Le chiffre ne cesse de progresser et les inquiétudes grandissent. Le nombre de cas confirmés d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) a augmenté et atteint 1759, dont 600 décès, selon les dernières données gouvernementales, publiées mercredi. Au cours des dernières 24 heures, 51 nouveaux cas et 20 nouveaux décès ont été recensés. Cette épidémie d’Ebola pourrait devenir la pire de l’histoire, notamment parce que l’espèce du virus, connue sous le nom de Bundibugyo, a été identifiée très tardivement.
L’épidémie mortelle qui sévit dans l’est du pays progresse plus vite que les efforts déployés pour la contenir. Le M23, ce puissant groupe rebelle armé qui s’est emparé de vastes étendues de territoire l’année dernière dans l’est du pays et qui impose depuis des taxes, contrôle les services publics et se présente comme la seule autorité légitime sur leurs zones, pourrait tirer partie de la situation. Comme le détaille le New York Times (NYT), en cas d’explosion de l’épidémie dans les zones densément peuplées qu’elle contrôle, cette milice pourrait utiliser le virus pour tenter de consolider et de renforcer son autorité sur son territoire, qui comprend deux capitales provinciales, Goma et Bukavu. Si le M23 parvenait à contenir Ebola, le mouvement pourrait alors renforcer son image d’autorité légitime, au moment même où le gouvernement congolais peine à maîtriser l’épidémie.
Une cellule de crise instaurée par le M23
Lors de l’épidémie de 2018, des centaines de millions de dollars ont été débloqués pour lutter contre Ebola. Mais certains fonds ont été mal utilisés, ce qui a conduit à l’emprisonnement du ministre de la Santé pour détournement de fonds, rappelle le quotidien américain. Le M23 a tiré les leçons des échecs gouvernementaux : ce mouvement a mis en place une cellule de crise Ebola, produit des vidéos documentant des visites dans des laboratoires et des centres de traitement et a diffusé des dessins animés sur le lavage des mains. Les rebelles, soutenus et supervisés depuis des années par le Rwanda, pays voisin de la RDC, ont également mis en place des mesures visant à contenir la propagation du virus, comme la limitation du nombre de passagers autorisés dans les bus.
Des cas d’Ebola ont déjà été signalés dans la zone rebelle, dont une infection à Goma, le quartier général du M23. La transmission y semble pour l’instant faible, selon les chiffres publiés par le ministère congolais de la Santé. Les autorités sanitaires congolaises n’ont néanmoins pratiquement aucune visibilité sur la situation en territoire rebelle, hormis quelques chiffres de base concernant les infections, le traçage des contacts et les décès, qui ne peuvent être vérifiés de manière indépendante. « Je ne peux pas vous donner de situation dans les territoires occupés par le M23 car je n’y ai pas accès », a indiqué au New York Times Dieudonné Kazadi, directeur de l’Institut national de santé publique de la République démocratique du Congo.
Vers un « déferlement » de l’épidémie aux Kivus ?
En dépit du contexte politique, une certaine coopération technique existe de part et d’autre de la ligne de front. Des échantillons prélevés dans les zones rebelles ont été envoyés à Kinshasa, la capitale, et d’autres, provenant de Beni, dans la province du Nord-Kivu contrôlée par le gouvernement, au laboratoire de Goma, détaille le NYT. Le gouvernement congolais continue de rémunérer les agents de santé et les techniciens de laboratoire dans les zones contrôlées par le M23. Il collecte des données sur les cas, les tests et le traçage des contacts, bien que les responsables de la santé ne puissent pas vérifier ces données de manière indépendante.
Il semble toutefois que des foyers d’infection se rapprochent de plus en plus des zones occupées, progressant vers le sud depuis l’épicentre situé dans la province d’Ituri. « Nous devons nous préparer activement à une explosion du nombre de cas qui va déferler sur les (provinces, ndlr) des Kivus », indique au NYT David Munkley, directeur pour l’est de la RDC de l’organisation humanitaire chrétienne World Vision.
Selon les autorités de la RDC, une épidémie de grande ampleur dans les zones contrôlées par le M23 serait dévastatrice pour les civils pris au piège des combats et du virus. Sur le plan politique, le gouvernement congolais estime que ce groupe armé n’est pas en mesure de gérer l’épidémie. « Le M23 et le Rwanda sont tous deux mal équipés pour mener une intervention d’urgence face à une menace de cette ampleur », affirme auprès du NYT Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères du Congo.
Pour les millions de Congolais piégés en territoire contrôlé par les rebelles, le risque est donc « d’être contaminés par Ebola, ou de mourir de faim ou de violence », affirme Denis Mukwege, gynécologue et lauréat du prix Nobel de la paix 2018 pour son travail auprès des victimes de violences sexuelles.
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Author : Julien Chabrout
Publish date : 2026-07-09 16:14:00
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