Portées aux nues ces dernières années, les politiques des entreprises sur la responsabilité sociétale des entreprises ont connu un vaste coup de frein. La faute à un contexte politique, économique et géopolitique international toujours plus tendu. Qu’il paraît lointain le temps ou les grands patrons rivalisaient de promesses pour lutter contre le changement climatique, que les Comex se dotaient de « responsables RSE », que les cabinets de conseils spécialisés en la matière pullulaient et que les grandes nations rivalisaient de textes réglementaires ambitieux.
Pour autant, coup de frein ne veut pas dire coup d’arrêt et les graines plantées ont germé : rares sont les entreprises qui ont définitivement arrêté leurs programmes de durabilité. Disons que les discours sur la RSE – aux tonalités souvent morales voire trop prescriptives -, se veulent aujourd’hui plus discrets. Côté actions, après la phase des mesures et des bilans (carbone), vient celle de la mise en place des bonnes pratiques parfois originales, selon les secteurs d’activité comme l’automobile ou l’habillage. Autant d’initiatives qui montrent que la transformation, inéluctable est bien en marche. Cet été, tout particulièrement, les preuves tangibles du réchauffement climatiques (incendies, canicules) ont montré qu’il n’existe pas d’autre option pour les acteurs de l’économie que celle de l’adaptation.
À Montaigu, en Vendée, quatre à cinq moutons prennent leurs quartiers chaque trimestre dans l’enclos qui borde le nouveau bâtiment de Clean Cells. Ce spécialiste du contrôle qualité des biomédicaments (175 salariés) a confié l’entretien de cette ancienne prairie fleurie à un éleveur local qui convoie les bêtes, les surveille, et introduit parfois des chèvres. Trois ruches complètent le dispositif. Chaque salarié reçoit tous les ans des pots de miel récoltés sur place et le surplus sert de cadeau aux clients. L’origine de la démarche ? « Vers 2022, nous avons proposé aux collaborateurs d’imaginer des initiatives RSE. Ils ont planché sur l’écopâturage, les ruches, les écogestes puis ont présenté leurs projets. Tous ont été retenus », raconte Ophélie Bonnin, directrice communication et marketing de l’entreprise. Moins d’émissions liées à la tonte mécanique, davantage de vivant… et un bonus : « Disposer de moutons au fond du terrain apporte de l’animation. » Le programme a depuis été formalisé au sein d’une politique RSE structurée
Une initiative pionnière
Pionnier du secteur, Sylvain Girard a fondé Écomouton en 2012. Deux ans auparavant, cet expert logistique lâche quelques moutons noirs sur l’hectare et demi d’herbe qui entoure son nouvel entrepôt de Seine-et-Marne, « pour son plaisir ». Clients, fournisseurs et salariés sont conquis. À l’époque, seules quelques villes, comme Évreux ou Belfort, possédaient leur troupeau. Aucun prestataire ne proposait le service. Son premier client, le transporteur Norbert Dentressangle (aujourd’hui devenu XPO Logistics), se laisse convaincre par un devis trois fois inférieur à celui de son paysagiste. Très vite, Sylvain signe une quinzaine d’autres contrats, dont l’enseigne Nature & Découvertes.
Aujourd’hui, Écomouton gère plus de 600 sites en France, dont la moitié en Île-de-France. Le principe : une clôture, un point d’eau, un cheptel, puis le passage régulier d’une quinzaine de bergers. « Les clients nous confient un espace. Une fois les animaux déployés, tout le reste est notre affaire. Depuis 2017, nous élevons nos propres bêtes, qui finissent leur vie chez elles. Pas d’abattoir », assure Sylvain Girard
Si les chargés de mission RSE, poussés par leurs objectifs, décrochent parfois leur téléphone, la motivation première se situe ailleurs. « Une bonne partie de nos terrains ne sont pas visibles du public. Les entreprises investissent sur ce type de projet pour leurs salariés », observe le chef d’entreprise constatant que « le greenwashing des débuts a reculé ».
Informer les collaborateurs des enjeux liés à la biodiversité
Ce discours « désintéressé » se retrouve chez Dominique Gobourg, à l’origine d’Apilia en 2014. Cet ancien patron d’organisme de formation professionnelle a voulu « ajouter le plaisir et la passion au sens ». Sa TPE, implantée en Essonne, pilote une quinzaine de ruchers en Île-de-France pour la RATP, Eurial ou encore ID Logistics. « Nous refusons trois projets sur quatre parce que notre philosophie ne consiste pas à installer des ruches juste pour en installer. Une colonie, c’est 50 000 vies, donc une responsabilité sanitaire », explique-t-il. Avant de poursuivre : « J’ai carte blanche pour informer les collaborateurs des enjeux liés à la biodiversité et à la place essentielle des abeilles dans le vivant grâce à la pollinisation ». Ateliers découverte en combinaison, récolte partagée avec les salariés : l’apiculteur mise sur la pédagogie. Ses fiches d’actualité, « Les Essentiels », racontent la saison du frelon asiatique ou l’hivernage. Chez Eurial, elles défilent sur les écrans de la salle de restauration. « Il ne s’agit pas d’un outil de communication, mais de sensibilisation et d’appartenance. » Certaines entreprises en font même un argument de recrutement. Apilia intervient aussi en Ehpad et en clinique psychiatrique, auprès de patients en burn-out. Parce que le bourdonnement des abeilles peut s’inscrire dans un parcours de soins.
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Author : Eric Delon
Publish date : 2026-11-01 09:00:00
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