Des congélateurs dont la température grimpe soudainement jusqu’à 50 °C, des rayons réfrigérés entièrement vidés et des tonnes de produits alimentaires bons à jeter… Dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 novembre, une nouvelle vague de cyberattaques a frappé les installations frigorifiques de dizaines de supermarchés à travers l’Europe. Des incidents ont été signalés dans sept pays : Belgique, Luxembourg, Suède, Finlande, Estonie, Pays-Bas et Irlande. Les pirates auraient pris le contrôle à distance des systèmes de régulation des températures. Une méthode similaire à celle employée le 12 octobre dernier en France, lorsque 500 à 700 supermarchés avaient été touchés, pour des dégâts estimés à plusieurs dizaines de millions d’euros. Certains équipements avaient même pris feu, rapporte Reuters.
Quelles enseignes ont été touchées cette fois ?
Carrefour, Intermarché, Delhaize, Colruyt, Spar ou encore Ikea en Belgique, ICA et Coop en Suède, SuperValu en Irlande… La liste des enseignes affectées est longue. En Belgique notamment, Carrefour a signalé 15 magasins touchés sur 700, tout comme Intermarché qui évoque une quinzaine de points de ventes attaqués, a rapporté Franceinfo. En Suède, six magasins Coop ont été affectés, et 13 supermarchés SuperValu en Irlande, rapporte The Guardian. Avec des dégâts considérables. Près d’Anvers, un boucher belge estime avoir perdu 15 000 euros de viande après avoir découvert ses réfrigérateurs réglés à 18°C, rapporte Reuters.
Comment les pirates ont-ils procédé ?
Le procédé n’est pas particulièrement sophistiqué. La majorité des systèmes de réfrigération des supermarchés sont aujourd’hui connectés à Internet pour permettre leur contrôle à distance. Mais certaines interfaces, normalement réservées aux techniciens, sont directement accessibles en ligne par les hackers. Lors de l’attaque en France par exemple, les pirates avaient exploité des « défauts de sécurisation élémentaires », c’est-à-dire ces systèmes de contrôle protégés par des mots de passe souvent faibles, selon le directeur de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), Vincent Strubel, cité par France 24.
Un autre facteur ayant aidé les hackers réside aussi dans l’ancienneté des équipements : plusieurs installations piratées utilisaient des systèmes connectés du fabricant danois Danfoss ou du fabricant Dixell, dont de nombreux modèles ne bénéficient plus de mises à jour de sécurité. Ciblés lors de l’attaque française, ils l’ont de nouveau été ce lundi 2 novembre. En Suède, le porte-parole de Carlos Cancino a indiqué que six magasins Coop affectés étaient reliés à un réseau mobile 4G plutôt qu’à un système 5G actualisé, ce qui les a rendus plus vulnérables.
Qui se cache derrière ces attaques ?
À ce stade, personne n’a revendiqué les piratages et aucun responsable n’a été identifié. L’absence de demande de rançon pousse néanmoins plusieurs experts à privilégier la piste d’un sabotage, potentiellement à motivation politique, plutôt que celle de la cybercriminalité financière. Interrogé par The Guardian, Rafe Pilling, responsable du renseignement sur les menaces chez Sophos, une entreprise spécialisée en cybersécurité, évoque deux scénarios : une opération menée par un acteur étatique cherchant à démontrer ses capacités de nuisance, ou l’action d’un pirate isolé agissant pour des motivations personnelles, encore inconnues. C’est aussi la simplicité de ces attaques qui complique considérablement l’identification de leurs auteurs, car un individu isolé pourrait employer les mêmes méthodes qu’un service de renseignement. Faute de motivation financière apparente, la piste d’une opération commanditée par un État est néanmoins privilégiée par Marta Rybczynska, fondatrice de l’entreprise de cybersécurité Ygreky, interrogée par Euronews.
Pourquoi ces piratages inquiètent-ils autant ?
Au-delà des pertes économiques, ces piratages révèlent une vulnérabilité qui pourrait exister chez de nombreux équipements connectés : systèmes de chauffage, ascenseurs ou installations industrielles… Autant d’infrastructures qui pourraient subir des attaques similaires. Le commissaire européen à l’Agriculture, Christophe Hansen, a d’ailleurs réagi en dénonçant une « tentative délibérée de perturber notre chaîne d’approvisionnement alimentaire et de saper la confiance des consommateurs — un avertissement que nous devons prendre au sérieux ». Pour certains experts, cette pratique d’intimidation n’est d’ailleurs pas près de disparaître, et elle pourrait même être amplifiée par l’intelligence artificielle, qui pourrait permettre d’identifier de plus en plus rapidement ce genre de failles de sécurité et d’automatiser ces attaques à grande échelle.
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Author : Enola Richet
Publish date : 2026-11-03 11:23:00
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