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    L’Homme est-il naturellement violent ? Ce que révèle l’histoire de notre espèce

    IntelliNewsBy IntelliNewsoctobre 26, 2026Aucun commentaire8 Mins Read
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    Quel est le point commun entre les images saisissantes des pillages du 17 octobre en France, les guerres en Ukraine ou au Moyen-Orient, et les restes récemment exhumés d’un Néandertalien tué par une lance il y a 75 000 ans au Kurdistan irakien ? Tous témoignent, à des époques et dans des contextes radicalement différents, de la violence humaine. Mais celle-ci est-elle inscrite dans notre nature ? Les chercheurs sont loin de s’accorder, et leur désaccord porte autant sur la préhistoire que sur ce que nous dit la guerre d’aujourd’hui.

    Le doute n’est pas neuf. Après la Première Guerre mondiale, l’Occident se demande si la barbarie des tranchées ne révèle pas le fond de l’homme. Dans les années 1920, Sigmund Freud théorise une « pulsion de mort », un instinct destructeur enfoui en chacun de nous. Les atrocités de la Seconde Guerre mondiale semblent lui donner raison. Mais qu’en dit la science, un siècle plus tard ?

    Un héritage de primates ?

    Le débat remonte au XVIIIe siècle. Pour Thomas Hobbes, « l’homme est un loup pour l’homme » : la violence est naturelle. Pour Jean-Jacques Rousseau, « l’homme naît bon, c’est la société qui le corrompt » : elle est une invention sociale.

    Les tenants de Hobbes invoquent les chimpanzés, nos plus proches cousins (environ 99 % de génome en commun). Depuis Jane Goodall, on sait que leurs communautés peuvent mener des raids meurtriers contre leurs voisins. Une étude parue en avril dans Science a relancé la discussion. Les chercheurs ont suivi pendant plus de trente ans la plus grande communauté connue, à Ngogo, en Ouganda. Scindée durablement vers 2015, l’un de ses deux groupes a attaqué l’autre : au moins sept mâles adultes et 17 nourrissons tués entre 2018 et 2024. Ni religion, ni idéologie, et de la nourriture en abondance : les identités de groupe ont fini par l’emporter sur des liens coopératifs vieux de plusieurs années. « L’être humain n’a pas inventé la guerre, mais, comme les chimpanzés nous le montrent, dans certaines circonstances la violence peut émerger », résume Evelyne Heyer, professeur d’anthropologie génétique au Muséum national d’histoire naturelle.

    Les tenants de Jean-Jacques Rousseau répondent par les bonobos, qui partagent eux aussi environ 99 % de notre ADN et apaisent les tensions par les interactions sexuelles et sociales. « La question est de savoir si l’ancêtre commun de Sapiens tient davantage du chimpanzé que du bonobo, s’interroge l’anthropologue Christophe Darmangeat (université Paris-Cité), auteur de Casus Belli, la guerre avant l’État (La Découverte). Dans le premier cas, nous aurions hérité de ce comportement belliqueux ; dans le second, nous l’aurions acquis en cours de route. » Lui penche en tout cas pour un héritage très ancien.

    Depuis quand fait-on la guerre ?

    On a longtemps cherché un « gène de la violence », comme un programme impossible à désactiver, mais il n’existe pas. Pour le célèbre anthropologue américain Douglas P. Fry (université de Caroline du Nord), l’évolution nous a dotés d’une capacité à la violence, pas d’une prédisposition innée à tuer. « Si cela faisait partie de la nature humaine, toutes les sociétés feraient la guerre. Or ce n’est pas le cas », rappelle-t-il, en soulignant que de nombreux chasseurs-cueilleurs ont vécu sans guerre organisée. La paléontologue Marylène Patou-Mathis (CNRS) partage ce constat : « De nombreuses études ont remis en question l’idée d’une prédisposition biologique qui ferait de Homo sapiens une espèce intrinsèquement guerrière ». Evelyne Heyer va plus loin : ce qui nous singularise, c’est la coopération, jusqu’à un sentiment d’humanité envers tous les membres de l’espèce, qui a certainement joué un rôle majeur dans l’expansion de Sapiens hors d’Afrique.

    Les squelettes disent la même chose. Sur environ trois millions d’années d’évolution des hominines, Douglas P. Fry ne relève que des meurtres sporadiques, et aucune preuve de guerre. Les cas anciens existent mais restent rares : il y a environ 100 000 ans à Qafzeh, en Israël, un Homo sapiens a reçu au visage un coup volontaire d’un outil de pierre tranchant, décrit fin juin dans la revue Scientific Reports ; il a survécu un temps avant d’être enterré. Le résultat d’une violence interpersonnelle, donc, mais pas d’une guerre a priori. Il n’existe par ailleurs aucune trace de massacres de Néandertaliens ou de Dénisoviens par des Sapiens lors de son arrivée en Eurasie, il y a 70 000 à 50 000 ans. Mais absence de preuve n’est pas preuve d’absence, et si une hybridation a bien eu lieu entre ces espèces, les rapports n’ont certainement pas toujours été pacifiques.

