigent les normes diplomatiques ».

    Sous le titre « La France bascule dans le chaos », le journal L’Expression note : « Hantées par le souvenir du mouvement social des gilets jaunes qui avait embrasé le pays tout entier pendant des mois et des mois, entre 2018 et 2019, pour protester contre la hausse des taxes sur le carburant, les autorités ont beau multiplier les ‘appels au calme’, à six mois de l’élection présidentielle d’avril 2027, la rumeur courait que le phœnix allait réellement renaître de ses cendres ». Pour sa part, le journal francophone El Watan évoque une « France sonnée et sans perspectives ».

    Relayé par les influenceurs

    Sans savoir s’ils agissent en loups solitaires ou sous les ordres des autorités, quelques influenceurs algériens établis en France ont focalisé leurs interventions sur leurs compatriotes manifestants, filmés en train de danser ou de chanter des refrains de leur pays. Keffieh palestinien couvrant le visage, drapeau algérien sur les épaules, Safia Bellemane s’est filmée en train de se préparer à rejoindre les manifestations le 17 octobre à Lyon où elle réside. Tout en montrant ses papiers français, la quinquagénaire, déjà condamnée pour « appel au meurtre » d’opposants algériens, insulte le président français qualifié de « menteur » et de « dictateur ».

    En attendant d’autres Algériens venus commémorer les victimes d’octobre 1961, elle explique à ses followers « les raisons de la colère », des revendications des lycées jusqu’à la crise de la dette. Puis, plus tard, elle se filme faisant un salut militaire écoutant religieusement l’hymne national algérien.

    D’autres influenceurs, en majorité résidant en France ou possédant la nationalité française, ont partagé des vidéos ou des lives des carrés de manifestants acquis à l’Algérie. Mais il n’existe pas forcément de consigne officielle des autorités dans ce sens, la relation entre le pouvoir central d’Alger et les « moudjahidine (combattants) 2.0 » étant partie en vrille depuis le coup de filet opéré par la police française parmi des figures de ce milieu.

    En 2024 et 2025, beaucoup de ces youtubeurs et autres tiktokeurs avaient été arrêtés et condamnés à différentes peines pour avoir notamment menacé des opposants algériens ou promis de perpétrer des attaques en France.

    Parmi les commentateurs des événements en cours en France, l’écrivain bilingue Amine Zaoui s’est interrogé dans une tribune publiée par L’Expression sur le fait de savoir si la France appartenait toujours au monde développé. « La violence ne naît jamais par hasard. Elle est le visage de la sauvagerie humaine, l’expression d’un sous-développement déguisé, le signe de la propagation de la culture de la haine, l’indice d’une société fissurée », a-t-il écrit. « Face à une telle violence, sans précédent, la nouvelle France enterre définitivement ses penseurs et ses écrivains, ceux-là mêmes qui ont constitué la mémoire humaine éclairée : Voltaire, Montesquieu, Diderot, Rousseau et tant d’autres », écrit le romancier, qui a convoqué ainsi les grands noms de la littérature française.

    Sur les réseaux sociaux, les avis des Algériens divergent. Si certains font expressément une comparaison avec les protestations pacifiques d’Algériens en 2019 dans le cadre du hirak prodémocratie, d’autres font remarquer que malgré la violence, les Français « ont le droit de manifester leur colère », contrairement aux Algériens qui ne peuvent plus sortir dans les rues depuis au moins six ans, sous peine de se retrouver en prison. D’autres craignent que la situation actuelle ne profite à l’extrême droite avec le risque de durcir les conditions de l’émigration.



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/afrique/violences-en-france-en-algerie-le-sommet-de-letat-craint-une-contagion-GI2AAYCFO5DWDKX4BRKQZEE3QM/

    Author : Akli Ouali

    Publish date : 2026-10-23 14:29:00

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