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    Une « tentative de coup d’Etat en Pologne » ? Les coulisses de la crise politique de la Toussaint

    IntelliNewsBy IntelliNewsnovembre 2, 2026Aucun commentaire6 Mins Read
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    À Varsovie, la nuit est tombée. Des centaines de policiers, casque blanc, visière abaissée et bouclier au poing, se déploient pour protéger les entrées de la Cour constitutionnelle. Face à eux, des milliers de manifestants, brandissant drapeaux polonais et pancartes hostiles au gouvernement centriste de Donald Tusk, dénoncent à tue-tête une « tentative de coup d’Etat ». En cause : la suspension du président et du vice-président de la Cour, tous deux issus de la sphère du parti nationaliste Droit et Justice (PiS), et l’entrée en son sein de juges choisis par la majorité parlementaire mais non investis par le président conservateur. Dans la cohue, certains manifestants tentent même de forcer l’enceinte, et trois d’entre eux sont interpellés. Le président suspendu, Bogdan Święczkowski, s’entoure de députés PiS et d’un serrurier pour sectionner à la disqueuse les chaînes qui cadenassent le portail de l’institution.

    En parallèle, sous un chapiteau dressé par Gazeta Polska, hebdomadaire de la droite radicale, conservateurs et nationalistes se succèdent au micro pour galvaniser la foule. C’est sous les vivats que Jarosław Kaczyński, le maître à penser du PiS, fait son arrivée. « Nous devons gagner la bataille pour la Pologne », harangue le septuagénaire. « Nous avons pour cela des atouts puissants : nous-mêmes, notre nation, mais aussi le président. C’est aussi un défi qu’il doit surmonter. »

    Le chef de l’Etat, Karol Nawrocki, n’a pas attendu cet appel pour se jeter dans la mêlée. Quelques heures plus tôt, le souverainiste décide d’annuler sa visite au Sénégal et annonce faire demi-tour au-dessus de l’espace aérien espagnol : « À un tel moment, le président doit être en Pologne. J’interromps mon vol, je rentre », annonce-t-il sur X. De retour à Varsovie, le voilà qui fend en pleine nuit les rangées de manifestants acquis à sa cause, et franchit, au gré des bousculades, les portes de la Cour. Ses partisans s’indignent qu’une juge ait tenté de lui barrer le passage, au mépris de l’inviolabilité du chef de l’État, quand ses adversaires crient à l’intrusion d’un représentant du pouvoir exécutif.

    La Pologne sombre ainsi encore un peu plus dans la crise institutionnelle opposant les centristes de la Coalition civique aux nationalistes-conservateurs du PiS. Un nouvel épisode qui vient rythmer un feuilleton vieux de plus de dix ans.

    En 2015, le PiS, tout juste élu, annule les nominations de la majorité sortante et fait élire cinq juges de son bord, là où il n’avait droit qu’à deux. Peu à peu, alors qu’il obtient la majorité au sein de la Cour à partir de 2017, le parti s’en sert comme d’un instrument politique. Des arrêts controversés sont publiés, qu’il s’agisse du droit à l’avortement ou de la primauté de la Constitution polonaise sur le droit européen. Revenue au pouvoir huit ans plus tard, fin 2023, la majorité pro-européenne se heurte à un système verrouillé lorsqu’elle tente de reprendre la main. Pour elle, huit des quinze juges lui reviennent, quand le chef de l’État souverainiste, qui a refusé le serment de cinq d’entre eux, jugés trop proches des libéraux, n’en reconnaît que dix au total, dont sept issus de l’ancien pouvoir.

    Deux « Pologne irréconciliables »

    Après trois années de retenue relative, Donald Tusk, pressé par sa base, décide de passer au forceps. Vendredi 30 octobre, la juge Anna Korwin-Piotrowska, choisie par l’actuelle majorité, se prévaut de sa plus longue ancienneté de magistrate pour suspendre le président et le vice-président de la Cour, en invoquant une disposition de la loi sur les tribunaux de droit commun. La manœuvre divise les juristes, nombreux à douter que ce texte s’applique à la Cour constitutionnelle. « Si ce Tribunal se maintient, il n’aura pas plus d’autorité qu’avant, et seul le gouvernement Tusk reconnaîtra ses arrêts », prévient le constitutionnaliste Marcin Matczak, pourtant critique féroce de la direction suspendue.

    Alors, la fin justifie-t-elle les moyens ? Le chef de la diplomatie, Radosław Sikorski, reconnaît que ce choix « n’est pas des plus élégants », mais il l’assume, l’alternative étant selon lui de « céder devant une transformation inconstitutionnelle de la Pologne en république présidentielle ». Dans le même temps, deux ambassadeurs du camp conservateur, à Pékin et à Bucarest, ont démissionné en signe de protestation.

    Dans la bataille des récits que se livrent les deux « Pologne irréconciliables », la thèse du « coup d’État » a capté 83 % des interactions en ligne, selon l’institut Res Futura. Le timing choisi par Donald Tusk, stratège pourtant aguerri, interroge : jouer la carte de la polarisation le week-end de la Toussaint, quand les Polonais se recueillent en famille sur les tombes de leurs proches, est un pari risqué. Surtout, à un an des prochaines élections législatives, les événements semblent avoir ressoudé une droite et une extrême droite jusqu’ici éclatées, qui réclament désormais d’une même voix une motion de défiance et des législatives anticipées.

    « On n’éteint pas un incendie avec un pyromane »

    Samedi soir, lors d’une allocution solennelle retransmise à une heure de grande écoute, Donald Tusk a voulu reprendre l’initiative, critiquant « les politiques qui ont tenté de détruire la démocratie polonaise et l’État de droit ces dernières années ». « Nous avons essayé de coopérer avec le président, en vain, tout a été bloqué », a-t-il regretté. Aujourd’hui, pas question de reculer : « sur certains sujets, il ne peut y avoir de compromis », a-t-il prévenu, sans pour autant esquisser de sortie de crise. En coulisses, certains spéculent sur un possible changement de la Constitution polonaise par voie référendaire.

    Le président, Karol Nawrocki, a quant à lui reçu samedi la plupart des formations politiques, à l’exception de la Coalition civique de Donald Tusk, de la Gauche et du petit parti centriste Unia Centrum, qui ont décliné l’invitation. « On n’éteint pas un incendie avec un pyromane », a cinglé la députée Aleksandra Leo.

    Tout au long du week-end, des manifestants ont continué de se rassembler dans le calme devant la Cour. Une assemblée générale des juges est censée se tenir mardi, or elle risque de n’en réunir que huit sur les dix nécessaires pour lever toute immunité. En attendant, plus à l’est, l’ancien président russe Dmitri Medvedev, une des voix les plus virulentes du Kremlin, jubile et, comme à l’accoutumée, jette de l’huile sur le feu : « Il y a eu un coup d’État en Pologne. Les libéraux de Tusk, le protégé de Bruxelles, oppriment les conservateurs du PiS ».



    Source link : https://www.lexpress.fr/monde/europe/une-tentative-de-coup-detat-en-pologne-les-coulisses-de-la-crise-politique-de-la-toussaint-KOCF3NJDKFEH3PMZ6CTXRXV4GQ/

    Author : Adam Hsakou (à Varsovie)

    Publish date : 2026-11-02 05:00:00

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