    Les premières traces archéologiques de conflits répétés remontent à environ 13 000 ans, à Jebel Sahaba, au Soudan : 61 individus tués lors d’épisodes distincts. Elles se multiplient ensuite à partir du Néolithique. « On ne dispose pas, pour les périodes plus anciennes, de traces comparables aux charniers et aux massacres que l’on observe plus tard », note Marylène Patou-Mathis.

    Une violence de circonstance, ou un trait ancien ?

    Pour plusieurs spécialistes, la guerre ne découle pas d’un instinct unique mais de la combinaison de facteurs démographiques, économiques, sociaux, politiques et culturels. Marylène Patou-Mathis et Evelyne Heyer la lient à la sédentarisation : dès que l’on produit, stocke et accumule récoltes et troupeaux, il y a quelque chose à convoiter. S’y ajoutent la croissance démographique et la hiérarchisation des sociétés, avec l’apparition de chefs. Douglas P. Fry le confirme : les sociétés structurées en chefferies, royaumes ou États seraient plus enclines à la guerre que les sociétés nomades égalitaires.

    Une étude de 2023 dans Nature Human Behaviour nuance toutefois l’idée d’une pente régulière. L’équipe de l’économiste Joerg Baten (université de Tübingen) a examiné 3 539 squelettes du Proche-Orient, datés de 12 000 à 400 avant notre ère, à la recherche de traumatismes crâniens et de blessures par armes. Elle observe trois temps : un pic de violence au Chalcolithique (4500-3300 avant notre ère), quand apparaissent les premières villes ; un recul à l’âge du bronze, que les auteurs associent à l’émergence de lois, d’administrations, du commerce et d’une culture commune ; une nouvelle hausse à la fin de cette période, sur fond de crise climatique, d’inégalités croissantes et d’effondrement d’États. La violence n’augmente donc pas mécaniquement avec la complexité des sociétés : elle fluctue avec les ressources, les institutions et les inégalités.

    Christophe Darmangeat n’est vraiment pas de cet avis. Pour lui, la guerre, au sens d’un conflit où deux parties se considèrent comme mutuellement ennemies, est très ancienne. Il cite les aborigènes d’Australie, capables d’éliminer méthodiquement une population rivale, nourrissons compris. Avant la sédentarisation, on se battait pour se défendre ou, surtout, se venger. « Nous sommes une espèce apte à la violence collective et à la xénophobie, sinon on ne le ferait tout simplement pas », affirme-t-il. À ses yeux, un état antérieur à l’humanité sans violence collective n’est pas l’hypothèse à privilégier.

    L’anthropologue Luke Glowacki (université de Boston) occupe une position intermédiaire : la violence fait partie de la nature humaine, mais elle dépend du contexte. Les humains ont développé une psychologie qui leur permet de recourir à l’agression de façon stratégique, surtout au sein d’une coalition soudée. La compétition pour les ressources, les normes sociales et une frontière marquée entre « nous » et « eux » rendent la violence entre groupes plus probable. Il pointe aussi un facteur négligé, la compétition pour le statut au sein du groupe : de jeunes hommes peuvent s’en prendre à un groupe extérieur pour améliorer leur position parmi les leurs.

    Sommes-nous plus violents qu’avant ?

    L’actualité saturée de conflits invite à le croire. Pourtant, à l’échelle des millénaires, la violence létale reculerait massivement. Le psychologue Steven Pinker y voit un « processus de civilisation » : malgré les guerres mondiales et les génocides du XXe siècle, la proportion de morts violentes dans la population mondiale n’aurait cessé de s’effondrer. En Europe occidentale, le taux d’homicide serait passé de près de 40 pour 100 000 habitants au XIVe siècle à environ 1 pour 100 000 aujourd’hui.

    Le sentiment d’escalade tient à l’effet de loupe des réseaux sociaux, qui diffusent chaque drame en temps réel, et peut-être à un seuil de tolérance abaissé : châtiments corporels et duels, autrefois banals, nous révoltent désormais. Pour Douglas P. Fry, la paix ne se réduit pas à l’absence de violence : elle repose sur des mécanismes qui permettent de prévenir les conflits, de les contenir et de les résoudre, de « l’évitement » à « la justice », en passant par « la négociation » et « la médiation ».

    Christophe Darmangeat veut croire que le côté coopératif de Sapiens finira par l’emporter sur le côté belliqueux. « Les humains ne sont pas condamnés pour l’éternité… Le cannibalisme fut pratiqué pendant très longtemps, par exemple, mais il est dorénavant universellement rejeté. » La création de l’État a déjà réduit la violence entre groupes, et rien n’exclut une forme d' »hyper-coopération » à l’avenir. « Les chimpanzés ont inventé la guerre, les humains ont inventé la paix », écrivait l’anthropologue Raymond Hames.



    Source link : https://www.lexpress.fr/sciences-sante/lhomme-est-il-naturellement-violent-ce-que-revele-lhistoire-de-notre-espece-GBFWAL33D5BVFIYSGG4IRBNJN4/

    Author : Yohan Blavignat

    Publish date : 2026-10-25 11:00:00

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