Après avoir longtemps profité d’un soutien quasi indéfectible dans les rangs républicains, Donald Trump semble faire face — pour la première fois de son histoire politique — à un solide vent de fronde au sein de son propre camp. Et ce sont les priorités politiques mises en avant par Donald Trump qui consolident, semaine après semaine, la résistance au sein du parti conservateur, dont certains membres remettent désormais en cause de manière frontale le leadership du président américain.
Ces tensions interviennent alors que sa popularité s’effrite. Mardi 2 juin, l’agrégateur Silver Bulletin lui a attribué un taux de désapprobation de 57,6 %, soit un solde d’opinion négatif de 19,1 points. Si la majorité des élus républicains continuent de soutenir son programme sur l’immigration, les baisses d’impôts ou la politique étrangère, plusieurs dossiers poussés par Donald Trump ont révélé des fractures inédites au sein de la majorité.
Le fric, c’est chic
Au cÅ“ur de la discorde, plusieurs projets jugés « coûteux » et « inutiles ». Le cas le plus emblématique concerne un fonds fédéral de 1,8 milliard de dollars surnommé « fonds contre l’instrumentalisation de l’État ». Ce mécanisme a été créé dans le cadre d’un accord conclu entre le département de la Justice et Donald Trump après l’abandon par ce dernier d’une plainte de 10 milliards de dollars visant l’administration fiscale américaine. Il est censé permettre à toute personne s’estimant victime d’une utilisation abusive des institutions fédérales de demander une indemnisation ou des excuses officielles devant une commission chargée d’examiner les dossiers jusqu’en 2028. Plusieurs républicains ont toutefois dénoncé un dispositif coûteux, juridiquement fragile et susceptible de bénéficier à certaines personnes condamnées ou poursuivies après l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021.
En mai, l’ancien chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a ainsi dénoncé dans un communiqué un projet « totalement stupide » et « moralement condamnable ». À la même période, le sénateur républicain Bill Cassidy écrivait sur X que les Américains se préoccupaient davantage du prix des loyers, de l’essence ou des courses que de la création de ce fonds, tandis que le sénateur Ted Cruz a quant à lui affirmé sur son podcast que près de la moitié des sénateurs républicains étaient prêts à voter avec les démocrates contre le projet.
Un autre sujet de friction concerne le projet présidentiel de construction d’une nouvelle salle de réception de 90 000 pieds carrés à la Maison-Blanche. Donald Trump affirme aujourd’hui encore que le bâtiment serait financé par des fonds privés et justifie son utilité par des impératifs de sécurité. Mais le projet s’accompagne également d’une demande distincte d’environ un milliard de dollars de financements publics destinés à renforcer la sécurité du complexe présidentiel. Selon le journal américain Newsweek, plusieurs élus républicains ont tenté de retirer cette enveloppe du projet de loi budgétaire, jugeant que l’administration n’avait pas suffisamment démontré son utilité.
Donald Trump recadré sur la politique étrangère
La politique étrangère du président suscite également des réserves. Après les frappes américaines lancées contre l’Iran le 28 février sans autorisation préalable du Congrès, plusieurs sénateurs républicains — parmi lesquels Rand Paul, Susan Collins, Lisa Murkowski et Bill Cassidy — ont rejoint les démocrates pour soutenir une résolution visant à réaffirmer le pouvoir du Congrès sur la poursuite des opérations militaires. Le 3 juin, la Chambre des représentants a finalement adopté une résolution ordonnant un retrait des troupes américaines engagées depuis fin février en Iran, grâce aux voix de quatre élus républicains. Un véritable camouflet pour Donald Trump, qui se retrouve d’autant plus fragilisé après ce vote institutionnalisant l’opposition d’une partie de son camp.
Peu de répit s’en est suivi pour le président américain : deux jours plus tard, vendredi 5 juin, la Chambre des représentants a approuvé une nouvelle résolution prévoyant d’accorder une aide de huit milliards de dollars supplémentaires à l’Ukraine, ainsi que de nouvelles sanctions contre la Russie. Cette fois, ce sont dix-huit républicains et indépendants qui ont permis de faire basculer le vote. L’adoption d’une telle mesure intervient alors que l’administration Trump a largement abandonné le soutien à Kiev et que les efforts diplomatiques de négociation avec la Russie sont au point mort tandis que les combats se poursuivent.
Les républicains dénoncent une nomination incompétente
Les divergences avec le leader républicain atteignent désormais les plus hauts échelons du parti. Selon le média américain Axios, le chef de la majorité républicaine au Sénat, John Thune, a multiplié les prises de distance publiques avec Donald Trump ces dernières semaines. Opposé au fonds anti-instrumentalisation, qu’il juge inutile, il a également refusé de soutenir les attaques du président contre les procédures du Sénat après un revers sur le financement du projet de salle de réception de la Maison-Blanche. Sans remettre en cause les grandes orientations de la Maison-Blanche, cette résistance discrète du principal responsable républicain du Sénat illustre l’apparition d’un malaise plus profond au sein du parti.
Mardi 2 juin, ce dernier a aussi critiqué la nomination de Bill Pulte (ancien directeur d’une agence fédérale du logement et héritier de l’empire immobilier Pulte Homes et fidèle de Donald Trump) pour remplacer Tulsi Gabbard au poste de directeur du renseignement national par intérim, estimant que les États-Unis n’avaient pas besoin d’un renseignement « instrumentalisé » mais de « professionnels ». Il a été suivi par plusieurs élus républicains, qui ont publiquement contesté certaines nominations de Donald Trump, nombre d’entre eux estimant n’avoir « aucune preuve » (John Cornyn) démontrant l’aptitude de Bill Pulte à exercer cette fonction. Autant de critiques qui demeurent minoritaires mais qui témoignent d’une volonté croissante, chez certains républicains, de s’opposer à des initiatives présidentielles autrefois peu contestées au sein du parti.
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Author : Enola Richet
Publish date : 2026-06-06 09:42:00
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