La chute était prévisible. Et rude pour des milliers d’étudiants qui sont aujourd’hui ballottés d’établissement en établissement, ou pire se retrouvent sur le carreau. Pour des centaines d’enseignants aussi, et de vacataires, qui n’ont pas été payés depuis des mois. Le symbole d’un secteur, celui de l’enseignement supérieur, qui manque singulièrement de règles et de surveillance.
Le groupe Collège de Paris – une trentaine d’écoles post-bac – placé en liquidation au printemps dernier a été en partie démantelé : les écoles encore rentables comme Ascencia business school ont été cédées pour quelques euros au groupe de presse Reworld. Quant aux autres, à l’instar du Digital College, un établissement supérieur spécialisé dans les métiers du numérique, ils ont tout simplement fermé boutique. Au cÅ“ur du scandale, une gestion pour le moins hasardeuse, notamment au Digital College créé en 2003 par Ridouan Abagri, entrepreneur autodidacte et vedette autoproclamée de l’écosystème tech tricolore.
Comme nous l’avons révélé dans un précédent article, une enquête menée conjointement courant 2025 par l’Inspection générale des Finances (IGF), l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et celle de l’éducation et de la recherche (IGESR) sur les pratiques du groupe Collège de Paris a abouti à la rédaction d’un rapport, conformément à l’article 40 du Code de procédure pénale, remis au procureur de la République du tribunal judiciaire de Paris en début d’année.
Ce rapport, que L’Express a pu consulter et qui porte exclusivement sur le Digital College, soupçonne l’existence d’un vaste système d’abus de bien social, de détournement de fonds publics, de fausses factures et de blanchiment. Le tout financé par de l’argent public, celui notamment de l’apprentissage qui, pour la seule année 2024, a représenté près de 83 % des ressources de l’école. Parmi les fraudes présumées les plus spectaculaires, l’achat pour près de 2,2 millions d’euros de cartes Pokémon, Ridouan Abagri étant l’un des plus gros collectionneurs en France.
Un trésor dont la vente pourrait aujourd’hui rapporter gros, au regard de l’engouement actuel des investisseurs pour ces petites cartes, et qui permettrait surtout de rembourser les créanciers de l’école. En théorie. Car il est aujourd’hui bien difficile de retracer le parcours des bestioles sur papier glacé.
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Un magot disparu dans la nature ?
Petit flash-back. Nous sommes à l’été 2025 : constatant les incongruités de la gestion de Ridouan Abagri, Olivier de Lagarde, l’ancien directeur du groupe Collège de Paris, exige que le jeune patron revende ses cartes et rembourse l’établissement. Le 31 juillet, un protocole transactionnel est signé pour régler à l’amiable ce contentieux. Comme on peut lire dans le rapport versé au procureur de la République, « sur recommandation de Ridouan Abagri, la société Fujistore représentée par Monsieur Kevin Escaffre est mandatée pour procéder à la revente de ces cartes dont le prix de cession reviendra au Digital College ». Un contrat de dépôt-vente est même conclu en septembre 2025 dans lequel il est stipulé que Fujistore percevra une commission de 30 % sur la vente de ces fameuses cartes. Rien d’anormal à ce stade.
A un (gros) bémol près. La société Fujistore, spécialisée dans le commerce de ventes Pokémon, n’est pas vraiment étrangère à Ridouan Abagri. Le cofondateur et président de Fujistore, Kevin Escaffre, aurait occupé le poste de directeur du campus numérique de l’Exchange College, une autre école liée à Ridouan Abagri, elle aussi dans la galaxie du groupe Collège de Paris, pendant un peu plus d’un an, du 24 avril 2023 au 5 juillet 2024. Problème : aucun des salariés de l’Exchange College n’a jamais rencontré Kevin Escaffre.
Surtout, d’après les statuts officiels publiés par Fujistore en février 2026, l’entreprise a pour actionnaire la société Camaléon, un incubateur de start-up créé par Ridouan Abagri et Olivier de Lagarde. Interrogés par L’Express, ni Ridouan Abagri, ni Kevin Escaffre n’ont souhaité répondre à nos questions.
Reste le plus important : combien la cession au fil de l’eau de ces cartes a-t-elle rapporté au Digital College, qui a déposé le bilan ce printemps ? Entre 3 000 et 6 000 euros par mois depuis l’automne, pas davantage, d’après l’actuelle direction du Collège de Paris. Très loin des 2,2 millions d’euros évalués au départ. « C’est assez incompréhensible alors que la demande est extrêmement dynamique et que les prix de certaines cartes s’envolent sur le marché secondaire, pouvant atteindre des dizaines de milliers d’euros », observe François-Xavier Colombani, le fondateur de PCA Grade, une société qui authentifie les cartes Pokémon. A moins que le magot du Digital Collège ait tout simplement disparu dans la nature. Il y a une poignée de semaines, Fujistore aurait été cambriolé la nuit, les voleurs subtilisant les cartes les plus précieuses…
Source link : https://www.lexpress.fr/economie/entreprises/college-de-paris-letrange-affaire-des-cartes-pokemon-prend-une-nouvelle-tournure-PYXTPBNEAVEP7F3QSN2Z3WZDPU/
Author : Béatrice Mathieu
Publish date : 2026-06-22 15:20:00
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