Gagne-t-elle du temps décisif ou perd-elle des mois précieux ? Marine Le Pen saute dans l’inconnu avec sa décision de se présenter à la présidentielle malgré sa condamnation dans l’affaire des assistants parlementaires européens, conjuguée à l’annonce d’un pourvoi en cassation contre l’arrêt de la cour d’appel de Paris. Ce recours suspend la peine d’un an de prison ferme sous bracelet électronique prononcée ce mardi, au risque que cette sanction ressurgisse au cÅ“ur de la présidentielle, si la Cour de cassation rejetait son pourvoi avec célérité.
Une telle option est possible. Dans un communiqué ce mercredi, la Cour de Cassation annonce qu’elle « pourrait être en mesure de rendre son arrêt au plus tard début avril 2027, avant le scrutin présidentiel ». Suffisamment tôt pour entériner une condamnation – à la charge symbolique lourde – en cas de rejet du pourvoi. Mais peut-être trop tard pour contraindre la championne du RN à enfiler un bracelet électronique, tant cette sanction obéit à d’autres délais. Le pari de Marine Le Pen serait alors gagné. Pour justifier ce calendrier non définitif, la juridiction met en avant une série de facteurs – nombre de pourvois, de mémoires, complexité des arguments – tous dénués de teinte politique.
Marine Le Pen, elle, joue la montre. Ses ouailles mettent en musique cette course de lenteur, quitte à faire pression sur l’institution judiciaire. Les cadres du Rassemblement national courent les plateaux télévisés pour exiger que le pourvoi en cassation ne soit pas étudié avant l’élection présidentielle. Un privilège Le Pen ? Le contraire, évidemment ! Ils réclament, la main sur le cÅ“ur, que leur championne soit traitée comme un justiciable ordinaire, invoquant un délai moyen de 12 à 15 mois pour l’examen de tout pourvoi en cassation. « Cela perturberait le processus électoral que d’agir dans la précipitation. (…) On pourrait se poser la question de ce traitement de défaveur », a prévenu sur LCI le député RN de Moselle Laurent Jacobelli. « Il n’y a plus d’urgence à statuer », a abondé sur RTL Julien Sanchez, directeur de campagne de Marine Le Pen. À bas bruit, la menace s’esquisse : gare à une justice trop rapide. Dans ce cas, les coups de l’extrême droite pleuvraient.
Dès janvier, le premier président de la Cour de cassation Christophe Soulard émettait le souhait que sa juridiction solde ce dossier avant la présidentielle de 2027, dès lors que « le moment où la décision sera rendue peut avoir une incidence ». Les défenseurs de Marine Le Pen tiennent à circonscrire cette déclaration au seul sujet de l’inéligibilité. Marine Le Pen de nouveau apte à se présenter, nul besoin de se presser. « Quelle est la situation qui justifierait que la Cour de cassation tranche plus rapidement que d’habitude ? », a insisté sur France Inter Me Rodolphe Bosselut.
Un dossier judiciaire teinté de politique
Question rhétorique, réalité complexe. Ce dossier est enrobé d’une teinte politique manifeste. La cour d’appel ne s’y est pas trompée, en veillant ce mardi au respect de « la liberté de choix de l’électeur ». « Les juges ont calibré leur décision », notait l’ex-ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas. Le RN s’en satisfait, avec une sacrée dose d’hypocrisie. Le parti a réclamé que la justice tienne compte du contexte présidentiel pour aller vite et adoucir le sort de Marine Le Pen. Il méprise désormais ce calendrier et fait mine de reléguer ce contentieux au rang d’affaire lambda.
Mais la politique est toujours là . La célérité de la justice ne pourrait-elle pas permettre un vote éclairé des Français ? À force de brandir la présomption d’innocence de leur championne malgré ses deux condamnations, les élus RN ne risquent-ils pas de braquer une justice soucieuse de trancher cette question ? « Il est de la bonne administration de la justice, si possible, mais je ne sais pas si ça sera possible, que la question soit réglée avant l’élection présidentielle », assurait en janvier Christophe Soulard. De vertu démocratique, également. Le communiqué de la Cour de cassation ne souligne pas l’enjeu politique d’une décision précoce, mais cette nécessité ne peut que transparaître d’une telle annonce.
Marine Le Pen gagne du temps. Ferme les yeux, aussi. La candidate RN feint d’ignorer l’hypothèse d’une décision précoce de la cour de cassation. « Nous verrons », a-t-elle éludé mardi sur TF1. Un rejet de son recours signerait sa culpabilité. Et la pose d’un bracelet ? Rien n’est moins sûr, si la décision intervenait juste quelques semaines avant la présidentielle. Nul doute que les élus RN mettraient la pression pour que le juge d’application des peines ne s’y risque pas, en pleine campagne. Ils pourraient assimiler cette mesure à un ersatz d’inéligibilité, pourtant écartée par la cour d’appel.
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Author : Paul Chaulet
Publish date : 2026-07-09 05:45:00
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