Lundi 26 octobre. Un sentiment d’amertume flotte dans les couloirs du ministère de l’Education nationale. Dans quelques heures, l’exécutif va faire droit à l’une des principales revendications lycéennes : le remplacement « d’ici à 2028 » de Parcoursup, cette plateforme qui permet aux établissements d’enseignement supérieur de sélectionner des candidats parmi les lycéens de terminale. « Que de la com' », commente un haut fonctionnaire de la rue de Grenelle. Du côté du ministère de l’Enseignement supérieur, on reconnaît aussi, un brin désabusé, le caractère avant tout symbolique de la réforme. « On ne ment pas qu’un peu aux lycéens en laissant entendre, par cette annonce, que Parcoursup serait le problème alors qu’il ne s’agit que d’un outil de mise en relation d’une offre et d’une demande », se désole un conseiller du ministre.
Une réponse à côté ? Tandis que les revendications du mouvement lycéen initié fin septembre se sont cristallisées autour de Parcoursup, plusieurs voix dans l’écosystème de l’Education nationale évoquent plutôt la réforme du baccalauréat, en 2018. « La plupart des urticants soulevés ces dernières semaines sont en réalité des conséquences de la réforme Blanquer », soupire une source ministérielle. Adoptée sous l’impulsion de l’ancien ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer, celle-ci a remplacé les filières en vigueur depuis 1995 (S, ES, L) par une formation qui s’articule autour d’un tronc commun et de trois choix de spécialités parmi une multitude de possibilités. Une évolution qui, dès sa présentation au début de l’année 2018, avait ulcéré les syndicats d’étudiants.
Emploi du temps gruyère, stress…
À l’époque, ceux-ci s’inquiétaient notamment d’un manque de lisibilité et de la difficulté de mise en application de la réforme dans les établissements scolaires. « Comme nous l’avions anticipé, construire les emplois du temps est devenu un véritable casse-tête pour les équipes pédagogiques », déplore Jean-Rémi Girard, président du SNALC (syndicat national des lycées). Les lycées étant limités dans leurs marges de manoeuvre, le résultat final donne souvent des emplois du temps « gruyère » et des « journées étirées de façon démesurée », déplore une source proche du ministère de l’Education nationale – constat qui fait écho aux journées « 8-18h » dont se plaignent les syndicats lycéens et qui se retrouve dans plus de 71 % des contributions à la grande consultation lancée sur la plateforme Agora début octobre.
Selon l’ancien ministre Jean-Michel Blanquer, interrogé par L’Express, « les emplois du temps ont toujours été complexes au lycée. Ça a pu devenir plus complexe mais c’est un inconvénient bien moins grand que l’intérêt pour les élèves d’avoir le choix entre les enseignements de spécialité ». Si 92 % des élèves interrogés en septembre 2020 se disaient satisfaits des choix de spécialités qu’ils avaient effectués, 51 % estimaient également qu’il était trop tôt pour choisir les enseignements qui allaient orienter leur parcours dans le supérieur. « Beaucoup de lycéens ne savent pas encore ce qu’ils ont envie de faire ce qui est problématique au vu du poids des spécialités dans la sélection post-bac », fait valoir Pierre Sourzat, président du syndicat Les Lycéens!.
Alors qu’un rapport sénatorial, publié début septembre, révèle que les formations du supérieur s’appuient sur les notes obtenues dans les spécialités qu’elles jugent les plus importances, le président du SNALC (syndicat national des lycées) reproche au gouvernement d’alors de n’avoir pas suffisamment « co-construit » la réforme avec l’Enseignement supérieur. « On a laissé entendre aux élèves que les établissements du supérieur ne s’intéressaient pas aux spécialités qu’ils avaient choisies, et qu’il suffisait de prendre des matières qui leur plaisaient. Or pour certaines formations, ces choix sont déterminants », souligne Jean-Rémi Girard.
Edouard Geffray prêt à détricoter la réforme Blanquer ?
L’introduction du contrôle continu, qui représente désormais 40 % de la note finale du baccalauréat, aurait, d’après les détracteurs de la réforme Blanquer, transformé chaque évaluation en « mini-bac ». Sur LinkedIn, une mère de famille racontait récemment le « marathon du stress » vécu par sa fille en terminale : « Le bac ‘avant’ c’était stressant mais ça durait une semaine, là ça dure 10 mois. C’est long une compétition de 10 mois, où les épreuves sont disséminées partout ». Un argument que ne comprend pas l’instigateur de la réforme. « Avant le contrôle continu, tout le monde disait que l’examen du bac était stressant, parce que tout se jouait sur une seule et unique épreuve ! », rétorque Jean-Michel Blanquer.
À ce jour, le premier ministre de l’Education nationale d’Emmanuel Macron est un des seuls à défendre publiquement sa réforme du baccalauréat. Même son ancien collaborateur, aujourd’hui ministre, Édouard Geffray, semble aller dans le sens des revendications syndicales. Lors d’une réunion tenue mardi 27 octobre avec les syndicats d’enseignants et les représentants de parents d’élèves, Édouard Geffray aurait accepté l’idée de revenir sur plusieurs volets de la réforme Blanquer : le nombre de combinaisons de spécialités proposées aux élèves, le poids du contrôle continu dès la classe de première et la place des mathématiques dans l’enseignement commun, notamment. Si le cabinet du ministre assure qu’il est « impossible de se lancer dans un chantier de refonte de la réforme Blanquer à cinq mois de la présidentielle », un participant à cette réunion relate : « On a tout de même senti qu’il n’était pas opposé à commencer dès maintenant à la détricoter. »
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Author : Ambre Xerri
Publish date : 2026-10-28 11:43:00
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