13 mai 2025 : cette fois, ça y est. Depuis des années, Emmanuel Macron agite l’idée de recourir au référendum, il l’a fait publiquement une fois, deux fois, dix fois. Ce mardi de printemps, le président est invité d’une longue émission de TF1 et il a prévenu les responsables de la chaîne : il va annoncer qu’il consulte les Français en leur posant plusieurs questions à la fois. Il a choisi trois sujets : la fin de vie, les réseaux sociaux, le service national. Et puis… rien, si ce n’est de vagues considérations sur son souhait d’interroger les citoyens « dans les mois qui viennent ». Paroles restées lettre morte.
25 octobre 2026 : à Orléans, Marine Le Pen fait du référendum la pierre angulaire de son action si elle est élue. « Nous respecterons la volonté des citoyens et rétablirons grâce au référendum leurs droits d’expression politique », lance-t-elle en se référant explicitement à l’article 2 de la Constitution, qui évoque « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Elle omet de préciser ce que dit l’article suivant (le 3), qui a valeur égale : « La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par ses représentants et par la voie du référendum. »
Depuis la rentrée, elle a déjà proposé trois référendums : sur l’immigration (avec des mesures constitutionnelles), sur la règle d’or budgétaire, sur la lutte contre les idéologies islamistes (avec la question du voile). « Les gens qui votent Le Pen achètent d’abord une volonté et une détermination, explique un proche de la candidate. Nous aurons les forces sociales contre nous, les instances de contrôle, comme le conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel, seront peuplées de gens qui auront tous voté contre le RN au second tour, le seul recours sera l’appel au peuple pour renouveler en permanence le second tour de la présidentielle. »
« Coup d’Etat »
Emmanuel Macron a beaucoup joué avec l’idée de référendum. Marine Le Pen s’en sert pour mettre en scène son face-à-face avec ce qu’elle a appelé, dimanche, « les représentants de l’oligarchie » – coucou, revoilà le satané système –, même si elle connaît les obstacles qui se dressent face à elle. C’est son fameux combat contre « les petits marquis de la macronie ne pourront s’affranchir de la Constitution telle qu’elle a été voulue et mise en pratique par le général de Gaulle », à savoir Richard Ferrand et les membres du Conseil constitutionnel. Ce faisant, elle peaufine sa posture de candidate et installe déjà le thème de la future campagne des législatives de juin 2027.
Lundi, les Sages, par la voix de leur doyen Alain Juppé, ont rejeté la demande de démission de Richard Ferrand lancée par le RN. Ils ont rappelé, surtout, que « le Conseil est chargé, en vertu de l’article 60 de la Constitution, de veiller à la régularité des opérations de référendum ». Une manière de fixer l’Etat du droit : libre à chacun ensuite, si l’on ose dire, de le transgresser. Sur le fond, il fait peu de doute que recourir à l’article 11 pour réviser la Constitution n’est pas possible. Seul le permet l’article 89 (lequel exige préalablement au référendum un vote conforme de l’Assemblée nationale et du Sénat) : il s’intitule, précisément et pas par hasard, « De la révision ». Avant Richard Ferrand (dans un propos qui lui vaut donc de voir sa tête réclamée par le Rassemblement national), les présidents successifs de l’institution du Palais Royal, de Robert Badinter à Pierre Mazeaud, de Jean-Louis Debré à Laurent Fabius, ont l’un après l’autre rappelé ce point depuis des décennies.
Aujourd’hui, tous les juristes ou presque s’accordent à le dire, jusqu’à l’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel, Jean-Eric Shoettl, qui a parlé de « coup d’Etat ». Marine Le Pen brandit le précédent de 1962 (le référendum de De Gaulle sur l’élection du président au suffrage universel) comme contre-exemple, mais les temps ont changé. Il se trouve à peine quelques voix pour prétendre que la validation par le peuple a couvert la faute juridique, aucune pour assurer que le général avait juridiquement raison. Le Conseil constitutionnel, organe alors tout neuf, avait d’ailleurs fait valoir son hostilité dans des avis officieux transmis à l’Elysée – y compris lorsqu’il avait à sa tête le gaulliste Léon Noël.
Des obstacles juridiques et techniques
Depuis François Hollande, qui préconisait de trouver « une respiration démocratique » en cours de quinquennat, les présidents sont conscients que l’élection présidentielle ne suffit pas à donner un souffle et une légitimité suffisante pour aller de l’avant dans les cinq années qui suivent. Nicolas Sarkozy, qui, en 2007, estime stupide d’organiser un référendum dans la foulée de l’élection présidentielle – « Croyez-vous que, si je suis élu, je vais aussitôt dire aux Français : ‘Excusez-moi, j’ai besoin de vous demander votre avis sur un autre sujet’ ? » -, préconise tout l’inverse lorsqu’il tente de retourner à l’Elysée en se présentant à la primaire de la droite en 2016. Il suggère d’organiser deux référendums (sur la suspension de l’automaticité du regroupement familial pour les étrangers non communautaires et sur la possibilité d’un internement administratif des personnes fichées S considérées comme les plus dangereuses) dans la foulée de la présidentielle de 2017, le jour du second tour des élections législatives, et fait fi des obstacles juridiques et techniques qui se posent.
Le référendum, qui s’y frotte s’y pique. Car une autre question ne peut pas être négligée : que faire si le non l’emporte au référendum ? Ce fut le cas la dernière fois que le peuple fut consulté, sur la Constitution européenne, en 2005. « Un totalitarisme larvé totalement opposé à l’idée même de démocratie », a souligné Marine Le Pen dimanche à Orléans. Elle-même a beaucoup évolué sur la question. Lors de sa campagne de 2017, elle propose un référendum sur la sortie de l’euro. Elle annonce sur Europe 1 qu’elle quitterait l’Élysée si les Français rejetaient cette proposition et leur laisserait la possibilité de choisir un autre président. Cinq ans plus tard, interrogée sur les conséquences d’un échec à un référendum, elle répond : « En cas d’échec, eh bien c’est un échec, on ne met pas en place la loi qu’on a soumise au peuple. » Le référendum, pile ou face ? Pour 2027, on ignore encore sa position.
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Author : Eric Mandonnet
Publish date : 2026-10-27 18:30:00
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